Steal My Desire
Chapitre 12
Will
J’écume de rage. Même la vue que j’ai sur la ville de Boston, qui
d’habitude suffit à apaiser mes tensions, ne m’est d’aucun secours.
Comment Lila a-t-elle pu me cacher quelque chose d’aussi
important ? Je ne suis pas stupide, j’avais bien compris qu’elle ne
m’avait pas tout dit sur sa vie passée et sur sa famille, mais j’étais très
loin d’imaginer tout ça.
Moi, je lui ai fait confiance, je me suis même confié à elle sur les
blessures de mon enfance. A-t-elle fait semblant de m’écouter, de me
comprendre ? Cherchait-elle à obtenir quelque chose de Carpenter’s ?
Voulait-elle se rapprocher de moi pour nous faire du chantage plus
tard ? Travaille-t-elle pour cette organisation criminelle ? Toutes ces
questions tournent en boucle dans ma tête, mais je ne parviens pas à
en trouver les réponses.
Quelqu’un entre dans mon bureau, mais je ne me retourne pas. Je
me doute que ça ne peut être que mes frères. Personne, y compris ma
mère, n’osera remettre les pieds dans ce bureau avant un moment.
Quand j’y suis revenu après ma confrontation avec Lila, j’ai tout
cassé, j’ai renversé tout ce qui se trouvait sur mon bureau dans un élan
de rage.
— On peut dire que tu ne fais pas dans la demi-mesure ! s’exclame
Ryan en regardant autour de lui.
Je me tourne vers eux en serrant les poings, prêt à me battre. Ben
et Ryan reculent en même temps, et je ne peux m’empêcher de sourire
devant ce spectacle.
— Frappe Ben d’abord ! s’écrie Ryan. Moi j’ai déjà été le bouc
émissaire la dernière fois.
— Hé ! Personne ne va taper personne, fait Ben en levant les
mains.
— Tu ne disais pas ça quand Cat t’a quitté et que tu as mis ton
poing dans ma figure !
— Bon, combien de fois va-t-il falloir que je m’excuse ? grommelle
Ben.
Même si je trouve leur discussion rafraîchissante après ce que je
viens de vivre, je n’ai pas envie de les entendre se disputer. À vrai dire,
je ne sais même pas de quoi j’ai envie. De taper sur quelqu’un ? De
hurler ? D’embrasser passionnément Lila ?
Car oui, il est bien là le problème ! Alors que je me disputais avec
elle et que j’étais submergé par la colère, j’ai eu envie de la prendre
dans mes bras, de l’embrasser et de la supplier de tout m’expliquer.
Comme ma mère le dit si bien, je suis faible…
Il faut que je sorte de ce bureau, je dois prendre l’air, j’étouffe.
J’attrape mon téléphone et mon portefeuille, et me redresse.
— On doit parler de Lila, dit gravement Ben.
— D’Ava tu veux dire ! ne puis-je m’empêcher de crier.
— Arrête, Will, fait Ryan. On doit essayer de comprendre ce qu’il
se passe réellement.
— Cat est très inquiète pour Lila, elle pense qu’il y a quelque chose
de plus grave, continue Ben.
— Faites ce que vous voulez, mais moi j’ai autre chose à faire que
de m’occuper d’elle.
Je sors rapidement de mon bureau, et mes frères ont l’intelligence
de ne pas se mettre sur mon chemin.
En attendant l’ascenseur, j’envoie un message à mon chauffeur et
appelle Lucas, mon coach.
— Je suis là dans quinze minutes, t’es disponible ? demandé-je.
OK, j’arrive.
Je rejoins Jack dans le parking souterrain pour éviter de faire face
aux journalistes. Ma limousine aux vitres teintées me procure
l’intimité dont j’ai besoin. Seulement je n’avais pas prévu que me
retrouver dans ce véhicule où j’ai tant de souvenirs avec Lila puisse
être aussi difficile.
Tout me revient en mémoire. Ses sourires, son rire, sa façon de
pincer sa bouche quand elle réfléchit, la manière tendre qu’elle avait
de m’embrasser après l’amour et la façon dont elle se calait contre moi
pour s’endormir.
