Steal My Desire

Constance ELY · Chapitre 14 sur 16

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Steal My Desire

Chapitre 13

 

Lila

 

Le premier jour que j’ai passé au camp, après mon entretien avec

Gregor et ma visite à Eineke, j’ai été directement amenée au champ

avec les autres femmes pour cultiver la terre en vue des futures

récoltes. Je n’ai jamais eu peur de me salir les mains ni du travail

manuel, mais il faut dire que cette tâche est physiquement épuisante.

Mon dos m’a fait atrocement souffrir le soir même, et je me suis

couchée vidée de toute énergie. Malheureusement, j’ai très mal dormi,

car les cauchemars dans lesquels se mélangeaient Gregor, ma mère,

Eineke et surtout Will m’ont réveillée de nombreuses fois. Ceux où

Will est présent ne sont pas vraiment des mauvais rêves, mais plutôt

les souvenirs des moments que nous avons passé ensemble. Ce qui est

finalement encore plus douloureux…

Ce matin, on m’a conduite auprès de Gregor qui m’attend

tranquillement assis dans son fauteuil au milieu de la grande salle

principale.

— Bonjour Ava.

— Bonjour maître.

Il ne prononce plus un seul mot pour moi et me montre

simplement une serpillière et un seau du doigt. Le sol n’étant pas très sale, je me dis que ça ne devrait pas être une tâche très difficile par

rapport à ce que j’ai eu à faire la veille et commence à laver les

carreaux de marbre. Je me mets à genoux pour frotter les traces de

saleté tout en essayant de trouver une échappatoire à ma nouvelle vie.

Mais toute la fatigue que j’ai accumulée au cours de ces derniers jours

m’empêche de former un plan de fuite.

Soudain, Gregor me tire de mes pensées en appelant les enfants qui

jouent dehors. Il les encourage à entrer avec leurs chaussures sales et à

courir partout. Les enfants rient, et même si cette joie qu’ils apportent

me fait du bien, je grimace devant la corvée qui m’attend à présent.

Je passe une bonne heure à tout nettoyer pendant que Gregor lit. Il

m’observe mais ne s’approche pas de moi. J’ai à peine terminé ma

corvée qu’il se lève et rappelle les enfants, les invitant à nouveau à

entrer et recommencer le même scénario que précédemment.

Je ne bronche pas, il veut m’avoir à l’usure, mais je ne craquerais

pas, je ne lui ferais pas ce plaisir.

Je recommence à laver le sol et, dès que je suis sur le point de finir,

il invite à nouveau les enfants à entrer pour tout salir.

 

Lorsque les cloches de l’église sonnent enfin midi, je ne sens plus

mes mains qui sont engourdies après avoir passé la matinée dans l’eau

gelée.

— Tu peux y aller, à demain Ava.

Je cours jusqu’au dortoir et laisse mes mains un long moment sous

l’eau chaude en retenant les larmes qui inondent mes yeux.

Il ne faut pas que je craque !

Je repense à Will et aux massages qu’il m’a prodigués de

nombreuses fois, à ces douces sensations qu’il faisait naître dans tout

mon corps. Personne avant lui n’avait réussi à me détendre comme lui

a pu le faire.

En revenant dans le dortoir, je vérifie que je suis encore seule. Je

sais que les autres femmes ne tarderont pas à arriver et que je n’ai que

quelques minutes de solitude.

Je sors alors mon téléphone de sa cachette et le rallume

rapidement. Je capte très peu de signal, mais je surveille le temps

affiché sur l’écran. Deux minutes pas une de plus. J’ai réussi à faire la

même chose la veille. Si Will se souvient de sa promesse de me faire

localiser si je suis enlevée, alors il pourra me retrouver et m’aider.

Mais encore faut-il qu’il ait envie de me revoir…

Et si personne n’a remarqué ma disparition ? pensé-je soudain

anxieuse. J’ai dit au revoir à Cat, pourquoi cette dernière

s’inquiéterait-elle pour moi ?

Je suis coupée dans ma réflexion par les femmes qui reviennent de

leur matinée de travail et je m’assois sur mon lit en me frottant les

mains en attendant qu’on nous appelle pour le service. Ma mère

s’approche de moi et me glisse un tube de crème discrètement. Je ne

sais pas comment me comporter avec cette femme. Mes parents se

sont-ils vraiment sacrifiés pour qu’Eineke m’éloigne de la secte ? Pour

l’instant, je n’ai confiance en personne. J’attends, j’observe et verrai

plus tard si je peux faire confiance à cette femme. Le plus important

pour le moment, c’est de trouver un moyen de m’échapper. Et

d’emmener Eineke avec moi.

 

Le lendemain, quand je croise le regard de Gregor en arrivant je

sais qu’il a trouvé un nouveau moyen de me torturer. Après que je l’ai

salué, il me montre du doigt le seau et la serpillière qui sont toujours à

la même place où je les ai laissés la veille. Je m’agenouille sur le sol et

commence à frotter, tout en restant sur le qui-vive.

