Pratiquer la stratgie en 11 cas d'entreprises
Introduction
La stratégie d’entreprise a été définie par les plus grands auteurs
(Chandler, 1962, Ansoff, 1965, Porter, 1982 et plus récemment, Meier,
2011). Retenons, pour aborder la discipline d’un point de vue pratique
que la stratégie se structure autour de trois dimensions principales : la
décision, la finalité et le temps.
La stratégie consiste en premier lieu à faire des choix dans un
contexte donné. Le dirigeant procède à des arbitrages en fonction de
son système de représentation du potentiel en ressources de son
entreprise et du contexte environnemental. En second lieu, la stratégie
vise à poursuivre une certaine finalité ou raison d’être de l’entreprise.
Celle-ci se situe généralement dans la recherche de pérennité, mais
plus largement dans le sens donné au projet d’entreprise. De façon plus
pragmatique, la finalité se décline en un ensemble d’objectifs
hiérarchisés qui profilent la trajectoire stratégique. Enfin, la stratégie
est adossée à la notion de temporalité que beaucoup projettent vers le
long terme. Selon l’entreprise considérée, selon la volatilité de
l’environnement ou encore l’instabilité technologique, la projection
temporelle peut considérablement se réduire. Retenons toutefois que la
stratégie suppose une projection temporelle considérée comme
suffisamment éloignée par l’équipe dirigeante.
Les études de cas occupent aujourd’hui un rôle essentiel dans la
conduite d’un cours de stratégie d’entreprise. Elles n’apportent pas
seulement une illustration d’un concept ou d’un outil, mais elles
conditionnent leur compréhension dans une discipline à l’interface
entre des enjeux académiques puissants et un enracinement
pragmatique vital. C’est bien là l’esprit de cet ouvrage : éclairer les
outils mobilisés en management stratégique en leur donnant vie dans
des situations réelles.
Les secteurs d’activité étudiés dans cet ouvrage montrent une grande
diversité. Les étudiants pourront ainsi se confronter tout autant à des
mécanismes d’analyse relativement classiques qu’à des activités
nouvelles exercées dans des domaines émergents, puisque les auteurs
ont sélectionné des entreprises de toute petite taille et des groupes
d’envergure internationale. Une attention particulière est portée à la
représentation de la variété du paysage économique français, ayant des
conséquences sur l’utilisation des outils. Cela se traduit par une
application parfois directe, mais le plus souvent adaptée de la
démarche générique proposée dans les modèles. Le regard critique de
l’étudiant est sollicité dans chaque cas afin de dépasser le cadre
purement pédagogique pour se projeter dans une simulation de
situation professionnelle.
Les cas s’ordonnent en trois temps qui décomposent la démarche
stratégique de l’entreprise : l’analyse stratégique, les dynamiques de
compétitivité et les stratégies de développement.
L’analyse stratégique présente des entreprises pour lesquelles se
pose un problème de modèle économique durable. Certaines situations
s’avèrent suffisamment délicates pour nécessiter une remise à plat de
l’ensemble du modèle. C’est le cas de l’entreprise Rizome, dont le
dirigeant s’interroge sur les fondements de son projet. Isabelle Calmé y
expose l’enthousiasme affaibli d’un créateur après plusieurs années
d’effort pour parvenir à stabiliser son activité sur un positionnement
stratégique discutable. Dans une autre optique, la situation de La
Ruche qui dit oui, présentée par Typhaine Lebègue et Angéla Altes-
Mathieu, montre toute la difficulté de concilier les impératifs de
performance économique avec les valeurs prônées par une plateforme
de l’économie sociale et solidaire. Puis, un cas réalisé par Catherine
Peyroux et Marion Polge décrit un problème tout à fait différent, celui
d’un petit événement devenu international à l’aide d’un système de
financement essentiellement institutionnel. En pleine croissance, le
Festival International des Sports Extrêmes se trouve confronté à une
situation ambivalente entre sa légitimité acquise et ses ambitions
mondiales.
Le deuxième temps s’attache à explorer des situations d’entreprises
ayant acquis de solides bases de compétitivité mais qui se trouvent
confrontées à un changement situationnel. La première d’entre elles, la
ferronnerie Vidal, entreprise artisanale familiale, a acquis une
reconnaissance internationale grâce aux compétences de son dirigeant.
Néanmoins, la multitude de perspectives possibles poussent cette toute
petite structure aux limites de son potentiel. À la lecture du cas
présenté par Marion Polge, le lecteur comprend qu’il est l’heure pour
ce dirigeant d’arbitrer en se projetant vers l’avenir. Le cas suivant,
Ethiquable s’attache à étudier la pérennisation d’un modèle
économique bâti dans une SCOP (Société coopérative ouvrière de
production) où est exercée une activité fortement concurrencée. Leïla
Temri présente ici les fragilités naissantes du potentiel de compétitivité
lorsque se croisent deux mondes tendant vers des valeurs dissonantes.
Dans un autre domaine, le cas de la Caisse d’Épargne pointe les
mutations de compétitivité dans le secteur bancaire. À l’ère d’Internet,
Emmanuelle Reynaud et Aurélie Walas s’interrogent sur la
participation des parties prenantes dans la stratégie d’innovation de
l’entreprise. Pour clore cette partie, le cas AB InBev aborde la
situation d’un groupe d’envergure internationale : comment consolider
les activités de l’entreprise engagée dans une croissance externe de
grande ampleur ? Christophe Leyronas décompose les moyens de
rentabilisation des opérations d’acquisition qui ont conduit à la
performance du groupe.
Le dernier temps de l’ouvrage est consacré aux stratégies de
développement des entreprises. Face aux contextes internationalisés
voire globalisés qui appellent des comportements de croissance visant
la taille critique de marché, apparaissent d’autres types d’enjeux de
développement, comme l’innovation ou encore la culture pour
défendre un développement responsable. Les cas que nous vous
proposons déclinent ces différents aspects. Hervé Thermique appuie
son cas sur un système de management participatif. Cette entreprise
présentée par Élise Bonneveux porte une attention prononcée à la
valorisation culturelle pour mobiliser chacun autour des objectifs de
tous : le développement de l’entreprise. Dans le cas suivant, Pascale
Borel et Richard Soparnot observent l’opportunité de développement
par stratégie de diversification : le cas i-Biseness pose la question des
enjeux sous-jacents aux différentes formes de diversifications
(concentriques ou conglomérales). Les deux derniers cas déclinent les
problèmes posés par les deux premiers thèmes de cette partie : en
alliant diversification, offre globale et internationalisation, les cas
Ramsay (Christophe Leyronas) et Orchestra-Prémaman (Marion Polge
et Catherine Peyroux) interrogent sur l’envergure à donner à des
groupes installés sur des marchés fortement concurrencés. Jusqu’où
peut-on poursuivre la marche en avant vers la croissance ?
Tableau synoptique des outils et concepts mobilisés
* : Concept évoqué dans le cas – outil pouvant être sollicité pour
aborder le cas.
** : Concept abordé avec précision – outil souhaitable pour traiter le
cas.
*** : Concept indispensable à la compréhension du problème posé –
outil à maîtriser.
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