Steal My Desire

Constance ELY · Chapitre 8 sur 16

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Steal My Desire

Chapitre 7

 

Will

 

J’aide Lila à monter en voiture, je sais qu’elle n’est pas bien et

étrangement j’ai envie de la soutenir. Quand j’ai lu la panique dans ses

beaux yeux après son appel avec le centre médical, je n’ai souhaité

qu’une chose : l’aider et la protéger. Je suis surpris de découvrir ce pan

de sa vie que je ne pouvais imaginer. Où est la jeune fille facile et

frivole que je l’imaginais être ?

Elle pose la tête contre moi et je passe mon bras autour de ses

épaules.

— Tu es seule pour prendre soin de ta tante ? demandé-je curieux

d’en savoir plus à son sujet.

— Oui.

— Tu n’as plus tes parents ? Des frères et sœurs ?

Elle se redresse et s’éloigne de moi pour s’appuyer contre la

portière. De toute évidence, mes questions la gênent.

—  Non, je suis seule. Eineke est tout ce qu’il me reste comme

famille.

Elle ne me regarde plus et semble perdue dans ses pensées. Je

décide de changer de sujet, apparemment ses histoires de famille ne

sont pas quelque chose qu’elle veut partager avec moi.

— De quelle origine est le prénom de ta tante ?

— Allemande.

Elle cale son coude contre la fenêtre et y pose sa tête. Elle me

semble découragée et pour une raison que je ne comprends pas, je

ressens le besoin de l’aider pour qu’elle retrouve le sourire. J’appuie

sur le bouton qui me met en relation avec Jack.

— Amenez-nous au club, s’il vous plaît.

— Bien, monsieur.

Lila se tourne vers moi.

— J’ai déjà beaucoup abusé de ton temps, je ne veux pas t’embêter

plus, tu as sûrement plein de choses de prévues.

—  Lila, je t’emmène à mon club de sport. Je devais justement y

retrouver Lucas, mon entraîneur, et je pense que ça peut te faire du

bien de te changer les idées.

Elle semble hésiter, mais je caresse sa joue.

—  Tu as besoin de te défouler et je suis exactement la personne

qu’il te faut pour le faire, non ?

Comme elle ne répond toujours pas, j’ajoute :

— Tu as toujours eu envie de me mettre au tapis et tu as eu de la

chance la première fois. Pourquoi ne pas essayer de recommencer ?

Je la provoque pour essayer de la convaincre. Comme je l’espérais,

elle sourit et mon cœur se gonfle de joie devant cette victoire.

— D’accord. Tu as raison, ça ne peut que me faire du bien. Mais je

n’ai pas de tenue de sport avec moi…

— Il y a tout ce qu’il faut là-bas, ne te fais pas de souci pour ça.

Je l’attire contre moi et elle se laisse faire, posant sa tête contre

mon torse.

Il n’y a rien de sexuel dans cette étreinte, mais pourtant j’en

apprécie chaque seconde. Quand la voiture s’arrête, je me rends

compte que je n’ai pas vu le temps passer et que j’aurais pu rester comme ça, blotti contre Lila en respirant l’odeur sucrée de ses cheveux

avec son corps chaud contre le mien, encore longtemps. Une sirène

d’alarme se met soudainement en route dans ma tête, mais je m’en

fous.

Nous descendons du véhicule et je remercie Jack avant de guider

Lila vers l’immeuble. Nous montons dans l’ascenseur afin d’atteindre

le sommet du bâtiment, et Lila admire la ville que les parois de verre

nous laissent apercevoir.

— C’est magnifique, murmure-t-elle.

—  Oui, j’aime beaucoup cet endroit. Le club se situe au dernier

étage, tu verras on a vraiment une belle vue.

Les portes s’ouvrent sur l’élégante réception où une jeune femme

nous attend en tenue de sport. Je sais que je l’ai déjà vue, mais je n’ai

pas fait attention à son nom.

— Bonjour, monsieur Carpenter.

— Bonjour, j’ai rendez-vous avec Lucas.

Elle pianote sur son ordinateur.

—  Bien sûr, il est en train de terminer un entraînement et sera

disponible dès que vous vous serez changés.

— Bien. J’aurais aussi besoin d’une tenue de sport pour mon amie,

s’il vous plaît.

La jeune femme remarque enfin Lila qui se tient à mes côtés et qui

arbore un sourire moqueur. Elle a forcément remarqué que la jeune

réceptionniste me fait du rentre-dedans et ça semble l’amuser.

Contrairement à d’autres femmes qui auraient certainement été très en

colère et qui m’auraient fait une crise de jalousie, Lila prend ça avec

humour.

— Je vous amène ça tout de suite dans les vestiaires, vous avez les

casiers cinq et six.

Elle nous tend les clés et j’invite Lila à passer devant moi.

— Ce sont des vestiaires privés ? demande-t-elle en arrivant devant

le sien.

— Oui, ce sont des cabines individuelles et tu as même ta douche

personnelle à l’intérieur.

La réceptionniste arrive à ce moment-là avec un ensemble de

vêtement de sport pour Lila.

—  Si vous avez besoin de quoi que ce soit monsieur Carpenter,

n’hésitez pas à me le demander, je suis toujours disponible pour vous.

Quand la jeune femme s’éloigne, Lila se tourne à nouveau vers

moi.

— Eh bien, elle n’a pas froid aux yeux ! Moi-même je ne me serais

jamais permis de draguer un client de notre cabinet.

Je m’approche doucement d’elle en vérifiant d’un coup d’œil qu’il

n’y a personne autour de nous.

— Serais-tu jalouse ?

—  Sûrement pas, s’exclame-t-elle en entrant dans son vestiaire et

en claquant la porte.

Je ne peux me départir de mon sourire. Le fait que Lila tienne un

peu à moi devrait m’inquiéter, mais finalement j’en suis plutôt ravi.

Quand elle sort quelques minutes plus tard, je suis déjà prêt et je

l’attends devant la porte de la salle d’entraînement. Je ne peux retenir

un sifflement en la voyant habillée avec les habits du club : le T-shirt

moulant souligne sa taille fine et les leggins de sport semblent allonger

davantage ses jambes élancées. Elle me tape sur l’épaule pour me faire

taire et j’éclate de rire.

