Péchés secrets: une nouvelle des Frères Byrne (Les Frères Byrne) (French Edition)
Chapitre 7
CERTAINES PERSONNES DISCUTAIENT SÉRIEUSEMENT DES SITUATIONS compliquées, tandis que d’autres faisaient la tortue – elles se recroquevillaient dans leurs carapaces et géraient ça en interne. J’étais une tortue. Quand les circonstances me submergeaient, je m’éloignais de mes amis et de ma famille afin de faire le tri dans mes pensées et mes sentiments. Maman disait que je disparaissais dans ma grotte.
Mes émotions conflictuelles concernant Bishop m’avaient poussée à faire la tortue. J’avais passé une bonne semaine, perdue dans ma tête, à essayer de décider quoi faire et ce que je ressentais. Je songeais à ce que je souhaitais de la vie et à ce que cela signifierait si Bishop faisait partie du voyage. J’avais l’impression que mon cœur trouvait des moyens de rationaliser une relation avec lui. Mon côté indépendant se sentait trahi – comme si j’avais cédé à la pression sociale pour m’accrocher à un homme – et m’agacer à cause de mes sentiments n’arrangeait rien.
Chaque jour qui passait, cependant, je me rapprochais d’une décision. Je ne pouvais nier que j’avais envie d’accorder une chance à Bishop. La part de moi qui avait eu une terrible soif d’aventure et de libertés se sentait vaincue. Pour me rassurer sur le fait que j’étais toujours moi et qu’aucun homme ne pouvait m’enlever ça, je choisis d’entraîner Noemi en boîte de nuit avec moi. Ce n’était que la deuxième fois que nous avions réussi à aller dans un club et c’était rendu possible grâce à une femme du nom de Shae. Elle appartenait à l’organisation irlandaise et était un genre de battante et de dure à cuire. Le mari de Noemi avait insisté pour que nous l’emmenions en guise de protection, ce qui n’était pas un problème pour moi, car Shae était merveilleuse. Et avec elle, j’avais pu parler de mes plans à mon père plutôt que de filer en douce, dans son dos, comme j’avais dû le faire précédemment. Une fois que papa sut que Conner faisait suffisamment confiance à Shae pour protéger Noemi, il fut d’accord pour me laisser sortir sans ma propre escorte.
Je portais une robe blanche extensible qui moulait mes courbes et s’arrêtait juste sous mes fesses. Mon bronzage n’en était que plus spectaculaire et me conférait assez d’assurance pour cacher le fait qu’intérieurement, j’avais l’impression d’être en train de dérailler.
Sois l’énergie que tu veux attirer. J’avais lu cette phrase sur Instagram et elle avait touché une corde sensible. Si je projetais mon indépendance et ma confiance, j’attirerais ces qualités autour de moi, du moins, c’était ce que disait Internet. J’étais toujours indécise sur ce point.
— Tu es mon idole, dis-je à Shae alors que nous allions aux toilettes après quelques verres. J’aimerais être comme toi, sur tous les plans.
Elle gloussa et haussa un sourcil.
— Personne n’est parfait et personne n’a une vie parfaite.
— Ouais, mais tu es carrément canon, tu sais te battre ET tu n’es pas attirée par les hommes. J’aimerais ne pas aimer les hommes, grommelai-je en fermant la porte de mon cabinet.
— Qui dit que les hommes ne m’attirent pas ?
— Euh… Je ne sais pas. Je croyais que c’étaient les femmes qui te plaisaient ?
J’aurais pu jurer que Noemi avait insinué que Shae jouait dans l’autre équipe, mais maintenant que j’avais bu quelques verres, je me demandai si je m’étais trompée.
— Les hommes m’attirent. Les femmes aussi. Simplement, j’ai décidé il y a des années que les hommes ne valaient pas la peine.
— Amen !
Mon exclamation excessivement zélée fit écho dans les toilettes ornées de marbre et me fit glousser.
— N’est-ce pas ? confirma Shae. Dans deux situations égales, les femmes sont clairement le meilleur choix.
Je hochai la tête en finissant ma petite affaire.
— Alors, tu as déjà fréquenté un homme ?
Je sortis du cabinet et croisai son regard dans le miroir tandis qu’elle en faisait de même. J’étais sacrément curieuse envers elle. Comment avait-elle appris à se battre ? Pourquoi voulait-elle travailler aux côtés d’hommes irlandais ? Quel après-shampoing utilisait-elle pour que ses cheveux brillent autant ? Toutes les questions importantes.
— Quelques-uns, mais ils ont rarement retenu mon attention.
