Secret Defense d'aimer

Axelle Auclair · Chapitre 35 sur 44

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Secret Defense d'aimer

Chapitre 23 · Les amis.

[Notes du Docteur Cauvin – 13 février : Sujet Condor m’a contacté pour information. Il a mangé son bonbon, c’est maintenant évident. Comme je le prévoyais, je vais commencer à intervenir pour freiner son besoin de contrôle excessif.]

– Sabine –

Il apprend à une vitesse hallucinante. J’aurais dû m’en douter vu le sérieux avec lequel il se lance dans tout ce qu’il entreprend. Sa façon de me caresser est un bon exemple, c’est un élève très studieux qui épie la plus infime de mes réactions. Il a occupé une partie de la nuit à m’effleurer, me palper sur tout le corps pour analyser et découvrir mes points sensibles. Il a notamment remarqué que m’embrasser dans le cou me rendait toute molle, il passe donc beaucoup de temps le visage niché dans le creux de mon épaule.

Notre première fois s’est avérée moyenne, les trois suivantes plus intenses. Condor s’applique tant que je le soupçonne de rechercher l’excellence, devenir aussi bon tireur qu’avec son fusil à lunette. Je ne vais pas l’en dissuader. J’aime sa concentration pendant la conquête de mon corps. Sa façon de surveiller le moindre frémissement, chaque changement de rythme de respiration, ou sons s’échappant de ma bouche qu’il s’empresse de cueillir sur mes lèvres, c’est très sexy.

Parce qu’il en est l’initiateur, il se délecte de tous les effets, aussi minimes soient-ils. Jusqu’ici, les seuls contacts physiques acceptés avaient lieu lors de ses entraînements en combat ou quand il s’en prenait à quelqu’un. Autant dire qu’au niveau des sensations, c’est totalement inédit pour lui de toucher afin d’offrir du plaisir, et faire gémir l’objet de ses attentions, mais pas de douleur. Ravi d’obtenir ces résultats sur moi, il se révèle très sensuel. Je n’ai pas encore pu en faire de même. J’ai bien essayé au début, mais se laisser palper représente une trop grande nouveauté. Lorsque j’ai posé ma main sur son pectoral que je rêvais de tâter, après une interminable inspiration, Condor s’est pétrifié. Son muscle s’est agité sous mes doigts, comme s’il se révoltait. Voyant comme il luttait, j’ai cessé avec l’intention d’y revenir une autre fois. Je l’ai également remercié d’avoir contrôlé ses réflexes, car j’aurais moyennement apprécié de me retrouver aplatie sur le matelas par une prise de catch.

 

Après cette première nuit mouvementée, je me trouve encore au lit. Étendue sur le dos, je me prélasse en profitant avec bonheur des papouilles prodiguées par mon Condor, c’est un agréable moment de plénitude. Tout à coup, deux mains ceinturent ma taille et sans l’anticiper, je suis retournée vivement d’un seul bloc.

– Les changements de position sont rudes, je bougonne avec le visage écrasé dans l’oreiller.

– Ah. Je note, répond-il en se penchant sur la table de chevet.

Je tourne la tête pour vérifier qu’il ne recherche pas une des armes, qu’il a disposées autour du lit afin d’en garder toujours une d’accessible. Mais non, c’est avec un stylo entre les doigts qu’il griffonne sur une feuille. Un tantinet vexée de ne plus être le centre de son attention, je me renseigne.

– Tu bosses ?

– Non. Je note.

Noter quoi ? Curieuse, je me dresse sur les coudes pour inspecter le papier sur lequel est gribouillé un schéma de corps humain. Et de femme au vu des courbes.

– C’est moi ça ?

– Oui.

– Je n’ai pas de si gros seins ni de hanches si larges, je m’offusque.

– C’est vrai. Mais je suis tireur d’élite, pas diplômé des Beaux-Arts.

Pourtant, il est très doué lorsqu’il esquisse mon corps du bout des doigts.

J’observe avec plus d’attention et m’aperçois qu’il dessine des signes à des points précis, c’est insolite. Cela me rappelle les petits motifs ajoutés par les agents sur les images, celles retrouvées dans les archives.

– J’ai remarqué ce genre de sigles dans vos dossiers. Ça représente quoi au juste ?

– Les ronds sont les endroits visités et les croix, ceux qui ont été nettoyés.

– Autant sur les photos, je vois bien le principe, mais sur mon corps, pas du tout.

– Les ronds, c’est où j’ai testé. Les croix, où tu réagis bien.

