Poésies complètes, / avec préface de Paul Verlaine et notes de l'éditeur

Chapitre IV

Prochaine où neigent les fils du travail; l'ombrelle

Aux doigts; foulant l'ombelle; trop fière pour elle

Des enfants lisant dans la verdure fleurie

Leur livre de maroquin rouge! Hélas, Lui, comme

Mille anges blancs qui se séparent sur la route,

S'éloigne par delà la montagne! Elle, toute

Froide, et noire, court! après le départ de l'homme!

 

IV

Regrets des bras épais et jeunes d'herbe pure!

Or des lunes d'avril au cœur du saint lit! Joie

Des chantiers riverains à l'abandon, en proie

Aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures!

Qu'elle pleure à présent sous les remparts: l'haleine

Des peupliers d'en haut est pour la seule brise.

Amis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise—

Un vieux dragueur, dans sa barque immobile, peine.

 

V

Jouet de cet œil d'eau morne, je n'y puis prendre,

Ô canot immobile! ô bras trop courts! ni l'une

Ni l'autre fleur; ni la jaune qui m'importune,

Là; ni la bleue, amis, à l'eau couleur de cendre.

Ah! la poudre des saules qu'une aile secoue!

Les roses des roseaux dès longtemps dévorées!...

Mon canot toujours fixe; et sa chaîne tirée

Au fond de cet œil d'eau sans bords—à quelle boue?

Est-elle almée?... aux premières heures bleues

Se détruira-t-elle comme les fleurs feues...

Devant la splendide étendue où l'on sente

Souffler la ville énormément florissante!

C'est trop beau! c'est trop beau! mais c'est nécessaire

—Pour la Pêcheuse et la chanson du corsaire,

Et aussi puisque les derniers masques crurent

Encore aux fêtes de nuit sur la mer pure!

Juillet 1872