Je donne un coup dans la portière pour me défouler et me rends
compte, en croisant le regard de Jack, que je n’ai pas remonté la vitre
de séparation. Pourquoi ai-je l’impression d’être jugé par mon
chauffeur ? Ce n’est pourtant pas moi qui ai menti à tout le monde !
Quand nous arrivons devant l’immeuble de ma salle de sport, je
rejoins directement Lucas sans prendre le temps de me changer. Mon
entraîneur me voit arriver et me regarde enlever mes chaussures en
haussant les sourcils. Je prends le temps de retirer ma montre, et Lucas
comprend ce que j’attends de lui : il se met de suite en position, et je
lui saute dessus pour l’attaquer.
Nous combattons ainsi pendant de longues minutes, esquivant les
coups ou les recevant. Lucas ne m’épargne pas, et c’est exactement ce que je veux. Il faut que je souffre, que j’ai mal ailleurs que dans ma
poitrine pour réussir à oublier Lila.
Profitant d’un moment d’inattention, Lucas me fait tomber au sol
et effectue une clé de bras pour me paralyser. Je tape plusieurs fois sur
le tatami pour lui faire comprendre que j’ai perdu, que j’accepte ma
défaite.
J’ai échoué sur tous les plans.
Lucas me relâche et s’éloigne de moi tandis que je me relève. Il me
lance une bouteille d’eau que je rattrape au vol avant d’en boire une
grande gorgée.
— C’est à propos de Lila ? demande mon coach.
— Je n’ai pas envie d’en parler.
En fait, je ne suis même pas sûr de le pouvoir, ma gorge semble
nouée.
— Donc tu es au courant, dit mon entraîneur sérieusement.
— Ouais, belle surprise !
Lucas me regarde un instant, et je sens qu’il me cache quelque
chose.
— Tu as lu le journal ? continué-je.
— Non, pourquoi ?
— Alors comment sais-tu qu’il se passe quelque chose ? Tu savais
que son grand-père était un criminel en fuite ? Elle t’en avait parlé ?
Lucas sursaute, et son visage redevient impassible.
— Bien sûr que non ! La seule fois où je l’ai rencontrée, c’était ici,
avec toi !
Mon coach marque une pause avant de reprendre :
— Écoute, j’avais vu son tatouage. J’ai essayé de t’en parler, mais
tu ne m’as pas vraiment laissé le temps de m’expliquer… Tu dois
savoir qu’il n’y a pas que…
— Oh ! ça va ! Je n’ai plus envie de parler d’elle. Il me faut de
l’alcool !
Je fais demi-tour pour récupérer mes affaires, mais Lucas m’attrape
le bras. Il a l’air très inquiet.
— Où est Lila ?
— Je n’en sais rien ! Elle peut bien faire ce qu’elle veut maintenant,
ça ne me regarde plus.
Je ne prends même pas le temps de remettre de l’ordre dans ma
tenue, j’attrape mes affaires et je m’en vais en faisant un signe de la
main à Lucas qui n’a pas bougé d’un millimètre et me fixe d’un regard
noir.
Une fois chez moi, je prends la bouteille de whisky que j’ai dans
mon bar et en avale une longue rasade. La brûlure de l’alcool fait son
effet, et je me détends un peu.
Voilà exactement de quoi j’ai besoin maintenant : boire toute la
nuit. Et oublier.
Lila
En descendant de l’avion, je retrouve les odeurs de mon enfance et
sens mon corps se crisper au souvenir de tout ce que j’ai vécu ici. La
chaleur et la fatigue me font vaciller un instant, je n’ai pas fermé l’œil
de la nuit pour veiller sur Eineke. Alexander est parti se reposer, mais
je n’ai malheureusement rien pu faire pour leur échapper, car un garde
du corps m’a surveillée à ce moment-là. En même temps, où aurai-je
bien pu m’enfuir alors que nous étions en plein vol ?
Mon oncle me tire brutalement par le bras pour me conduire
jusqu’à la jeep qui nous attend alors qu’Eineke monte dans un autre
véhicule.
