Poésies complètes, / avec préface de Paul Verlaine et notes de l'éditeur

Poesies Complètes

 

DE CE LIVRE

IL A ÉTÉ TIRÉ

25 exemplaires numérotés

sur hollande.

ARTHUR RIMBAUD

POÉSIES

COMPLÈTES

 

PARIS

LÉON VANIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR

19, QUAI SAINT-MICHEL, 19

1895

Tous droits réservés.

LES ÉTRENNES DES ORPHELlNS

 

I

La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement

De deux enfants le triste et doux chuchotement.

Leur front se penche, encor, alourdi par le rêve,

Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève...

—Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux;

Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux;

Et la nouvelle année, à la suite brumeuse,

Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse,

Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant...

 

II

Or les petits enfants, sous le rideau flottant,

Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure.

Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure...

Ils tressaillent souvent à la claire voix d'or

Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor

Son refrain métallique en son globe de verre...

—Puis, la chambre est glacée... on voit traîner à terre,

Épars autour des lits, des vêtements de deuil:

L'âpre bise d'hiver qui se lamente au seuil,

Souffle dans le logis son haleine morose!

On sent, dans tout cela, qu'il manque quelque chose...

—Il n'est donc point de mère à ces petits enfants,

De mère au frais sourire, aux regards triomphants?

Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée,