Sea, sex & me - 2

Ann Fox · Chapitre 8 sur 16

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Sea, sex & me - 2

7. Avis de tempête

 

 

Ella

– Ella, tu es superbe ! s’exclame Paris dès que mon arrivée sur le pont.

Elle se précipite vers moi, tout sourire, me prend la main et me fait tournoyer. Je me sens un peu ridicule, un peu gauche… mais l’enthousiasme de mon amie est contagieux.

– C’est grâce à toi, réponds-je.

– Pff ! fait-elle en balayant mes mots d’un geste. C’est toi qui portes ce maillot comme une déesse ! Je le savais, cette coupe et cette couleur te vont super bien. Ça fait ressortir tes yeux bleus et tes cheveux bruns !

Son sourire, chaleureux et sans faux-semblants, me fait du bien. Grâce à elle, je me sens presque à l’aise dans cette tenue, et j’ose me tenir à ses côtés sans comparer son corps au mien. Certes, elle est plus grande, plus fine et plus élancée, plus dorée que moi dans ce micromaillot de bain blanc… Mais si elle me trouve belle, c’est qu’il y a des raisons, non ?

Sidney arrive, vêtu d’un long maillot de bain et d’un tee-shirt. Il porte aussi un bob et de la crème épaisse recouvre toutes les parties de son corps à l’air libre.

– Blanche-Neige, tu es magnifique ! s’exclame-t-il.

Entre le frère et la sœur, mon ego est heureusement boosté !

– Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas être cramoisie comme moi, mais je veux ton secret ! lance-t-il.

– J’ai une huile sèche qui fait écran total ! réponds-je avec un clin d’œil de conspiratrice. Ça ne se voit pas, mais c’est protection maximale. Je t’en donnerai tout à l’heure.

– Sidney, ton salut est arrivé ! s’exclame Paris en riant, avant de s’enfuir pour échapper au coup de coude joueur de son frère.

– Non, mais sérieusement, reprend-il avec un sourire béat, tu sais que tu viens peut-être de me sauver la vie et donc, potentiellement, ma vie sexuelle ?

– Je veux être marraine de ton premier enfant, Sidney…

– Deal !

Nous nous tapons dans la main en riant, puis répondons à l’appel de Cecilia qui nous rassemble sur le pont. Comme dans un effet de déjà-vu, je me retrouve avec Hunter et Hillary face à moi.

Vu mon karma, j’ai vraiment dû faire des trucs atroces dans mon passé…

– On va constituer les équipes, et on tirera de nouveau au sort pour chaque activité. Ça tombe bien, on est en nombre pair ! annonce gaiement Cecilia.

À côté d’elle, Sandro porte un saladier en verre dans lequel sont pliés de petits papiers blancs avec nos noms inscrits dessus. Notre organisatrice fait les choses bien, et sérieusement !

– Et pourquoi, puisqu’on est majeurs et vaccinés, on ne choisit pas nous-mêmes notre équipe ? demande Hillary en glissant un regard à Hunter.

Mais il ne lui accorde aucune attention, trop occupé à plaisanter avec Mike. Ce ne sont pas les mêmes hommes que j’ai croisés tout à l’heure ! Ces deux-là sont à nouveau animés par l’envie de s’amuser. Curieux.

– Team-building ma chère Hillary, déclare Stuart, solennel. On se mélange, on se découvre des affinités et on tisse des liens indéfectibles. C’est l’esprit même du Spring Break !

Je prie secrètement pour ne pas tomber sur Hillary. Je ne supporterai pas ses caprices une après-midi entière, je serais capable de la jeter à bas du jet-ski et de l’abandonner au milieu des vagues !

– Hunter et Ella ! annonce Cecilia.

Je suis bien trop secouée pour analyser la réaction d’Hunter qui se fend d’un sourire, peut-être forcé ? Ou alors, il est amusé par cette situation.

Quoi que j’aie fait dans une vie antérieure, je demande pardon !

– C’est parti ! lance-t-il en prenant le gilet de sauvetage que lui tend un certain Marcelo.

Il ôte son tee-shirt et je découvre son torse, bronzé, musclé. Il semble avoir la peau douce, comme dans mon rêve. Mon cœur s’accélère. La découpe de ses épaules bombées, ses bras secs et musclés, ses veines gonflées au niveau des avant-bras… Je détourne le regard pour sous-peser mon gilet de sauvetage rembourré et l’enfile avec beaucoup moins de dextérité qu’Hunter.