— Aujourd’hui je vais te faire un peu de lecture, Ava.

En jetant un regard discret sur le journal qu’il tient entre ses mains,

je reconnais le Boston News.

— Il y a ici un article très intéressant sur ton ami Will Carpenter.

Un frisson glacé me parcourt.

— Il parle de toi d’ailleurs…

Je sens que Gregor ne me quitte pas des yeux, mais je continue à

frotter pour ne pas lui montrer mon trouble. Mes bras sont lourds, et

mon cœur bat la chamade dans ma poitrine. Si Gregor m’en parle c’est

que ça ne peut être que mauvais pour moi, je dois me préparer au pire.

— Tu ne me crois pas ?

— Si, bien sûr.

— Viens près de moi alors, je vais te laisser y jeter un coup d’œil.

Je me redresse et approche de son siège avec prudence. Chaque pas

que j’effectue me semble plus dur à faire que le précédent. Je ne veux

pas voir ce qui est écrit dans ce journal. J’ai besoin de garder toutes

mes forces et tous mes espoirs pour me sortir de cet endroit de

malheur et réussir à échapper à cette secte.

Quand je suis à ses côtés, il me tend l’article.

— Lis. Et à haute voix.

 

La version de Will Carpenter.

Après notre précédent article, Will Carpenter a tenu à réaliser une interview avec notre journal pour nous donner sa version des faits. Et comme nous sommes très attachés à la vérité, nous avons accepté d’entendre ce qu’il avait à nous dire. Voici donc la retranscription de notre entretien.

Monsieur Carpenter, des rumeurs ont couru sur une relation entre vous et votre assistante, qu’en est-il réellement ?

Je dois dire que c’est un moment très gênant de ma vie d’homme. Je me suis laissé emporter par mes envies plutôt que par la raison. Je me suis amusé au lieu du sérieux que l’on attendait de moi et je le regrette grandement. Vous admettez donc avoir eu une relation avec cette jeune femme ? Relation est un terme inapproprié, je dirais pour parler crûment que nous avons seulement couché ensemble. Il n’a jamais été question de sentiments

dans cette histoire.

Vous n’étiez donc pas amoureux de Lila Smith, ou devrais-je dire d’Ava Bestle ?

Sans vouloir choquer qui que ce soit, j’ai toujours eu pour ambition d’épouser une femme du même rang et de la même classe sociale que moi. Je refuse de léguer mon nom et mon héritage à une simple assistante. Et surtout pas à quelqu’un qui a un tel passé et dont les ancêtres sont des criminels.

Vous n’étiez donc pas au courant de sa vie passée ?

Encore une fois, je couchais simplement avec elle. À part son corps et le plaisir qu’elle me procurait, le reste ne m’intéressait pas. Donc non, je ne connaissais rien de son passé et à vrai dire je n’ai même pas cherché à la connaître plus que ça. Il est bien évident que si j’avais su à qui j’avais affaire, il ne se serait jamais rien passé entre nous.

Depuis hier soir on ne fait que parler du retour de votre ancienne fiancée dans votre vie, est-ce vrai ?

Il est peut-être un peu tôt pour parler de retour, mais nous sommes très heureux de nous retrouver et de ressentir à nouveau cette entente parfaite entre nous.

Est-ce que vous nous en voudriez si nous disions à nos lecteurs que vous avez un sourire béat en parlant de cette jeune femme ?

Pas du tout ! Nous allons nous revoir et peut-être nous redonnerons-nous une chance, qui sait !

Et c’est sur ces derniers mots pleins d’espoirs que nous avons quitté M. Carpenter. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite et nous ne manquerons pas de vous informer sur cette nouvelle relation idyllique qui est en train de se former !

Faye Donovan

 

Je prends sur moi pour ne pas laisser transparaître la moindre

émotion devant Gregor alors que ce dernier m’observe en souriant.

Tous mes stupides espoirs de retrouver un jour Will, de pouvoir lui

expliquer les raisons de mes mensonges et lui avouer mon amour se

désagrègent devant mes yeux.

Mais il a raison, nous n’avons jamais parlé de sentiment, c’est

uniquement moi qui en ai développé. Il faut que je me rende à

l’évidence : même si je ne lui avais pas menti sur mon passé, il ne se serait jamais rien passé entre nous, il n’aurait pas risqué sa réputation

pour moi.

—  Tu veux dire quelque chose ? demande Gregor d’une voix

mielleuse.

—  Je crois que tout est écrit dans cet article, non ? De toutes les

manières, tout ça est du passé, ma vie se trouve ici maintenant.

— Retourne travailler !

Il ne me croit pas encore, c’est évident, mais j’apprendrais à

dissimuler toutes mes failles. J’ai dû mentir aux gens que j’aimais

depuis plus de vingt ans, alors je n’aurais aucun problème à en faire de

même devant Gregor.