À ce moment-là, Lucas arrive vers nous et je remarque tout de

suite le regard appréciateur de mon entraîneur parcourir le corps de

Lila, ce qui me donne soudainement très envie de lui mettre mon

poing en pleine figure !

—  Lucas, voici Lila. Lila, je te présente Lucas, mon coach

personnel et ancien militaire dans les commandos.

— Mademoiselle, c’est un plaisir de vous rencontrer. Will, tu peux

y aller, je vais m’occuper d’elle, dit-il avec humour en prenant le bras

de Lila.

Elle se laisse faire et sourit en retour au géant qu’est Lucas.

— Très drôle ! Nous sommes venus pour nous entraîner ensemble.

En fait, je ne trouve pas ça amusant du tout. Et les voir discuter

tous les deux comme s’ils se connaissaient depuis longtemps m’énerve

encore plus.

Quand nous arrivons dans la grande salle où les tatamis sont

installés, Lila ne peut retenir un cri de ravissement en apercevant les

grandes baies vitrées qui offrent une très belle vue sur Boston.

— Tu dois payer une fortune pour pouvoir t’entraîner ici, Will.

— Vu que c’est lui le patron, il ne paye pas grand-chose, rétorque

Lucas.

Lila me jette un coup d’œil surpris.

— Je ne savais pas que l’empire Carpenter avait aussi des salles de

sport, déclare-t-elle.

— C’est normal puisque ça ne fait pas partie de l’empire Carpenter.

Ceci n’appartient qu’à moi.

— Tu veux dire que tu pilotes quelque chose sans ta mère ? fait-elle

en riant.

Lucas ne peut se retenir de ricaner à son tour mais a la sagesse de

s’arrêter devant le regard meurtrier que je lui jette. Je marche

lentement vers Lila et ai le plaisir de voir son assurance diminuer à

chaque pas qui nous rapproche.

— Je ne crois pas avoir vu ma mère cette nuit quand je te pilotais,

murmuré-je.

Ses joues deviennent rouges et elle me tape à nouveau sur l’épaule.

— Lila, tu peux commencer à t’échauffer, nous interrompt soudain

Lucas.

Je m’avance vers mon coach.

— Elle a besoin de se défouler, sa matinée a été rude, lui chuchoté-

je.

— J’aurais pensé que tu aurais trouvé d’autres moyens pour l’aider

à se décharger tout ce stress, fait-il d’un ton plein de sous-entendus.

Je n’ai pas l’habitude de jouer à l’homme des cavernes et je sais que

je ne devrais rien répondre à sa provocation, mais pour une raison que

j’ignore, j’ai besoin que Lucas comprenne qu’il n’a aucune chance avec

Lila.

— On l’a déjà fait et toute la nuit.

Mon entraîneur m’observe un moment et hoche la tête.

—  Message reçu, dit-il en me tapant dans le dos avec un grand

sourire.

Nous passons l’heure suivante à travailler sur de nouvelles prises

de krav maga. Lila y met toute son énergie et elle nous envoie Lucas et

moi plusieurs fois au tapis sans que nous l’ayons vu venir. Dès que je

la touche, que je l’effleure, que je rencontre ses grands yeux farouches,

je rêve de la faire mienne. Je la veux tout de suite et ici même, mais je

réfrène mes ardeurs.

 

Le cours se termine enfin et nous buvons chacun notre bouteille

d’eau en commentant la séance.

—  C’est un beau tatouage que tu as dans le bas du dos, Lila, dit

soudain mon coach en la regardant de manière étrange.

Je relève vivement la tête et vois Lila baisser rapidement son T-shirt

pour cacher le motif. Je l’ai aperçu hier soir, bien sûr, mais n’y ai pas

fait plus attention que ça. Je me rappelle simplement que c’est un huit

penché sur le côté, le signe de l’infini, et entouré d’un rond de barbelé.

— Oui, c’est vieux.

Elle semble mal à l’aise et coupe court à la conversation.

— Au revoir Lucas, j’ai été ravie de cet entraînement, merci.

— Avec plaisir, tu peux revenir quand tu veux ! À bientôt.

Lila se dirige vers les vestiaires, mais alors que je m’apprête à la

suivre, Lucas m’attrape par le bras.

— Fais bien attention à elle.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? demandé-je surpris.

Mon coach hésite un instant, ce qui ne lui ressemble pas du tout.

— Eh bien, disons que… qu’elle m’a semblé plus fragile qu’elle ne

veut bien le montrer. Et puis son tatouage…

—  Merci, mais je sais m’occuper d’elle. Je t’appelle à l’occasion

pour une prochaine séance, dis-je d’une voix plus dure que je l’aurais

voulu.

Lucas hoche la tête et je rejoins les vestiaires, perdu dans mes

pensées. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer. Tout allait

bien, Lila avait l’air de se sentir mieux que quand nous sommes

arrivés, mais quand il a été question de son tatouage, elle s’est

renfermée sur elle-même. Quant à Lucas, qui est si jovial d’habitude, il

a eu l’air perturbé. Mais le fait qu’il puisse penser que je ne protège

pas Lila, que je ne prends pas soin d’elle, m’a vexé. Il faut que je la

voie pour être sûr que tout va bien pour elle. Je tape alors contre le

battant de sa porte et elle l’entrouvre timidement.

— Oui ?

— Je voulais juste m’assurer que tu vas bien, lui dis-je.

Elle ouvre un peu plus la porte et s’appuie au chambranle avec un

air moqueur.

— Et c’est tout ? Tu ne pouvais pas attendre que je termine de me

changer ?

Je sais bien qu’elle me taquine et j’ai très envie de la punir de la

plus délicieuse des façons. Je la pousse lentement pour nous faire

entrer tous les deux dans son vestiaire. Elle pourrait refuser mes

avances si elle le voulait, mais elle ne dit rien et se contente de reculer.

L’air est chargé d’une tension sexuelle et je peux lire dans les yeux de

Lila la même impatience que je ressens. Pourtant, je ferme doucement

la porte à clé avant de me retourner lentement vers elle.

— On ne peut pas faire ça ici, fait-elle dans un murmure.

La pointe de ses seins devient visible sous son haut de sport

moulant.

— Tu en es sûre ? murmuré-je en effleurant de ma main un de ses

tétons.