Quand il s’approche de moi pendant que les autres noms sont tirés au sort, j’ai le temps d’être foudroyée du regard par Hillary, qui m’observe comme si j’avais truqué le jeu.

J’aurais pu… mais certainement pas pour ce résultat !

– Tu as accroché samedi avec dimanche, me dit-il, amusé.

Je hoche la tête, et tandis qu’il remet tout en place, je demeure subjuguée par son visage. Il fronce les sourcils, concentré. Ses cheveux blond foncé se sont déjà un peu éclaircis avec le soleil, et je vois que quelques taches de rousseur, très discrètes, sont apparues sur l’arête de son nez fin. J’aime sa bouche bien dessinée, sa mâchoire carrée et, face à tant de virilité, je me trouve soudain gauche avec mon gilet mal mis et mes attitudes de gamine impressionnée.

– Et voilà ! dit-il en relevant les yeux.

Ils s’ancrent aux miens, et je perds mon souffle. Il est tout proche, il suffirait que je me hisse à peine sur la pointe des pieds pour…

Ressaisis-toi Ella !!

– Merci, réussis-je à articuler.

Éloquence, zéro…

Il hausse les épaules puis se détourne. Nous descendons par l’escalier, sur la petite embarcation flottante attenante au yacht, pour accéder aux jet-skis qui tanguent doucement sur la mer turquoise. Il y en a quatre, en tout. Hunter choisit le plus proche et grimpe dessus. Il attache une dragonne à son poignet, puis me tend la main.

– À toi ! dit-il en souriant.

Et je suis tentée d’accepter sans me poser de questions, en faisant taire ma raison. Il est là, auréolé de soleil, souriant et sûr de lui, prêt à m’entraîner dans une aventure inédite, mais…

– Tout va bien ? demande-t-il en me voyant demeurer figée.

– Les… les requins, dis-je en rougissant. Il y en a… vraiment ?

Je me sens ridicule et enfantine, mais je n’y peux rien. Les paroles de Stuart m’ont mis le doute, et j’imagine les squales affamés sous l’eau calme. Je m’attends à ce qu’Hunter me rie au nez, mais il n’en fait rien. Au contraire, il se redresse sur le jet-ski et me tend la main d’un geste plus assuré encore.

– Tu n’as rien à craindre, je t’assure, dit-il. Les attaques de requins sont très rares, voire inexistantes dans ce coin. Et on n’en recense quasiment aucune au large du Mexique. De plus, les équipes du yacht se tiennent au courant des déplacements des animaux potentiellement dangereux pour assurer notre sécurité. On pourrait plonger depuis le pont supérieur et nager sans souci !

J’ignore si ce sont ses paroles, ou simplement son ton affirmé et apaisant, son regard franc et dénué de toute moquerie, mais mes peurs s’envolent. Et je pose ma main dans la sienne, retenant un frisson au contact de ses doigts chauds.

– Mets ton pied là, explique-t-il en me montrant le petit repose-pieds et enfourche le jet-ski. Tu vas te retrouver derrière moi, sur le deuxième creux du siège.

Mon Dieu je vais devoir être collée à Hunter, cuisses contre cuisses.

Je n’avais pas prévu ça !

Si, à mon grand étonnement, j’exécute la pirouette sans trop de mal, je suis encombrée par mes bras une fois assise. Où les mettre ? Hunter remarque ma gêne et s’en amuse.

– Tu peux t’accrocher à ma taille, si tu veux. La vitesse risque de te surprendre.

Gloups…

– Elles servent à quoi les poignées sur le côté ? demandé-je, intriguée.

– À se tenir, si tu préfères éviter tout contact avec moi, me répond-il d’un ton plus neutre.

– Eh bien, je vais faire ça alors !

– Comme tu veux, conclut-il en démarrant si vite que je n’ai pas d’autre choix que de me cramponner à lui pour ne pas tomber.