Je retourne à mon ménage, mais dès que je finis de nettoyer, il

verse de l’eau glacée sur le sol, et je dois tout éponger. Lorsque je

rentre enfin au dortoir, je vois que des engelures se sont formées sur

mes mains. Je passe le reste de la journée dans un épais brouillard et

trouve enfin un peu de délivrance à ma souffrance au moment de me

coucher. Je peux enfin verser toutes les larmes que mon corps a

retenues depuis le matin.

 

Les jours suivants se ressemblent tous et ne m’apportent aucun

réconfort. Chaque matin, je retrouve Gregor qui me lit ce même fichu

article en boucle. Je finis par le connaître par cœur, pourtant chaque

mot me fait toujours autant souffrir. Parfois, pour augmenter ma

douleur, il me montre une photo de Will et Elise qui apparaissent dans

le journal du jour. Ils sont ensemble, amoureux, complices,

souriants…

Finalement ils ont dû trouver l’étincelle qu’il leur manquait la

première fois…

Sept jours viennent de s’écouler, mais je n’ai remarqué aucune faille

dans le dispositif de sécurité et je suis encore trop surveillée pour me

promener seule dans le camp. Je n’ai pas non plus revu Eineke et

espère de tout mon cœur qu’elle va bien.

Les cloches de l’église sonnent midi, et je m’apprête à me relever

pour aller me préparer pour le service, mais Gregor me tire les

cheveux en arrière. Je ne l’ai pas entendu arriver près de moi, trop

absorbée par mes pensées. Erreur de débutante…

— Ta mère a tenu moins longtemps que toi à ce petit jeu.

— Je ne comprends pas.

J’ai mal mais je me retiens d’émettre le moindre son, il n’aura pas

cette victoire.

— Elle pleurait tous les jours, mais il faut dire qu’elle avait vu ton

père mourir devant ses yeux.

Un hoquet de surprise m’échappe.

— Tu ne le savais pas ? murmure-t-il près de ma figure. Tes parents

ont tenté de s’échapper avec vous, mais nous les avons rattrapés. Nous

avons exécuté ton père et, depuis ce jour, ta mère a décidé de ne plus

parler. Je l’ai punie et torturée, mais plus un son n’est sorti de sa si

jolie bouche.

Alors il est vrai que mes parents se sont sacrifiés pour que je m’en

sorte ? Je sens soudain une douce chaleur se répandre en moi. Gregor

ne le sait pas, mais il vient de me donner une nouvelle force, une

nouvelle raison d’y croire. Mon père ne peut pas être mort pour que je

revienne passer ma vie ici.

— D’ailleurs Ava, me rappelle Gregor alors que je vais partir. Ton

cycle doit être terminé, demain soir tu seras amenée dans mon lit.

Il faut que je trouve un moyen de sortir de ce camp au plus vite !

Ce soir-là, j’allume mon téléphone une dernière fois. Demain il sera

trop tard. Je ne laisserai pas cet homme me toucher, je préfère essayer de m’échapper, quitte à en mourir.

 

Will

 

Je suis allongé sur le sol et ne bouge plus. L’odeur de la forêt et de

la mousse m’enveloppe totalement. La nuit est noire, et je ne verrais

rien si je ne portais pas les lunettes à vision nocturne que Lucas m’a

données.

Je suis avec mon coach et deux autres hommes, et nous venons de

ramper jusqu’à la clôture est, qui est non loin des champs de récoltes,

l’autre groupe se trouve sur le côté opposé. Nous attendons le signal

pour attaquer, et je ressens la tension, l’adrénaline et la peur se mêler

en moi. Mais j’y suis habitué à présent, ce sont des sentiments avec

lesquels je flirte depuis une semaine… Une semaine à tout préparer

pour ce voyage, une semaine à faire en sorte que la secte croie que je

suis passé à autre chose.

Cat est venue avec moi pour voir la journaliste, Faye Donovan, et

répondre à ses questions. Heureusement qu’elle était là et que Faye

était au courant de ce qu’il se passait, car je n’aurais jamais pu dire

tout ce qu’elle a écrit dans son article.

Je ne pense qu’à Lila, et à chaque seconde qui passe j’imagine le

pire, il faut que je la retrouve. Et je suis prêt à tuer chaque personne

qui lui aura fait du mal.

Jouer le jeu de l’amoureux transi avec Elise a été une idée de ma

mère. Étrangement, cette dernière s’est impliquée plus que ce que

j’aurais pu imaginer dans ce plan insensé.

Le premier soir où j’ai invité Elise au restaurant pour être vus par

les médias, je ne l’avais pas prévenue de ma ruse pour tromper les journalistes. C’est quand j’ai posé la main sur la sienne qu’elle a

compris.

— Will, je joue un rôle en public depuis que je suis enfant, mais là

je sais que c’est toi qui es en représentation, pourquoi ?

Je lui ai tout avoué, toute mon histoire avec Lila depuis le début et

pourquoi j’avais besoin d’elle aujourd’hui dans le rôle de ma petite

amie. Elle a accepté de m’aider sans hésiter et a tout fait pour que la

presse nous suive à chacune de nos sorties. J’ai eu l’impression de

trahir Lila à chaque fois que je me trouvais avec Elise, mais il le fallait.

