Sea, sex & me - 2

Ann Fox · Chapitre 7 sur 16

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Sea, sex & me - 2

6. Sortie en mer

 

 

Ella

Un puissant jet d’eau chaude s’abat sur mes pieds, me faisant crier de surprise et de joie mêlées. Assise à côté de moi, Paris m’attrape la main et m’adresse un sourire lumineux.

– Tu n’as pas peur ? crie-t-elle pour couvrir le bruit du moteur.

– Non, j’adore ! réponds-je sur le même ton.

Nous sommes sur la puissante vedette qui fait la navette entre le port et le yacht qui baigne tranquillement à quelques nœuds d’Isla Contoy. L’ambiance est magique et nous rions à chaque vague que le bateau fend, nous faisant sautiller comme des enfants. J’ai l’impression d’être sur des montagnes russes ! La houle n’est pas très forte, la mer n’est pas déchaînée, mais c’est la première fois que je sors en bateau. Et quelle première fois ! Sur l’océan, entourée de gens joyeux et rieurs, sans un seul nuage à l’horizon.

À l’exception d’un seul. Un gros nuage noir, susceptible de déclencher un ouragan. Ou une tornade. C’est bien les ouragans qui portent dorénavant des prénoms masculins, non ?

Malgré moi, mon regard est comme aimanté par Hunter. Accoudé au bastingage, pieds nus et vêtu d’un simple bermuda et d’un tee-shirt, il est l’image même de la nonchalance et de la décontraction. Il ne prend pas la peine de s’accrocher pour ne pas tomber, lui ! Il amortit chaque rebondissement sur les vagues d’un souple mouvement de hanches, qui me met le feu aux joues. Et pour une fois, son sourire n’est pas moqueur. Il a l’air détendu, amusé et même… libre.

Arrête de le regarder. Maintenant. Tout de suite. Immédiatement !

À force de volonté, je détourne les yeux pour les fixer devant moi. Stuart et Cecilia rejouent la scène mythique de Titanic à l’avant du bateau, accompagnés d’Hillary et de Sidney. Quant à Mike, il me semble l’avoir vu disparaître du côté du pilote dès notre départ. Je ne serais pas étonnée qu’il ait pris les commandes à un moment donné !

Plus loin, l’île commence à se dessiner en toile de fond, derrière le yacht qui se rapproche de plus en plus de nous. Dire que certains ont assez d’argent pour privatiser une île ! J’ai tellement hâte de raconter ces vacances à mes parents. Ils n’ont jamais été pauvres, nous avons toujours eu un toit, de quoi manger, fêter Noël et les anniversaires, partir en vacances… pas trop loin bien sûr. Mais c’est sans commune mesure avec ce que je vis ici. Dans le minibus qui nous menait au port, Hillary se demandait par exemple si elle n’allait pas investir dans un « petit pied-à-terre à Hawaï ». Elle adore l’île et ses grands-parents y vivent une partie de l’année. Par « petit » elle entendait bien sûr une immense villa sur la plage, et Stuart lui expliquait qu’elle devrait attendre six mois, à cause d’une histoire de taux et de dégrèvement fiscal. Je n’ai pas tout saisi, je suis restée bloquée sur un chiffre. Nous sommes jeunes, on a tous moins de 25 ans… Et en ce qui me concerne, mon prochain achat sera un ordinateur portable. J’économise pour lui depuis plus d’un an, et je devrais, enfin, arriver bientôt à la somme. Mais combien de machines faudrait-il économiser pour s’acheter une villa à Hawaï ?

C’est tout de même dingue, nous allons passer la soirée sur une île privatisée, une île tout entière rien que pour nous ! Et là, nous nous approchons du yacht immense, dont je ne sais même plus à qui il appartient. Stuart ? Cecilia ? Hunter…

Stop !

La vedette ralentit et le bruit du moteur s’estompe peu à peu, jusqu’à n’être plus qu’un léger ronronnement. Une échelle de corde aux barreaux en bois poli permet de grimper sur le yacht, bien plus haut et imposant que la vedette. Déjà, Paris, Stuart, Sidney, Mike et Hillary grimpent lestement. J’observe d’un œil méfiant le cordage qui oscille au gré de leurs mouvements.

