Secret Defense d'aimer

Axelle Auclair · Chapitre 16 sur 44

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Secret Defense d'aimer

C H A P I T R E 1 0

Logement.

 

[Notes du Docteur Cauvin – 19 décembre : Sujet Condor croisé par hasard. Observation : À nouveau très renfrogné, refuse de s’exprimer.]

– Sabine –

Dans le bureau de Sylvie pour notre café du matin, je lui fais part de mon souhait d’obtenir une chambre pour sous-of iciers célibataires. Sans avoir de grandes espérances, sa réponse est une déception. Malheureusement, il n’y a aucun passe-droit pour leur attribution. De plus, avec mes parents sur la région parisienne, cette option est morte et enterrée. Je n’ai plus qu’à faire le tour des agences pour dénicher un studio dans le privé, ce qui me coûtera la moitié de ma paye pour un placard. Le prix de l’indépendance à Paris est de manger des patates et ne plus sortir. C’est fantastique.

La conversation dérive sur un autre sujet, puis son colonel entre dans le bureau avec des papiers en main.

– Sergent, vous pourriez me taper ce…

Il se tait en m’apercevant et semble embarrassé. Je me lève pour le saluer lorsqu’il me devance.

– Bonjour Maréchal des Logis. Je vous prie de m’excuser. Je ne voulais pas vous déranger. Je repasserai plus tard, lâche-t-il.

Il s’éclipse sans me laisser le temps de réagir. Ça, c’est une fuite en règle. Avec Sylvie, nous nous interrogeons du regard, dubitatives.

– Dis-moi que je rêve, je souf le.

– Il s’est sauvé en te voyant ! C’est fou.

La situation est anormale. Depuis le début, nous avons des relations polies. Son colonel est un homme qui inspire le respect tout en étant sympathique. Son attitude d’aujourd’hui est louche, il se passe quelque chose.

– Allons le voir, je décide.

Pour en avoir le cœur net, Sylvie en tête, nous nous plantons sur le seuil de sa porte restée ouverte. Se sentant observé, il lève les yeux de ses papiers.

– Bonjour mon colonel. Puis-je savoir ce qu’il se passe, s’il vous plaı̂t ?

En avisant ma détermination à le questionner, il se racle la gorge.

– C’est… compliqué. En in non, c’est très simple. Dernièrement, il semblerait que l’on vous ait manqué de respect. En conséquence, il nous a été rappelé de façon of icielle que nous ne devons pas nous adresser à vous. Le message était bien clair : vous êtes sous la protection des CCL, vous ne devez pas être abordée. Vous comprendrez que j’opte pour garder mes distances avec vous. Ou pour être plus précis, ne pas agacer les agents très tatillons à votre sujet.

Je suis… En fait non, pas si étonnée. Avec ce qu’il s’est passé hier, c’était inévitable. Malgré tout, comment leur en vouloir puisque leur unique but est de m’offrir la protection de leur fonction. En revanche, la rédaction du message doit être incisive pour que le colonel qui me voit tous les jours n’ose même plus boire son café en ma compagnie. Egaux à eux-mêmes, ils ont dû laisser le tact dans le placard en promettant de foncer dans le tas. Leur intervention signe ma quarantaine sociale.

– Mon colonel, ils font référence à de la curiosité mal placée, pas à des relations courtoises et polies.

– Je n’ai guère envie de prendre le moindre risque.

– Qu’en est-il pour moi ? interroge Sylvie.

– Le général de la cellule m’a indiqué par téléphone que vous n’êtes pas concernée par cette restriction. Je pense que c’est à vous de les informer des relations amicales que vous entretenez, précise-t-il en s’adressant à moi.

Est-ce bien nécessaire ? A tout surveiller sans cesse, ils doivent même savoir quelles toilettes j’utilise dans la journée. Nous le remercions pour ses explications avant de le quitter pour inir notre café. Sylvie est encore intriguée.

– Ils n’exagèrent pas un peu en faisant un tel vide autour de toi ? Tu ne leur en veux pas ?

– Vu de l’extérieur, ça semble excessif, c’est vrai, je soupire. Mais de l’intérieur, pas tant que cela. Ils l’ont fait pour m’éviter des problèmes de hiérarchie. Cela ne va pas simpli ier les choses pour me faire des amis, mais inalement, ce n’est pas plus mal avec ce boulot. Tant que toi, tu ne m’abandonnes pas, ça ira.