Je me reconcentre sur Lucas qui me fait signe de ramper jusqu’à

lui. Des hommes armés passent juste devant nous avec des chiens

tenus en laisse. Je retiens mon souffle, pensant qu’ils vont sentir notre

présence, mais les hommes et les bêtes continuent leur marche sans

s’arrêter.

—  Nous avons de la chance, leurs chiens sont jeunes, sinon ils

auraient pu nous débusquer, murmure mon coach. Nous allons sauver

Lila pendant que les autres s’occupent d’Eineke. Si par hasard nous

sommes repérés, tu fuis !

— Hors de question que je parte sans elle.

— Will, soupire Lucas.

— Je te promets de fuir avec elle, ça te va ?

— OK ! On y va.

Nous nous approchons de la clôture, et un des hommes qui nous

accompagnent se redresse avec une pince.

— Tu peux couper ! ordonne Lucas.

L’homme enlève très vite une large partie du grillage pour que nous

puissions tous passer. Aucune alarme ne se met en route, et nous

entrons en nous baissant pour être plus discrets. Nous avons eu les

plans de leur campement grâce au drone hyper silencieux qui a survolé

l’endroit la veille, ce qui nous permet de nous diriger très rapidement.

J’ai mémorisé l’endroit où se trouvait le bâtiment dans lequel Lila

devrait être et me dirige vers l’édifice en priant pour que nous ne nous

soyons pas trompés.

Nous longeons des habitations sans faire de bruit. Toutes les

maisons sont plongées dans le noir, les gens doivent dormir à cette

heure-ci. Pourtant, il y a beaucoup de lumière dans le camp, des spots

éclairent presque chaque recoin pour que les gardes postés sur les

miradors puissent avoir une vue dégagée sur l’ensemble du

campement.

Lucas me fait signe de le rejoindre. Je me suis entraîné avec son

équipe pour comprendre les gestes et les postures et pouvoir réagir en

conséquence sans avoir à prononcer un mot.

Quand j’arrive vers lui, il me murmure :

— Si je ne me trompe pas, les femmes dorment en face, et Lila est

normalement avec elles. Mais il faut traverser la cour à découvert. Tu

vas passer devant ce mur et te rendre dans le coin là-bas, on te couvre.

Il me désigne l’endroit en question qui se trouve hors de vue des

gardes. J’attends le signal de Lucas et pars en courant le plus vite

possible dans le coin opposé. Je ne reprends mon souffle que quand je

l’atteins sans avoir été repéré et attends les hommes qui me rejoignent

les uns après les autres.

—  OK, vous restez ici, chuchote mon coach en désignant ses

collègues. Will, on entre tous les deux.

Les deux hommes de Lucas, armés de leur fusil d’assaut,

acquiescent et se postent devant l’entrée. Lucas ouvre doucement la

porte qui, heureusement, n’émet aucun son ni alarme. Nous nous

faufilons tous les deux aussi silencieusement que possible, nos fusils

pointés devant nous, prêts à tirer au moindre signe.

Dans le long couloir, il n’y a aucun bruit. Trois portes se trouvent

devant nous. Laquelle ouvrir ?

Lucas me fait signe de me mettre sur le côté et ouvre la première

porte avant d’entrer rapidement. Rien ne se passe alors je le rejoins.

Lucas a son arme posée sur le visage d’une femme d’un certain âge qui

nous regarde avec haine. Si elle n’avait pas eu un fusil braqué sur elle,

il est évident qu’elle se serait battue.

—  Si tu fais le moindre bruit, je n’hésiterai pas à te tuer, c’est

clair ?

La femme acquiesce de la tête.

— Où est Lila ? demandé-je.

Elle me regarde mais ne prononce pas un mot.

—  Ou plutôt Ava, ajoute Lucas en appuyant le bout du fusil sur

son visage.

— Dans la pièce à côté, murmure-t-elle enfin.

Elle est vivante !

— Vas-y ! Je vais garder celle-ci à l’œil, mais fais attention.

Je hoche la tête et repars doucement vers la seconde porte. Je

l’ouvre et entre dans un dortoir où plusieurs lits sont alignés les uns

après les autres. J’avance doucement à la recherche de Lila.

Mon cœur s’arrête quand je la vois enfin. Je m’assois doucement

sur le rebord de son lit, enlève mes gants et caresse son visage. Elle

émet un gémissement et bat des paupières avant d’ouvrir les yeux et de

planter son regard directement dans le mien. Un lent sourire

commence à étirer ses lèvres avant qu’elle revienne tout à fait à elle.

Elle se redresse alors et se jette contre moi en me serrant fort. Je lui

rends son étreinte en embrassant ses cheveux, son cou, son visage et

ses lèvres. Elle est là avec moi et elle va bien.