Elle gémit doucement sans cesser de me regarder.

— Si tu ne fais pas de bruit, personne n’en saura rien…, soufflé-je

à son oreille.

Je me jette alors sur sa bouche, assouvissant mon envie d’elle

depuis le début de cette séance de sport. La violence de la passion

monte en moi, et je perds toute retenue, elle n’est pas assez près de

moi, pas assez nue.

Elle répond à mes baisers et à mes caresses avec fougue. Je sens

qu’elle essaye de retenir ses gémissements et ça m’excite d’autant plus.

J’ai envie de la faire crier, qu’elle n’arrive pas à s’empêcher de hurler,

qu’elle ne puisse plus se contrôler.

Je lui enlève son haut en vitesse, caresse sa poitrine et m’agenouille

devant elle pour l’aider à retirer ses leggins ainsi que son sous-

vêtement. Je place alors ma tête entre ses cuisses et trouve tout de suite

son point le plus sensible. Je la lèche et l’aspire entre mes lèvres tandis

qu’elle se tord de plaisir en passant ses mains dans mes cheveux. Je

relève les yeux vers elle et la vois qui se mord la lèvre. Je me remets

alors debout pour l’embrasser passionnément tout en me collant contre elle. Mais, dans un dernier sursaut de lucidité, je me rappelle

quelque chose d’important.

— Je n’ai pas ce qu’il faut ici.

Elle comprend le message et me sourit victorieuse.

— Moi si, dans mon sac à main. Il n’y a pas que les hommes qui

peuvent penser à ça.

Tandis qu’elle fouille frénétiquement dans son sac, je continue à la

caresser, à embrasser son dos et ses épaules. Triomphante, elle se

tourne enfin en levant devant elle le préservatif. Elle le déchire avant

de l’enfiler sur mon sexe dur avec une lenteur calculée. Je sais que je

ne vais pas réussir à résister longtemps, alors dès qu’elle a fini, je la

plaque contre le mur, soulève une de ses jambes et, dans un

mouvement fluide, la pénètre profondément. Elle se cambre,

encerclant ma taille de sa jambe pour me rapprocher un peu plus d’elle

et laisse échapper un cri de plaisir. Je la prends vite, fort et

brutalement.

Je mets une main sur sa bouche pour essayer d’atténuer les

gémissements qu’elle n’arrive pas à retenir. Elle s’accroche à mes

épaules, se collant un peu plus contre moi, quand soudain elle me

mord dans le cou pour masquer son orgasme. Je la sens trembler tout

autour de moi et il ne me faut que quelques coups supplémentaires

pour jouir à mon tour. Notre orgasme est explosif, jamais je n’ai

atteint un tel plaisir. Nous restons ainsi, contre ce mur, accrochés l’un

à l’autre, essayant de retrouver notre respiration.

À contrecœur, je me retire et la laisse glisser contre mon corps en

l’embrassant doucement.

— Hum, c’était…

—  Oui, toujours plus surprenant, répond-elle en me regardant

intensément. Et si nous allions nous laver maintenant ?

Elle me conduit jusqu’à sa douche et je me félicite d’avoir eu l’idée

d’en installer dans chaque cabine. Nous nous plaçons sous le jet d’eau

chaude et nous lavons mutuellement avec des gestes doux, presque

tendres.

— Merci, me chuchote-t-elle alors que nous nous essuyons dans de

grandes serviettes-éponges.

— Pourquoi ?

—  Pour m’avoir permis d’évacuer tout le stress de ce début de

matinée.

— Tu peux user de mon corps quand tu le souhaites, dis-je avec un

grand sourire pour essayer d’alléger le ton de cette discussion. Ça te

tente d’aller manger quelque part ?

Elle regarde sa montre et s’éloigne de moi d’un seul coup.

— Oh non ! Il est déjà 14 heures !

— Nous sommes samedi, Lila, tu n’as pas de travail qui t’appelle.

Elle me regarde avec un air de défi.

—  Et qu’en sais-tu ? J’ai peut-être rendez-vous avec un autre

homme. Nous n’avons jamais décidé que notre relation serait

exclusive…

Pourquoi me provoque-t-elle après ce que nous venons de vivre ?

—  Lila, grondé-je en l’attrapant par le bras. Notre relation est

exclusive.

Elle me sourit et m’embrasse rapidement sur la bouche.

—  Très bien ! Mais j’ai quand même un rendez-vous dans une

heure.

Elle passe devant moi et commence à s’habiller.

— Avec qui ?

— Nous avons décidé de coucher ensemble, Will. Pas de tout nous

dire.

Et le pire, c’est qu’elle a raison !

—  Je ne sors avec personne d’autre, reprend-elle. Mais je dois y

aller.

Une fois habillée et ses cheveux mouillés coiffés savamment, elle

prend son sac, prête à partir, alors que moi je suis toujours planté là

avec ma serviette autour de la taille. Elle s’approche de moi, caresse

ma joue et se met sur la pointe des pieds pour m’embrasser. Je ne peux

me retenir et l’attire à moi avec force pour l’embrasser avec avidité.

Au moins elle n’oubliera pas ce moment…

— Je t’appelle, dit-elle essoufflée et les joues rosies.

— J’espère bien, m’entends-je répondre.

Mais pourquoi est-ce que je me rabaisse autant devant Lila ?

Aucune femme ne m’a jamais quitté pour rejoindre quelqu’un

d’autre… C’est bien la première fois que je ne suis pas avec une femme

qui me quémande mon attention tout le temps. J’ai même plutôt

l’impression de courir après elle, et c’est frustrant ! Et surtout très

inquiétant…

Nous nous quittons devant sa cabine et je retourne dans la mienne

pour m’habiller tout en me demandant ce que je vais faire cet après-

midi. J’ai bien une tonne de dossiers qui n’attendent que moi, mais je

n’ai aucune envie de m’y mettre.

Ce que je désire, c’est d’être avec Lila.

Je réfléchis un instant et décide d’aller manger un morceau, ça me

fera patienter et, peut-être, passer l’envie de la retrouver.