C’est vraiment solide, ça ? Et si je tombe à l’eau ? On m’a quand même parlé de requins !

Cecilia pose sa main sur mon épaule et me sourit.

– Ne t’inquiète pas, dit-elle en empoignant l’échelle de corde. C’est plus sûr que ça en a l’air.

– C’était si évident que ça ? réponds-je en grimaçant, un peu honteuse d’être aussi transparente.

– Tu la regardais comme si elle risquait de te mordre !

Elle non, mais les requins…

– Allez, passe devant moi, me propose Cecilia. Si tu glisses, je te rattrape !

Reconnaissante, je lui adresse un sourire et pose un pied sur le premier barreau de bois. J’inspire un grand coup et commence à grimper.

Ça bouge quand même beaucoup !

Je refuse de me laisser effrayer et continue à grimper. Il n’y a que dix barreaux, j’y suis presque ! Mais une fois au bout de l’échelle, je suis censée libérer une de mes mains et attraper le bastingage, un peu trop haut pour ma petite stature.

Merde !

Et je n’ose pas lever les yeux plus haut, de peur de perdre l’équilibre et de basculer. Je sais que Cecilia est juste en dessous de moi, je sens sa présence patiente, mais elle ne pourra pas me rattraper au vol !

Soudain, une main salvatrice apparaît. Soulagée, je la saisis sans me poser plus de questions et me sens alors hissée comme un poids plume. Je trébuche en franchissant le garde-corps, et des doigts posés sur ma hanche me rattrapent aussitôt.

– Décidément, tu n’as pas le pied marin, souffle une voix rauque à mon oreille.

Mortifiée, je m’écarte comme si je venais de me brûler. Hunter m’adresse un clin d’œil et une demi-révérence moqueuse.

– Je crois que le mot que tu cherches, c’est « merci », Baby girl, lâche-t-il.

Pour toute réponse, je me détourne en serrant les dents, poursuivie par son petit rire.

Si je le fais passer par-dessus bord, personne ne verra rien, pas vrai ? Pas vrai ?

Je regarde Cecilia qui vient d’enjamber lestement le bastingage, sans tanguer ni trébucher, et qui m’adresse un sourire éclatant. Elle m’attrape par les épaules et me fait pivoter pour me montrer le panorama qui nous fait face… et qui me laisse abasourdie.

Je sors mon portable pour faire des photos, il faut que j’immortalise tout : le ciel sans nuage, la mer aux reflets argentés, le bateau aux lignes racées, tout de bois clair et de métal… Et mes compagnons de vacances beaux, jeunes, riches et souriants. Tous sont déjà rassemblés devant une grande table sous un auvent, qui offre une ombre plus que bénéfique en ce milieu d’après-midi.

– On a embarqué une paparazzi ! s’amuse Hillary

– Pardon, je ne peux pas m’en empêcher, c’est si beau, dis-je en mitraillant tout ce que je peux.

– C’est chou, on dirait que tu n’es jamais de sortie de chez toi… lance-t-elle, angélique.

Je la fusille du regard mais ne réponds rien. À quoi bon ? Réalise-t-elle à quel point ce genre de réflexion est condescendant ? Probablement. Je sais en revanche que quand Paris ou Cecilia rient à cette remarque, elles n’ont pas conscience que c’est blessant.

Je range mon téléphone dans mon sac rempli à craquer. Je n’ai pas réussi à me décider : qu’est-ce qu’on met pour une soirée « feu de camp » ? Après avoir été dans l’eau toute la journée ? J’ai peur que tout le monde soit sur son trente et un et moi en short en jean et sweat. Ou à l’inverse, de mettre une robe de soirée, alors qu’ils seront tous en style décontracté. Pour ne pas faire d’impair et embarrasser Paris, j’ai prévu plusieurs options, et je n’aurai qu’à les espionner discrètement avant de me changer. C’est un peu ça, se fondre dans le décor !