— Où l’emmenez-vous ? lui demandé-je paniqué.
— Elle va à notre infirmerie. Ne t’inquiète pas, elle sera bien
traitée. Et puis la maladie est déjà son châtiment pour tout ce qu’elle a
fait. Tu devrais plutôt t’inquiéter pour toi…
— Laisse-moi lui dire au revoir, s’il te plaît !
— Non, nous sommes attendus.
Il me fait monter de force dans la voiture, et nous démarrons tout
de suite. Nous longeons de grands champs où des femmes travaillent
déjà, roulons sur un petit sentier dans une forêt et nous arrêtons enfin
devant le portail gigantesque de l’entrée du camp.
Après vérification de nos identités auprès de gardes armés, nous
pouvons passer. Je sens beaucoup de regards curieux se poser sur moi,
ce qui augmente mon malaise.
Nous traversons la petite ville qui a été construite il y a plusieurs
années et qui, contrairement à ce que je pensais, n’a pas changé depuis
que je suis partie. Il y a plusieurs bâtiments au centre, dont une grande
église, et on peut apercevoir les maisonnettes qui s’organisent tout
autour de la place principale. Pourrais-je me rappeler laquelle était
celle de mes parents ? Sont-ils toujours là ?
Nous nous garons devant le bâtiment principal, et Alexander me
tire par le coude pour descendre. J’essaye de résister, je ne veux pas y
aller. Peut-être que je peux encore fuir ce cauchemar ?
Je jette des regards autour de moi en tentant de trouver une issue,
mais mon oncle resserre son étreinte sur mon bras, me faisant
grimacer de douleur.
— Ne pense même pas à t’échapper !
Je me résigne et le suis docilement. Nous sommes entourés de
plusieurs hommes, parmi lesquels je reconnais mon grand-père qui
marche difficilement. Mais il n’y a aucune trace de mon père. J’ai peu
de souvenir de cette vie-là, mais je me rappelle que mes grands-parents avaient eu quatre enfants, deux garçons et deux filles, ma mère et
Eineke. Je ne me souviens pas avoir été proche de mon grand-père ni
de mon oncle Alexander. Il faut dire que les forts liens familiaux ne
sont pas autorisés dans le camp.
Enfin, je dis « le camp », mais c’est une secte. Elle est actuellement
dirigée par Gregor, qui a hérité du pouvoir à la mort de son père. Il est
le chef de l’organisation criminelle dont fait partie mon grand-père.
D’après ce que l’on m’a appris, c’est Dieu qui a guidé l’Élu jusqu’ici
pour que nous soyons tous sauvés des polices internationales qui sont
corrompues par le mal. Ce sont des fous, je le sais à présent.
Nous entrons dans une vaste pièce, et Alexander me positionne au
pied de l’estrade.
— Ne bouge pas, il va arriver.
Les hommes se mettent en retrait et attendent en silence.
Quelques instants plus tard, la porte sur le côté s’ouvre, et mon
cœur s’arrête de battre.
Gregor, le Maître, l’Élu.
Il s’avance vers moi, comme un serpent qui s’apprête à sauter sur
sa proie. L’homme a vieilli, il doit avoir maintenant une soixantaine
d’années, ses cheveux bruns ont été remplacés par des cheveux blancs,
mais son sourire carnassier est toujours le même.
— Ava ! Enfin tu nous reviens.
Il tourne autour de moi, m’observe, et je me souviens qu’il ne faut
pas que je parle sans son autorisation. Tout ce que j’ai appris étant
enfant me revient par vagues.
— Tu nous as manqué, tu sais.
Il se met en face de moi et plonge son regard dans le mien. Cet
homme est un malade, je sais qu’il va me faire souffrir et y prendre du
plaisir.
Je ne vois pas partir la première claque qui me fait presque tomber
par terre.
— Je vois que tu as oublié que tu dois baisser les yeux devant moi.
Le goût du sang se répand dans ma bouche, mais je me redresse
sans rien dire. Cependant, je garde le regard baissé cette fois-ci.