– Tu fais une carte de mon corps ! Je n’y crois pas, je m’esclaffe.

– Tu connais un meilleur moyen d’appréhender le terrain ? me toise-t-il.

– Pour le terrain, je ne pense pas. Mais mon corps en est un pour toi ?

– Bien sûr. Et d’une configuration inconnue. Mais grâce à mes notes, il l’est de moins en moins.

À mon air pincé, il comprend qu’être réduite à une surface ne me plaît guère. En plus, lorsque je vois son dessin, cela a tout d’un terrain vague. Mouais. En fait, pour lui, c’est de la topographie.

– Un terrain de jeux ? tente-t-il de se rattraper.

Bon point, Condor. Ce n’est pas mal du tout comme image. Il progresse aussi en tact.

– De bons jeux au moins ?

– Ce n’est pas loin de passer au niveau d’activité favorite, approuve-t-il en souriant. Et ne prends pas mal cette carte aux trésors, parce qu’elle m’aidera à rendre nos amusements meilleurs.

– Argument qui fait mouche. J’ai hâte de dessiner la tienne.

– Ton tour viendra, promis.

En détaillant son croquis, je reconnais qu’il a réalisé un excellent travail. Mes zones les plus réactives sont toutes annotées. Quoiqu’il en manque une et pas des moindres.

– J’ai souvenir que tu as visité mon sexe, et à plusieurs reprises comme de plusieurs façons. Pourtant, tu n’as pas ajouté de symbole. Tu as encore un doute sur la réceptivité de cette zone ?

– Justement, non. Elle est tellement sensible qu’aucune note n’est nécessaire. On en fait ce qu’on veut, s’amuse-t-il.

– Tu vas apprécier quand je parlerai de ta zone avec autant d’insolence.

– Tu ne le feras pas parce que je ne te manquais pas de respect. Pour le reste, j’applique les tactiques que je connais et qui restent les plus performantes.

Même si c’est déroutant, ce n’est que vérité. Il adapte son savoir-faire pour faciliter son apprentissage. De plus, il faut admettre que sa méthode s’avère efficace.

Le papier serré dans le poing, il pose une main sur mes reins pour m’allonger, puis s’emploie à titiller les zones déjà validées. Oh oui, sa technique est parfaite, mes ronronnements soudains le confirment. Je vais peut-être réaliser un croquis quand il me laissera explorer son corps. J’ai hâte parce qu’il faut le voir en action pour comprendre à quel point il est aussi excitant qu’alléchant. Toute cette peau luisante sur ses muscles qui ondulent, c’est hypnotisant.

Après quelques minutes, il délaisse le dessin pour s’allonger contre moi. Ses deux mains chaudes palpent mon dos et malaxent mes fesses. Sûrement motivé par l’envie de changer de face, il m’attrape par la taille pour me retourner sans prévenir. Pour lui rappeler que je ne suis pas un objet, je lui offre un regard de reproches. Ça le fait rire, mais ne l’empêche pas de reprendre ses caresses.

Très attentif, il me cajole les seins, le ventre, puis la cuisse en remontant lentement la main entre mes jambes jusqu’à mon sexe. Je suis déjà bouillante lorsqu’il glisse son doigt entre mes lèvres, puis le pousse en moi.

– Tu mouilles vite. Je t’ai à peine touchée, murmure-t-il en appuyant son pouce sur mon clitoris pour le masser avec délicatesse.

– Condor, nous avons fait l’amour plusieurs fois cette nuit et depuis notre dernière douche, tu m’as caressée au moins pendant une heure.

– C’est vrai. J’espère qu’il ne te faudra pas une heure à chaque fois parce que cela remettrait en cause les grands coups vite fait, déclare-t-il avec sérieux avant de venir sucer la pointe de mon sein.

– On dit les petits coups vite fait, fais-je remarquer en remuant mon bassin pour aller à la rencontre de son doigt.

– Je ne fais pas dans le petit. Jamais. Encore moins avec toi, répond-il sans cesser de mordiller mes tétons l’un après l’autre.

Il fait mine de plaisanter, mais je reste persuadée qu’il refuserait de définir quoi que ce soit de petit nous concernant. Il envisage notre relation avec gravité.

Il décide que les préliminaires sont suffisants, toute frissonnante, j’approuve. Avec précaution, il me recouvre de son corps puissant. Une main glissée sous le genou, il soulève ma jambe délicatement. Que de progrès en si peu de temps. La tête encadrée par ses bras, j’admire l’homme qui me surplombe quelques secondes en silence avant de me clouer au matelas avec son bassin.

