Péchés secrets: une nouvelle des Frères Byrne (Les Frères Byrne) (French Edition)

Chapitre 5

— S ALUT, PIP. ÇA TE DÉRANGE SI J’ ENTRE ?

 

Mon père se tenait dans l’embrasure de la porte ouverte de ma chambre. Ce n’était pas dans ses habitudes de venir me chercher. Il était occupé et n’était pas du genre à intervenir dans nos vies. Ainsi, son apparition inattendue me rendit instantanément curieuse.

— Bien sûr, entre.

J’étais en train de faire défiler l’écran de mon téléphone, tentant d’ignorer que je n’avais pas eu de nouvelles de Bishop depuis deux jours. Ou, plus précisément, j’essayais d’ignorer qu’une part de moi était déçue que je n’aie pas eu de nouvelles de lui ces deux derniers jours. Je ne savais pas comment une seule personne pouvait être si partagée. Si de nouvelles voix se mettaient à résonner parmi celles qui se trouvaient dans ma tête, j’allais me retrouver enfermée dans une petite cellule capitonnée toute mignonne.

— Qu’y a-t-il ?

Papa s’assit au bord de mon lit et me regarda curieusement.

— Un jeune homme est venu me rendre visite aujourd’hui. Il a dit que, vous deux, vous vous fréquentiez.

Il n’avait pas fait ça. Il ne le ferait pas.

Je grimaçai intérieurement.

Ne le ferait-il pas ? Ne s’était-il pas fait parfaitement comprendre ? Pourtant, j’étais ébahie.

Papa poursuivit sans remarquer ma stupéfaction :

— Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu voyais quelqu’un ? Et un Irlandais, rien de moins.

J’entrouvris les lèvres, mais rien n’en échappa. Je ne savais pas du tout quoi dire ou comment l’expliquer.

Eh bien, papa. Nous avons eu un coup d’un soir, alors je me suis dit que ça ne valait pas la peine de le mentionner.

Bien sûûûr. Mon père n’avait jamais levé la main sur moi de toute ma vie, mais cette déclaration pourrait faire l’affaire.

— Nous ne nous sommes vus que quelques fois.

Je décidai qu’il était assez raisonnable de l’admettre.

— Je ne suis pas ravi qu’il soit irlandais, mais vous connaissant, Noemi et toi, je n’aurais pas dû être surpris. Vous deux, vous avez toujours été comme des jumelles plutôt que comme des cousines. Étant donné qu’elle est mariée à l’un d’eux, j’aurais dû savoir que tu en ferais de même, grommela-t-il péniblement.

— Nous n’allons pas nous marier, lui assurai-je.

— Eh bien, je veux simplement que tu saches que je ne le désapprouverais pas.

Je me renfrognai vigoureusement en scrutant mon père.

— Je ne comprends pas. Quand j’étais à l’école, tu faisais tout ce qui était en ton pouvoir pour m’empêcher d’avoir un petit ami. Et maintenant, subitement, ça ne te dérange plus ?

— Ce n’était pas le fait que tu aies un petit ami qui me dérangeait, en soi. Simplement, il n’y avait aucun intérêt à ce que ces garçons reniflent ce qu’ils ne pouvaient avoir. Je ne comptais pas te laisser t’enticher d’un con, futur comptable ou vendeur d’assurances, qui ne pourrait pas te protéger. Ils ne connaissent rien à notre mode de vie. Bishop peut prendre soin de toi, même si c’est un putain d’Irlandais.

Il avait presque dit cette dernière phrase dans sa barbe.

J’étais légèrement stupéfaite, mais pas distraite au point d’oublier ce qui avait lancé cette petite conversation.

— De quoi avez-vous parlé, exactement, Bishop et toi ?

— De pas grand-chose, mais il m’a demandé la permission de te faire formellement la cour, ce que je respecte. En revanche, j’aurais préféré entendre ça de ta bouche.

— Je suis désolée, concédai-je à contrecœur.

Techniquement, je continuais d’affirmer que ça ne le regardait pas du tout.

— Alors, que lui as-tu dit ?

Si ces deux hommes avaient déjà commencé à parler de mariage, quelqu’un allait perdre un œil et ce ne serait pas moi.