Il faut que je la sorte d’ici maintenant. Je lui fais signe de se lever,

mais ne peux m’empêcher de poser un baiser tendre sur ses lèvres, et

elle me répond par ce sourire qui m’a tant manqué. Elle s’habille rapidement et, alors que nous allons sortir, elle lâche ma main et part

en direction d’un autre lit.

Mais que fait-elle ?

Elle réveille une autre femme et l’aide à s’habiller rapidement.

Quand elles reviennent vers moi, je comprends que cette personne ne

peut être que la mère de Lila tant elles se ressemblent. Elle me jette un

regard sans faille, et nous sortons de la chambre.

Malheureusement, tout s’accélère à ce moment-là : la femme que

Lucas tenait en joue se met à hurler assez fort et assez longtemps pour

réveiller tout le camp et alerter les gardes avant que Lucas l’assomme.

— Allez on dégage ! crie-t-il.

Lorsque nous arrivons dehors, des tirs s’échangent déjà entre les

hommes de Lucas et les gardes du camp.

— Le passage pour aller à la clôture est bloqué par leurs hommes.

Il va falloir traverser tout le camp pour sortir par l’autre côté.

— Non ! Il y a un passage souterrain caché dans cette grange.

La mère de Lila vient de prononcer ces paroles d’une voix faible.

Lila la regarde étrangement, mais je n’ai pas le temps de m’appesantir

sur le sujet.

— OK, Will, pars avec les deux femmes dans ce passage, et nous,

on va faire diversion en allant de l’autre côté ! Ne vous retournez pas

et ne nous attendez pas ! Tu sais où se trouvent les hélicos !

Lila attrape Lucas par le bras.

— Et Eineke ?

— C’est l’autre équipe qui s’en occupe.

— Merci, murmure-t-elle.

Je serre la main de Lucas, prends fermement celle de Lila et pars en

direction de la grange.

Je vérifie rapidement qu’il n’y ait personne à l’intérieur avant de

laisser les deux femmes entrer. Lila aide sa mère à pousser des bottes de foin pendant que je surveille l’extérieur.

— Elle doit être là. On était passé par là la première fois, explique-

t-elle.

Je grimace, si elles ont déjà pris ce passage, c’est que les gardes le

connaissent aussi. Malheureusement, nous n’avons pas d’autres

solutions, ce serait beaucoup trop risqué de sortir à découvert avec

elles alors qu’elles n’ont pas d’arme.

Elles ouvrent enfin une trappe, et je les fais passer les premières.

Quand je descends à mon tour en prenant bien soin de refermer

derrière nous, je suis surpris de voir tout un système de lampes qui

éclaire le long passage étroit.

Nous suivons la mère de Lila en silence lorsqu’elle tombe

soudainement dans un trou peu profond.

— Maman, tu vas bien ?

Des larmes coulent sur le visage de sa mère, mais je suis

étrangement persuadé que ce sont des larmes de joie. Ont-elles pu se

retrouver pendant cette semaine ?

La mère de Lila essaye de se relever, mais retombe lourdement en

poussant un cri.

— Maman ?

— Je me suis tordu la cheville, continuez sans moi.

— Hors de question que je te laisse ici une seconde fois.

Je connais Lila et je sais qu’elle n’en démordra pas. Je me penche

pour aider sa mère à se relever en la soutenant pour l’aider à marcher.

— Lila, passe devant ! ordonné-je.

Nous courons le plus vite possible dans les longs tunnels sinueux,

passant devant des salles où l’on aperçoit des appareils de torture,

mais nous n’arrivons pas à trouver de sortie. Quand nous débouchons

dans un cul-de-sac, Lila pousse un cri d’impuissance.

— OK, Lila ! On repart, l’encouragé-je.

Elle se retourne et me sourit, mais avant qu’elle ait pu faire un pas,

une voix grave retentit :

— J’ai comme une impression de déjà-vu.

Je n’ai pas le temps d’observer celui qui vient de prononcer ces

paroles que deux hommes se jettent sur moi. J’envoie mon poing dans

le ventre de l’un d’eux qui recule sous le choc pendant que l’autre me

saute sur le dos. D’un coup de tête en arrière, je lui explose le nez.

— Stop ! crie l’homme.

Je me tourne vers lui, prêt à l’affronter, mais je me fige devant le

spectacle qui se tient devant moi. Je le reconnais pour l’avoir vu en

photo, c’est Gregor Loritz, le grand gourou de la secte « Suprematia ».

Il tient Lila contre lui et pointe un pistolet sur sa tempe.

— Assez joué.

Les deux hommes avec lesquels je me suis battu se relèvent et

viennent vers moi. L’un d’eux me donne un coup derrière les genoux

ce qui me fait tomber à terre.

— Regarde, Adéline, tout ça ne te rappelle rien ?

La mère de Lila est couchée dans un coin et sanglote.

— Nous allons rejouer la même scène qu’il y a vingt ans, sauf que

cette fois ça ne sera pas ton père, mais l’homme que tu aimes que je

vais tuer, murmure-t-il à l’oreille de Lila.

