Steal My Desire

Constance ELY · Chapitre 15 sur 16

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Steal My Desire

Chapitre 14

 

 

Lila

 

La semaine suivante passe très rapidement pour moi. Je n’ai pas

menti quand j’ai dit à Will que j’allais devoir reconstruire ma vie,

j’aurais juste aimé qu’il soit avec moi.

Le lendemain de mon retour, j’ai été convoquée par la police et

interrogée dans une salle sombre. Au départ, il ne devait s’agir que

d’une simple conversation, mais j’ai rapidement eu l’impression d’être

aussi accusée, d’être la suspecte principale dans cette affaire. Le FBI

était présent et m’interrogeait sans relâche sur ma famille et sur la

secte.

Soudain, sans que je comprenne vraiment ce qu’il se passait, un

avocat des Carpenter est entré dans la pièce et s’est assis à côté de moi.

Il m’a conseillé sur les réponses à donner aux policiers qui me posaient

des questions.

Comment Will a-t-il su que j’avais besoin de lui ? Je suis sûre qu’il

a quelque chose à voir avec cette arrivée inespérée. Mais peut-être que

je veux seulement l’espérer ?

J’étais venue avec Cat qui a pris quelques jours de repos pour

rester avec moi. Peut-être est-ce mon amie qui a prévenu Ben ? Ce

serait plus logique comme explication…

À la fin de l’interrogatoire, j’ai pu partir rendre visite à ma mère et

Eineke.

—  Je vais m’occuper d’elle maintenant, m’explique Adéline alors

que nous discutions de l’état de ma tante. Je suis très heureuse de la

retrouver enfin, et surtout lorsqu’elle est consciente, elle me raconte

comment tu as grandi.

—  C’est une lourde responsabilité maman, tu n’as pas envie de

pouvoir faire ce que tu veux maintenant que tu es libre ?

— Eineke s’est occupée de toi pendant tout le temps où vous avez

été seules toutes les deux. Je lui dois au moins ça. Et puis, je n’ai pas

envie de courir le monde, je veux juste rester près de toi, sans trop

t’envahir.

Elle m’a pris la main, émue.

—  Et est-ce que tu veux que nous parlions de ce qu’il s’est passé

dans ce tunnel ? ajouté-je hésitante.

—  Ava, j’ai fait ce que j’avais à faire et si je devais revenir en

arrière, je ne changerais rien.

— Peut-être que la secte va s’arrêter maintenant ?

— Il n’y a aucun espoir pour ça. Gregor avait sûrement déjà choisi

un successeur, je penche même pour ton oncle Alexander.

J’ai attrapé l’autre main de ma mère et les ai serrées tendrement,

les larmes aux yeux. De toute façon, je n’ai pas besoin de grand-chose

pour pleurer en ce moment.

Cela fait deux jours que je suis sortie de la secte, deux jours que je

devrais vivre avec enthousiasme, mais je sens qu’il me manque

toujours quelque chose. Ou plutôt quelqu’un… Will.

Depuis que je l’ai quitté, mes nuits sont longues et solitaires et les

matins sont tout aussi difficiles. Se lever, faire semblant d’être heureuse

devant tout le monde, espérer le croiser à chaque instant et craindre

aussi cette possibilité, c’est épuisant.

Quelques jours après mon retour, j’ai été contactée par l’université

de droit où j’aurais dû passer l’examen du barreau. Alors que je

pensais devoir abandonner mon rêve de devenir avocate, ils m’ont

proposé une nouvelle date et, exceptionnellement, je pouvais passer

cet examen à l’oral.

Au début, je ne savais pas si j’en serai capable, mais j’ai travaillé

dur pour ça depuis tellement d’années que je ne peux pas tout laisser

tomber maintenant, et je sais que je suis prête. J’ai accepté la

proposition de mes professeurs et me suis replongée dans mes cours,

même si mes révisions n’éloignent jamais Will de mon esprit. Je revois

toutes les fois où j’ai révisé avec lui, dans l’avion, dans une chambre, à

la bibliothèque, et il me manque encore plus.

Finalement, me voici deux jours plus tard, me présentant pour

mon oral dans un amphithéâtre de l’université de droit. Je connais

tout sur le bout des doigts, me l’étant même récité quand je travaillais

aux champs ou quand je lavais le sol pour Gregor. Réviser dans ma

tête, en silence, était comme une échappatoire, une promesse que tout

allait s’arranger.

J’ai l’impression que Will est avec moi à chaque instant de mon

exposé. Pourtant je n’aperçois personne d’autre que les membres du

jury dans ce grand amphithéâtre.

