Poésies complètes, / avec préface de Paul Verlaine et notes de l'éditeur

Chapitre IV

Ah! c'était si charmant, ces mots dits tant de fois!

—Mais comme il est changé, le logis d'autrefois:

Un grand feu pétillait, clair, dans la cheminée,

Toute la vieille chambre était illuminée;

Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer,

Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer...

—L'armoire était sans clefs!... sans clefs, la grande armoire

On regardait souvent sa porte brune et noire...

Sans clefs!... c'était étrange!... On rêvait bien des fois

Aux mystères dormant entre ses flancs de bois,

Et l'on croyait ouïr, au fond de la serrure

Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure

—La chambre des parents est bien vide, aujourd'hui

Aucun reflet vermeil sous la porte n'a lui;

Il n'est point de parents, de foyer, de clefs prises:

Partant point de baisers, point de douces surprises!

Oh! que le jour de l'an sera triste pour eux!

—Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus

Silencieusement tombe une larme amère,

ils murmurent: «Quand donc reviendra notre mère?»

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V

Maintenant, les petits sommeillent tristement:

Vous diriez, à les voir, qu'ils pleurent en dormant,

Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible!

Les tout petits enfants ont le cœur si sensible!

—Mais l'ange des berceaux vient essuyer leurs yeux,

Et dans ce lourd sommeil mit un rêve joyeux,

Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close,

Souriante, semblait murmurer quelque chose...

Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond,

Doux geste du réveil, ils avancent le front,

Et leur vague regard tout autour d'eux repose...

Ils se croient endormis dans un paradis rose...

Au foyer plein d'éclairs chante gaîment le feu...

Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu;

La nature s'éveille et de rayons s'enivre...

La terre, demi-nue, heureuse de revivre,

A des frissons de joie aux baisers du soleil...

Et dans le vieux logis tout est tiède et vermeil:

Des sombres vêtements ne jonchent plus la terre,

La bise sous le seuil a fini par se taire.

On dirait qu'une fée a passé dans cela!...

—Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris... Là,

Près du lit maternel, sous un beau rayon rose,

Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose...

Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs,

De la nacre et du jais aux reflets scintillants:

Des petits cadres noirs, des couronnes de verre,

Ayant trois mots gravés en or: «À NOTRE MÈRE!»

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2 janvier 1870