Un des hommes me tire les cheveux en arrière, et je rencontre le

regard de Lila. J’aurais tellement voulu lui dire à quel point je l’aime, à

quel point je désire faire ma vie avec elle. Peut-elle voir tout ça dans

mon regard ?

—  Tu oublies quelque chose Gregor, dit-elle d’une voix claire et

forte sans me quitter des yeux.

— Et quoi donc ?

— Que je n’ai pas été élevée dans ce camp et que je n’ai pas appris

à t’obéir.

Subitement, elle lui met un grand coup de coude dans le ventre et

repousse son bras qui tient l’arme. J’en profite pour me relever et

attaquer les deux hommes. Alors que je me bats, je vois Lila en faire

de même avec Gregor. Il faut que j’aille l’aider au plus vite. Elle reçoit

un coup de poing dans la mâchoire, ce qui la fait vaciller et lâcher son

arme, mais elle reprend ses esprits rapidement et se rejette tout de suite

sur lui. Elle se sert de tout ce qu’elle a appris en faisant du krav maga,

et je suis admiratif de la voir se battre comme une chef.

Malheureusement, Gregor réussit à reprendre l’avantage et la fait

tomber par terre. Il se tient au-dessus d’elle et se penche tout près de

son visage. Il faut que je me débarrasse le plus rapidement possible de

ces deux hommes qui m’empêchent d’aller la secourir.

— Certes, mais ne t’inquiète pas, tu vas passer ta vie à m’obéir.

Elle lui décoche alors un coup de tête en plein visage, et il tombe à

ses côtés, assommé. Je réussis enfin à maîtriser les deux hommes, et ils

gisent maintenant à terre.

Lila se précipite vers sa mère.

— Tu n’as rien ?

— Non, et toi ?

Elles se dévisagent avec soulagement, et Lila finit par se relever

pour se jeter dans mes bras. Je peux enfin l’embrasser comme j’en ai

envie depuis si longtemps.

Tout à coup, un coup de feu résonne dans le couloir où nous nous

trouvons. D’instinct, je me mets devant Lila pour la protéger et vois

Gregor juste derrière nous qui s’effondre avec un couteau dans la

main.

La mère de Lila tient le pistolet de ses deux mains. Elle ne pleure

plus.

— Il voulait vous attaquer avec son couteau.

— Tu as bien fait maman, affirme Lila en s’agenouillant près d’elle.

Je viens vers elles et prends l’arme des mains d’Adéline.

—  Merci, vous nous avez sauvé la vie. Mais maintenant nous

devons y aller.

Je la laisse s’appuyer contre moi, et nous repartons tous les trois à

la recherche d’une issue. Après plusieurs minutes de marche, nous

arrivons finalement à trouver une sortie qui débouche dans les bois.

J’allume mon GPS et les guide jusqu’à l’hélicoptère qui nous attend.

Lucas arrive vers nous en courant.

— Vous nous avez fait peur ! J’étais prêt à retourner vous chercher.

Venez, le temps presse.

Il m’aide à porter Adéline pour que nous puissions aller plus vite,

mais lorsque nous arrivons à l’endroit où nous avions laissé

l’hélicoptère, nous voyons que nous sommes entourés par des voitures

de l’armée chilienne.

Plusieurs hommes descendent des véhicules et nous encerclent en

braquant leurs fusils sur nous. Je vois s’avancer l’un de leurs dirigeants

et confie Adéline à Lila avant de le rejoindre avec Lucas.

— Bordel ! Que faites-vous ici ? crie l’homme. Vous n’avez pas le

droit d’intervenir sur notre territoire sans autorisation.

—  Je suis venu chercher ce qui est à moi, dis-je d’une voix sans

appel. Et maintenant nous allons repartir sans faire de heurts.

— Et vous pensez que nous allons vous laisser repartir comme ça ?

— Vous n’avez pas le choix, fait Lucas à mes côtés. Notre mission

a été approuvée par l’armée et les dirigeants de notre pays, et si nous

ne revenons pas, vous risquez un incident diplomatique.

En réalité, personne ne sait que nous sommes ici, et mon coach

bluffe si bien que l’homme en face de nous semble moins sûr de lui

qu’il y a quelques secondes.

— Je pense que ceci vous aidera à oublier notre passage sur votre

territoire, dis-je en sortant une enveloppe d’une des poches de mon pantalon de treillis.

Ryan m’avait forcé à prendre cette assurance au cas où, et je suis

heureux de l’avoir écouté. Après avoir compté les billets dans

l’enveloppe, il la referme et la met dans sa veste. Nous nous affrontons

du regard un instant avant que l’homme recule en acquiesçant. Il fait

un signe à ses hommes, et ils baissent leurs armes.

— Allez-vous-en ! nous dit-il.

Nous courrons jusqu’à l’hélico et décollons rapidement. Une fois

que nous sommes hors de danger, je prends le temps de regarder Lila

qui serre sa mère dans ses bras.

