Sous un masque de velours noir

Carrie Alexander · Chapitre 5 sur 10

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Sous un masque de velours noir

« Sa bouche était chaude et douce.…

07.

 

« Sa bouche était chaude et douce. Leurs baisers étaient enivrants.

Elle tremblait. Lui, il sentait sous ses paumes son corps vibrer de plaisir, tendu comme un arc. Elle prit appui contre lui, posant timidement les mains sur son torse musclé. Ce simple contact suffit à l'électriser. Qui était-elle? Comment diable était-elle parvenue à l'émouvoir jusqu'au plus profond de l'âme?

Le cœur battant à se rompre, il recula d'un souffle pour mieux la contempler. Mû par une violence aussi soudaine qu'incontrôlable, il déchira l'étoffe fine de sa chemise de nuit, de haut en bas; quelques lambeaux humides restèrent collés à son corps voluptueux. Elle eut un petit cri de surprise, vacilla avant de se ressaisir, ses grands yeux emplis d'appréhension.

Mais elle ne prononça pas un mot.

A présent dénudé, son corps s'offrait à son regard assombri par le désir. Un corps souple, sensuel, terriblement féminin. Sa peau nacrée captait le clair de lune qui les enveloppait d'une lumière argentée, presque irréelle.

Voilà, elle était à lui. Il n'avait plus qu'à la faire sienne. »

 

— Tout va bien? demanda Jéricho en s'écartant d'Amalie.

Du verre brisé craqua sous ses pieds.

— Oui, je crois.

Avec précaution, elle se redressa et tenta de s'asseoir sur la banquette inclinée. Elle s'était cogné la tête, un de ses bas avait filé et la longue cape de velours noir s'était enroulée autour de sa taille. A part ça, elle était en pleine forme.

— Que s'est-il passé?

Jéricho jeta un coup d'œil en direction de la fenêtre bouchée par un écran de neige immaculée. C'était comme si une avalanche s'était abattue sur eux. Il tendit la main vers le bouton qui actionnait l'autre vitre, maintenant plus haute que l'autre. De gros flocons de neige s'engouffrèrent dans l'habitacle, accompagnés d'une bouffée d'air glacial.

— Nous avons dû glisser sur une plaque de verglas et percuter une congère, déclara-t-il avant d'ouvrir la paroi de verre qui les séparait du chauffeur.

— Ça va, devant?

Le chauffeur déboucla sa ceinture de sécurité.

— Oui, ça va. J'ai perdu le contrôle en glissant sur cette fichue plaque de verglas.

Malgré ses efforts pour se maintenir droite, Amalie glissait vers Jéricho. Elle posa le pied contre le minibar pour freiner sa chute.

— Où sommes-nous?

— Nous sommes à moins d'un kilomètre du centre-ville, répondit le chauffeur.

— Pouvez-vous appeler du secours ?

— Le téléphone ne marche plus. Je vais aller chercher de l'aide. Il n'y aura certainement pas beaucoup de circulation, par ce temps.

Amalie se tourna vers la vitre toujours ouverte. Des bourrasques de vent balayaient la route, formant des congères sur les bas-côtés, barrant la visibilité à vingt mètres.

— Nous sommes en pleine tempête de neige, murmura-t-elle, absorbée par le spectacle à la fois merveilleux et effrayant. Vous ne pouvez pas sortir par ce temps-là.

Le chauffeur était un robuste colosse.

— J'ai connu pire. C'est arrivé un peu vite, c'est tout. Si j'avais été au volant de mon 4x4, vous seriez déjà à bon port.

Il s'empara d'une canadienne de cuir qui gisait sur le siège du passager.

— Je viens avec vous, proposa aussitôt Jéricho.

— Vous n'allez tout de même pas sortir en smoking ! protesta Amalie d'un ton horrifié.

— Elle a raison, renchérit le chauffeur en tournant la clé de contact. Je vais remettre le chauffage, surveillez simplement que la neige n'obstrue pas le pot d'échappement. Je serai de retour avec une dépanneuse avant même que vous ayez terminé votre coupe de champagne.

Sur ce, il sortit du véhicule, claqua la portière derrière lui et s'enfonça dans la nuit piquetée de flocons.

Amalie saisit la main de Jéricho.

— N'essayez pas de le suivre, je n'ai aucune envie de rester seule dans cette voiture.

— Très bien, fit Jéricho en esquissant un sourire. Pour être franc, je ne me plaindrai pas de devoir rester avec un adorable lutin brun au décolleté plutôt provocant.