– T’abandonner ? Tu plaisantes ! Grâce à toi, j’ai perdu trois kilos et je commence à avoir un corps digne d’un prof de itness, éclate-t-elle de rire. Plus sérieusement, comme toi, je pense qu’il vaut mieux peu, mais bon, plutôt que beaucoup, mais pas iable.

Elle a raison, de plus ma vie sera simpli iée en n’étant plus obligée d’analyser les questions posées a in d’y détecter des traces d’indiscrétion voilée. Avec Sylvie, je suis tranquille. Sachant déjà pour qui je travaille, elle reste muette.

Après une matinée sans visite ni appel, mes tâches avancent bien. Au cours du repas, Sylvie me remet une enveloppe d’annonces immobilières qu’elle a eu la gentillesse de prospecter à ma place puisque je n’ai pas de connexion dans ma cave. Après ré lexion, elle propose que nous partagions une collocation si nous trouvons un appartement adapté dans nos moyens. Emballée, j’accepte avec grand plaisir, ça ajoutera un peu de vie à la mienne.

De retour au bureau, je m’octroie une pause pour découvrir son résultat à notre recherche : un logement avec deux chambres à loyer abordable. En résumé, nous souhaitons la même chose que des milliers de personnes, alors ce n’est pas gagné. J’arrive au bout de ma lecture, dépitée de ne retenir aucune annonce, quand Lynx entre dans la salle. D’un bon pas, il me rejoint, attrape une tasse sur l’égouttoir pour se servir ensuite un café.

– Salut toi ! Tu lis quoi ?

– Bonjour Lynx. J’ai appris que tu as l’œil qui va avec ton nom de code. Donc, tu sais très bien ce que je lis.

– Bien joué. Tu veux déménager. Pourquoi ?

– J’ai bientôt vingt-cinq ans. J’accepte mon statut de catherinette, mais j’aimerais au moins quitter le nid parental pour obtenir mon indépendance.

– Oh ! Mais tu fais bien de me le rappeler. Etant ton collègue, c’est à moi de me charger de ton chapeau pour la Sainte-Catherine. Je sens que je vais m’éclater.

– Tu n’as pas mieux à faire que confectionner un chapeau ridicule ? Me serais-je trompée en pensant que tu es un agent super sérieux et tout le toutim ?

– Justement ! Un peu de détente sera béné ique. De plus, tu sais à quel point la tradition est importante dans l’armée. Nous nous devons de la maintenir, n’y dérogeons surtout pas, s’esclaffe-t-il.

Ce jour béni où les célibataires de plus de vingt-cinq ans doivent arborer le chapeau vert et jaune — que leurs collègues ont pris plaisir à rendre le plus drôle possible — est le vingt-cinq novembre, jour de la Sainte-Catherine. C’est dans presque un an. D’ici là, il aura oublié et j’échapperai à cette franche rigolade — sauf pour les chapeautés du jour — qui perdure dans nos rangs.

– Ce n’est pas bien de vivre avec ses parents ?

Sa question étrange m’interpelle, alors je lève le nez des papiers. En observant l’homme cagoulé me revient le détail surprenant qu’il n’a pas de famille, tout comme Cobra et Condor. C’est la seule précision divulguée par l’adjudant-chef sur leurs données privées. Il m’arrive d’oublier à quel point leur vie et leur passé sont différents des miens.

– Quand tu as des parents adorables comme les miens, bien sûr que c’est bien. Mais il arrive un moment où tu as besoin d’avoir ta propre vie et non de t’incruster dans la leur. Pour l’intimité et la liberté, c’est mieux.

– Je vois. En in, je crois. Tu as trouvé quelque chose ?

– Pas vraiment. C’est soit trop cher, soit un placard, soit dans un quartier mal famé. Donc, n…

– Je reviens, me coupe-t-il.

Il fonce vers la porte qu’il claque derrière lui pour me planter la bouche encore ouverte. Plutôt que me formaliser, je pouffe. J’ai bien intégré que le tact et la politesse ne font pas partie de leur façon d’être. Ils vont et viennent souvent dans l’urgence, sans porter attention aux détails annexes comme le savoir-vivre.