— Où est Eineke ? demande-t-elle d’une voix anxieuse.

—  Elle est partie avec le premier hélico et nous attend à Calama,

explique Lucas.

— Qu’est-ce qu’il y a à Calama ?

— Mon avion ainsi qu’un avion médical, réponds-je. C’est comme

ça que nous rentrerons aux États-Unis.

Elle me sourit timidement et ferme les yeux de soulagement.

 

Quand nous atterrissons à l’aéroport, une équipe d’infirmiers

prennent en charge Adéline et Eineke, et les installent dans l’avion

médicalisé que j’ai fait venir au cas où.

Une fois que Lila est rassurée sur l’état de santé de ses proches, je

lui prends la main et l’entraîne dans mon jet.

J’attends que nous ayons décollé pour la conduire directement

dans la cabine arrière, aucun de nous n’a prononcé un seul mot depuis

que nous sommes seuls, mais je n’ai pas lâché sa main. Je la déshabille

lentement et la fais passer sous la douche chaude avant de la rejoindre.

Elle ne résiste pas et se laisse faire, elle semble prête à craquer. Je la

lave tendrement en prenant soin de ne pas la brusquer et la sèche

avant de la porter jusqu’au lit et de la bercer doucement. Je sens son corps se détendre peu à peu, et elle se met à pleurer. Je comprends

qu’elle ait besoin de laisser sortir tout ce qu’elle a enduré et la serre

plus fort pour lui montrer que je suis là, que je ne la laisserai pas

tomber une deuxième fois. La retrouver est ce que j’ai réussi de mieux

dans ma vie.

Dès que je sens que le sommeil l’a emportée, je m’endors à ses

côtés.

 

Lila

 

Je me réveille avec l’impression d’étouffer et me débats de toutes

mes forces pour me débarrasser de ce qui me tient si fermement.

— Chut, Lila, c’est moi.

La main chaude de Will vient me caresser le visage, et je me

retourne vers lui. Soudain, j’ai un flash et je me rappelle tout ce qu’il

vient de se passer. Il est venu pour me sauver, pour me ramener chez

moi. Les hurlements, les coups de feu, la fuite dans le tunnel, mon

combat avec Gregor et ma mère qui lui tire dessus, tout me revient en

mémoire. Un élan de panique me submerge, mais quand je regarde

autour de moi et reconnais la cabine de l’avion plongée dans la

pénombre, je suis tout de suite plus rassurée.

— Tu es venu ?

— Bien sûr, il n’était pas question de te laisser sous l’emprise de ce

fou.

Je prends son visage entre mes mains et l’embrasse passionnément,

j’ai tellement besoin de retrouver les sensations grisantes que lui seul

sait me procurer. Peut-être qu’à ses côtés je pourrais oublier le

cauchemar que j’ai vécu cette semaine ? Il me tient serrée contre lui, et la chaleur de son corps me rappelle tous ces moments délicieux que

j’ai passés avec lui et à quel point il m’a manqué.

Mais tout se mélange soudain dans ma tête, et certains mots ne

cessent de revenir en boucle. Ce sont ceux de l’article.

Pourquoi est-il venu me chercher ? A-t-il eu pitié de moi ? Trop de

questions se bousculent dans mon esprit.

Il resserre ses bras autour de mon corps et m’attire contre son

torse. Voilà la place que je souhaiterais avoir près de lui, mais c’est

celle d’une autre, c’est celle d’Elise. Je me dégage brusquement de son

étreinte et me lève sans le regarder.

— Cat m’a donné des affaires pour toi, elles sont dans ce sac.

Il n’essaye pas de me reprendre contre lui, de me retenir. Peut-être

regrette-t-il déjà cet accès de tendresse ?

— Merci, je vais aller m’habiller.

Quand je me retrouve seule dans la salle de bains, les larmes

menacent de couler encore. Je m’asperge le visage et respire

calmement. Je dois tenir encore un peu, je pourrais laisser cours à

toute la peine de mon cœur brisé une fois que je serais seule.

Lorsque je me sens prête, je rejoins Will dans la cabine. Il est au

téléphone mais raccroche à mon arrivée. Il ne sourit pas et m’invite à

m’asseoir sans me toucher. Il choisit le siège en face de moi au lieu de

se mettre à mes côtés comme il en avait l’habitude, et je comprends

qu’il met déjà de la distance entre nous.

Je ne peux lui en vouloir, il est venu me sauver la vie, pas me

promettre un amour éternel. Ce qu’il vient de faire est déjà beaucoup

si on repense à tous les soucis que je lui ai causés avec mes mensonges.

— Nous allons atterrir, souhaites-tu quelque chose à manger ?

Il pianote toujours sur son téléphone.

— Non, merci, réussis-je à dire d’une voix étranglée.

Il redresse la tête et me regarde enfin.

— Cat, Ben et Ryan nous attendent à l’aéroport. Adéline et Eineke

seront emmenées directement dans une clinique privée et tu pourras

aller les voir quand tu le souhaiteras.