En sortant, Cat, Eineke et ma mère m’attendent sur les marches et

je saute dans leurs bras, heureuse de leur annoncer que j’ai réussi. Je

suis félicitée par ces trois femmes que j’aime tant, mais je ne me sens

pas complète sans lui… Peut-être devrais-je appeler Will pour lui

annoncer la bonne nouvelle ? Après tout, il était le seul au courant de

cet examen et il m’a aidée à réviser plusieurs fois.

Non, je ne dois pas craquer ! Il a sa vie et je ne dois plus empiéter

dessus.

Je passe le reste de la semaine à préparer mon retour chez King,

Young et associés et je rends visite à ma mère et Eineke à la clinique

tous les jours.

Un soir, ma mère m’apprend une nouvelle déconcertante.

—  Avec ta tante, nous allons bientôt emménager dans un

appartement qui se trouve dans une résidence médicalisée, pas loin de

là où tu vis.

—  Mais quand as-tu eu le temps de chercher un logement de ce

type ? demandé-je surprise. Et avec quel argent comptes-tu payer le

loyer ?

Depuis mon retour, je ne cesse de réfléchir à la meilleure solution

pour nous trois et suis même en train de chercher un nouvel emploi

pour pouvoir joindre les deux bouts.

— Oh, ce n’est pas moi…

Ma mère regarde ses mains. Ces derniers jours, j’ai appris à la

connaître et je sais que c’est un geste de nervosité chez elle.

— Maman ?

—  Il ne voulait pas que tu sois au courant tout de suite mais,

comme d’habitude, je n’ai pas su tenir ma langue…

— Mais de quoi tu parles enfin ?

Adéline me prend les mains et me contemple avec ce même regard

que celui que je vois tous les matins dans mon miroir.

—  C’est Will qui nous a trouvé ce logement et qui s’occupera de

tout.

Je déglutis avec peine et ravale les larmes qui menacent d’inonder

mes yeux. Je me lève et regarde par la fenêtre de la chambre de ma

mère en lui tournant le dos. Il vaut mieux que je ne lui montre pas

mon désespoir.

— Ah bon ? réussis-je à dire au prix d’un grand effort.

— Il s’est occupé de tout et il passe nous voir tous les soirs après

toi. Il est vraiment charmant.

— Tous les soirs ? répété-je incrédule en me retournant.

À quoi joue-t-il ? Je lui donne une chance pour qu’il s’éloigne de

moi, de ma famille et de notre passé afin qu’il puisse sauver sa

réputation et il décide de rester ?

— Tu sais, je croyais que vous étiez ensemble, continue ma mère en

se rapprochant de moi. Vous sembliez très proches quand il nous a

sauvées…

Comment expliquer ce qu’il en est réellement à ma mère ?

—  Il fait partie des grands de ce monde, tu sais, pas nous…,

murmuré-je.

—  Je ne pense pas qu’il soit aussi imbu de sa personne. Il

s’intéresse à nous, à toi.

— À moi ?

—  Oui, il nous a posé plein de questions à Eineke et moi pour

savoir comment tu étais quand tu étais petite, comment tu as grandi,

d’où te vient ce caractère insolent…

Je n’ai pas le temps de répondre que mon téléphone sonne dans

mon sac. Je décroche, encore déboussolée par les paroles de ma mère.

— Je t’attends en bas, me dit Cat.

J’avais complètement oublié que Cat voulait m’emmener passer la

soirée dehors ce soir. Depuis que je suis revenue, je suis restée

enfermée chez moi pour réviser, ne quittant mon appartement que

pour aller voir ma mère et ma tante, et c’en est trop pour mon amie.

Mais je n’ai pas envie de sortir, pas envie de voir du monde, pas

envie de m’exposer, pas envie de prendre le risque de croiser Will avec

Elise…

Pourtant Cat a raison, je ne peux me cacher toute ma vie.

— Vas-y, me dit ma mère en m’embrassant. Nous aurons le temps

de reparler de tout ça.

Je l’enlace une dernière fois dans mes bras avant de rejoindre mon

amie qui m’attend dans un taxi.

— Ça va ? me demande-t-elle une fois que je suis installée.

Je ne sais pas trop quoi lui dire étant donné que nous n’avons pas

vraiment eu le temps de discuter de ce qu’il s’est passé avec Will. Cat

est une amie fidèle et discrète, et je sais qu’elle attend sûrement que je

sois prête à tout lui raconter. Mais le serais-je un jour ?

—  Oui, je vais très bien ! dis-je avec un faux entrain. Alors où

allons-nous ?

— D’abord chez toi pour que tu te changes et que tu te fasses belle.

— OK, et après ?