Désarçonnée, Amalie plaqua les mains sur le haut de sa robe qui, comme elle s'était penchée vers lui, dévoilait sa poitrine libre de tout soutien-gorge ou bustier.

— Le moment est mal choisi pour faire ce genre de remarques, répliqua-t-elle en resserrant contre elle sa cape de velours. Nous allons peut-être mourir d'asphyxie, de faim ou d'hypothermie...

— Ne dites pas de sottises, voyons ! Tant qu'il y aura de l'essence dans le réservoir, nous aurons du chauffage, et le minibar déborde de victuailles, ajouta-t-il en ouvrant un sachet de pistaches. Vous en voulez une?

Amalie émit un rire tremblant.

— Je suppose qu'il y a effectivement des situations plus alarmantes, concéda-t-elle en acceptant la pistache.

Avec un soupir, elle se cala contre le dossier de cuir.

— Vous devriez ôter votre veste de smoking ; elle est toute mouillée.

— Est-ce que vous me tiendrez chaud ? demanda Jéricho en enlevant sa veste.

D'un même geste, il dénoua sa cravate et ôta ses boutons de manchettes.

— Nous pouvons peut-être partager ma cape, suggéra Amalie d'une voix suave.

Elle ouvrit le vêtement et noua les mains sur la nuque de son compagnon.

— Ce n'est pas une position très confortable, fît Jéricho un moment plus tard.

Du fait de l'inclinaison du véhicule, ils avaient glissé peu à peu sur le côté et l'accoudoir s'enfonçait dans sa hanche.

— Essayons plutôt de nous allonger sur la banquette et de prendre appui contre la portière.

Lorsqu'ils furent confortablement installés sous la cape, Amalie se lova contre Jéricho en souriant. Compte tenu des circonstances, elle se sentait bien, en sécurité, auprès du journaliste — même si le désir continuait à la tarauder.

— J’espère que Lacey...

« Ne va pas s'inquiéter », compléta-t-elle silencieusement en se mordant les lèvres. Pourvu que Jéricho n'ait rien entendu...

— Pardon ? s'enquit ce dernier en inclinant légèrement son visage pour mieux la voir.

— J'espère que nous allons en profiter pour apprendre à mieux nous connaître, improvisa-t-elle d'une voix mal assurée. Parlez-moi du livre que vous avez écrit. Quel en était le sujet?

Jéricho hésita tandis que son pouce caressait doucement la hanche de sa compagne.

— C'était un rapport sur un scandale politique qui a bouleversé l'Amérique quelques années plus tôt. Peut-être vous souvenez-vous du Gardengate?

— Oui, bien sûr.

La fameuse affaire du Gardengate avait impliqué des promoteurs immobiliers au bord de la faillite, plusieurs hommes politiques dépourvus de toute morale, un nabab de la finance et une call-girl qui avait été payée par un groupe de syndicalistes pour tous les séduire — et, par voie de conséquence, les compromettre.

— Comparé à cette histoire qui avait fait grand bruit, rédiger un article sur Madame X doit vous paraître tout à fait futile, ajouta Amalie, intriguée.

Le journaliste haussa les épaules.

— C'est une mission comme une autre. J'ai besoin d'argent, si vous voulez tout savoir.

— Oh.

Il laissa échapper un soupir exaspéré.

— Sommes-nous vraiment obligés de parler de tout Ça ? Je connais des moyens bien plus agréables de tuer le temps, pas vous?

Amalie frissonna tandis que de l'index, il suivait la maille filée de son bas jusqu'à l'attache satinée du porte-jarretelles. Ses yeux verts scintillaient, semblables au lever de soleil masqué par la forêt de pins, à Bella Isle.

— Vous avez raison, admit Amalie, submergée par une nouvelle vague de désir. Nous ferions mieux de... nous tenir chaud, poursuivit-elle d'une voix langoureuse.

— Je savais bien que vous vous rangeriez à mon avis, murmura Jéricho.

L'instant d'après, ses lèvres capturaient les siennes dans un baiser exigeant, enivrant. Un violent frisson la parcourut comme la langue de Jéricho glissait sur l'arc délicat de son cou. Chuchotant des paroles d'encouragement, il dégagea sa poitrine et se mit à caresser ses seins douloureusement érigés.

Alors toute pensée cohérente la déserta. La réalité du monde extérieur s'évanouit pour céder la place à un univers éblouissant, plein de passion et de volupté.