— Mais comment es-tu habillée ? Je vois que tu as été polluée par
cette société décadente. Enlevez-lui ses vêtements !
Je relève la tête pour protester, mais il me frappe à nouveau et plus
fort encore.
— Nous allons devoir tout te réapprendre, mon enfant.
Je sens toutes mes forces et ma volonté me quitter et laisse deux
hommes m’enlever mon T-shirt, mes baskets et mon jean. Je suis en
sous-vêtement devant eux et j’ai honte. Mais ce n’est rien comparé à la
douleur dans ma poitrine. J’ai tout perdu, ma liberté, ma dignité et
l’homme que j’aime.
Gregor recommence à tourner autour de moi.
— Tu as été souillée par cet homme, je peux encore le sentir sur
toi.
Le souvenir de Will me fait presque vaciller. J’ai une vision de nous
deux sur la plage de Cabos, mais cela ne suffit plus à me calmer, je sais
que ce n’est qu’un lointain souvenir qu’il faut que j’oublie.
— Je ne vois pas qui pourrait vouloir de toi à présent ! Tu
deviendras donc ma maîtresse, et j’essayerais de te purifier jusqu’à la
fin de ta vie.
La sentence sonne le glas du peu d’espoir que je pouvais encore
avoir. Je prends peu à peu conscience de tout ce que cela va signifier
pour moi : je serais entièrement soumise aux ordres de Gregor, mais je
sais aussi qu’il me prêtera également aux autres hommes du camp en
guise de récompense. Mais il est hors de question que je subisse ça, je
dois me battre tant que je le peux encore !
— Si je me souviens bien, tu les aimes plus jeunes, normalement !
ne puis-je m’empêcher de m’exclamer.
C’est d’ailleurs cette raison qui a poussé ma tante à s’enfuir avec
moi. J’allais avoir huit ans, et la tradition voulait qu’à cet âge Gregor
fasse entrer les jeunes filles dans le monde adulte. Il les formait jusqu’à
leurs quinze ans avant de leur choisir un mari.
L’homme en face de moi exulte de colère et me tape si fort que je
tombe à terre. Mais cette fois-ci il ne me laisse pas le temps de me
relever et me prend par le bras pour murmurer à mon oreille :
— Je vais adorer refaire ton éducation et t’offrir à chaque homme
de ce camp pour te faire payer ton évasion.
La peur essaye de s’infiltrer dans chaque partie de mon corps, mais
je dois la combattre. Si je la laisse me submerger, je ne pourrai jamais
réussir à m’échapper de cet endroit.
— Ce soir, tu seras dans mon lit, déclare-t-il en se redressant.
Non ! Il faut absolument que je gagne du temps pour trouver un
moyen de fuir avant qu’il me détruise complètement.
— Gregor, maître, commencé-je hésitante. Je ne pourrais pas vous
satisfaire avant la semaine prochaine. J’ai découvert dans l’avion que
j’étais entrée dans mon cycle…
Au moins sur ce point, je ne mens pas, et c’est bien la première fois
de ma vie de femme que je bénis mes règles.
Il me regarde avec une grimace de dégoût.
— Au moins, tu n’es pas enceinte d’un bâtard. Nous remettrons ça
à la semaine prochaine alors, mais je te veux avec moi tous les matins.
Emmenez-la.
On me conduit jusqu’au bâtiment des femmes célibataires, et je
suis présentée à Olga, une vieille dame dont je ne saurais dire l’âge,
mais dont la méchanceté transpire de tout son être. Ses cheveux bruns
sont retenus dans un chignon strict, et elle porte une robe bleue avec une broche sur sa poitrine qu’elle ne cesse de toucher et qui montre
que c’est elle qui garde cette section.
— Ava ! Je me souviens très bien de toi. Tu étais déjà beaucoup
trop turbulente quand tu étais enfant. À mon avis tes parents ne te
punissaient pas assez. Mais ne t’inquiète pas, je saurais te remettre
dans le droit chemin pour le salut de ton âme.