Papa attendit que je reporte mon regard sur lui pour répondre.

— J’ai dit que je n’avais aucune objection, tant que c’est ce que tu souhaites.

Mon estomac fit sa meilleure imitation de bretzel jusqu’à ce que je le sente monter dans ma gorge. J’étais si partagée. J’aimais beaucoup Bishop, mais le but de nos ébats était de découvrir la vie, pas de me lier encore plus rapidement à quelqu’un. Épouser le premier homme avec qui je couchais était précisément ce que j’avais essayé d’éviter.

Mon père se crispa quand je ne répondis pas immédiatement.

— Tu n’as qu’un mot à dire et je m’assurerai que ce mec ne te dérange plus jamais.

— Non ! rétorquai-je. Ce n’est pas exactement ça. Tout se passe si rapidement. Je suis confuse, c’est tout.

Je ne voulais pas que Bishop me pousse à me mettre en couple, mais je ne souhaitais pas non plus que mon père lui fasse du mal. Mon corps tout entier se recroquevilla quand j’y songeai.

— Tu n’as pas besoin de faire quoi que ce soit, si tu n’es pas à l’aise, Pip.

— Je sais, papa. Merci.

Il soupira lourdement.

— J’imagine que j’aurais dû te parler avant de l’inviter à dîner.

— Dîner ? Ce soir ?

Bishop venait manger avec ma famille ce soir ?

Papa se leva.

— Tu as raison. C’est trop rapide. Je vais lui passer un coup de fil et lui dire que nous devons remettre ça.

Je levai instinctivement la main pour m’agripper à l’avant-bras de papa.

— Non, ce n’est rien. J’étais simplement surprise.

Revoir Bishop après deux jours de silence était bien trop tentant. L’envie d’avoir sa présence enivrante était trop tentante. Je ne pouvais le rejeter.

— Si tu en es sûre. Il sera là dans une heure.

Papa scruta mon visage comme s’il cherchait une trace de doute.

Je souris légèrement.

— D’accord. Merci, papa.

J’étais ravie que mon père soit de mon côté, même s’il était parfois autoritaire. Il ne pensait jamais à mal.

Papa tapota doucement la minuscule fossette sur mon menton avant de me laisser avec mes réflexions étourdissantes.

Bishop avait parlé à mon père dans mon dos. Il avait méprisé mes objections, puis il avait impliqué mes parents sans aucune considération quant à ce que je ressentirais potentiellement.

Plus j’y songeais, plus j’étais en colère.

Ce trouduc sournois avait essayé de me forcer la main en s’insérant dans l’équation. J’appréciais ce mec plus que je n’aurais dû, mais il devrait apprendre que je n’étais pas l’objet d’une négociation. J’avais des pensées, des sentiments et des désirs, et ils n’aimaient pas qu’on leur manque de respect. S’il voulait me conquérir, mon opinion était la seule qui comptait. Pas celle de ma mère. Pas celle de mon père. La mienne. Et on ne me forcerait pas à accepter moins que ça.

Bishop devait comprendre que je n’étais pas le pion sur son jeu d’échecs ou même le roi ou la reine. J’étais son adversaire, de l’autre côté de la table. Nous avions tous les deux des parts égales dans ce jeu, et la triche ne serait pas tolérée, ce qui était exactement ce qu’il avait fait quand il était allé parler à mon père dans mon dos.

J’avais besoin de lui transmettre un message pour lui dire qu’il avait merdé, pour lui montrer qu’il n’était pas le seul à pouvoir jouer à la déloyale.

Réfléchissant rapidement, je composai le numéro d’un vieil ami du lycée. Grâce à papa et à mon amour pour le basket, voilà tout ce qu’étaient les mecs de mon ancienne école. J’avais été la reine de la Friendzone. J’avais détesté ça, à l’époque, mais cela signifiait que j’avais été acceptée dans le groupe des gars et il était enfin temps de profiter de cette désignation malheureuse.

— Pipsqueak ! Ça faisait longtemps.

Un sourire radieux illumina mon visage.

— Salut, Archer. J’ai besoin d’un service.

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