Se raccrochant désespérément à ce qu'elle connaissait, elle murmura comme s'il s'agissait de mettre au point le scénario d'un nouveau livre :

— Je suis le président des Etats-Unis, je peux dire la présidente, et... oh!

Jéricho reprit ses lèvres en même temps qu'il continuait à titiller du pouce les bourgeons turgescents qui couronnaient ses seins.

— Que dites-vous?

Une mèche blonde retomba sur son front lorsqu'il leva vers elle un regard interrogateur. Son visage s'éclaira subitement.

— Oh... oui, bien sûr. Vous êtes la première femme président des Etats-Unis... Madame le président...

— Et vous êtes un agent secret.

— Comment avez-vous deviné?

Ses mains, à la fois puissantes et délicates, se refermèrent de nouveau sur ses seins. Amalie eut l'impression que la foudre s'abattait sur elle.

— Eh bien oui, je suis un agent secret, poursuivit-il. Qui a juré sur la Bible de protéger, défendre et vénérer votre désirable personne en toute circonstance, murmura Jéricho en entrant dans son jeu.

Elle avala sa salive, assaillie par un flot de sensations d'une intensité inouïe.

— Et nous sommes assis à l'arrière d'une limousine, en route pour un dîner guindé donné par l'ambassade de France lorsque vous me demandez à brûle-pourpoint si j'aimerais voir vos dessous.

Tout en parlant, Jéricho avait écarté les pans de la cape de velours et remontait la robe d'Amalie sur ses hanches rondes et fermes. Ses pupilles se rétrécirent.

— Je suis très choqué de constater que madame le président arbore un porte-jarretelles des plus frivoles assorti au plus petit slip de dentelle noire que j'aie jamais vu.

II parlait d'une voix rauque, — Bien que je vous trouve incroyablement sexy, je ne peux pas me permettre de vous toucher. Ce serait tout à fait déplacé de le faire sans votre autorisation.

Electrisée, Amalie abandonna toute retenue.

— Touchez-moi, Jéricho, ordonna-t-elle d'un ton implorant. Caressez-moi, je vous en prie...

— Vos désirs sont des ordres, madame.

Sa main se posa aussitôt sur le triangle de dentelle noire, se glissa dessous et l'enveloppa d'un geste ferme et intime. Amalie gémit doucement et se plaqua contre lui; c’était comme si le désir violent qui la consumait se concentrait en un seul point de son corps, là, entre ses cuisses, sous la main chaude de Jéricho.

Elle s'agrippa à ses épaules et se souleva légèrement, brûlant d'envie d'être... prise , et emportée par le désir, loin, très loin d'ici, vers des horizons qu'elle n'avait encore jamais explorés. Ouvrant les yeux, elle plongea dans le regard vert pâle et, débarrassée de ses dernières Inhibitions, susurra d'une voix pressante :

— S'il vous plaît, Jéricho...

Avait-il entendu sa prière? Son beau visage aux traits volontaires demeura totalement impassible lorsqu'il y glissa deux doigts dans les plis moites de sa féminité pour flatter délicatement le bouton minuscule, ultrasensible, source d'un plaisir souverain. Soumise à l'exquise torture de ses doigts experts, elle tressaillit et laissa échapper un petit cri, les yeux toujours rivés aux siens.

— Doucement, murmura-t-il tandis que, du majeur, il continuait à tracer de petits cercles qui lui faisaient perdre la tête.

Comme mues par une volonté propre, ses cuisses s'écartèrent largement et elle leva les hanches vers lui, exigeant davantage encore, même si elle n'était pas sûre de pouvoir supporter ce qui suivrait. Sans doute allait-elle mourir de plaisir…

Des éclairs illuminaient le regard de Jéricho. Elle s'efforça de ne pas fermer les yeux lorsque les premières vagues de l'orgasme déferlèrent sur elle, secouant son corps de violents frissons.

Lorsque, finalement, la tempête s'apaisa, elle détourna les yeux et frotta sa joue contre le cuir lisse de la banquette tandis qu'un dernier soupir franchissait le seuil de ses lèvres entrouvertes. Malgré la douce torpeur qui l'habitait à présent, son esprit fonctionnait avec une étonnante vivacité et une évidence s'imposa à elle, presque cruellement.

Ce qu'elle ressentait en cet instant était bien plus fort, bien plus profond qu'une simple attraction physique. C'était de l'amour. Tout simplement.

Tout simplement ?