Elle baissa les yeux vers le lavabo en se lavant les mains.
— Nous ferions mieux d’y retourner. Je n’étais pas censée laisser Noemi toute seule.
Lorsque nous rejoignîmes notre table, Noemi était exactement où nous l’avions abandonnée et nous attendait avec un nouveau round de martinis.
— Finissez votre verre, cria-t-elle. Et allons sur la piste !
Nous trinquâmes et l’alcool sembla filtrer dans mon système sanguin. Nous avions déjà bu des margaritas avec le dîner et des shots de tequila quand nous étions arrivées au club. Je souris à cause du chaud bourdonnement de ma peau.
— Allons-y !
Il était grandement temps de danser.
Une demi-heure plus tard, Noemi et moi battions en retraite vers la table tandis que Shae continuait de se déhancher. Cette femme était une pile électrique et elle ne transpirait même pas.
— C’est exactement ce dont j’avais besoin, dis-je à ma cousine.
J’étais ravie qu’elle ait accepté ma requête de dernière minute et soit sortie avec moi.
— Et Shae est géniale. Je suis contente que Conner lui ait demandé de venir avec nous, même si ce n’était pas nécessaire.
L’idée que les hommes pensent que nous avions toujours besoin de chaperons ne m’enchantait pas. Les hommes devaient en fait apprendre à se comporter comme des êtres humains civilisés. Dans ce cas, nous ne risquerions plus rien. Comme si cela allait arriver. La seule manière de changer la dynamique était d’être une dure à cuire comme Shae. Je lui jetai un nouveau coup d’œil dans la foule.
— Et comme elle est là, on n’a même pas eu besoin de notre fausse carte d’identité, intervint Noemi en levant son verre pour porter un toast.
— Oh que oui !
Je trinquai avec elle, mais alors que je commençais à boire, mes yeux croisèrent un regard meurtrier de l’autre côté de la pièce.
— Non, mais tu te fous de moi.
Bishop me transperçait de son regard indigné et accusateur. Son costume intégralement noir était presque aussi sombre que l’aura nocive qui l’entourait. Il était telle une tempête légitimement furieuse et pressurisée. Je n’avais jamais rien vu de plus beau de ma vie. L’intensité de ses traits burinés et de son pouvoir calculé. Il était un dieu colérique venu sur terre avec une seule chose en tête. Moi.
Respirer devint subitement impossible. Avait-il su que je serai là ? Cela aurait-il pu être une coïncidence ? Curieusement, j’en doutais. Alors, comment était-ce arrivé ? M’avait-il suivie ? Mon cœur tambourina dans mes oreilles, plus fort que la basse qui pulsait dans les haut-parleurs.
Le regard de Noemi suivit le mien. Elle insista rapidement pour que je lui explique, mais je n’en avais pas la capacité. Je devais m’échapper comme un lapin le ferait face à un renard affamé.
Lui attrapant la main, je nous guidai vers la piste de danse où Shae se déhanchait déjà sur un remix de Lady Gaga qui avait intensifié l’énergie dans la pièce. Notre petit cercle bougea en rythme avec le reste de la foule et m’offrit le tampon dont j’avais besoin. J’étais un minuscule fretin dans une école géante et, associé à l’alcool, cela me permettait de faire comme s’il ne se passait rien. La distraction parfaite. Enfin, peut-être pas si parfaite.
Je sentais encore le regard de Bishop sur moi, même si cela devait être impossible. J’étais trop enfoncée dans la foule. Pourtant, il était là. Le contact possessif de son regard. Comme si nous étions seuls et que je ne dansais que pour lui.
Quand Shane abandonna notre cercle et qu’un corps solide se glissa derrière moi, je ne protestai pas. Ce n’était pas Bishop. Je le savais tout comme je savais que Bishop serait agacé quand il me verrait collée à un autre homme. Bien. Qu’il connaisse une fraction de l’impuissance que j’éprouvais depuis qu’il était entré dans mon monde, depuis qu’il me volait mes plans et me faisait ressentir des choses que je ne voulais pas ressentir.
Je roulai des hanches et levai les mains pour les poser derrière moi, sur sa nuque. Tout chez cet homme était exécrable, mais sa main plaquée contre mon ventre me tenait avec confiance et il bougeait comme dans un rêve. Un rêve brumeux qui éclata brusquement quand je fus arrachée de la piste de danse par une main ferme autour de mon poignet.
— Noemi, appelle ton mari pour qu’il vienne te chercher. On s’en va ! aboya Bishop à ma cousine qui nous suivit, étant donné qu’il l’avait capturée de son autre main.
