Secret Defense d'aimer

Axelle Auclair · Chapitre 13 sur 44

Pages du PDF

Secret Defense d'aimer

J’ai franchement l’air con à marcher avec…

Nouveauté.

 

 

– Condor –

J’ai franchement l’air con à marcher avec un muf in serré dans le poing. Donc, Lynx lui a tout expliqué. Mais s’y conformera-t-elle ? C’est une bonne question dont je connais déjà la réponse, c’est oui. Elle est rigoureuse, je lui fais con iance. C’est incroyable, mais c’est pourtant le cas.

Ni un mec, ni une vieille, ni grande sportive, mais indubitablement iable, courageuse et sérieuse. Et amusante. Si on m’avait dit qu’un jour, j’apprécierais cela chez un membre de l’équipe, j’aurais hurlé de ri… ah non. C’est impossible puisque je ne ris pas. J’aurais levé les yeux au ciel, peut-être ? Ou rien fait du tout. Ouais, rien, c’est bien aussi.

Dans le bureau du général, je lui remets des papiers et m’assieds pendant qu’il en prend connaissance. J’ouvre la main pour inspecter le gâteau qui s’y trouve toujours. C’est autrement plus engageant que les barres énergétiques sous plastique, c’est indéniable. Je l’approche du nez pour le humer, les arômes de beurre et de fraise font saliver. Mais je bloque. C’est contraire à ma discipline stricte, j’ai du mal à outrepasser le règlement.

– Cesse donc de le disséquer et mange-le, sinon je te le pique, déclare le général.

– Normalem…

– Arrête un peu. C’est Sabine qui les fait, tu peux y aller sans risque.

– Je sais. Mais c’est nouveau.

– La dernière fois que tu as avalé de la nourriture non emballée remonte à quand ?

– Je ne m’en souviens plus, mais depuis, je suis habitué à me nourrir de rations de combat ou de barquettes qu’on nous livre.

– Même si le chef fait tout son possible pour que ça soit goûteux, ça reste des barquettes. Condor, savoure ça et tu vas redécouvrir des sensations oubliées.

Après un soupir d’agacement, je l’enfourne en entier. Sous le regard amusé du général, je mastique ce… Waouh ! Cette petite bombe de saveurs incroyables. Mais c’est super bon !

– Ça a fait cet effet-là à Lynx et Cobra aussi, s’esclaffe-t-il. Cela fait trop longtemps que vous ne faites que vous nourrir sans aucun plaisir. Grâce à Sabine, offrez-vous quelques douceurs et surtout, pro itez-en sans vous poser trop de questions.

A vrai dire, c’est exactement ce que je fais. Je récupère même les miettes tombées sur mes genoux pour les mettre à la bouche. Je suis vraiment en train de lécher mes gants ?! Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?

– Pourquoi l’ancienne n’en faisait jamais ? je m’étonne.

– Elle vous respectait, mais ne vous aimait pas. Ça fait toute la différence avec Sabine qui apprécie beaucoup Lynx et Cobra.

– J’ai bien remarqué sur la messagerie qu’ils se parlent souvent. Tu ne considères pas ça comme un problème ?

– Absolument pas, bien au contraire. Je n’ai jamais vu les gars aussi souriants. Le fait qu’ils tissent des liens ne gêne en rien le travail. Sabine fait parfaitement le distinguo entre les moments amicaux et ceux où ils sont ses supérieurs.

Il veille et connaı̂t mieux les relations sociales que moi, alors je ne peux que lui céder cette gestion. En revanche, sans en deviner l’origine exacte, apprendre qu’ils se rapprochent tous les trois me laisse un goût amer.

Après notre mise au point sur mon départ en mission ce soir, je descends pour récupérer les documents demandés par message à SC. La porte franchie, je découvre son bureau vide et éteint. Je peste, après elle qui a déjà disparu alors que le dossier est primordial. Je ne l’ai jamais engueulée pour une bonne raison depuis sa prise de poste, mais ce jour vient d’arriver. Comme son oubli est une faute grave qui va me faire rater l’avion, je ne vais pas l’épargner.

[CD : Mes documents ! Ramenez votre cul, immédiatement !]

[SC : Si c’est nécessaire, je reviens tout de suite. Mais pour ce que vous m’avez demandé, c’est sur le bord droit de mon bureau.]

Enervé, je tourne la tête d’un coup sec. Une de nos mallettes renforcées avec fermeture par code est posée bien en évidence exactement où annoncée. Ah ! Je me suis emballé trop rapidement. En m’approchant, je trouve une note de sa part posée dessus avec mon nom inscrit en gros. D’accord, elle a fait son boulot, rien à dire.

[CD : Trouvé. C’est ok.]

Avant de partir, j’entre dans la salle des archives pour rejoindre le coin repos avec l’intention d’opérer à une razzia dans la fameuse boı̂te à douceurs. Elle est placée en évidence à côté de la cafetière, je l’attrape aussi sec. Le couvercle soulevé, j’inspecte le contenu. Dépité, je la secoue puis la jette sur le comptoir. Elle est vide ! Saleté de Lynx qui s’est empiffré ! Voilà pourquoi il est mauvais de s’habituer aux bonnes choses, après, c’est la frustration qui te bouffe.

C’est d’humeur grincheuse que je rentre chez moi pour attendre l’heure du départ à l’aéroport. Mon appartement est le seul endroit où je peux retirer ma cagoule, alors c’est le premier vêtement qui vole dès la porte claquée. Ensuite, une douche prise, une barquette insipide avalée, je m’installe dans mon canapé pour étudier les papiers. Quand la mallette est ouverte, j’avise un sachet transparent posé sur un dossier. Il contient trois muf ins et il est fermé par une note agrafée. A sa lecture, mes lèvres s’étirent. C’est très bizarre comme effet.

« Muf ins certi iés Boîte rose par SC »

Il n’y a pas à dire, elle assure grave.

 

OceanofPDF.com