Ses lèvres effleurent les miennes quand il entre lentement en moi. Nos soupirs de plaisir résonnent, nos souffles se mêlent, nos regards se verrouillent pendant un instant d’immobilité. Le mien est voilé, le sien est ardent lorsqu’il entame son va-et-vient lascif. Les épaules contractées, tous ses muscles ondoient en rythme, c’est un fauve. Très vite, il intensifie la cadence, de langoureuse, elle devient houleuse. Très concentré sur ses mouvements, j’en profite pour caresser son dos.

Quand il fait l’amour, il reste dans le contrôle. Il adopte une gestuelle dominante, mais la tendresse dont il fait preuve ôte tout sentiment écrasant, c’est uniquement son côté protecteur qui s’exprime. Il n’est pas juste attentif, il ne voit que moi. Je suis le centre du monde. Il est difficile de poser des mots sur un tel ressenti, c’est inouï. Jamais je ne me suis sentie autant en sécurité que dans ses bras, en totale confiance.

Il est mâle à tous points de vue. Sa plastique est un tableau affriolant, mais lorsqu’il ondule au-dessus de moi, c’est carrément affolant. Il m’arrivait de fermer les yeux pendant l’acte avec mes ex, avec lui, ce serait un sacrilège. Il ne faut rien rater, le contempler se mouvoir de façon si féline, se délecter de tous les muscles qui dansent pour moi. Il est sublime.

En revanche, il est difficile de soutenir son regard brûlant. Il scrute chacune de mes émotions, il analyse puis modifie ses gestes ou son rythme en fonction de mes réactions. Lorsqu’il détecte la montée de mon orgasme, il verrouille nos yeux. Sur ce détail, j’ai plus de mal, car encore intimidée. Généreux, il se donne pour offrir le meilleur, donc en attend autant en retour. En résumé, très appliqué, il est d’une efficacité redoutable.

En quelques minutes, je suis pantelante, haletante, donc il accélère. En quelques coups de reins puissants, il me propulse vers l’extase. Il n’en rate pas une miette avant de céder à son tour. Encore ailleurs, j’observe un Condor raidi qui se perd en ahanant, puis s’effondre.

Il bascule aussitôt sur le côté pour me serrer dans ses bras en me plaquant contre son torse. Molle et comblée, je suis docile.

– On va être clair. C’est devenu mon sport préféré, annonce-t-il.

Il est à peine essoufflé quand il se charge de tout le travail. Pour ma part, je suis en nage et cherche de l’air comme un poisson rouge hors de son bocal.

– Ce sport te va très bien.

– Mais comme j’ai un programme d’entretien bien établi, je dois te quitter pour m’entraîner.

– Et moi, j’ai un planning de repos bien calibré, je vais donc en profiter pour dormir, je m’esclaffe.

– Bonne idée. L’effort physique, ça me met en forme. Je serai au top à mon retour. Tiens-toi prête, déclare-t-il avec un regard chargé de promesses.

Un monstre sexuel est né et il est à moi. Je ferai moins la fière quand il m’aura épuisée, mais pour le moment, sa résistance m’enchante. C’est l’attrait de la nouveauté, ça lui passera. Au besoin, je saurai le modérer. Pour l’instant, je baille souvent, c’est tout.

Il se lève d’un bond pour s’habiller à vitesse grand V. En l’observant, je m’aperçois que tous ses gestes sont calculés. Il est précis, organisé, ce qui lui permet de revêtir toutes les couches en moins de temps qu’il ne m’en faut pour retrouver et enfiler mes tongs, ou presque.

Pendant ce temps, je m’étire en couinant pour replacer mon squelette. Il suspend son habillage pour me fixer. C’est amusant, j’ai le sentiment qu’il est déconcentré par ma bouche. Dès que j’entrouvre les lèvres pour soupirer, gémir, ou crier pendant que nous faisons l’amour, il se crispe et accélère. Comme il n’a pas d’expérience — et n’est pas le genre d’homme à visionner des films pornos —, j’imagine que c’est son subconscient qui le fait fantasmer en lui donnant des idées de choses osées et sympathiques à essayer.

