Poésies complètes, / avec préface de Paul Verlaine et notes de l'éditeur

Chapitre III

D'exciter une flamme à la cendre arrachée,

D'amonceler sur eux la laine et l'édredon

Avant de les quitter en leur criant: pardon.

Elle n'a point prévu la froideur matinale,

Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale?...

—Le rêve maternel, c'est le tiède tapis,

C'est le nid cotonneux où les enfants tapis,

Comme de beaux oiseaux que balancent les branches,

Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches.

—Et là,—c'est comme un nid sans plumes, sans chaleur

Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur;

Un nid que doit avoir glacé la bise amère...

 

III

Votre cœur l'a compris:—ces enfants sont sans mère,

Plus de mère au logis!—et le père est bien loin!...

—Une vieille servante, alors, en a pris soin:

Les petits sont tout seuls en la maison glacée;

Orphelins de quatre ans, voilà qu'en leur pensée

S'éveille, par degrés, un souvenir riant...

C'est comme un chapelet qu'on égrène en priant:

—Ah! quel beau matin, que ce matin des étrennes!

Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes

Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux,

Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,

Tourbillonner, danser une danse sonore,

Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore!

On s'éveillait matin, on se levait joyeux,

La lèvre affriandée, en se frottant les yeux...

On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête

Et les petits pieds nus effleurant le plancher,

Aux portes des parents tout doucement toucher...

On entrait!... Puis alors les souhaits... en chemise,

Les baisers répétés, et la gaîté permise?