Du moins, je peux toujours essayer de m’en convaincre…

 

Lila

 

Je m’étire sur mon siège afin de détendre mes muscles restés

immobiles trop longtemps. Je viens tout juste de finir mon rendez-vous avec Richard, mon professeur de droit, et je me suis installée pour

travailler encore un peu dans la grande bibliothèque. Mon ventre

gargouille une fois de plus et je bois un peu d’eau pour essayer de

calmer ma faim.

Quand j’ai quitté Will, j’ai juste eu le temps de manger une pomme

avant de rejoindre mon prof pour notre entretien hebdomadaire. Nous

nous rencontrons tous les samedis afin qu’il m’aide à préparer mon

concours de droit. Il y a quelques années, j’ai repris mes études parce

que je ressentais le besoin d’aider les familles les plus démunies qui

n’avaient pas les moyens de se payer un avocat. Ma tante et moi

n’avons eu aucune aide et je rêve de montrer à ceux qui sont dans le

besoin qu’ils ne sont pas seuls.

Mais malgré la faim, je me sens tellement bien, tellement sereine.

Cela m’est-il déjà arrivé ?

J’observe le plafond et ses magnifiques moulures qui donnent au

lieu tout son charme ainsi que les gens qui travaillent tout autour de

moi dans un silence respectueux. J’adore la tranquillité de cet endroit,

cela m’apaise toujours.

Pourtant, aujourd’hui c’est Will qui a réussi à me calmer en

trouvant le moyen parfait pour que j’extériorise toutes les tensions que

j’ai accumulées à la clinique en allant voir ma tante. Lucas, son

entraîneur, m’a appris beaucoup de nouvelles prises que j’ai hâte de

montrer à mon groupe de krav maga. Et Will a été à la fois prévenant

et doux, tout en réussissant en même temps à me faire hurler de plaisir

comme aucun autre ne l’avait jamais fait avant lui. Dans cette cabine,

j’ai eu l’impression de vivre quelque chose de magique. Jamais je n’ai

été autant en phase avec quelqu’un et j’avoue que ça m’inquiète un

peu, il ne faut surtout pas que j’oublie qu’il n’y a que du sexe entre

nous. Mais du sexe exclusif, pensé-je en souriant. Will était jaloux que

je voie quelqu’un d’autre, comme je l’étais devant cette jeune réceptionniste qui lui faisait les yeux doux. Je sais que c’est dangereux

pour moi de penser ça, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver de la

satisfaction face à sa jalousie.

Je me repenche sur mon cahier et essaye de me concentrer à

nouveau sur le livre que je suis en train d’étudier. Mon téléphone vibre

sur la table et je sens les regards mécontents des gens autour de moi.

Avant de lire le message, je mets mon portable en silencieux.

 

Toujours en rendez-vous ou tu es libre ?

 

Mon cœur se met à battre plus vite. Will…

Non ! Il ne faut pas que je ressente autre chose que du désir, il ne

faut pas que je laisse mon cœur se mêler à toute cette histoire. Je ne

suis pas faite pour lui et je ne peux pas espérer que notre relation

ressemble à autre chose qu’à du sexe.

J’essaye d’ignorer son message, mais au bout de cinq minutes je n’y

tiens plus.

 

Oui, mais je dois encore travailler.

 

Voilà ! Je suis fière de moi, je n’accours pas auprès de lui dès qu’il

m’appelle, je sais me faire désirer. Enfin, juste un peu… Mon

téléphone s’allume tout de suite à mes côtés.

 

Je peux peut-être t’aider. Je promets d’être sage.

 

Je souris béatement devant mon écran, mais je me rabroue : je ne

dois pas flancher, je le verrais plus tard quand j’aurais le temps. C’est

vrai que j’ai presque fini mon travail, mais il me reste des choses à

faire et je ne prendrais pas le risque de mettre en péril tous mes efforts

pour un homme.

 

Non, je t’appelle plus tard. Bisous.

Je range mon téléphone dans mon sac pour ne pas être tentée de

vérifier s’il m’a répondu et me replonge dans mon livre.

 

Une heure après, j’ai bien avancé dans mon travail, mais

comprends qu’il est temps que je rentre lorsque j’entends mon ventre

gargouiller un peu plus fort que les fois précédentes.

Alors que je me penche pour prendre mon sac afin d’y ranger mes

affaires, je sens deux mains se poser sur mes épaules et j’entends

murmurer à mon oreille :

—  « Bisous », je n’ai droit qu’à ça après ce que je t’ai fait vivre

dans cette cabine.

Surprise, je me tourne vivement vers Will qui s’assoit élégamment

sur la chaise près de la mienne. Je ne peux m’empêcher de l’admirer.

Cet homme impose naturellement son charisme, même en jean et en T-

shirt sombre.

—  Comment as-tu su que j’étais là ? lui demandé-je sur la

défensive.

Il prend un air de petit garçon coupable.

— J’ai peut-être demandé à mon service de sécurité de te localiser

avec ton téléphone…

— Quoi ? Mais pourquoi as-tu fait ça ?

Je n’attends pas sa réponse. Je me lève, en colère, et pars ranger le

livre que j’ai étudié dans le rayon où je l’ai pris. Il me suit et me coince

dans l’allée.

— Parle-moi, s’il te plaît ! Je suis désolé, je n’aurais pas dû, mais tu

ne me répondais pas et…

— Je travaillais, Will !

— C’est pour ça que j’ai patienté le temps que tu finisses.

— Attends ! Tu es là depuis combien de temps ?

Il soupire, se passe une main dans les cheveux et je ne peux

m’empêcher de grincer des dents car je le trouve plus beau encore.

— Depuis un certain temps…

Alors cet homme qui semble si parfait peut parfois perdre le

contrôle. Et tout ça à cause de moi… Je ne vais pas lui pardonner

aussi facilement, mais je ne peux m’empêcher de lui sourire. Qu’il

m’ait cherchée et attendue une bonne partie de l’après-midi signifie

beaucoup pour moi, même si, encore une fois, ça ne devrait pas.

Quand il comprend que je suis moins fâchée, il m’attire doucement

contre lui et me chuchote à l’oreille :

—  Est-ce que tu me pardonnerais si je te promettais de ne plus

jamais recommencer ?

— Ça pourrait aider, en effet.

Il m’embrasse dans le cou et son souffle devient irrégulier.

— Alors je te jure que je n’utiliserais plus ce moyen, sauf si on te

kidnappe.