Impossible qu’il ne l’ait pas fait exprès ! Mes jambes nues touchent les siennes et j’entoure de mes bras crispés le corps de cet homme qui me fait autant fantasmer qu’enrager. Mon cœur bat à cent à l’heure et je n’ai jamais connu de vitesse aussi grande. Une première vague nous fait littéralement rebondir, je pousse un cri de surprise et Hunter m’imite en riant.

Nouvelle vague, je me cramponne un peu plus fort et pose instinctivement ma tête contre son dos. Son corps puissant contre le mien, ses cuisses bronzées qui contrastent avec les miennes, ses cheveux qui volent avec le vent… Ma température monte en flèche !

– Tu es prête ? hurle-t-il par-dessus le bruit du moteur.

– À quoi ? demandé-je sur le même ton.

Pour toute réponse, il donne un nouveau coup d’accélérateur, nous emportant au-dessus des vagues. Les éclaboussures de la houle fouettent mon visage, et j’ai l’impression de voler ! Je pousse un grand cri d’allégresse, qui le fait rire. Et je regarde défiler le paysage, en souhaitant que cet instant magique ne se termine jamais…

Le spectacle est merveilleux. Le soleil, la mer, la côte mexicaine qui se découpe à l’horizon… Je vois Hillary et Cecilia faire quelques dérapages, j’entends Paris et son frère se crier dessus et je vois le jet-ski de Mike et Stuart foncer à vive allure en notre direction. Sans se consulter, Mike et Hunter se lancent dans une course de vitesse. Stuart et moi avons le temps d’échanger un regard amusé, avant d’encourager nos pilotes respectifs.

Que la meilleure équipe l’emporte !

Mike essaie de gagner du terrain, mais Hunter le maintient à distance, et joue même à tourner autour des deux autres équipes, qui nous encouragent à renfort de grands gestes et de cris inaudibles.

Et soudain, alors que nous avions déjà de l’avance, nous les doublons de nouveau. Nous venons de leur prendre un tour de yacht complet, nous avons gagné !

Je pousse un ululement de joie, auquel me répond le rire de Hunter, qui ralentit peu à peu. Le ressac des vagues se fait plus présent, et au changement de lumière, je prends conscience que nous jouons sur l’eau depuis maintenant une bonne heure.

– Alors, ça t’a plu ? me demande Hunter en me jetant un regard rieur par-dessus son épaule.

– C’était génial ! réponds-je, tout sourire.

Nous restons un instant silencieux, les yeux dans les yeux. Quelque chose passe entre nous, un mélange d’adrénaline, de jeu, d’enthousiasme, de… d’attirance ?

Terrain glissant, Ella, terrain glissant…

– En tout cas, tu as super bien tenu le coup, mieux que je ne le croyais ! dit-il.

– Vraiment ? demandé-je, soudain méfiante.

– Oui, je croyais que j’allais devoir m’arrêter au bout de trente secondes parce que tu pousserais des cris de souris… Bon, tu m’as presque empêché de respirer une fois ou deux, mais sincèrement tu t’en es bien sortie.

Et voilà.

En quelques mots, Hunter vient de me rappeler ce que je représente à ses yeux. Une enfant. Une gamine fragile, peureuse, dont il peut se moquer. Cette attirance, cette chaleur entre nous, je l’ai imaginée.

Et ça fait mal.

Il sonde mes yeux, ses taches de rousseurs chatouillent son nez, ses cheveux sont mouillés, ce qui le rend encore plus sexy. Je détourne le regard, cette proximité est insupportable… c’est trop.

– Baby girl ?

Et soudain, j’explose. C’est le « Baby girl » de trop, le contact entre nous me fait perdre pied. Mes sentiments contradictoires s’affrontent. Sans réfléchir, je saute dans l’eau sous son regard éberlué.

– Merci pour le tour Hunter, je vais rentrer à la nage.

– Mais qu’est-ce qui te prend ?! s’exclame-t-il.

– Si tu es venu pour me pourrir les vacances : félicitations, tu as gagné.

Je tente d’applaudir mais, nageant en même temps, je manque de boire la tasse. Il met le moteur et me suit, lentement. Cette scène est aussi risible que pathétique.

– Ella, va falloir que tu m’expliques. Je ne comprends rien, dit-il calmement.

Plus encore que ses mots, c’est ce calme qui renforce ma colère. Il semble supérieur, comme s’il s’adressait à une enfant capricieuse.

