Sea, sex & me - 2
5. Pas encore lui
Ella
– Alors, c’était comment la plage ? demande une voix grave derrière moi.
Surprise, je sursaute et laisse tomber la bouteille d’eau que j’avais dans les mains. Une Évian fraîche, caprice de la mère de Hunter qui exige de l’eau minérale française dans toutes ses demeures. J’ai appris cela en discutant avec Felipe, il y a quelques minutes.
Je me retourne brusquement, furieuse de m’être laissé surprendre, furieuse de frissonner au son de sa voix, de rêver encore de sa peau contre la mienne.
Quand je dis maso !
Hunter est appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés. Son tee-shirt blanc fait ressortir son bronzage, ses muscles saillants, et je dois faire un effort pour me concentrer sur son visage. Ses lèvres pleines, ses yeux sombres, ses cheveux en bataille…
Je vais entrer tout entière dans le réfrigérateur, ça me fera du bien !
Il hausse un sourcil et son regard s’anime d’une lueur amusée… qui me remet aussitôt les idées en place. C’est le type qui me méprise, se moque de moi et m’appelle constamment « Baby girl ».
Je ramasse ma bouteille d’eau et en prends une gorgée, pour me redonner contenance.
– C’était super, j’ai adoré la plage, réponds-je en plantant mon regard dans le sien. Marco m’a mise au miniclub, j’ai fait quelques pâtés de sable, il m’a payé une glace. Ensuite j’ai fait un caprice pour avoir une piñata, alors il m’a promis que si je me tenais tranquille, j’aurais droit, la prochaine fois, à la licorne arc-en-ciel.
– Parce qu’il y aura une « prochaine fois » ? demande-t-il sans se départir de son sérieux, ni relever mon sarcasme.
Mais qu’est-ce qu’il m’agace !
– Écoute, dis-je en m’approchant d’un pas. Il me semble que tu as été plutôt clair. Tu fais ta vie, moi la mienne. On fait tous les deux des efforts pour Paris, mais Baby girl et Super Hunter n’ont pas besoin d’en faire plus. Marco est un chouette type, il est généreux, galant… Et il a un côté secret et mystérieux qui le rend très sexy, si tu veux absolument tout savoir. Il écoute quand on parle, il s’intéresse et ne semble absolument pas juger les gens sur leur apparence. Voilà pour le compte rendu. Maintenant, reste hors de ma vie et je resterai hors de la tienne. Deal ?
Nos regards s’affrontent un long moment, mais je refuse de baisser les yeux la première. Le sien est insondable, parfaitement contrôlé, et je sens son souffle chaud sur mes lèvres, tout son corps tendu à l’extrême près du mien.
À quel moment nos corps ont-ils déjà été aussi proches ?
– Non, souffle-t-il enfin.
– Comment ça, non ? réponds-je, interloquée.
– Non, Baby girl, répète-t-il avec un sourire en coin. Pas deal.
Et sur ces mots, il me dépasse et me frôle pour aller chercher, lui aussi, une bouteille d’eau fraîche. J’en reste bouche bée, les yeux rivés sur son dos musclé.
C’est quoi ce plan ?!
– Oh… et un dernier conseil, Baby girl. Ne t’approche pas trop de Marco.
Tout cela sur un ton très calme, très posé… et sans se retourner. Il me donne un ordre, s’attend à ce que j’y obéisse, et il ne prend même pas la peine de se retourner pour vérifier ce que j’en pense. Il a l’habitude, bien sûr, qu’on s’exécute sans discuter !
Mais je le hais, ce type !
– Tu sais quoi ? Tes conseils, tu peux te les mettre où je pense, lâché-je froidement.
Et sur cette sortie, ô combien élégante et spirituelle, je tourne les talons et quitte la cuisine en tremblant de rage. Pourquoi faut-il toujours que cela se passe ainsi ? Il souffle le chaud et le froid, semble s’intéresser à moi, pour ensuite mieux me mépriser, et finalement il refuse de prendre ses distances… C’est à se taper la tête contre les murs !
Je passe devant une fenêtre qui donne sur l’océan, et je me reprends aussitôt. Il fait un soleil radieux, j’ai la chance d’être au Mexique, en vacances avec ma meilleure amie, et de bénéficier de mille opportunités de découvertes et de fêtes. Je ne vais pas laisser Hunter gâcher toute ma semaine !
Face aux vagues scintillantes, je me fais deux promesses : ne plus répondre à ses provocations, et briser le cercle toxique qui s’est dessiné entre nous. Je lève ma bouteille vers l’océan en un toast imaginaire.