Il émit un bref et vif sifflement qui attira instantanément l’attention de Shae. Il fit un geste de la main vers Noemi, ordonnant silencieusement à Shae de la surveiller.
Je n’eus pas un seul mot à dire à ma cousine avant d’être traînée hors de la boîte de nuit. Je ne luttai pas contre lui, car je ne voulais pas faire une scène, plus qu’il ne l’avait déjà fait. J’attendis plutôt que nous soyons sur le trottoir afin de libérer mes doigts de sa poigne blessante.
— Qu’est-ce que tu fais ici, Bishop ?
J’écartai largement les bras, en signe d’incrédulité, attirant plus d’un regard curieux.
— Comment savais-tu où j’étais ?
Une vague d’émotions s’écrasa sur ma poitrine. J’étais soulagée de le revoir après une semaine et je me hérissais tant j’étais outrée à l’idée qu’il m’ait suivie.
Plutôt que de se montrer à la hauteur de mon accusation sous-entendue, Bishop sembla presque se calmer, mais pas d’une bonne manière. Le Bishop insouciant était à des années-lumière. L’homme devant moi, dans un costume noir sur mesure et impeccable, avec des cheveux idéalement ondulés, était brutalement intense et chaque once de cette férocité bouillonnante était dirigée vers moi.
— Je croyais que nous en avions discuté, Pippa.
— Du fait que tu me possèdes ? rétorquai-je tandis que l’alcool inhibait mes instincts de survie.
— De toi. Et de moi. De ceux qui ont le droit de te toucher.
Sa voix de baryton éraflait ma peau, vibrante de possession. Pourtant, chaque muscle de son corps était crispé sous l’effet d’une retenue dont il avait l’habitude. Il était un maître du self-control tel que je ne l’aurais jamais imaginé.
— Je passais une soirée entre filles, Bishop. Je ne couche pas à droite à gauche.
— Ce que tu faisais sur cette piste de danse n’avait rien à voir avec une soirée entre filles et tout à voir avec moi. Tu m’envoyais un message et je l’ai très bien reçu.
Il avait raison. Je m’étais déchaînée, d’une manière passive-agressive, et je me sentais de plus en plus embarrassée chaque seconde.
J’ouvris la bouche pour commencer une subtile retraite, mais je n’en eus pas la chance. Un grand homme se plaça partiellement devant moi et se pencha entre Bishop et moi.
— Hé, mec. On dirait que la fille n’est pas intéressée, bredouilla l’homme.
Je me décalai pour ne plus être derrière lui, sachant que ça n’arrangerait rien, et je finis avec son bras enroulé autour de mes épaules.
— Ne t’inquiète pas, mon sucre. Je te tiens.
Je faillis avoir un haut-le-cœur à cause de son haleine chargée de whisky. C’était mauvais, à bien des niveaux. Si mon alarme interne n’avait pas sonné auparavant, elle le faisait clairement maintenant.
— Ce n’est rien, tentai-je de le rassurer. C’est un ami. Vous pouvez y aller.
Je tâchai de m’extraire de son bras, mais il m’attira contre lui.
— Non, tu ne devrais pas avoir à supporter cette connerie, bafouilla-t-il. Rentre, je te paierai un verre.
Il me sourit et nous tourna tous les deux vers la porte d’entrée, sa main dérivant vers mes fesses.
— Retire tes putains de mains avant d’être blessé.
L’avertissement de Bishop transperça l’air nocturne avec un calme meurtrier.
L’homme se retourna et me libéra enfin.
— C’est une menace ? Parce que je n’ai pas peur d’un maigrichon comme toi.
Il faisait quelques centimètres de plus que Bishop et au moins vingt kilos de plus. Il n’était pas musclé, mais la différence de taille était tout de même suffisante pour que mon cœur tambourine dans ma gorge.
Avant que je puisse dire quoi que ce soit pour désamorcer la situation, Bishop projeta ses poings en avant en deux frappes vicieuses, faisant chuter l’homme à terre, inconscient. Il n’avait eu aucune chance.
Je restai plantée là, choquée, alors que le sang commençait à couler du nez de l’individu. Les témoins de l’altercation s’exclamèrent et crièrent, certains acclamant Bishop et d’autres protestant, furieux, tandis qu’ils se rapprochaient pour observer la scène.
Une main puissante s’enroula autour de la mienne.
— Dégageons de là, grogna Bishop en m’éloignant de la foule grandissante.
J’étais trop ébahie pour faire autre chose que de le suivre.
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