Je baisse la tête, mieux vaut être obéissante et discrète le temps
d’observer mon environnement pour préparer ma fuite. Olga me jette
des vêtements : une jupe longue, une grande chemise, ainsi qu’une
large bande pour me comprimer la poitrine. Une fois prête, elle me
conduit jusqu’à l’unique pièce qui fait office de dortoir.
Des femmes sont en train de se changer, elles rentrent des champs
et enfilent des vêtements propres, car le repas du midi va bientôt être
prêt, et elles doivent faire le service pour les hommes.
Je me dirige en silence vers le lit qu’on m’a désigné en sentant le
regard des autres sur moi et en entendant leurs messes basses.
Toutes celles qui se trouvent ici sont soit dans l’attente de leur
mariage, soit veuves. Les autres femmes du camp ont leur maison avec
leur mari et leurs enfants.
Quand Olga sort de la pièce, les murmures reprennent autour de
moi. Je range mon paquet de serviettes hygiéniques dans ma commode
ainsi que mon téléphone que j’ai réussi à récupérer et à dissimuler
discrètement quand je suis allée chercher mes protections dans mon
sac.
Une femme vient soudain s’asseoir à côté de moi et pose la main
sur la mienne. Surprise, je relève les yeux vers elle, et tous mes
souvenirs d’enfance remontent.
— Maman ?
La femme acquiesce sans rien dire en m’observant avec curiosité et
émotions. Je me relève vivement et m’éloigne d’elle. Cette femme ne m’a pas aidée à m’enfuir, c’est uniquement grâce à Eineke que je n’ai
pas fini dans le lit de Gregor. Quel genre de femmes laisse son enfant
se faire violer par un homme sans rien dire ?
— Non, tu n’es rien pour moi. Tu es morte quand j’avais l’âge de
huit ans. Je ne veux pas que tu m’approches, lui jeté-je à la figure.
Ma mère baisse la tête et repart en direction des autres femmes qui
se rangent déjà pour le service.
Je suis prête à les suivre, mais Olga m’intercepte.
— Tu dois aller à l’infirmerie, on a besoin de toi là-bas.
Eineke ! Ça ne peut être que ça.
Je suis Olga qui marche tranquillement alors que je voudrais
courir. En arrivant près du bâtiment qui sert d’infirmerie, j’entends
déjà les cris de ma tante. Je me précipite à l’intérieur et me dirige vers
le son de sa voix.
Eineke est debout sur son lit et m’appelle le regard fou. Elle tient
dans sa main un couteau et empêche les infirmiers de l’approcher.
Je l’interpelle doucement.
— Eineke, je suis là.
Ma tante me regarde en plissant les yeux.
— Ava, viens vers moi. Ils nous ont retrouvées.
Je m’approche d’elle et lui prends la main.
— Et c’est une excellente nouvelle, tu ne penses pas. Nous allons
pouvoir être à nouveau purifiées.
Il faut que je joue le jeu pour ne pas trop éveiller les soupçons, il
est trop tôt pour fuir ou pour me battre. Je serais bientôt prête, mais
pas maintenant.
— Ava, non ! Ne les crois pas !
Je lui prends doucement le couteau des mains et l’aide à se
recoucher pendant que l’infirmière injecte un tranquillisant dans la
perfusion.
— Chut, Eineke, repose-toi. Je veille sur toi.
— Non, Ava, ne fais pas ça.
Les autres ont la gentillesse de sortir pour nous laisser seules.
— Nous avons perdu alors, dit piteusement Eineke.
— Oui, mais c’est mieux pour nous.
— Je t’interdis de dire ça ! Tes parents se sont sacrifiés pour nous.
C’est parce que je te gardais, ainsi que tous les autres enfants du camp,
que nous avons pu nous enfuir toutes les deux un peu avant eux. Je
n’ai pas su te protéger comme ils me l’avaient demandé.
Je sens mon sang se glacer dans mes veines. Jamais nous n’avons
parlé de notre fuite, je pensais que c’était trop douloureux pour ma
tante, mais j’aurais dû lui demander de me raconter cette partie de
mon histoire. Mes souvenirs de petite fille sont trop flous, et jusqu’à
présent je croyais que mes parents avaient fait le choix de
m’abandonner. Alors je les ai haïs toutes ces années en pensant qu’ils
étaient leur complice.