Le personnel surgit soudain des entrailles du yacht, huit hommes et femmes. Ils sont tous de blanc vêtus, les hommes en pantalons de costume et vestes, les femmes en tailleur crème… Ils doivent avoir terriblement chaud, mais ils sont superbes !

– Bienvenue à bord, vous devez être Mademoiselle Newman ? me lance une femme à la coiffure impeccable, dont le badge annonce qu’elle s’appelle Jasmine. Je serai votre hôtesse personnelle pour votre séjour à bord.

J’ouvre de grands yeux.

Ma quoi ?!

– Cecilia a envoyé nos noms et nos photos au personnel du yacht de Stuart. Enfin de son oncle, m’explique Paris en s’approchant. C’est important qu’ils sachent qui on est. Elle a aussi renseigné nos allergies et nos habitudes alimentaires. Ils ne serviront pas de noix à Hunter, par exemple.

– Oh ? Il ne supporte pas ? Moi qui le voyais comme un robot, tu vois, ça l’humanise !

– Hunter est comme tous les mecs, il planque ses faiblesses que nous, femmes, exposons en plein jour. On assume ce que nous sommes et on est tellement plus franches !

Pas sûr que dans mon cas, cela soit vrai, je n’ai pas dit à ma meilleure amie mon penchant, qui dure depuis des années, pour son cousin… J’ai plus d’un secret d’ailleurs, même pour elle.

On change de sujet, tout de suite !

– Voulez-vous me confier votre sac, Mademoiselle ? propose Jasmine. Je vais le déposer dans votre cabine, et vous pourrez profiter du buffet de rafraîchissements.

Je lui tends mon sac, encore un peu sonnée.

C’est clair, je suis dans un autre monde !

Paris m’entraîne vers le petit groupe, dont chaque membre a déjà un verre à la main.

– Caïpi, princesse ? propose Mike à mon amie.

– Avec grand plaisir, très cher, répond-elle en lui volant carrément son verre.

S’ensuit une chamaillerie qui, à mes yeux, ressemble fortement à… du flirt.

Marco, tu as de la compétition !

Et moi, je ferais bien d’en prendre de la graine !

Un jeune homme, Sandro, me propose des cocktails qui ont l’air très forts, et auxquels je préfère une bière fraîche qui fera moins de dégâts. Il n’est même pas seize heures ! Ce soir, je ferai la fête, mais pas maintenant. Hillary boude un mojito géant, se plaignant avec dédain d’un « trop de sucre » à Sandro, qui semble habitué à ce qu’on lui parle comme ça. Sans se départir de son sourire, il lui offre une eau pétillante européenne garnie d’une rondelle de citron.

Rien que ça !

– À nous ! s’exclame Cecilia en levant son verre.

– À nous ! répète tout le groupe en chœur.

Nous prenons le temps de savourer nos verres ensemble, dans ce décor idyllique, puis Cecilia envoie tout le monde se changer.

– Rendez-vous sur le pont dans dix minutes ! ordonne-t-elle.

– Oui, chef ! répond Sidney en mimant un salut militaire.

Nous nous éparpillons, et je me rends compte que chacun semble connaître ce yacht comme sa poche. Personne n’hésite face aux couloirs, tous connaissent le chemin de leur cabine. Je regarde Hunter disparaître avec Mike dans un couloir, et Paris qui s’échappe avec Hillary en riant, cette dernière refermant la porte derrière elle dans un claquement violent.

Eh bien au moins, son discours est clair…

Je me retrouve soudain seule sur le pont. Qu’importe, je vais me débrouiller ! Je devrais peut-être visiter la salle des machines et le garde-manger au passage, mais je finirai par trouver mon chemin.

On y croit !

Heureusement, Jasmine émerge au détour d’une coursive et me sauve la mise. Calquant mon pas sur le sien, je suis libre d’admirer ce qui m’entoure. J’avais déjà vu des reportages sur les plus beaux yachts du monde et la réalité n’est pas décevante ! Des salons, des chambres, un bar, une grande cuisine… Sur trois étages, le palace flottant de l’oncle de Stuart est un bijou.