Je ris et il prend mon visage entre ses grandes mains pour

m’embrasser doucement. Comme à chaque fois, je ne peux résister à

l’appel de nos deux corps et me colle un peu plus contre lui. Notre

baiser devient plus passionné, plus fiévreux. Il me plaque contre

l’étagère et je sens son membre dur contre mon ventre. N’ayant pas

oublié la raison pour laquelle j’étais en colère contre lui, je décide de

me venger et caresse son sexe à travers le tissu de son pantalon avant

de le repousser lentement mais fermement.

—  Assez monsieur Carpenter ! Nous sommes dans une

bibliothèque publique et je n’ai aucune envie d’être arrêtée pour

exhibitionnisme.

— Mais…

— Chut, dis-je en mettant mon doigt sur sa bouche.

Pas du tout impressionné par mon ton autoritaire, il attrape mon

doigt entre ses dents et se met à le sucer. Je le regarde d’abord surprise

avant de sentir une envie dévorante se former dans mon bas-ventre.

Mais je décide toutefois de résister.

—  Ce sera ta punition pour m’avoir fait surveiller, pas de sexe

avant que je le décide, déclaré-je avant de fuir ses bras et de

m’éloigner.

Il me rattrape rapidement et me serre à nouveau contre lui en me

caressant la poitrine. Je me cambre tout de suite, beaucoup trop

réceptive à ses caresses.

—  Je t’accorde cet instant de rébellion pour cette fois-ci mais

n’oublie pas que c’est moi qui décide…, murmure-t-il avant de

s’éloigner de moi, ce qui me permet de remettre de l’ordre dans ma

tenue et dans mes pensées.

Je récupère mes affaires restées à côté de ma table de travail et

nous quittons les lieux ensemble.

 

Je suis surprise par la lumière vive de ce samedi après-midi.

— Que veux-tu que nous fassions ? me demande Will.

— J’aimerais aller dans le parc en face. Il y a un petit marchand de

hot-dog, et je meurs de faim.

— Tu n’as pas mangé avant ton rendez-vous ?

— Juste une pomme, mais je sens que ce n’est plus suffisant.

Il a l’air horrifié et me prend par le bras pour me conduire vers un

immeuble en face de la bibliothèque.

—  Il y a un grand restaurant dans cet hôtel, veux-tu que nous y

allions ?

— Non, le marchand de hot-dog sera parfait et il y a un glacier le

week-end, si jamais j’ai envie de sucré.

— Et si c’est moi qui t’invite et qui paye ?

—  Décidément, tu es très maladroit cet après-midi, dis-je en

croisant les bras sur ma poitrine.

— Mais…

— Je veux juste manger un hot-dog !

Il soupire et me suit dans le parc. Je m’arrête devant le petit

camion de street food et commande mon sandwich avec une bouteille

d’eau.

Nous trouvons un banc libre et nous y assoyons tous les deux.

— Je suppose que si je t’invite à partir avec moi à Aspen dans mon

chalet jusqu’à lundi, c’est non ?

Je le regarde avec surprise, complètement interloquée par sa

question. Je sais que Will ne manque jamais un jour de travail, chez

Carpenter’s on prétend même qu’il ne connaît pas les mots « congé »

ou « repos ».

—  Tu es en train de me dire que tu ne veux pas qu’on aille au

travail lundi ?

— Oui, tu pourrais dire que tu es malade.

— Mais tu n’as jamais manqué un seul jour de travail, toi !

Il regarde le ciel, pensif.

— Je suis sûr que ça a déjà dû arriver…

Je lui prends la main et me blottis contre lui.

— Non, Will. Je dois aller travailler, j’en ai besoin.

—  Je ne suis pas sûr que tu le prennes bien, mais j’ai entendu ce

que te disait le médecin ce matin. Si tu as besoin que je te prête de

l’argent, n’hésite pas.

Je le surprends en me penchant vers lui et en posant un baiser sur

sa joue. Je me doutais qu’il avait entendu ma discussion avec le

médecin et je lui suis reconnaissante de vouloir m’aider. Mais je dois

m’en sortir toute seule comme je l’ai toujours fait. Will n’est que de passage dans ma vie et je ne peux pas prendre le risque de trop

compter sur lui.

—  C’est très gentil et j’apprécie vraiment ton geste, mais je peux

me débrouiller seule. Du moins si je ne manque pas de jours de travail,

ajouté-je en lui faisant un clin d’œil. Veux-tu une glace ?

— Oui, je comprends. C’est parti pour une glace !

Nous marchons jusqu’au petit kiosque déjà pris d’assaut par tous

les enfants du parc. Nous nous commandons chacun un grand cornet

que nous mangeons à l’ombre d’un arbre, installés sur la pelouse.

— Qu’est-ce que tu étudiais tout à l’heure ?

J’hésite un instant à lui répondre, mais je sais que je peux lui faire

confiance.

— Peu de monde est au courant, mais j’ai repris mes études il y a

un moment. J’avais rendez-vous cet après-midi avec un de mes

professeurs qui m’aide à préparer mon examen final.

— Ouah ! C’est génial, Lila. Et qu’étudies-tu ?

Son enthousiasme me grise, j’aime avoir l’impression qu’il est fier

de moi.

— Je prépare l’examen du barreau, je veux devenir avocate.

— C’est super ! Je peux te faire rencontrer nos avocats si tu veux te

préparer avec eux. Nous pourrions même t’embaucher quand tu auras

ton diplôme.

— Du calme Will ! Je dois déjà l’obtenir avant de penser à tout ça.

— Je suis sûr que tu réussiras. Quand dois-tu passer les examens ?

Je laisse les bulles de bonheur éclater dans mon ventre. Ai-je déjà

eu autant besoin de l’assentiment de quelqu’un ? À part ma tante, je

n’ai jamais rendu personne fier de moi, personne qui soit impressionné

par mon travail. Encore une fois, je dois brider les sentiments que Will

fait naître en moi. Je pourrais facilement me laisser aller quand je vois

la fierté qui brille dans ses yeux. Il serait même prêt à m’engager alors que je n’ai pas encore eu mon examen, cette confiance qu’il a en moi

me bouleverse et trouble mon cœur.