— Après, c’est une surprise.

 

Une heure plus tard, je me trouve devant le Stellar et ressens tout

de suite un pincement au cœur, mais Cat me prend le bras et

m’entraîne à l’intérieur. Elle me conduit à une table en retrait où se

trouvent tous mes amis.

Je n’ai pas le temps de réfléchir à un moyen de rentrer chez moi

que je suis entourée par tout le monde. Moi, qui ai cru être seule, je

découvre que ces gens que j’aime me soutiennent et sont heureux de

me retrouver.

Les verres commencent à s’enchaîner et j’avoue que Cat avait

raison, ça me fait un bien fou de rire, de discuter et de retrouver tous

mes amis.

Mais soudain, avant même que je le remarque, je sens sa présence.

Will…

Il me salue de loin et mon cœur manque un battement, mais il ne

s’approche pas de notre table et reste au bar.

— Nous avons invité tous les gens qui nous ont aidés à te sortir de

ce cauchemar, me confie mon amie qui a suivi mon regard.

— Super, je vais pouvoir remercier chacun d’eux.

Il faut que j’aille parler à Will, je n’arrive pas à rester loin de lui.

Après plusieurs jours sans le voir, je suis en manque. Quel mal y

aurait-il à aller profiter de sa présence quelques minutes ? Après tout,

je lui dois beaucoup et ce ne serait pas déplacé de ma part de le

remercier pour tout ce qu’il a fait pour moi. Je sais que je vais encore

souffrir un peu plus, mais là tout de suite je m’en moque. J’ai besoin

de lui près de moi.

Je m’approche de lui et il me regarde arriver sans me quitter des

yeux. Je commande une bière et m’accoude au bar pour me donner

une contenance.

— Bonjour Will.

— Bonsoir Lila, répond-il de sa voix de velours. Ou Ava, tu as fait

un choix ?

— Oui, je vais reprendre mon vrai nom mais garder mon prénom,

Lila Bestle. C’est pour rendre hommage à mon père.

— Lila Bestle, répète Will doucement. Ça te va bien.

Mon prénom prononcé par sa voix grave est comme une caresse

sur mon cœur.

— Et sinon comment vas-tu ? demandé-je en essayant de paraître

joyeuse.

— Beaucoup de travail, comme d’habitude, mais ça va. Et toi ? Je

vois que tu as toujours ce maudit bleu sur la mâchoire…

Il lève la main et effleure ma joue, toujours marquée par le coup

que Gregor m’a donné, et je ne peux m’empêcher de me noyer dans

ses yeux. Le toucher de ses doigts sur ma peau fait courir de longs

frissons dans tout mon corps.

Nous sommes interrompus par le barman qui me tend mon verre,

et je bois une gorgée pour rafraîchir mes joues brûlantes. Il n’y a que

Will qui ait cet effet-là sur moi.

— Merci pour ce que tu as fait pour ma mère et Eineke.

Il fronce les sourcils, puis sourit en fixant sa bière.

— Avec plaisir.

— Pourquoi ?

—  Pourquoi quoi, Lila ? demande-t-il en me faisant face à

nouveau.

— Pourquoi tu fais tout ça ?

— Parce que ça me fait plaisir d’aider des femmes si courageuses.

— Mais…

— Il n’y a pas de mais Lila. J’ai aidé ta mère et Eineke, ça s’arrête

là, dit-il durement.

Pourquoi est-ce que je l’interroge de la sorte ? À quoi je

m’attendais ? Ou plutôt qu’est-ce que j’espère ? Il faut que tout ça

cesse, que je le laisse vivre sa vie et, par la même occasion, que je

reconstruise la mienne, sans lui…

— Très bien ! Dans ce cas, merci Will.

Je me redresse et pars retrouver mes amis le cœur lourd.

La soirée continue à battre son plein, le Stellar est bondé, les gens

boivent, rient et dansent. Mais mon regard revient toujours sur lui, et

je ne peux m’empêcher d’essayer de trouver Will.

Soudain, je le vois en pleine discussion avec une jeune femme, il a

sa main posée sur son bras et le visage penché vers elle. Quand cette

dernière se tourne sur le côté, je reconnais Elise. Et j’ai mal… Mais je

ne pleurerais pas ! Je vais devoir m’habituer à les croiser ensemble

maintenant qu’ils semblent s’être remis en couple. Pourtant je ne vois

pas comment je réussirai un jour à accepter que tout est fini entre

nous.

Ils discutent un moment et la jeune femme embrasse Will sur la

joue avant de partir. Peut-être va-t-il la rejoindre plus tard pour lui

faire l’amour comme il me l’a fait ?