Histoire d’en avoir le cœur net, je décide de tester ma théorie. Peste que je suis. De façon lascive, je lèche mes lèvres avec un regard séducteur. Pile et droit au but. Ses yeux s’arrondissent en suivant le bout de ma langue. Le jour où je vais la poser sur son sexe pour la première fois, il se catapultera au plafond. J’ai hâte de le surprendre, mais pour le moment, je cesse de le provoquer en fermant la bouche pour lui rendre l’usage de son cerveau.

Après avoir cligné des paupières, il reprend sa préparation puis s’équipe de ses armes. Une fois prêt, il m’adresse un signe de tête et disparaît. Les bisous et « à tout à l’heure, mon amour », ce n’est pas pour demain. Ni les petits surnoms, d’ailleurs. Avec lui, on oublie les : chéri, lapin, roudoudou ou sobriquet du genre. J’ai bien compris le message : c’est Condor et Sabine, rien d’autre.

 

Après un somme réparateur, une douche revigorante et un grignotage bienfaisant, j’appelle Coralie comme pratiquement tous les week-ends. Cette fois-ci, ce n’est pas pour une conversation entre filles, mais dans le but d’organiser ce dont nous avions convenu il y a quelques semaines. C’est-à-dire sa venue à Paris avec Éric pour les vacances de printemps.

Tout à coup, je me liquéfie. Éric ! Comment ai-je pu l’oublier ! Il comptait profiter de mon lit, autant dire que ce n’est plus du tout d’actualité avec Condor qui en a pris possession pour une période bien définie, c’est-à-dire à vie. De toute façon, je n’ai bien évidemment plus l’intention ni l’envie de poursuivre avec Éric, j’ai craqué pour le phénomène Condor.

Donc, Éric. Sachant que je ne peux pas annoncer l’arrivée d’un homme dans ma vie, comment vais-je argumenter pour qu’il comprenne que ce n’est plus possible entre nous ? Comment vais-je me sortir de cette situation ?

Le plus important à prendre en compte, c’est qu’il est inimaginable de dissimuler quoi que ce soit à Condor. La première raison est qu’il finit toujours par le découvrir puisqu’il surveille tout, et deux fois plus s’il s’agit de moi. La seconde est que notre relation est basée sur une confiance totale.

Vous vous dites que je suis une fille géniale en faisant preuve de transparence sur ma vie. En fait, je suis un peu pétocharde. L’idée de me trouver face à un Condor en pétard qui me reproche des mensonges, ça me tente moyen-moyen. Donc, la solution la plus simple s’avère la meilleure, ne rien lui cacher. Ce qui ne pose pas de souci puisqu’il n’y a aucun cadavre dans mes placards et m’évitera d’en créer.

Pour cette première fois, j’ai oublié mon courage dans le fond de mes chaussettes, alors je ne vais pas lui annoncer la nouvelle de vive voix, mais par message. J’ai dit que je serai honnête et franche, pas dénuée de bon sens.

[SC : Mes deux amis de régiment vont venir passer quelques jours chez moi au printemps.]

Oui, j’ai parlé d’amis et non d’ex. Mais chaque chose en son temps. Je voudrais bien vous voir à ma place, là.

[CD : Amis ? Tu as oublié le e ?]

Je suis bien inspirée d’être honnête, car il remarque même la terminaison des mots que j’utilise. Il est trop futé, je ne fais pas le poids. Je vais tout lui préciser et ça passera crème puisqu’il est intelligent. De plus, il sait très bien que je n’étais pas vierge contrairement à lui, et ça ne l’a pas mis dans tous ses états.

[SC : Coralie, mon amie. Et Éric, mon ex qui est maintenant mon ami.]

[CD : Non.]

Comment ça, non ?

[SC : Je ne peux pas les recevoir ici ? Si cela pose un problème, nous irons chez mes parents. Ce n’est pas grave.]

[CD : Non.]

Ça va être plus compliqué que prévu. Je laisse tomber pour le moment puisque la conversation par messagerie est peut-être rassurante, mais sans efficacité avec ses réponses monosyllabiques.

Je saurai lui remémorer qu’il a promis de ne pas me couper de mes proches. Je suis fermement décidée à ne pas me dédire auprès de mes amis, Condor devra se faire une raison. Du coup, je passe à l’étape suivante : appeler Coralie. Si Éric est présent, j’en profiterai pour lui expliquer qu’il devra dormir dans un autre lit que le mien.

Allongée sur le canapé avec le haut-parleur branché, je suis parée pour une longue conversation. Après le papotage d’usage d’une dizaine de minutes, je m’apprête à aborder les choses sérieuses, mais Coralie attaque.

– Tu as un copain parisien depuis le temps ?