– Tu veux me comprendre ? Arrête de m’appeler « Baby girl », une bonne fois pour toutes. Je m’appelle Ella. C’est simple, c’est court, tu peux y arriver !

Je continue de nager tant bien que mal, avec le peu de dignité qu’il me reste.

– Mais « Baby girl » ça te va bien, proteste-t-il. Tu es jeune et tu as des grands yeux naïfs, c’est affectueux !

Pourquoi je n’entends que du sarcasme ?

Sûrement parce qu’il n’y a que ça…

– Je ne suis pas SI jeune, Hunter, j’ai quatre ans de moins que toi, quatre ans !

– Ouais, mais tu as parfois la mentalité d’une enfant de quatre ans, la preuve, regarde-toi nager tout en râlant.

Il commence à rire. Il a raison, encore une fois, cette situation est saugrenue, mais illustre bien ma relation avec Hunter. À ses côtés, j’ai toujours l’impression d’être nulle, ridicule, puérile. Lui calme, splendide, sur son jet-ski… C’est insupportable.

– Bon allez, monte !

Il me tend la main, amusé. J’aimerais reprendre le dessus, lui montrer que ce n’est pas un caprice, qu’en vingt-quatre heures, il a réussi à me blesser à de nombreuses reprises. Que ses mots m’ont fait mal hier soir. Que ses excuses m’ont fait du bien, mais qu’il a tout gâché le lendemain matin. Que je ne supporte pas son ex. Qu’elle est méchante, qu’elle me parle mal, qu’elle me regarde mal. Que j’aimerais qu’il me voie comme son égale et pas comme une enfant… Et je m’agace moi-même, parce que je sais que mon comportement présent est ridicule. Mais je ne peux pas m’en empêcher.

– Non merci, j’ai envie de nager, dis-je au lieu de lui livrer ce que j’ai sur le cœur.

Il perd patience.

– Si tu comptes rejoindre Marco, ça va prendre quelques heures ! Tu veux que je le prévienne ?

– Je ne crois pas que mon emploi du temps te regarde, ni même t’intéresse. Ce que je fais ou pas avec Marco, c’est mon problème.

– Tu as raison de parler de « problème », c’est le tien, mais ne le fais pas pour me rendre jaloux, ça ne marche pas !

Je m’arrête de nager. Non, mais pour qui se prend-il ? Qu’il puisse croire que je veux le rendre jaloux – même si c’est vrai – ça m’énerve. Il a toujours une longueur d’avance sur moi.

– Tu sais que tu es complètement fou ? reprends-je. Parfois tu es gentil comme hier soir, et je me dis que tu es un mec bien. Et d’un seul coup tu es froid, distant, méprisant. Je ne suis pas assez entraînée, moi, pour parler avec les schizophrènes !!

– Non, mais c’est l’hôpital qui se fout de la charité ?! explose-t-il à son tour. Tu me dis bonjour une fois sur deux, tu peux te montrer douce et drôle et partir en vrille aussi vite à la moindre occasion. Et c’est moi le schizo ?

– Vas-y, continue de me traiter comme une moins que rien, j’ai l’habitude. Je m’en moque de ton attitude de robot sans cœur, ça ne m’intéresse pas les méchants fils à papa qui prennent les filles comme moi pour des demeurées…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’Hunter démarre le jet et me laisse en plan à quelques mètres du yacht. Je suis peinée et je culpabilise immédiatement. Ai-je été trop loin ? Pourquoi ça se finit toujours comme ça entre lui et moi ?

J’ai une boule dans la gorge. Cette conclusion me contrarie au point d’avoir envie de pleurer. Je me sens fautive et puérile. Mais je n’ai pas le loisir de m’appesantir sur le sujet que déjà Paris s’approche de moi en trombe, Sidney accrochée à elle.

– Bah alors, Hunter t’a foutue à l’eau ? demande-t-elle en riant.

Ouf, elle n’a pas entendu… Les autres sont encore plus loin, tant mieux.

– Non, j’avais vraiment trop peur de la vitesse, j’ai préféré rentrer à la nage.

Paris me sourit tandis que Sidney me jette un regard suspicieux. Ça ne va pas être évident de leur faire croire à tous qu’il n’y a pas de malaise entre Hunter et moi.

Chiche ?

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