Au moment où je croise le regard de Will, Lucas se présente devant

moi. Je ne sais pas ce qui me prend, mais je saute dans les bras du

jeune homme qui est très surpris par ma démonstration d’affection.

— Lucas, je suis tellement heureuse de te voir !

Il me prend par les bras pour m’éloigner un peu de lui.

— Moi aussi, dit-il hésitant. Je suis content de voir que tu vas bien.

Son regard me sonde et je sens que nous nous comprenons sans

avoir besoin de dire un mot. Lucas a vu trop de choses à l’époque où il

était encore chez les commandos pour savoir reconnaître les blessures

que je porte.

Il pose ses mains sur mes épaules et murmure à mon oreille :

— Ça ira mieux avec le temps.

Non, il a tout faux ! Je sais que ça n’ira jamais mieux sans Will,

j’ai besoin de lui, de ses bras, de ses étreintes réconfortantes, de son

amour. Lucas est très gentil, mais il ne m’apporte aucun secours dans

ma détresse.

Soudain, quelqu’un me touche l’épaule et je me retourne vivement

pour découvrir qu’Elise se tient derrière moi. Que peut-elle bien me

vouloir ?

— Je voulais te voir, dit cette dernière avec son élégance naturelle.

Je suis très heureuse que tu t’en sois sortie et j’espère que nous

deviendrons amies quand nous nous reverrons avec Will.

— Bien sûr, réussis-je à dire difficilement tant ma gorge est nouée.

Elise me sourit et me souhaite une bonne soirée avant de s’en aller.

Je dois m’habituer à la voir et à lui parler puisqu’elle est maintenant la

femme qui va partager la vie de Will. Et je vais devoir construire mon

futur avec quelqu’un d’autre moi aussi.

Je ne sais même pas pourquoi j’essaye de lutter et de me

convaincre : j’aime Will de toute mon âme et je sais que je ne pourrai

jamais le remplacer par un autre.

Je redresse la tête et vois que Will a toujours le regard braqué sur

Lucas et moi. Une lueur brûlante brille dans ses yeux, une étincelle qui

veut dire que je lui appartiens. Et il a raison, m’avoué-je vaincue, je ne

pourrai jamais être avec quelqu’un d’autre.

La musique m’appelle et je ne résiste plus, j’ai besoin de l’oubli que

me procure la danse. Je dois réussir coûte que coûte à ne plus penser à

lui, au moins pendant un instant…

 

Will

 

Mais qu’est-ce que je fais encore là ? me demandé-je pour la

millième fois. Pourquoi ne suis-je pas capable de quitter ce bar et de

rentrer chez moi au lieu de la regarder rire, parler et sauter dans les

bras de Lucas ? Tout à l’heure, j’ai failli traverser la pièce pour

l’arracher à mon coach, mais me suis retenu au dernier moment. Ces

quelques jours sans vraiment la voir ont été un supplice. Mais

apparemment elle ne veut plus de moi, et il faut que je respecte son

choix.

Je regarde ma bière. Quand celle-ci sera finie je partirais, me

promis-je. Je suis venu parce que j’ai juré à Cat que je serais là et parce

que je sens que mes frères observent chacun de mes gestes et de mes

humeurs. Il faut qu’ils pensent que tout va bien, que je ne me

morfonds pas tout seul dans mon grand lit tous les soirs, que je ne la

cherche pas près de moi tous les matins à mon réveil, que ne pas

respirer le même air qu’elle me tue lentement…

Avoir pu discuter quelques instants avec Lila m’a redonné l’énergie

qu’il me manquait et je n’ai pu m’empêcher de la toucher. La douceur

de sa peau et le trouble de son regard m’ont mis dans un état second.

Mais elle a pris sa décision : elle ne veut pas de moi dans sa vie qu’elle

est en train de reconstruire.

Soudain, Ryan et Ben surgissent de nulle part et m’encadrent, ne

me laissant aucune porte de sortie.

— Alors Will, s’exclame Ryan, on reste dans son coin ?

— C’est vrai, pourquoi tu ne nous rejoins pas ? demande Ben.

— Il y a déjà beaucoup trop de monde à votre table et puis j’aime

être tranquille.

—  Tu veux être tranquille ? s’indigne Ben. On ne vient pas au

Stellar pour être tranquille, on vient s’amuser, rencontrer d’autres

personnes, danser…

—  Excuse-moi, coupé-je en levant la main. Je ne voulais pas te

vexer, c’est toujours aussi génial de venir ici.

— Et puis on est tous là pour fêter le retour de Lila, reprend Ryan

en me fixant.

— Bien sûr.