J’y retrouve toutefois la même sensation qu’à la villa Soledad. Ici, tout est impersonnel. Des tableaux aux lampes, tout est neuf, il n’y a aucun souvenir. Il pourrait appartenir à n’importe qui, il n’y a aucune trace des propriétaires, si ce n’est des initiales dorées, brodées sur le linge.

Jasmine m’ouvre une porte, du même bois clair que le reste du bateau, sur laquelle mon nom a été gravé au sein d’une plaque dorée.

Tout ça pour quelques heures ?

– N’hésitez pas à m’appeler par cet interphone, Mademoiselle, dit-elle en me montrant le petit boîtier près du chambranle. La ligne mène directement à la salle de contrôle, où je serai quand je ne suis pas avec vous.

– Je… merci, Jasmine.

Sur un dernier sourire, elle ferme la porte et je me retrouve seule dans ma cabine. La pièce est sublime. Lit ovale, qui rappelle les hublots dorés, couverture brodée bleu marine et turquoise, estampes rappelant les nénuphars blancs de Monet… Tout est précieux et raffiné. Les bougies sur la table de chevet en merisier laissent dans la pièce un parfum discret et apaisant. Il faudrait que je m’en procure une pour maman, elle adorerait !

J’ouvre une porte et découvre la salle de bains privative : une petite douche italienne, une jolie vasque et un grand miroir… Il y a des produits de beauté disposés dans un petit panier en osier. Crème hydratante à la rose, gommage au sel marin, gelée après-soleil pour les cheveux… Tout est pensé pour le confort des hôtes ! Et ce soir, je vais pouvoir me faire jolie après les sensations fortes !

D’ailleurs, il est temps de me changer. J’enfile rapidement mon maillot de bain deux pièces. Simple et sans extravagance, un bleu ciel uni aux boucles argentées sur les hanches et dans le cou… Il est magnifique. J’ignore la marque et le prix, mais je ne peux nier que ce cadeau me plaît ! Moi qui n’aime pas trop mon corps, il semble gommer les rondeurs de mes hanches et sublimer celles de ma poitrine.

Un peu magique ce tissu, non ?

Mais il y a quand même le reste… Mes cuisses, ma peau pâle, mon petit ventre, mes épaules… Face à mon reflet dans le miroir, je respire un grand coup. Il faut que je me répète que c’est dans la tête, que toutes les filles de la villa passent leur temps à se plaindre d’être trop ceci ou pas assez cela, alors qu’elles sont parfaites.

Si ça vaut pour elles, ça vaut pour moi !

Tu vas marcher en maillot de bain et te dire que tu es canon avec tes imperfections. Personne ne va hurler en te voyant ou pire, rire.

Je relève la tête, pose mes lunettes de soleil sur mon nez, attache mes cheveux en queue-de-cheval et remonte sur le pont, déterminée. C’est la semaine de tous les défis et celui-là est de taille : m’accepter comme je suis et arrêter de me cacher.

Chiche ?

Soudain, au détour d’un couloir, je tombe sur Hunter et Mike qui chuchotent en lisant des messages sur leurs téléphones.

Autant Hunter est égal à lui-même, concentré, calme, autant Mike a l’air agité et stressé. Ce qui tranche très nettement avec ce qu’il montre de lui habituellement, un mec qui ne se soucie de rien, immature et drôle.

De quoi s’agit-il ? Les cours ? Une histoire de fille ? Des problèmes familiaux ?

Hunter lève les yeux en ma direction et me regarde sans ciller, le visage neutre. Mike quant à lui sourit comme à son habitude. Je suis mortifiée, je me sens nue, pâle, affreuse. Je ne sais pas où mettre mes mains, et je leur lance un salut un peu gauche en rougissant.

– Tu es perdue ? m’interroge Mike, bienveillant.

– Les autres sont là-haut, m’annonce Hunter en regardant de nouveau son téléphone.

Je m’enfuis dans l’escalier sans me retourner. Hunter se moque complètement de moi, que je sois en maillot de bain ou pas.

Je suis superbe. Je suis même canon.

Pour l’auto-persuasion, tu repasseras, hein…

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