— Dans trois semaines. Par contre, je ne veux pas travailler pour

Carpenter’s, je veux m’occuper de ceux qui n’ont pas assez d’argent

pour pouvoir se payer un avocat.

Il caresse ma joue.

— C’est tout à ton honneur.

Nous restons un moment à nous regarder les yeux dans les yeux

avant que je rompe le contact. Mon cœur s’emballe beaucoup trop et

je sais que c’est très dangereux, il faut que je me concentre sur autre

chose.

Je me tourne vers le parc et vois des enfants qui jouent avec les jets

d’eau qui sortent du sol de manière aléatoire à différents endroits. Un

peu à l’écart, je remarque une petite fille qui semble hésiter à l’idée de

rejoindre les autres. Je ne résiste pas et me lève pour aller vers la

fillette qui reste sur le côté sans oser se mouiller.

— Bonjour toi, tu es toute seule ? demandé-je.

— Bonjour madame, ma nounou est là-bas avec ma petite sœur, et

mon frère joue avec les jets d’eau. Mais moi, j’ai un peu peur…

—  Tu veux bien y aller avec moi ? l’invité-je. J’ai un peu peur

aussi…

— Moi, je m’appelle Jenny, on n’aura pas peur si on y va toutes les

deux, viens !

Elle me prend la main et nous nous dirigeons ensemble vers le

centre de l’esplanade. Les premiers jets nous mouillent et nous rions

ensemble en courant pour éviter les autres sans savoir quel sera le

prochain endroit inondé.

Je m’amuse tellement avec la petite fille que je ne vois pas Will

arriver derrière moi. Il me prend doucement le bras pour me faire

pivoter vers lui et au même moment un jet d’eau nous arrose, provoquant notre rire à tous les deux. Je lui échappe et il court

derrière moi pour me rattraper. Lorsqu’il me rejoint enfin, il

m’embrasse au milieu des enfants qui s’amusent autour de nous. Je

devrais le repousser étant donné que nous sommes en public, mais je

n’en ai pas la force. Quand il me tient dans ses bras de la sorte, nos

corps s’emboîtent parfaitement et j’ai envie pour une fois de ne plus

réfléchir, de ne plus faire attention et de profiter de la vie.

— Allons chez moi, murmure-t-il d’une voix rauque.

Je sais que je devrais fuir, rentrer chez moi, seule, pour préserver

mon cœur. Cette journée a tout bouleversé, notre contrat a été rompu

à de trop nombreuses reprises. Malheureusement, je n’arrive pas à lui

dire non : il a changé ses habitudes pour moi et je ne peux m’empêcher

de penser que ça signifie forcément qu’il s’attache, lui aussi.

N’aurais-je pas le cœur brisé à la fin de cette relation ? Peut-être…

Sûrement… Mais à cet instant précis, je veux la vivre pleinement.

— D’accord.

Nous faisons un geste de la main à la petite Jenny ainsi qu’à son

frère et quittons le parc. La voiture de Will nous attend déjà. Une fois

assise à l’intérieur, je frissonne à cause de l’air climatisé sur ma peau

mouillée et Will me prend dans ses bras en demandant à Jack de

couper la ventilation, puis il me passe une veste sur les épaules.

— Il ne fait quand même pas si froid que ça, Will.

— Je sais, mais ton T-shirt mouillé devient transparent et je n’aime

pas que les autres hommes regardent ce qui est à moi.

J’éclate de rire devant cette démonstration de sexisme.

—  Premièrement, ma poitrine et moi ne t’appartenons pas, et

deuxièmement, j’ai déjà connu d’autres hommes avant toi, tu sais ?

Il grogne et me fait face.

— Lila, dit-il d’un ton faussement calme. Je n’ai pas très envie que

tu me parles de tes ex, tout comme tu n’apprécierais pas que je te parle des miennes.

Bizarrement, j’adore quand il joue son homme des cavernes.

Pourtant, je n’aurais jamais imaginé aimer l’idée d’appartenir à

quelqu’un… Mais je dois reprendre mes esprits, toute cette histoire

n’est que du provisoire et je ne dois surtout pas perdre le contrôle de

la situation, ni de mes sentiments. Enfin, si ce n’est pas déjà fait…

 

Will

 

Quand la voiture s’arrête devant mon immeuble, je suis tendu.

Imaginer Lila avec un autre homme n’a rien de plaisant, ça me donne

même des envies de meurtre.

Je l’aide à descendre de la voiture et ne lâche sa main que quand

nous arrivons dans l’ascenseur pour l’attraper par la taille et l’attirer à

moi. Le concierge a eu l’air surpris de la voir à mon bras mais nous a

salués avec chaleur.

Oui, c’est la première fois que je ramène une femme chez moi, mais

ça ne veut rien dire du tout. C’est comme quand j’ai demandé à mon

équipe de sécurité de la localiser grâce à son téléphone, ça ne veut rien

dire non plus.

Après avoir déjeuné seul, je me suis mis à tourner dans mon

appartement comme un lion en cage. J’ai bien essayé de travailler,

mais je n’ai pas réussi à me concentrer sur une seule ligne du contrat

que je dois examiner. Quand j’ai rendu les armes et que je lui ai

demandé par message où elle se trouvait, j’étais presque soulagé de ne

plus avoir à me battre contre cette envie obsédante de la voir. Mais

que m’a fait cette femme pour que j’aie envie d’être avec elle à chaque

instant ? Bien sûr que le sexe est formidable et intense avec Lila, mais elle a quelque chose en plus et, étrangement, je meurs d’envie de la

protéger, de l’aider, de la soutenir.

Pourtant, quand elle m’a répondu qu’elle me rappellerait plus tard,

finissant son message par un « bisous », j’ai vu rouge. Si son rendez-

vous était terminé, elle pouvait revenir vers moi, que faisait-elle qui

l’en empêche ? Je ne cessais d’imaginer les différents scénarios

possibles pour justifier son absence et c’est uniquement parce que je

m’inquiétais pour elle que j’ai fait cette démarche auprès de mon

service de sécurité. Du moins, c’est ce que j’essaye de me répéter…

Quand on m’a donné le lieu où elle se trouvait, je suis tombé des

nues. Je l’imaginais être en train de boire un verre avec des amis, pas

d’étudier sagement dans une bibliothèque. Il a fallu que je la voie, que

je l’observe pendant qu’elle travaillait pour que je réalise vraiment que

je m’étais trompé sur toute la ligne. Alors que j’étais perturbé par sa

silhouette studieuse, elle, de son côté, n’avait apparemment aucun

problème pour se concentrer, son attention entièrement focalisée sur le

livre qu’elle étudiait. Je ne me suis dirigé vers elle que quand j’ai

compris qu’elle s’apprêtait à partir.