—  En parlant de Lila, continue Ben, Cat m’a dit qu’elle avait été

interrogée par la police comme une suspecte, mais qu’elle a eu la

chance d’avoir un de nos avocats pour la conseiller.

— Ah bon ? fais-je évasivement.

— J’irai l’interroger lundi pour savoir pourquoi il se trouvait là et

non au travail, comme il aurait dû l’être.

—  C’est bon ! soufflé-je. C’est moi qui l’ai envoyé là-bas. J’ai su

par un ami que ce ne serait pas juste une petite conversation et il était

hors de question que je la laisse les affronter seule.

— Ah, je comprends mieux, dit Ben d’un air content de lui. Dans

ce cas, tu peux peut-être aussi nous expliquer pourquoi Cat est sûre de t’avoir vu à l’université de droit le jour où Lila passait sa thèse ? Il est

d’ailleurs très surprenant qu’elle ait pu la repasser aussi rapidement…

C’est comme si quelqu’un avait fait appel à ses connaissances pour lui

accorder une deuxième chance.

—  Cat s’est peut-être trompée en croyant me voir ? essayé-je

d’argumenter.

— Will…

—  OK, vous voulez quoi ? Que je vous dise que je l’ai dans la

peau, que je ne dors plus, que je ne respire plus sans penser à elle. Que

je me contente de l’observer de loin comme un voyeur pour avoir

l’impression d’être un peu à ses côtés.

Mes deux frères me regardent stupéfaits.

—  Trois whisky on the rocks, commande Ben. On va en avoir

besoin…

—  On ne pensait pas que tu souffrais à ce point, dit Ryan en me

pressant l’épaule.

Nous nous taisons jusqu’à ce que nos boissons nous soient servies,

chacun plongé dans ses pensées.

— Mais Elise était là tout à l’heure, je croyais que finalement vous

étiez à nouveau ensemble…

— Non. Elle est venue me dire au revoir, elle a compris depuis le

début que j’étais amoureux de Lila.

— Donc tu l’aimes, dit Ben dans un souffle.

— Comme un fou…

—  OK, dit Ryan en se redressant. Et donc pourquoi tu n’es pas

déjà en train de le lui dire ?

— Parce que je sais qu’elle ne veut pas de moi dans sa nouvelle vie.

— C’est elle qui t’a dit ça ?

— Oui.

—  C’était avant ou après que tu lui as dit que tu l’aimais ?

demande Ben.

Je reste silencieux.

— Elle ne sait même pas ce que tu ressens ! s’exclame Ryan.

— Elle n’a pas besoin que je complique sa vie. Elle est à nouveau

libre, pourquoi lui demanderais-je de s’emprisonner avec moi ?

— Quand on aime, on ne se sent pas emprisonné, commente Ben.

— Écoutez, ça va me passer, OK ? Lila va faire sa vie de son côté et

moi la mienne et tout ira bien dans le meilleur des mondes.

Je dois y croire, il le faut. Je bois mon verre d’un trait et le pose sur

le bar.

— Je vais y aller, dites au revoir aux filles de ma part et passez une

bonne soirée.

Mes frères me saluent de la tête sans rien dire, comme s’ils

comprenaient mon besoin de m’éloigner.

Et c’est tout à fait ça, il faut que je m’éloigne, pensé-je en jetant un

dernier regard à Lila qui danse sur la piste, entourée de ses amis.

Elle n’a plus besoin de moi, il faut que je la laisse libre.

 

Le lendemain, Ryan, Ben et moi sommes en réunion avec notre

mère qui nous présente de nouveaux contrats à négocier. Je surprends

Ryan en train de regarder sa montre. Il va bientôt être midi et il

s’ennuie, comme d’habitude. Il faut que je le fasse maintenant.

Je n’ai pas cessé de réfléchir à tout ça depuis la veille au soir. Je n’ai

pas dormi de la nuit et ai regardé se lever le soleil sur Boston depuis

ma baie vitrée. Ma décision est prise, il va juste falloir l’annoncer à ma

mère, ce qui sera le plus difficile. Comment puis-je lui expliquer ce que

j’ai prévu de faire sans créer une énorme dispute ?

— Je vais partir vivre à New York.

Les mots s’échappent de ma bouche sans que je puisse les retenir.

Ce n’était pas la meilleure manière de dire les choses, mais au moins

tout est clair.

Ma mère et mes frères me regardent avec stupéfaction pendant

quelques secondes, mais personne ne prononce un mot. Même Helen

reste la bouche ouverte, sans rien dire. C’est bien la première fois que

je la vois déstabilisée.

—  Quoi ? hurle-t-elle quand elle assimile enfin ce que je viens de

déclarer.