Une heure plus tard et accompagné du général, il repointe le bout de son nez pour aller tout droit se remplir une tasse. A force, vous avez compris que le budget café de cette cellule doit être proche des inances publiques de certains petits pays. A mes débuts ici, je briquais la cafetière pour m’occuper. Désormais, son nettoyage quotidien est une nécessité.

Ils s’asseyent tous les deux en arborant un sourire satisfait.

– Nous avons un logement à vous proposer, déclare le général.

– Vous avez des appartements dans la poche ? je m’étonne.

– Pas exactement, mais nous disposons de sas sécurisés. Lynx m’a fait part de vos recherches, alors nous venons de faire une petite réunion téléphonique avec Condor et Cobra. Nous sommes tous tombés d’accord sur le fait que votre installation dans l’un d’eux serait béné ique pour vous, comme pour les agents.

– Houlà ! Pour commencer, vous voulez que j’habite dans un sas ? C’est une blague ? Pourquoi pas un parking tant qu’à y être ?

– Pas un sas d’immeuble, s’esclaffe Lynx. Sas est le nom donné à un lieu servant à transiter pour ne pas se faire repérer. Ce sont des box dans des parkings ou de faux bureaux, par exemple. Ils sont utilisés comme caches ou lieux de repos. Celui que nous te proposons, c’est un appartement vraiment bien.

– Bon, c’est déjà mieux. En revanche, je visualise bien le béné ice pour moi, mais moins pour les agents. Est-ce à dire que mon logement sera un hall de gare ?

– Mais non. C’est qu’il est équipé de connexions sécurisées, ce qui peut être pratique.

Lorsqu’il avise mes yeux ronds, il lève les mains en signe de paix.

– Non, vous ne travaillerez pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce n’est pas le but.

– Ce sera un appartement de fonction. Tu n’auras même pas à t’occuper du loyer ou des charges. Et il est entièrement meublé, m’encourage Lynx qui trépigne presque.

Il y a un piège. Je ne sais pas lequel, mais j’ai appris à être suspicieuse avec eux. L’enthousiasme de Lynx ne me dit rien qui vaille. Le général m’observe puis stupéfait, il me pointe du doigt.

– Vous doutez de nous !

A vrai dire, pas qu’un peu.

– C’est trop beau pour être vrai. Vous ne pouvez pas me reprocher de chercher de quelle façon je vais me faire entourlouper.

– Sabine, c’est moche de penser ça, répond Lynx qui adopte un air vexé pas du tout crédible. Allez, je t’emmène le voir. Tu pourras te rendre compte que c’est un super plan.

– Lynx, je travaille. Nous irons plus tard.

– Sabine, se rendre dans l’un de nos sas fait partie des tâches. De plus, Cobra et Condor n’ont pas besoin de vous dans l’immédiat. Lynx, appelle un chauffeur, conclut le général pour mettre in à mes hésitations.

Leur façon de ne pas s’embarrasser avec les détails continue de me déconcerter. Tu as besoin d’une remise en forme ? Zou, on va demander au GIGN de s’occuper de toi. Un Colonel t’a manqué de respect ? Hop, on leur interdit de te parler. Ils sont en total décalage avec le reste de la planète. Le jour où quelqu’un me marche sur le pied par mégarde, je n’ose imaginer leur réaction. Ils vont lui jeter une grenade entre les jambes pour lui apprendre à lever les pieds ? Ils sont fous.

Cette fois-ci, la curiosité prend le dessus, j’accepte donc de suivre Lynx. Lorsque nous arrivons sur place, l’intérêt de leur sas devient limpide. Lynx passe une heure à tout expliquer, je vous résume.

L’immeuble est très moderne, sélectionné en priorité pour ses multiples issues. Entrée pour piétons et accès par voiture au parking souterrain, rien d’inhabituel jusque-là. La particularité du lieu réside dans ses trois sorties de parking qui donnent chacune dans une rue différente. On ajoute deux cages d’escaliers ainsi qu’un ascenseur « public » qui dessert les couloirs, plus un autre privatif pour l’appartement du dernier étage, le douzième. Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que c’est dans ce celui-ci que je me trouve actuellement. L’intérêt est donc qu’ils peuvent entrer et sortir de multiples façons sans être repérés.