À la santé de mes résolutions ! Qui seront mieux tenues que celles du Nouvel An…
Pleine d’une énergie nouvelle, je me retourne… et tombe sur Hillary qui sort de sa chambre. Elle est sublime, pieds nus, vêtue d’une robe légère en mousseline transparente jaune, laissant voir un bikini noir minuscule qui couvre à peine sa peau caramel.
Elle est sexy sans faire d’efforts et dégage une classe et une prestance dont je ne pourrais que rêver.
– Ouh là là, ma petite ! s’exclame-t-elle en me détaillant des pieds à la tête. Il faut se protéger quand on prend le soleil… ou pas. Mais ça, c’est seulement si tu tiens à ressembler à un homard ! Oh, je peux prendre une photo de toi ? Faut que je montre ça à mes copines ! Tu es si… rouge !
Et toi, tu es si… peste !
Je me retiens de lui répondre. Je m’accroche à ma bonne résolution : rien ne gâchera mes vacances !
Si je me le répète encore et encore, je finirai bien par y croire, non ?
Je la plante sans un mot et m’échappe dignement vers le jardin. Heureusement, le sourire de Sidney m’offre un réconfort bienveillant immédiat. Installé sur la terrasse, face à l’océan, il porte un bob et a choisi de ne pas étaler sa crème sur le nez, histoire d’être sûr de ne pas se faire brûler. Il me tend ses bras pour m’enlacer, et je me laisse faire avant de m’asseoir sur le transat voisin du sien. Il me tend son tube de crème, que j’accepte avec reconnaissance. J’en mets moins que lui, mais je suis bien obligée de penser aux quelques rougeurs qui s’étalent sur mes jambes.
Fichue peau pâle !
– Solidarité ! s’exclame-t-il avec un petit sourire. Mais on peut être sûrs d’une chose : quand ils seront vieux et tout ridés, on aura encore l’air de deux statues grecques !
– Chic, on va terminer au Louvre !
– Ah, la France… Il doit y faire frais à cette époque de l’année !
– Je ne pensais pas rêver de fraîcheur, moi qui me plaignais encore hier matin du froid qui n’en finissait pas à New Heaven ! Mais j’avoue que là…
– On veut toujours ce qu’on n’a pas, me lance Sidney avec un clin d’œil.
Il ne se rend pas compte qu’au même moment, l’arrivée de Hunter illustre ses propos de la façon la plus déroutante qui soit.
Quelqu’un m’en veut là-haut, ce n’est pas possible !
Hunter tente un léger sourire en ma direction. Mon premier réflexe est de le lui rendre, mais je me retiens et détourne les yeux, indifférente.
Ella = un, Hunter = zéro !
Sidney semble étonné, mais ne fait aucun commentaire. Tant mieux, car je ne sais pas vraiment ce que j’aurais pu lui dire…
J’ai autant envie de gifler ton cousin que de l’embrasser ?
Si je nourris les requins avec ton cousin, ça te pose un problème ?
Y a-t-il des requins au Mexique ? Ce serait peut-être une bonne idée de vérifier avant ma prochaine sortie en mer…
La voix de Cecilia retentit soudain.
– Tous dans le jardin, et au pas de course !
Amusés, Sidney et moi nous nous levons. Ce petit bout de femme énergique ne peut que redonner le sourire ! Les poings sur les hanches, le regard pétillant et vibrante d’énergie, elle nous regarde nous rassembler en arc de cercle. Hunter se retrouve face à moi et Hillary se faufile tout près de lui. J’évite résolument de les regarder, préférant me concentrer sur Paris qui sort de sa sieste, fraîche comme une rose, ou Stuart qui va se poster à côté de Cecilia. Ils échangent un regard de connivence.
– Les amis, commence Stuart. Si nous vous avons réunis ici, Ceci et moi…
« Ceci ? » Ils en sont déjà à se donner des surnoms ? Paris a le nez fin, son plan a l’air de marcher !
Ça promet pour Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom… et je m’en fiche, d’abord !
– Stuart et moi avons pris en charge le programme de l’après-midi. On ne peut pas profiter de tout ce que le Mexique a à nous offrir en restant à la villa, comme si nous étions dans une émission de télé réalité, lance Cecilia.
– Ce serait drôle de faire un confessionnal, intervient Mike.
– Oh oui, et on ferait semblant de craquer en critiquant les autres habitants, poursuit Paris en faisant un high-five à Mike.