— Maman, commencé-je doucement. Tu n’as pas l’intention de me

laisser ta place, n’est-ce pas ?

—  Ce n’est pas vrai, j’attends juste que tu sois prêt ! Tu ne peux

pas partir.

— Will, tu ne peux pas faire ça, dit Ben qui s’est redressé.

Je regarde mes frères l’un après l’autre et me tourne à nouveau vers

notre mère.

— Ne faisons pas dans le mélodramatique, je ne pars pas à l’autre

bout du monde mais à New York, ce n’est pas très loin d’ici. Nous

cherchons quelqu’un pour monter notre nouvelle société là-bas. Qui

mieux que moi pour le faire ?

—  Mais nous avons besoin de toi ici, répond ma mère en se

laissant tomber sur sa chaise.

—  Je suis sûr que l’on peut me remplacer. De toute façon, ma

décision est prise.

— Eh bien moi, je ne l’accepte pas, rétorque Helen en prenant ses

dossiers et en sortant de la pièce.

Lorsque la porte se referme derrière elle, je me tourne vers mes

frères.

— Tu es sûr de toi ? me demande Ryan.

— Oui.

— Est-ce que ça a quelque chose à voir avec la discussion que nous

avons eue hier soir ? fait Ben.

— Je ne vais pas vous mentir, c’en est l’unique cause.

— Et si tu essayais de lui parler ?

— Non ! m’exclamé-je. Je vais la laisser vivre ici et je construirais

ma vie à New York.

— Tu crois vraiment à ce que tu dis ? interroge Ben ironique.

— Non, murmuré-je abattu, mais je n’ai pas le choix.

Ben se lève et quitte le bureau sans un mot de plus. Je ne peux lui

en vouloir, je le laisse seul pour gérer notre mère et ce n’est pas très

fair-play.

Mais je dois penser à moi avant tout, et surtout à Lila. Il faut que

je lui laisse l’espace dont elle a besoin.

—  Je pense que tu fais une énorme erreur, mais je suis là si tu as

besoin de quoi que ce soit, me dit Ryan en m’accompagnant jusqu’à

mon bureau.

 

Lila

 

Je suis nerveuse. Me trouver dans le bureau de Ben me rappelle

trop de souvenirs et trop d’émotions que je ne veux plus ressentir.

Et si je croisais Will ?

J’ai déjà très peu dormi cette nuit après notre rencontre au Stellar

et je sais que je ne pourrai pas supporter plus. Je n’ai cessé de

l’imaginer avec Elise, j’ai essayé de combattre les mots qui étaient

écrits dans cet article et qui dansent toujours dans ma tête en vain et je

suis épuisée.

Cat et moi devons manger avec Ben et c’est pourquoi nous

l’attendons toutes les deux dans son bureau. J’ai supplié mon amie pour que son fiancé nous rejoigne directement au restaurant, mais Cat

n’a pas compris… Ou n’a pas voulu comprendre.

Elle se comporte bizarrement depuis ce matin, comme si elle

voulait me parler de quelque chose mais n’osait pas.

Je regarde par la baie vitrée quand Ben entre enfin dans le bureau.

Il a l’air de très mauvaise humeur et me jette un regard noir que je ne

comprends pas. Que se passe-t-il ?

—  Tu vas bien ? lui demande Cat en se rapprochant de lui et en

posant une main sur sa joue.

—  Non, pas vraiment. C’est en rapport avec ce dont je t’ai parlé

cette nuit.

— Du nouveau ? demande-t-elle surprise.

— Oui, et ce n’est pas bon !

Mais de quoi parlent-ils enfin ? Je ne sais pas pourquoi mais j’ai la

très nette impression que je suis concernée. Toutefois, je n’ai pas le

temps de poser la question à haute voix que la mère de Ben entre en

ouvrant la porte sans frapper.

— Ben, il faut qu’on parle ! crie-t-elle.

Helen braque son regard noir sur moi et je veux disparaître.

— Encore vous ! souffle-t-elle en me montrant du doigt. Vous êtes

la cause de tous ses malheurs. Comment osez-vous venir ici après ce

que vous lui avez fait ? Il va partir à cause de vous !

Mais de quoi parle-t-elle ?

Ben se place entre nous et s’avance vers sa mère.

— Sors Helen ! Je te rejoins dans quelques minutes, d’accord ?

Le regard meurtrier de la dirigeante de Carpenter’s se détourne de

moi pour fixer Ben.

—  Il faut qu’on arrange tout ça, dit-elle d’une petite voix que je

n’aurais jamais cru lui entendre.

Ben pose sa main sur son épaule dans un geste réconfortant.