– Euh…

Comment fait-elle pour sans cesse tomber pile-poil sur les sujets qui fâchent ?

– Nous sommes amies et avons toujours fait preuve de franchise. Alors il faut que cela perdure, continue-t-elle.

– Oui, c’est évident.

Bien, je dois trouver une réponse valable, en restant le plus proche possible de la vérité. Donc, j’ai un mec, mais qui se trouve souvent en déplacement. Ça a le mérite d’être crédible. Décidée, je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’elle me devance.

– Sabine, je voulais te confier une chose. Éric et moi aimerions nous mettre ensemble, lâche-t-elle.

Oh ! Ce revirement me décontenance. Coralie et Éric ? Mais c’est une merveilleuse nouvelle ! La voilà ma solution miracle. Non seulement je les adore tous les deux, donc aux anges qu’ils forment un couple, mais en plus, cela règle le problème avec Condor. Le timing est excellent. La chance me sourit.

– Je t’en prie, Sabine. Ne nous fais pas la gueule. Nous ne l’avons pas prémédité, c’est arrivé comme ça. S’il te plaît, dis-moi que tu l’acceptes et que tu ne nous en veux pas.

– Mais pas du tout ! Lancez-vous, je suis ravie pour vous.

Et pour moi aussi.

– Tu m’as fait peur, Éric est devenu tout pâle.

– Mais enfin ! Cela fait des mois que je suis partie. Il faut continuer nos vies. Comment avez-vous pu croire que je ne serai pas heureuse pour vous ? 

– Je n’en doutais pas, intervient Éric. C’est ton moment de silence qui m’a fait bizarre.

– Je vous imaginais justement. C’est parfait que mes deux meilleurs amis soient ensemble. Tu es un gars super et Coralie une fille d’enfer, alors vous êtes parfaitement assortis. Lancez-vous et nous fêterons ça quand vous viendrez.

– Te l’entendre dire fait plaisir, merci. Maintenant, tu ne m’as pas répondu. Tu as un mec ou pas ? insiste Coralie.

Zut, toujours aussi tenace, je dois lâcher l’information malgré tout. Après un soupir, j’ouvre la bouche pour avouer, mais une grande main s’empare du téléphone pour me l’arracher.

– Oui ! Elle a trouvé son homme ! claque la voix du Condor.

Sidérée, j’écarquille les yeux puis me jette sur lui pour récupérer le combiné. Il m’a vue venir avant même que mes fesses aient décollé du canapé, alors il me réceptionne en me ceinturant la taille pour me plaquer contre lui.

– Donne-moi ça ! je tempête en levant les mains dans une vaine tentative d’attraper le téléphone qu’il tient en l’air.

Mais pourquoi est-il si grand ?

– Seulement si tu n’oublies pas que je suis l’homme de ta vie, gronde-t-il en m’épinglant du regard.

Comment le pourrais-je ? On se le demande.

– J’allais leur dire. Tu ne m’en as pas laissé le temps, c’est tout.

Il me scrute pour s’assurer de ma sincérité avant de me tendre le combiné. Sans intention de me libérer, il me tourne dos à lui puis me ceinture la taille.

– Désolée. Il est un peu invasif, l’homme de ma vie, j’explique à mes amis.

– C’est cool ! Comment s’appelle-t-il ? demande Coralie.

La bonne question que voilà et à laquelle je ne peux pas répondre. Les complications s’annoncent déjà. Je pose la main sur le micro puis lève la tête pour interroger mon Brutus du regard. Après quelques secondes, il me souffle la réponse que je transmets aussitôt. Mais connaissant ma copine, ça ne lui conviendra pas.

– CD ? Mais ce sont les initiales de quoi ? réplique-t-elle comme je le pressentais.

Coralie, je t’aime beaucoup, mais tu es pénible.

– Euh…

À force de le répéter, elle va penser que la vie parisienne m’a abrutie. Vite Sabine, trouve n’importe quoi pour te sortir de là !

– Charles-Denis ! Voilà !

La précipitation n’est jamais bonne conseillère, c’est la seule explication que je peux fournir.

– Ah ouais ! Je comprends que tu préfères l’appeler CD, s’esclaffe-t-elle.

– Mes bichons, je dois vous laisser, nous devons partir. Je vous rappelle plus tard. Bisous !

Ils me saluent et dès que j’ai raccroché, Condor me libère. Ou pour être plus précise, il est tellement effaré par ma réponse que ses bras en tombent.

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