Péchés secrets: une nouvelle des Frères Byrne (Les Frères Byrne) (French Edition)

Chapitre 9

POUR LA PREMIÈRE FOIS, DEPUIS QUE J’AVAIS RENCONTRÉ BISHOP, IL ÉTAIT devenu complètement silencieux. Toute une semaine sans SMS. Sans appel. Sans apparition inattendue. J’avais l’impression que le monde avait succombé aux mois d’hiver précocement, et privait la ville de toute couleur et chaleur.

 

Comment cela pouvait-il être le cas ? Comment pouvais-je me sentir si démunie alors que je le connaissais depuis si peu de temps ? Alors que je venais juste de m’autoriser à admettre mes sentiments pour lui ?

Une question particulière me hantait jour et nuit. Cette chose entre nous était-elle terminée ?

Je n’étais pas certaine que nous ayons bâti suffisamment de fondations pour nous remettre d’une telle désolation. Je ne pouvais m’empêcher de me demander si tout était ma faute. L’avais-je rejeté une fois de trop ? J’avais tant insisté pour être libérée de lui, mais désormais, j’avais l’impression que c’était la pire issue possible. L’idée de ne plus jamais ressentir la chaleur brûlante de son regard affamé me fit frissonner de la tête aux pieds.

Tu pourrais toujours le contacter, tu sais.

Voilà qu’elle était de retour. La voix de la raison. Elle me provoquait depuis des jours, mais je n’arrivais manifestement pas à rassembler la confiance suffisante pour faire le premier pas. Me détestait-il d’avoir été insensible ? Pouvait-il réellement tenir à moi s’il avait été prêt à me partager ? Tous mes doutes étaient tels des sables mouvants, m’embourbant dans l’incertitude.

Chaque journée se déroulait dans un brouillard mélancolique et je me cachais dans ma chambre. Néanmoins, le samedi suivant devait être consacré presque entièrement à un mariage dans ma famille, ce qui était à la fois une bénédiction et une malédiction. La famille du crime des Lucciano, la plus secrète et solitaire des cinq, organisait une immense réception pour célébrer le mariage d’Alessia Genovese, l’une des filles du patron. L’intrigue entourant leur clan et la rareté d’un tel événement nous unifiant tous étaient une distraction bienvenue. Toutefois, une journée passée à m’épancher sur leur amour et leur éternité ressemblait à la pire des tortures, car, chaque jour, une écharde de vérité s’enfonçait plus profondément sous ma peau et me criait que je laissais ma chance d’être réellement heureuse me glisser entre les doigts.

J’avais voulu mon indépendance, mais à quel prix ? Et si j’avais scié la branche sur laquelle j’étais assise, comme disait ma mère ? Est-ce qu’explorer tout ce que la vie avait à m’offrir m’avait privée d’une relation ? En réalité, n’était-ce pas l’une des nombreuses facettes de la vie que j’avais envie de découvrir ?

Au plus profond de moi, je connaissais la réponse.

Voir les deux mariés si heureux ensemble me fit monter les larmes aux yeux. J’étais ravie pour eux et furieuse contre moi. J’essayais de me convaincre que même si je ne pouvais arranger les choses avec Bishop, j’avais appris une bonne leçon. Dans tous les cas, j’étais mieux sans lui. Cependant, quand les danses débutèrent et qu’un beau jeune homme me demanda de l’accompagner, je ne me sentais pas mieux du tout. Je me sentais gênée et poisseuse. J’aurais dû être flattée qu’on s’approche de moi. Ce mec était mignon et il savait bouger. Pourtant, tout ce dont j’avais envie, c’était de pleurer, car ce n’était pas ses bras que je voulais autour de moi.

Sentant le picotement des larmes au fond de ma gorge, je m’excusai hâtivement avant de fuir en direction de la sortie de la salle de bal. Mon départ ne passa pas inaperçu. Une minute plus tard, la plus âgée de mes petites sœurs me rejoignit sur un banc dans le couloir du grand hôtel.

— Tu veux en discuter ? demanda Aria en me donnant un léger coup dans l’épaule.

— Je ne suis pas sûre que ça me soulage.

— Je suppose que c’est à cause de cet homme magnifique qui est venu à la maison ? s’enquit-elle avec un soupçon de malice.

— Oui.

— Il t’a fait du mal ? Parce que… je connais un gars.

Sa blague fut si inattendue que je laissai échapper un rire pénible qui se termina sur un sanglot.

— C’est inutile, mais merci. Et, en plus, je suis tout aussi coupable que lui. Nous avons créé un tel bazar.

— Ce que je vais te dire est peut-être banal, mais meuf, un de perdu, dix de retrouvés. Tu es allée sur Tinder, dernièrement ?

Je la regardai, bouche bée.

— Ari ! Tu as un compte Tinder ? Tu n’as que dix-sept ans !

Papa ferait une rupture d’anévrisme s’il était au courant.

— Ce n’est qu’un profil, tenta-t-elle de m’assurer. Je ne suis pas obligée d’interagir avec qui que ce soit si je n’en ai pas envie. N’es-tu pas un peu curieuse de découvrir ce qu’il y a dehors ?

Elle sortit son portable et ouvrit l’application.

J’étais ébahie que ma sœur ait été si aventureuse et j’étais également un tantinet fascinée par les images des hommes qui défilaient. Nous rîmes de certains d’entre eux et d’autres auraient peut-être piqué ma curiosité si je les avais vus des semaines plus tôt, mais ce n’était plus le cas, à présent. Aucun d’eux n’était ce que je désirais. Aucun d’eux n’était Bishop.

— Allez, on va te créer un profil. C’est super facile. Je peux même le faire pour toi.

— Non. Je ne suis pas intéressée, mais merci.

Je lui souris. C’était mignon de sa part d’essayer de m’aider. J’aurais simplement aimé que ce soit si facile.

Aria haussa les épaules et se leva.

— J’imagine que nous n’avons pas d’autre choix, alors.

— Ah bon ? demandai-je d’un air méfiant.

— Oui. La seule chose qu’il nous reste à faire… c’est danser. Viens.

Elle me prit les mains et m’attira vers l’immense salle de bal où Bruno Mars faisait groover tout le monde au son d’Uptown Funk.

Je n’étais pas aussi proche de mes sœurs que je l’étais de Noemi, mais elles demeuraient mes frangines et savaient me remonter le moral. Après la danse du poulet et une interprétation tumultueuse de We are family, j’avais retrouvé un peu de mon optimisme.

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