Elle jeta un regard anxieux en direction de Jéricho, désireuse de recevoir quelque chose de lui ; son assentiment, une approbation, un geste — fût-il simplement physique.

Les yeux de Jéricho étaient fixés sur autre chose.

— Débarrassons-nous de ça, dit-il tandis que ses doigts glissaient du microscopique slip en dentelle vers le premier porte-jarretelles qu'Amalie ait jamais porté.

A ce contact, une nouvelle bouffée de désir l'envahit. Oubliant les préoccupations qui la tourmentaient encore un instant plus tôt, elle ordonna d'une voix qu'elle reconnut à peine :

— Déchirez-la.

— Excellente idée, fit Jéricho d'un ton impatient, incapable d'ignorer plus longtemps son érection presque douloureuse.

La tâche ne fut pas aussi facile qu'il l'avait imaginé. Il dut d'abord trouver son équilibre au-dessus d'elle, dans l'espace confiné de l'habitacle, puis tirer si fort que les hanches étroites de sa compagne se soulevèrent de la banquette. La dentelle céda enfin et il dégagea le slip du porte-jarretelles avant de le laisser tomber sur le sol.

Derrière les vitres de la limousine, les flocons de neige continuaient à tourbillonner dans la nuit bleu saphir. La prétendue Lacey avait fermé les yeux et ses longs cils noirs reposaient sur ses joues rosies par le plaisir. Pris au dépourvu par le flot de tendresse qui montait en lui, il s'empressa de rompre le charme en baissant la fermeture Eclair de son pantalon. Sans lui laisser le temps de réagir, il lui écarta les jambes avec un soupçon d'impatience.

Elle ouvrit brusquement les yeux. Sa bouche pulpeuse s'arrondit de surprise.

— Oh ! dit-elle simplement.

D'un coup de reins à la fois doux et résolu, il plongea dans l'écrin chaud et humide, tout prêt à l'accueillir.

A cet instant, il hésita, le souffle court, les cheveux ébouriffés.

Alors, avec un long soupir, elle noua les bras autour de so n cou et plia légèrement les jambes en même temps que ses muscles les plus intimes se resserraient autour de sa virilité.

— Jéricho, articula-t-elle d'une voix sucrée. Continuez, c'est merveilleux...

Un grognement sortit de la bouche de Jéricho; il n'avait plus envie de se maîtriser. Il y avait quelque chose de terriblement troublant à faire l'amour à cette femme; pourtant, elle était si douce, si veloutée, si moelleuse autour de lui qu'il oublia vite cette étrange impression. L'heure n'était plus aux interrogations, elle était au plaisir des sens...

D'un geste caressant, elle l'attira contre elle.

— Faites-moi l'amour, murmura-t-elle avant de capturer sa bouche dans un baiser enfiévré.

— Je vous en prie, Jéricho...

S'appuyant d'un pied contre la portière et enfonçant son autre genou dans le cuir de la banquette, il se servit de ses cuisses puissamment musclées pour la pénétrer profondément. Elle retint son souffle, ses cils papillonnèrent contre sa peau diaphane. Puis elle laissa errer ses mains le long de son dos avant de les refermer sur ses fesses durcies par l'effort; Jéricho eut l'impression d'être traversé par une secousse électrique.

— Mmm oui... c'est bon, chuchota-t-elle en s'agrippant d'une main à la poignée de la portière.

Une espèce de frénésie désespérée s'empara alors de lui. Plaçant les mains derrière ses genoux afin qu'elle lève ses jambes fuselées, il s'enfonça en elle plus profondément encore, se retira légèrement puis recommença son mouvement de va-et-vient, encore et encore. Mû par une ardeur d'une incroyable intensité, il utilisa sa force physique afin de faire taire les étranges appels que lui envoyait son cœur. Mais lorsqu'il entendit les cris vibrants de son orgasme et qu'il lui répondit quelques instants plus tard, précipité à son tour dans un abîme de volupté, il fut incapable d'ignorer plus longtemps la vague de tendresse qui lui gonflait le cœur.

Hors d'haleine, couvert de sueur, il retomba à côté d'elle, encore frissonnant de plaisir — mais loin d'être rassasié. Puis, avec des gestes affectueux qui le surprirent lui-même, il enroula la grande cape de velours autour du corps menu de sa compagne. Alors, en proie à un tumulte d'émotions mitigées qu'il refusait obstinément d'analyser, il l'enlaça et s'efforça de faire le vide dans son esprit.