– « Je ne peux plus blairer Kevin, il était bourré hier soir et il a encore pissé sur mon oreiller. Mon lit n’est pas une litière, merde ! » déclame Stuart en prenant une voix haut perchée.
Nous éclatons tous de rire, même Hunter, à ma grande surprise.
– Bon, reprenons, parce que mine de rien l’heure tourne. Vous avez une demi-heure pour rassembler vos affaires, on se retrouve tous dans le minibus direction Isla Contoy !
– Cecilia l’a privatisée ce matin, reprend Stuart. Au programme : rafraîchissements sur le yacht, jet-ski, puis repas autour d’un feu de camp sur la plage. Inutile de préciser : open bar !
Nous applaudissons tous Cecilia, devenue naturellement la responsable des loisirs de la villa Soledad. Elle nous fait une révérence, mais je vois Hillary lever les yeux au ciel tandis qu’Hunter, les sourcils froncés et le visage grave, regarde son téléphone. Il recule discrètement alors que tout le monde s’agite autour de la piscine.
Quoi, M. Hunter est trop bien pour participer à des activités de groupe ?
Eh bien, tant mieux… Si, tant mieux !
– Hey mon vieux, il te reste vingt-cinq minutes pour aller préparer de quoi te baigner et te couvrir ce soir. Après une journée au soleil, on caille le soir sur la plage, lance Mike à Hunter.
– Ouais, mais… Je ne suis pas sûr de pouvoir venir, j’ai un truc à régler.
– Ah non ! Tu viens ! La dernière fois qu’on a fait du jet ensemble tu m’as mis une belle dérouillée à la course. Pas question que je n’obtienne pas réparation !
– Et puis, qu’est-ce que tu peux avoir de si urgent à gérer depuis le Mexique, alors qu’on est en vacances ? demande Stuart qui écoutait leur conversation.
C’est comme si tout le monde mourait d’envie de connaître la réponse, puisque sans nous concerter nous faisons le silence autour d’Hunter, qui finit par ranger son téléphone dans sa poche avec un profond soupir.
– Je suis un garçon occupé, Stuart. Mais d’accord, je vais venir ! Pas parce que vous insistez, mais parce qu’il est impossible de laisser une bande de fous partir en mer sans chaperon.
– Arrête de faire le papa, Hunter, j’ai entendu l’histoire du zodiac que tu as planté dans la coque du bateau de Papy, s’amuse Sidney.
Hunter éclate de rire, tout comme Paris.
– Justement, renchérit-il, je peux vous être utile en cas de pépin, puisque j’ai fait plus de conneries dans ma vie que vous tous réunis.
– Je sens qu’on va bien se marrer, s’écrie Hillary dans un excès d’enthousiasme qui laisse, l’espace d’une seconde, le groupe perplexe.
Heureusement, la future chirurgienne peut compter sur sa bienveillante et fidèle Paris pour lui sauver la mise. Mon amie se met à taper dans ses mains et à sautiller sur place avec Hillary, pleine de joie. Et ça me fait mal au cœur de voir ça.
Hillary se jette ensuite dans les bras de Hunter, surpris. Il reste un instant immobile puis la repousse tranquillement avant de s’éloigner, entraîné vers la villa par Mike. J’entends des bribes de leur échange, où il est question de chronomètre, de vague traîtresse et d’un Juan.
Je me retourne et le regard noir d’Hillary me cloue sur place. Elle ne dit rien, ne s’approche pas, mais le message est clair : « Il est à moi, mets-toi bien ça dans le crâne. »
Je bouillonne et détourne le regard. Pour qui se prend-elle ? Je ne suis ni violente ni agressive, mais si elle me cherche, elle va finir par me trouver !
Par chance, Stuart et Cecilia m’attrapent par les épaules pour m’emmener à l’intérieur de la villa. Ils n’ont pas compris la scène, mais leur enthousiasme à m’en extirper me fait du bien.
– Tu as déjà fait du jet-ski ? demande Stuart.
– Tu es déjà montée sur un yacht ? ajoute Cecilia.
– Tu as peur des requins ?
– Tu sais faire un feu ?
– Tu connais des chansons de colonie de vacances ?
– Ou des chansons à boire de colonie de vacances ?
– Parce que nous, oui !
Et ils commencent à chantonner une mélodie fausse, dont je ne comprends pas les paroles tellement ils rient.
Une minute… Stuart a bien parlé de requins ?!
OceanofPDF.com