Alors que je craignais de me retrouver dans un trou à rat dégoutant — parce que je regarde trop de ilms policiers —, bien au contraire, ce logement est propre et moderne. Tout en longueur pour pro iter de grandes baies vitrées dans toutes les pièces, elles-mêmes desservies par un large couloir lanqué de placards. L’appartement est spacieux, très lumineux, avec des parquets, des murs aux teintes sobres, le tout meublé avec goût dans un style actuel, dont une cuisine ouverte entièrement équipée.

– Eh bien ! Vous ne vous mouchez pas du coude.

– Ben quoi ? C’est un appartement normal. Ou presque. Pour la partie classique, tu n’as pas besoin d’explications, en revanche, viens voir la seconde, déclare Lynx qui retourne dans le long couloir.

Il se poste face au mur du fond, à l’opposé de la porte d’entrée.

– C’est un très joli mur. Il manque un peu de déco quand même, je me moque devant ces dix mètres carrés de peinture nue.

Avec un rictus, il pose la main sur une applique qu’il presse, puis le mur coulisse pour laisser apparaı̂tre un second couloir sombre. Il est fort pour me fermer la bouche, ou la faire béer sur ce coup.

– On est chez James Bond, c’est ça ?

– Tsss, c’est un naze comparé à nous, s’esclaffe-t-il. Suis-moi que je te fasse la visite.

Excitée à l’idée de découvrir un repère secret ultra moderne, je le suis sans me faire prier. Très vite, je déchante. La première pièce, petite et sans fenêtre, réunit les fonctions de chambre, salon et kitchenette, presque un cagibi d’étudiant. La suivante est déjà plus intéressante, un bureau sombre rempli d’équipements informatiques ou de communication, il y en a partout. La troisième salle, toujours sans vitre, est une remise avec du matériel. Je ne parle pas de couettes, oreillers, serviettes ou éponges. Plutôt de gilets pare-balles, masques à gaz, rations de combats et petits accessoires du genre. En revanche, Lynx m’indique qu’il n’y a aucune arme ni munition, tout est con iné dans leur armurerie.

– Ce dernier point est rassurant, mais ça veut dire que vous venez ici pendant vos missions sur le territoire ?

– Oui, pour des périodes d’attente ou de recherches, mais pas longtemps et nous en avons d’autres. Nous n’avons pas l’intention de t’envahir, sois tranquille. Maintenant, écoute-moi bien. La première partie, tu y vis comme tu l’entends à titre privé. La seconde, c’est le seul endroit où tu peux travailler. Les connexions ne sont pas les mêmes. La section maison, c’est le réseau classique, ici, tu es sur le crypté. Aucun papier ne doit sortir et tu ne laisses jamais la porte ouverte si tu n’es pas dedans, même si c’est juste le temps d’aller te chercher un café. C’est compris ?

– Je dissocie totalement les deux, j’y suis ou je ferme. En revanche, je suis limitée puisqu’il n’y a pas la base de données.

– Exact. Les techniciens travaillent sur une solution qui permettrait d’importer les données ici.

– Pour tout ce qui est gestion de la sécurité, je ne m’en mêle pas. Je me contente d’exécuter les ordres, dis-je en levant les mains.

– Et c’est ce qui te rend si iable. Alors, tu es d’accord ? Tu le prends ?

– Une dernière chose qui me titille avant de décider. Est-ce qu’il y a des caméras ?

– Euh… Oui.

Cette information est primordiale. Travailler sous surveillance ne pose aucun problème, en revanche, hors de question chez moi. Voyant que je m’apprête à refuser, Lynx s’empresse de s’expliquer.

– Pas partout ! Seulement une pour l’entrée et le couloir, une autre dans le bureau. Rien d’anormal, non ?

– En effet, ce n’est pas rédhibitoire. C’est bon. Je le prends et merci de me l’avoir proposé.

– Yes !

Son enthousiasme est toujours suspect. Il ne peut pas être uniquement lié à son envie de faire plaisir en résolvant mon problème de logement. Une attitude bien masculine que de venir au secours de la petite femme en détresse, mais pas suf isant. Suspicieuse, je pars à la pêche aux informations.

– Lynx, pourquoi souhaites-tu autant m’installer ici ?