Elle était en colère lorsque je lui ai avoué que je l’avais géolocalisée

pour la retrouver et elle en avait le droit. Moi-même je n’apprécierais

pas du tout qu’une de mes conquêtes me suive et me surveille ainsi.

Mais, aussi surprenant soit-il, elle m’a pardonné très facilement et

nous sommes partis manger dans le parc.

Contrairement à toutes les autres, Lila n’attend rien de moi, ne

veut rien de moi et surtout pas mon argent, je l’ai très bien compris.

Pour lui faire plaisir et l’éloigner de ses soucis financiers, j’étais même

prêt à prendre un jour de congé pour partir m’isoler avec elle, mais

elle avait raison quand elle m’a fait remarquer que ce n’est pas dans

mes habitudes. Mais il faut dire que rien de ce que je fais avec elle

n’est dans mes habitudes…

Finalement, c’est mieux qu’elle ait refusé ma proposition. Mes

proches n’auraient rien compris à mon changement de comportement

et m’auraient questionné pour savoir ce qu’il se passe. Et même si je

peux mentir à ma mère, je sais que mes frères ne seront pas dupes très

longtemps.

Quand je l’ai vue accompagner cette petite fille pour aller jouer

dans l’eau et rire avec cette enfant si innocemment, je n’ai pas pu me

retenir de la rejoindre pour la prendre contre moi. Désormais,

l’attirance qu’il y a entre nous est trop puissante pour que je puisse

l’ignorer. Tout chez cette femme me plaît…

— Je vis au dernier étage avec mes frères.

Lila me regarde étrangement et je peux voir la panique dans son

regard.

—  Ne t’inquiète pas, nous avons chacun notre appartement,

expliqué-je. Il y a cinq ans, nous avons acheté l’étage entier et l’avons

partagé en trois grands logements. Chacun a pu l’aménager selon ses

goûts. Ça nous permet de ne jamais être loin les uns des autres en cas

de problèmes, mais d’avoir tout de même chacun son intimité.

—  Est-ce qu’on risque de les croiser ? demande-t-elle d’un air

anxieux en sortant de l’ascenseur.

Je me dirige vers la porte pour l’ouvrir rapidement et elle se

précipite à l’intérieur en jetant des regards affolés derrière elle. Ce

n’est qu’une fois qu’elle est entrée que je lui réponds :

— Cat et Ben passent beaucoup de temps chez Cat et comme tu le

sais Ryan est en voyage actuellement. J’avais pensé à tout, bien sûr.

—  C’est vrai que ça ferait mauvais genre qu’ils te voient entrer

chez toi avec la secrétaire, rétorque-t-elle.

Elle croise les bras sur sa poitrine et me regarde avec irritation.

Qu’ai-je dit pour la mettre dans cet état ?

— Je te rappelle que c’était dans notre contrat. Notre relation doit

rester secrète pour éviter tous problèmes et tous espoirs de nos

proches, réponds-je durement.

Je bous intérieurement, ne comprenant pas pourquoi elle se braque

ainsi.

—  Oui, c’est vrai, tu as raison. Mais comme il n’a jamais été

question que nous passions nos journées ensemble, je crois que je vais

rentrer chez moi. On se verra plus tard !

Je me mets devant la porte vers laquelle elle se dirige d’un pas

décidé afin de lui barrer le chemin.

—  Tu n’iras nulle part. Tu veux que nous respections les termes

exacts du contrat, parfait.

Je l’attrape par le poignet et l’attire dans mes bras avant de prendre

sa bouche dans un baiser fiévreux. Comment peut-elle croire que je

vais la laisser partir maintenant ?

Elle se retient de répondre à mon assaut en restant raide entre mes

bras, mais elle ne résiste pas longtemps et succombe finalement à mes

caresses et mes baisers en répondant avec fougue. Je la soulève dans

mes bras et l’emporte vers ma chambre.

— Lila, voici le salon, la cuisine est derrière et maintenant je vais te

montrer la chambre.

Elle rit contre mon torse de cette visite succincte et rapide de mon

appartement.

—  Une fois que je t’aurais fait l’amour, je te montrerai vraiment

toutes les pièces et nous mangerons quelque chose. Mais pour le

moment, nous avons un contrat à respecter.

Alors que je referme la porte de ma chambre derrière nous, elle

embrasse mon torse, provoquant des frissons dans tout mon corps.

Plus tard, je prendrais le temps d’essayer de comprendre pourquoi

je n’arrive jamais à me rassasier d’elle et de son corps et pourquoi je ne peux la laisser s’éloigner de moi. Mais plus tard…

 

Le dimanche soir, je suis surpris de voir que le week-end touche à

sa fin. Je n’ai jamais vraiment eu l’habitude de prendre du repos

pendant ces deux jours que tout le monde attend avec impatience.

Pour moi, le samedi et le dimanche ont toujours été semblables aux

autres jours de la semaine. Mais avec Lila, je viens de découvrir que

l’on peut s’amuser en restant au lit toute une journée sans rien faire.

Le sexe représente évidemment une part importante dans notre

relation, mais plus je passe du temps avec elle, plus j’ai envie de la

connaître et de prendre soin d’elle. J’aime le son de son rire, j’aime

quand elle dépose un baiser tendre sur ma joue, j’aime la voir lire… Et

j’adore quand elle porte mes chemises, comme en ce moment même…

Lila vient d’allumer la télé pour regarder le match de basket que

nous attendons avec impatience tandis que, de mon côté, je fouille

dans le frigo en faisant la grimace.

—  Ça te va si je commande des pizzas ou tu préfères que j’aille

nous chercher un repas au petit restaurant du coin ?

— Tu veux dire au seul de ta rue qui se trouve être un restaurant

gastronomique ?

— Ils font des plats à emporter.