— Je m’en occupe, laisse-nous maintenant.

Helen quitte le bureau et j’ai enfin l’impression de respirer à

nouveau.

— Il faut qu’on parle, Lila, dit soudain Ben en se retournant.

— Oui, Ben a raison, continue Cat. Je n’ai pas voulu te bousculer,

mais je crois qu’il est temps.

— Parler de quoi ? réussis-je à dire d’une petite voix.

— Que se passe-t-il avec Will ? demande Cat.

La question est si inattendue pour moi que je pourrais presque

éclater de rire. J’ai imaginé tant de choses, tant de scénarios possibles,

mais je n’aurais jamais deviné que tout ça ait un rapport avec Will.

Soudain, je me fige en repensant aux paroles d’Helen. Qui va

partir par ma faute ? Parle-t-elle de Will ? Non, c’est impossible…

— Je ne vois pas ce que tu veux dire, Cat.

— Enfin Lila, il est parti jusqu’au bout du monde pour te sauver !

Et tu m’as dit toi-même que tu avais des sentiments pour lui. Alors

pourquoi n’êtes-vous pas ensemble ?

Je suis très gênée de parler de tout ça devant Ben, mais aurais-je été

plus à l’aise seule avec Cat ? Rien n’est moins sûr… Il m’est si difficile

de parler de mon histoire avec Will sans avoir les larmes aux yeux.

—  Je lui suis très reconnaissante d’être venu nous chercher ma

famille et moi. Mais je sais qu’il a sa vie à lui.

Ben ricane.

— Quelle vie ? demande-t-il.

— Mais enfin, m’énervé-je. Il a été très clair sur ce qu’il pensait de

moi et de notre histoire dans cet article du Boston News !

Le regard que s’échangent Cat et Ben ne me plaît pas et mon amie

s’approche doucement de moi pour me prendre les mains.

—  C’est moi qui ai répondu aux questions de cette journaliste.

Tout ça était faux, nous devions faire croire à Gregor que Will ne te rechercherait pas, que tu ne représentais rien pour lui.

— Mais…

Tout tourne dans ma tête.

— Il n’a même pas réussi à répondre à une seule question, j’ai dû le

faire à sa place. Pendant toute la durée de ce rendez-vous avec la

journaliste, il était au téléphone. Il a tout fait pour te retrouver, il n’a

pensé à rien d’autre.

— Alors…

Je m’assois sur un des fauteuils et prends ma tête entre mes mains,

les larmes coulent sur mes joues sans que j’essaye de les retenir.

— Mais qu’en est-il d’Elise ?

—  Ça faisait partie de notre plan, ils ont fait semblant de sortir

ensemble.

Ben s’approche de moi doucement.

— Il part vivre à New York.

Je sursaute, il ne peut pas partir comme ça ! Il faut que je lui parle,

il faut que je comprenne, il faut que je sache si mes sentiments sont

réciproques.

Je me lève en séchant mes larmes.

— Où est-il ?

— Dans son bureau.

— Merci.

Je serre la main de Cat qui m’encourage du regard avant de sortir

de la pièce et de traverser l’étage jusqu’aux ascenseurs. Mais quand je

me trouve enfin devant le bureau de Will, je suis au bord du malaise.

Que suis-je en train de faire ? Vais-je m’humilier encore plus ? Et si ses

sentiments avaient changé ? Si Ben et Cat avaient mal compris ?

Non, je ne peux plus reculer ! Je dois savoir.

Je frappe à la porte, mais mon cœur qui tambourine dans ma

poitrine bat si violemment que je ne suis pas sûre d’avoir toqué suffisamment fort. Mais finalement, la porte s’ouvre sur la secrétaire

de Will.

— Je voudrais parler à M. Carpenter, s’il vous plaît.

— Laissez-la entrer.

La secrétaire s’efface pour me permettre de passer et s’éclipse

discrètement.

Nous nous faisons face pendant un moment sans rien dire. Will me

domine de toute sa hauteur, mais il reste derrière son bureau, créant

une certaine distance entre nous.

— Tu voulais me voir Lila ?

Oh ! Je veux bien plus que ça, mais en ai-je le droit ?

— Tu pars à New York ?

C’est tout ce que j’arrive à dire pour le moment. Il paraît surpris

mais répond tranquillement.

—  Oui, nous allons ouvrir une branche de la société là-bas et ce

sera plus facile de tout gérer si c’est moi qui y vais directement.

— Ah…

Son téléphone vibre sur la table et il baisse la tête pour consulter

son message, je dois certainement l’empêcher de travailler.