— Super, merci beaucoup pour tout ce que tu fais pour moi, Will !

Je devrais être ravie de retrouver mes amis et ma famille, et au

fond de moi je le suis sincèrement, mais je sais aussi ce que signifie

cette arrivée : la fin de ma relation avec Will.

—  Une fois que nous aurons atterri, nous irons chez moi pour

éviter les journalistes qui se trouvent encore devant ton immeuble.

Il se sent à ce point responsable de moi pour m’inviter dans son

appartement simplement pour me protéger de quelques journalistes ?

Je dois refuser, je ne peux décemment pas rester chez lui dans ces

conditions et prendre le risque de croiser Elise. Mais je n’ai pas le

temps de répondre car une hôtesse vient nous annoncer que le jet

amorce sa descente.

 

Quand l’avion se pose, mon cœur menace d’exploser. Il me faut de

l’air, il faut que je sorte d’ici pour fuir la présence si magnétique de

Will. Je passe devant lui pour descendre de l’avion et vois Cat arriver

en courant. Nous nous sautons dans les bras et les frères de Will nous

rejoignent rapidement. Ils m’encerclent tous en me posant de

nombreuses questions.

— Comment vas-tu ? me demande Cat.

— Tu n’es pas blessée ? continue Ben.

— Poussez-vous que je la prenne dans mes bras, ajoute Ryan.

C’est un bonheur de les retrouver, mais je remarque que Will reste

en retrait et semble avoir repris sa stature imposante et neutre, comme

s’il avait déjà tourné la page et n’était plus vraiment avec nous, avec

moi.

Je vois que l’avion médicalisé est également arrivé et vais

embrasser ma tante et ma mère qui sont tellement heureuses de se

retrouver qu’elles n’arrêtent plus de parler. Will les rejoint également

un peu après et discute avec chacune d’elles. Les deux femmes sont

sous le charme de cet homme et moi aussi.

— Je viendrai vous voir à la clinique ce soir, promets-je.

—  Prends ton temps, ma chérie. Tu as mieux à faire que de te

retrouver avec nous deux, me dit ma mère avec un coup d’œil explicite

en direction de Will.

Si elle savait…

 

Une fois que l’ambulance est partie, Cat me prend par le bras et

m’emmène vers la limousine qui nous attend. Jack est là et me fait un

grand sourire.

— Je suis très heureux de vous retrouver, mademoiselle Lila.

Je suis très touchée par ces mots gentils, mais ma joie s’envole

rapidement lorsque je vois le regard ennuyé que jette Will sur toute

cette scène. Il a sûrement mieux à faire que supporter mes retrouvailles

avec mon entourage, comme aller retrouver sa fiancée. Il est clair que

je lui fais perdre son temps.

— Merci Jack, ça fait du bien de rentrer à la maison.

Pendant tout le trajet, Cat me parle de tout ce que j’ai manqué,

mais je suis tellement plongée dans mes pensées, tellement décalée par

rapport à la réalité, que je n’écoute pas vraiment.

 

En sortant de l’ascenseur qui mène aux appartements des frères

Carpenter, Ryan se dirige vers sa porte, Cat et Ben vers la leur et Will

tourne déjà la clé dans sa serrure, je reste immobile au centre.

Que dois-je faire ? J’ai peur de déranger Will si je vais chez lui ou,

pire, de croiser Elise…

— Cat, je viens avec vous.

Will se retourne brusquement et braque son regard sur moi.

— À plus tard, dit Ryan en entrant chez lui.

— Tu es sûre ? dit Ben hésitant.

Je ne baisse pas le regard devant Will. Non, je ne peux pas tourner

la page tout de suite, il faut que je sois forte et que j’aille lui parler.

Devant mon hésitation, Cat reprend la parole :

— Je ne ferme pas la porte, si tu souhaites venir chez nous.

Les futurs mariés rentrent alors chez eux et nous sommes à

nouveau seuls. J’entends mon cœur qui bat si fort dans ma poitrine

que je suis persuadée que Will peut le percevoir aussi.

— Lila, commence-t-il.

Je l’arrête en levant la main.

— Je t’en ai déjà demandé beaucoup Will. Ce que tu as fait pour

moi est… Je ne pourrais jamais te remercier assez de m’avoir sortie de

là. Et notre… amitié… me tient très à cœur, mais je dois faire les

choses seule maintenant. Tu as ta vie à toi et moi je dois reconstruire

la mienne.

Il ne bouge pas et je ne peux m’empêcher de m’approcher de lui

pour déposer un doux et rapide baiser sur sa bouche. Le dernier…

— Merci pour tout.

Je lui tourne le dos et marche jusqu’à la porte de Ben et Cat.

J’aurais tellement voulu qu’il me retienne, qu’il me dise que c’est moi

qu’il aime… Mais je dois passer à autre chose maintenant, pensé-je en

fermant la porte derrière moi.

En serais-je seulement capable ?

 

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