Roman/Bonnie,Julie//Chambre 2 - Bonnie,Julie
On ne vit pas sans dormir.
Et l’idée d’aller bosser m’empêche de trouver le sommeil. Moi, il m’arrive d’arrêter de dormir, tout simplement. Alors quand je dois travailler douze heures le lendemain, et faire bien attention à gérer mes émotions et à être un « personnel soignant », je dois me préparer.
En général, je passe la journée à ne rien faire.
Et puis après je compte.
Je compte les heures avant d’aller me coucher. Je compte combien de temps je m’autorise à me retourner dans mon lit tout en me réservant au moins cinq heures de sommeil. Donc, si je commence par ne pas réussir à m’endormir pendant quatre heures par exemple, afin de ne pas être totalement affolée et, du coup, de ne pas risquer de ne pas pouvoir m’endormir du tout, il me faut encore six heures de sommeil (en comptant l’endormissement). Il faut que je me couche dix heures avant le réveil, qui sonne à cinq heures trente. Donc à dix-neuf heures trente. Alors j’organise toute la soirée pour avoir nourri les enfants, avoir mangé, être au lit à dix-neuf heures trente et commencer à essayer de m’endormir.
Ça ne marche pas toujours.
Et j’entre en enfer.
Mon enfer.
Il m’arrive d’être tellement fatiguée le lendemain que je vois double, que mes mains tremblent et que j’en ai des vertiges. Les parents me parlent de leur bébé, et j’ai décollé sur une autre planète. J’ai mal à la tête, mal au ventre, envie de vomir. Mais je reste parfaitement souriante, « à l’écoute », je ne meurs qu’à l’intérieur.
À l’extérieur, je suis normale.
Et, le soir, quand je rentre, je pleure, d’une fatigue nerveuse intense et de toutes les émotions, toutes les femmes en larmes, tous les bébés hurlants, les pères agressifs, les médecins odieux.
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