Le regard fuyant, il marmonne. Qu’il soit mal à l’aise est terriblement suspect. Il hésite, souf le, grogne, puis inalement, il avoue tout.

– Je n’ai pas d’ami. Je t’apprécie. Je me dis qu’en habitant ici, on pourrait se voir pour passer du temps ensemble. Pas t’envahir, mais un peu ? demande-t-il avec espoir.

Ce rappel d’une vie faite de solitude est une claque. Il est si touchant à quémander un peu d’amitié.

– Je serai ravie de passer du temps avec toi.

Il n’y a aucune pitié dans mon invitation. On ne peut pas dire que ma vie sociale soit époustou lante. En dehors de Sylvie, je n’ai plus d’amis sur place. Tous ceux que j’avais avant mon engagement dans l’armée ont leur vie, ou bien installés en province ou à l’étranger.

De plus, Lynx est drôle quand il se laisse aller et nous nous amusons bien. Avec un sourire éclatant, il lève le poing en victoire. L’incertitude de son accueil étant effacée, il redevient empressé. Il est même carrément impatient de me faire emménager dans cet appartement puisqu’il me propose d’aller chercher mes affaires dans l’instant.

– Lynx, je me débrouillerai ce week-end, ou le prochain. Ce n’est pas urgent.

– Mais si. Tu seras mieux ici et je veux t’aider.

Parlementer avec eux quand ils ont une idée en tête, ça aussi, j’ai appris que c’est stérile. En matière d’entêtement, ils viendraient à bout de la plus pugnace des mules. Pour espérer avoir gain de cause, il faut éviter la méthode frontale. La ilouterie, c’est mieux. Dans ce cas précis, une solution très simple s’offre à moi pour l’inciter à ne pas s’occuper de mon déménagement.

– Suis-moi, dis-je en me dirigeant vers la salle de bain.

Sans rechigner, il s’exécute. Après avoir allumé la pièce, je me poste devant le grand miroir mural au-dessus du lavabo. Doubles vasques, s’il vous plaı̂t. Un certain présentateur d’émission télé serait aux anges. D’un signe de la main, j’invite Lynx à se placer à ma gauche. Une fois positionné, je pointe du doigt son re let dans la glace.

– Quoi ? J’ai un bout de salade entre les dents ? questionne-t-il en ouvrant la bouche pour s’assurer de la blancheur de ses quenottes.

– Non. Je tenais juste à te rappeler ton aspect avec ta cagoule. Tu imagines la tête de ma mère si tu débarques pour récupérer mes valises. Elle va ameuter le RAID [*].

– Ah oui. J’ai oublié ce détail. Et si on le fait de nuit ?

– Tu prends le risque que mon père te confonde avec un voleur et t’envoie une volée de plombs, je m’esclaffe.

– Oh ! Mais il est vraiment temps que tu partes de chez eux ! Ils sont dangereux ! s’amuse-t-il. Bon, ce week-end, alors ? On te détachera des gars en civil pour t’aider.

– Je n’ai que des bricoles, je le ferai avec Sylvie. Nous n’avons pas besoin de molosses, merci bien. Laisse-moi gérer comme je veux ma vie privée.

– Tu vas inviter ta copine ? Mais…

– Lynx, je ne suis pas stupide. Je n’ouvrirai jamais la seconde partie si quelqu’un se trouve dans la maison, je le coupe en levant les yeux au ciel. De plus, les personnes qui viendront chez moi seront peu nombreuses et iables.

– Je sais que tu as les bons ré lexes, mais je préfère assurer.

Le samedi soir, après deux voyages de valises pleines, Sylvie et moi sommes vautrées sur mon nouveau canapé, nous empiffrant de pizzas pour fêter ma vie de grande ille qui démarre. Elle est déçue de ne pouvoir emménager avec moi, mais il n’y a qu’une chambre. De plus, en apprenant qu’il s’agit d’un logement de fonction, elle fait le rapprochement avec les agents sans poser plus de questions. Elle n’a pas du tout envie de tomber nez à nez avec eux alors qu’elle se trouve en petite culotte au milieu du salon, ce qui se comprend.

Elle a tout de même la même inquiétude que moi, à savoir s’ils ne vont pas venir trop souvent. Au pire, si ça ne me convient pas, comme je n’ai pas signé de contrat, je partirai et puis voilà.