Elle se rapproche de moi et me prend par la taille. J’aime cette

intimité que nous partageons. Je pourrai même m’y habituer

facilement…

— Une pizza sera très bien, merci !

Je commande par téléphone et nous préparons la table basse pour

notre dîner. Lila se lance dans des pronostics sur le match qui

opposera notre équipe contre celle de New York pendant que nous

attendons nos pizzas, blottis l’un contre l’autre sur le canapé. Je

caresse tendrement son bras en l’écoutant.

On sonne à la porte et je me lève pour aller payer le livreur.

— À table !

Je dépose le repas sur la table, et Lila s’assoit par terre à même le

sol. Je vérifie que nous n’avons rien oublié, mais j’ai l’impression qu’il

manque quelque chose. Je repars à la cuisine et reviens avec une petite

bougie que je pose sur le centre de la table en me demandant qui a

bien pu apporter ceci dans mon appartement. Quand je l’allume, le

regard que me lance Lila est si doux que je me demande si je ne viens

pas de faire un faux pas. Pourquoi me suis-je senti obligé de donner un

air romantique à notre repas ? Obligé ? Vraiment ?

Je me racle la gorge mal à l’aise et m’assois à mon tour par terre.

—  Voici votre délicieux repas, dis-je en lui tendant une boîte. La

prochaine fois, je te promets de faire mieux.

— Mieux que quoi ? fait-elle en croquant dans une part de pizza.

— Un hot-dog hier, une pizza aujourd’hui, mes conquêtes ont droit

à plus de raffinement de ma part d’habitude.

Elle éclate de rire si soudainement que je ne sais pas comment

réagir.

— Eh bien, sache que je ne suis pas comme toutes tes conquêtes.

Ça, je le sais déjà. Et c’est bien ce qui m’effraye…

—  Je suis une femme simple, continue-t-elle. J’aime le basket, les

hot-dogs, la pizza et la bière.

—  Alors pourquoi essayes-tu de donner une image différente de

toi ?

Elle me regarde étonnée et je me sens obligé de préciser.

— Ne te méprends pas, j’aime cette femme simple que tu es, mais il

y a encore une semaine, je pensais que tu étais le genre de femmes qui

boivent du vin ou des cocktails, qui aiment faire du shopping tout le

temps et qui préfèrent les salons de manucure aux tatamis de krav

maga.

Est-ce que j’ai eu raison de lui dire tout ça ?

Elle regarde un instant la télé et j’attends patiemment qu’elle

réagisse à mes paroles.

—  Je trouve ça plus facile de passer pour une femme écervelée.

Quand les gens n’attendent rien de toi, tu ne les déçois pas.

— Pourquoi penses-tu décevoir les autres ?

Elle me fixe un instant.

— Tout le monde éprouve ce sentiment.

— Je ne crois pas que ce soit mon cas, fais-je pensivement.

Lila glousse et je la regarde surpris.

— Bien sûr que si, Will !

— Comment ça ? demandé-je vexé.

Elle s’essuie la bouche et pose la serviette sur la table avant de me

regarder dans les yeux. Je sens que je ne vais pas aimer ce qui va

suivre…

—  Will, tu es toujours dans le contrôle de tes émotions et de tes

gestes quand tu es en face des gens. Depuis qu’on se connaît, je crois

que je ne t’ai jamais vu te laisser aller, à part quand nous sommes au

lit. Tu veux montrer au monde, et à ta mère en particulier, que tu n’as

aucune faille.

Je ne dis rien, trop abasourdi par la vérité de ses propos. Elle se

lève soudain et vient s’asseoir à mes côtés en tirant sa pizza près d’elle.

— Mais ce n’est pas grave, nous t’aimons comme tu es.

« Nous t’aimons » ? Est-ce que ça veut dire qu’elle m’aime ?

J’appuie mon dos contre le canapé, et Lila vient se blottir contre

mon torse.

— Maintenant chut, je veux regarder ce match ! Allez les Celtics !

De toute façon, je n’ai pas envie de parler. Sans le vouloir, elle vient

de me mettre K-O. Je suis surpris que cette jeune femme ait si

facilement su lire en moi. Elle est capable de m’asséner des vérités avec douceur. Comment peut-elle me connaître si bien ? Je suis perturbé

qu’une femme puisse aussi facilement me cerner. Pourtant je

commence à connaître Lila, elle est différente et elle est capable de voir

au-delà des apparences. Est-ce que je ne devrais pas être en train de

paniquer qu’elle me comprenne aussi bien ? Non, pas avec elle ! À cet

instant, j’aime l’avoir près de moi et c’est tout ce qui compte.

 

Je passe l’heure suivante à rire en regardant Lila jurer contre

l’équipe adverse, encourager les Boston Celtics et huer l’arbitre. J’aime

la simplicité de cette femme, elle ne fait rien pour essayer de

m’impressionner, elle est juste elle-même.

Quand le match se termine, nous avons déjà débarrassé la table et

rangeons les dernières affaires de notre dîner.

— Je suis si heureuse que nous ayons gagné ce match, dit Lila en

s’étirant à mes côtés.

— Moi aussi, fais-je en la prenant tendrement dans mes bras.

Elle passe les siens autour de mon cou et dépose un baiser rapide

sur ma bouche.

— C’était une très bonne soirée, merci.

Oui, avec elle tout a un goût différent, même une soirée toute

simple comme celle-ci.

Certes, une soirée « en amoureux » n’était pas vraiment prévue

dans notre contrat. On est loin d’une relation basée exclusivement sur

des parties de jambes en l’air, mais je dois avouer que j’ai adoré ce

moment en dehors de la réalité, comme si nous étions seuls au monde.

—  Et maintenant au lit, mademoiselle. Je vous rappelle que votre

patron vous veut très en forme demain au travail.

— Quel tyran !

— Et encore tu n’as pas tout vu…

Elle part en courant et en riant en direction de la chambre et je la

suis tranquillement en éteignant les lumières sur mon passage.

Suis-je inquiet de me retrouver face à elle sur notre lieu de travail ?

Pas du tout. J’ai confiance en elle, en son professionnalisme, et je sais

que tout se passera bien. Je n’aurai cependant qu’une hâte : la

retrouver le soir, qu’elle soit seule et rien qu’à moi.

 

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