—  Gregor m’a lu l’article de cette journaliste tous les jours,

plusieurs fois, encore et encore, jusqu’à ce que je le connaisse par

cœur.

Il fronce les sourcils.

— Quel article ?

—  Celui où tu disais que je n’étais rien pour toi et que tu ne

t’abaisserais pas à sortir avec une secrétaire.

Il casse le crayon qu’il tenait dans sa main et je recule d’un pas.

— Je n’ai rien à voir avec cet article, dit-il durement.

— Je viens seulement de l’apprendre.

— Tu ne le savais pas ? demande-t-il surpris.

— Non.

Il ne dit rien et je n’arrive pas à savoir ce qu’il pense. Tant pis, il

faut que je trouve le courage de me jeter à l’eau.

— Je pensais que tu étais avec Elise…

—  Non, ce n’était qu’un rôle, une manière de faire diversion.

Écoute, Lila, j’ai beaucoup de choses à faire, soupire-t-il en se passant

une main dans les cheveux. Je suis…

— Je t’aime, dis-je d’une petite voix.

Il sursaute.

— Qu’as-tu dit ?

Voilà, c’est le moment fatidique, je ne peux laisser passer cette

chance de lui avouer mes sentiments. Et s’il ne m’aime pas, je n’aurais

rien à regretter.

— Je t’aime. Je t’aime depuis que tu m’as accompagnée voir Eineke

après notre première nuit ensemble. Je t’aime parce que tu as pris soin

de moi, parce que tu m’as fait crier comme personne, parce que tu

m’as fait me sentir en sécurité comme je ne l’avais jamais été

auparavant. Je t’aime parce que tu n’as pas hésité à venir me secourir.

Je reprends mon souffle, Will reste figé en face de moi.

— Après toutes ces années à avoir peur, à ne pas me laisser aller, à

rester forte, je t’ai rencontré et j’ai, pour la première fois, laissé tomber

mon armure. Je ne pouvais me passer de ton regard sur moi, de cette

envie de toi qui grandissait en moi à chaque fois que je te voyais, de

cette douceur que tu n’avais que pour moi. J’avais appris à vivre seule

depuis si longtemps et c’était tellement bon de ne plus l’être, de passer

mes jours et mes nuits avec toi. Je ne veux pas que tu partes, j’ai

tellement besoin de toi. Reste, s’il te plaît.

Je ne peux toujours pas lire d’émotions sur son visage qui reste

hermétique.

— Non, murmure-t-il.

Voilà, tout est dit. J’ai perdu, je l’ai perdu, il ne veut pas de moi. Je

m’apprête à partir pour qu’il ne puisse pas me voir pleurer, mais il crie

dans mon dos :

— Non ! Je ne peux pas…

Mon cœur se déchire.

— Et je ne veux pas…

Il faut que je m’en aille.

— … vivre un jour de plus sans toi.

Quoi ? Qu’a-t-il dit ? Ai-je bien entendu ?

Je me retourne et il fait un pas dans ma direction.

— Je t’aime Lila, ma vie ne sera jamais complète sans toi.

Je sens que mon cœur est sur le point d’exploser et cours me jeter

dans ses bras pour l’embrasser passionnément. Will me serre si fort

contre lui et je sens ses baisers partout sur mon visage, mon cou, mes

lèvres.

— Tu ne peux pas imaginer comme j’ai souffert le martyre depuis

que tu es partie.

—  Mais pourquoi tu ne m’as pas retenue ? Dans l’avion, j’ai eu

l’impression que tu reprenais tes distances avec moi.

— Parce que c’était toi qui me repoussais, explique-t-il. Au lieu de

rester près de moi, tu as fui dans la salle de bains pour t’habiller. Je

croyais avoir été trop rapide en ne te laissant pas assez de temps pour

te reprendre, d’avoir profité de ta faiblesse en te gardant dans mes

bras.

— Et moi, je pensais à Elise, à cet article et aux photos que Gregor

me montrait tous les jours.

—  Ça n’a jamais été qu’une illusion pour leur faire baisser la

garde. Je n’ai jamais éprouvé ce que je ressens pour toi pour quelqu’un

d’autre. Je ne le savais pas jusqu’à récemment, mais tu es tout ce que

j’ai toujours voulu.

— Je t’aime tant…

Il embrasse le creux de mon cou et je sens sa bouche caresser ma

peau et s’étirer en un lent sourire.

— Hum ! Tu en auras mis du temps à comprendre…

— À comprendre quoi ?

— Que tu m’appartiens…, murmure-t-il.

— Non, c’est faux. Je l’ai su dès que tu as posé tes yeux sur moi. Et

je serai tienne pour toujours mon amour…

 

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