Sea, sex & me - 2

Ann Fox · Chapitre 3 sur 16

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Sea, sex & me - 2

2. Saint-Jean

 

 

Hunter

Dès que Mike quitte la chambre pour partir en quête d’un café, je saisis mon téléphone.

– Saint-Jean ! répond l’homme en qui j’ai le plus confiance au monde.

Il est froid, expéditif. Ce n’est pas un homme dénué de cœur, mais Saint-Jean n’a pas de temps à perdre. Il faut être rapide et concis avec lui, il ne veut pas se faire emmerder et j’aime bien ça. Je fais du droit, j’ai l’habitude d’entendre des heures d’arguments creux. Les avocats parlent beaucoup, donnent des faits, puis brodent pour convaincre. Ils marquent des temps de pause, accélèrent, et vous noient de leur « blabla » jusqu’à ce que vous disiez « oui ».

Saint-Jean est tout le contraire.

– C’est Hunter.

– Je t’entends mal, t’es pas dans le pays…

– Je suis au Mexique, annoncé-je prudemment.

– Cancún ? devine-t-il. Je croyais que t’en avais fini avec les fêtes à rallonge et les conneries.

– Je ne suis pas du tout là pour le plaisir. Je suis sur un coup. Ça va pas te plaire, mais j’ai un pote qui s’est foutu dans une histoire pas possible et…

– Stop, plus un mot, me coupe-t-il. Je te rappelle immédiatement. Ne réponds qu’au bout de trois sonneries.

Il me raccroche au nez, puis mon téléphone sonne, affichant un numéro masqué. Je suis ses instructions et ne réponds qu’au troisième bip.

– J’ai brouillé l’appel, annonce Saint-Jean. Je suppose que ce que tu vas me raconter n’a rien de légal.

– C’est vrai, mais ne t’énerve pas. Surtout que je vais avoir besoin de toi.

– Je t’écoute, lâche-t-il sèchement.

Je grimace, soudain heureux qu’il ne puisse pas me voir. Je suis sûr de moi, je sais ce que je fais, mais je me rends compte qu’à ses yeux, probablement, j’ai déconné. Et il va me le faire sentir.

– Mon pote a une dette de jeu. Une grosse. Son créancier lui a proposé d’éponger la somme s’il acceptait d’encadrer un groupe d’étudiants qui fera passer de la MDMA entre le Mexique et les USA…

– Les mules dorées, me coupe-t-il. On a surveillé l’an dernier des gosses de riches à Phuket, pendant la fête de la Full Moon, mais on a échoué. L’argent fait taire les témoins et disparaître les preuves !

– Et si je te disais que j’avais un moyen de choper la filiale de l’intérieur ?

– Tu es complètement inconscient, Hunter ! Tu es au Mexique, tu réalises que tu pourrais disparaître sans laisser de traces, du jour au lendemain ?

– Saint-Jean, je sais ce que je fais, je t’assure que mon plan…

– Quel plan Hunter ? T’as quel âge, bordel ?! Tu crois qu’on s’improvise agent infiltré comme ça… Bon Dieu, mais qu’est-ce qui t’a pris ?

Sa voix vibre dangereusement, froide et basse. Mais il ne crie pas, ne hurle pas. Et c’est encore pire. Sa colère n’en est que plus impressionnante. Personne ne m’a jamais tenu tête. Je suis autant agacé que touché, car c’est rare que Saint-Jean exprime le moindre sentiment. Et la colère en est un.

– Tu l’as dit toi-même, c’est l’enfer pour les coincer. J’ai eu cette opportunité hier, celle de pouvoir moi-même encadrer ce trafic et faciliter ainsi le flag !

– Hunter, quand ce genre de truc t’arrive, ton premier réflexe doit être de m’appeler, merde ! rétorque Saint-Jean. On travaille en équipe. Ces hommes sont des tarés. Ils kidnappent, égorgent et t’enterrent dans la jungle sans que cela les empêche jamais de dormir. Et pour les traîtres, c’est la torture, histoire de dissuader les autres de suivre cette voie.

Saint-Jean est en colère certes, mais surtout inquiet. Je ne pensais pas le mettre dans un tel état. Il a raison finalement, j’ai agi dans la précipitation et je n’ai pas pensé à tout… ça. De toute façon, je n’en ai pas eu le temps.

Je l’entends soupirer.

– Donne-moi tout ce que tu as…

Je lui rapporte les noms que j’ai entendus et lui envoie la fiche du « vrai » numéro de Marco. J’y ajoute la photo de la liste des « mules dorées », prise discrètement à l’aéroport le jour du départ.

– OK. Tu vas retenir par cœur le numéro de téléphone que je vais t’envoyer. C’est celui de l’inspecteur Ramirez qui a été l’un de mes premiers partenaires à Seattle. Il bosse à Cancún.

– Tu as confiance en lui ?

– Il n’a rien à perdre, pas de femme, pas d’enfant, pas de famille. Il consacre sa vie à son job, il est incorruptible, le maire lui fait donc confiance et le protège. S’il devait arriver quoi que ce soit à Ramirez, les dealers le payeraient cher.

– OK… autre chose ?

– Je vais constituer un dossier dans mon coin, et appeler Ramirez. Toi, tu vas acheter un portable, avec plusieurs puces. À la moindre info, tu me préviens. Terminé les cachotteries Hunter, je dois être au courant de tout, insiste-t-il.

– Compte sur moi. Je dois filer et…

– Hunter ? me coupe-t-il. Je suis fier de toi. Grâce à ton audace, qui ressemble quand même à une sacrée désinvolture, on a une chance de les choper. Tu as du cran, gamin.

Il raccroche sans plus de cérémonie et je souris.

J’aurais bien aimé avoir un père comme Saint-Jean.

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