— Je crois que j’ai vu ma mère tout à l’heure.
— Adéline est toujours vivante ?
— Je n’en suis pas sûre, préféré-je répondre pour ne pas lui donner
de faux espoirs.
— Ne les laisse pas te rééduquer.
— Chut, repose-toi !
Ne pouvant plus lutter contre le tranquillisant, elle repose sa tête
sur l’oreiller et ferme les yeux.
J’ai l’impression de la trahir et de faire subir le même sort à tout
mon entourage depuis deux jours.
Quand je sors de la chambre, Olga, l’infirmière et le médecin
m’attendent.
— Vous avez très bien réagi, dit ce dernier. Vos actes seront
rapportés à Gregor.
Je baisse la tête et attends qu’on me donne l’ordre de rejoindre les
autres femmes.
Voilà à quoi va ressembler ma vie à présent : attendre et obéir.
Will
Quelque chose tape dans ma tête. J’ouvre les yeux en tentant de me
souvenir de l’endroit où je me trouve. Ma main cherche Lila qui
devrait être contre moi, mais elle ne rencontre que le vide.
Je me redresse vivement en me tenant la tête, et tout me revient en
mémoire. La douleur réapparaît, et je me maudis d’éprouver des
sentiments aussi forts pour cette menteuse.
Quelque chose tape encore contre les parois de ma tête, et je
comprends que ce n’est pas mon mal de crâne, mais bien quelqu’un
qui insiste pour entrer.
Avant que j’aie le temps de rejoindre la porte, celle-ci s’ouvre, et
Ben, Cat et Ryan pénètrent dans mon appartement. Mais qu’est-ce
qu’ils font tous là ?
— Il vaudrait mieux que tu t’habilles, Will, dit Ben sobrement.
— Hé, je suis chez moi, je fais ce que je veux. Et si j’ai envie de me
balader en caleçon toute la journée, c’est mon problème.
— Tu as trois minutes, reprend Ryan comme s’il n’avait rien
entendu. Nous partons au siège Carpenter’s.
— Je partirais quand j’en aurais envie ! Pour le moment je reste
ici !
Je m’assois dans mon canapé en croisant les bras et attends que les
trois personnes qui me font face quittent mon appartement. Ryan part
dans ma cuisine, et je l’entends ouvrir et fermer des placards.
— Où est ton paracétamol ?
— Je n’ai besoin de rien, sifflé-je en grimaçant de douleur tant ses
paroles résonnent dans ma tête.
Est-ce que quelqu’un va m’écouter à la fin ?
— C’est bon, j’y vais ! dit Ben en soupirant.
Je me retrouve seul à seul avec Cat qui ne me quitte pas des yeux,
elle s’approche doucement de moi et s’assoit à mes côtés.
— Will, dit-elle. Je comprends que tu sois choqué par tout ce que
nous venons d’apprendre.
— Merci, au moins une qui me comprend !
— Mais…, continue-t-elle.
Je lève les yeux au ciel et pose la tête sur le dossier du canapé.
— Mais il se passe quelque chose d’anormal.
— Cat, je suis désolé si ce que je vais te dire va te choquer, mais
nous nous sommes tous fait avoir par ta copine. Elle nous a menti et
attendait sûrement le meilleur moment pour nous arnaquer ou nous
faire chanter !
— Elle est vraiment arrivée ici à l’âge de huit ans, j’ai vu ses photos
de classe.
— Que tu es naïve ! Photoshop tu connais ? Et puis peut-être
qu’elle…
— Lila a disparu, me coupe-t-elle.
— Voilà une bonne nouvelle, c’est très bien si elle a déménagé.
— Non, elle n’a pris que quelques affaires.
Je ne dis rien et essaye d’empêcher les mots de Cat de m’atteindre.
À présent je me moque de ce que fait Lila, elle ne fait plus partie de
ma vie !
— Elle a dû aller voir sa tante, reprends-je enfin.
Mais je me sens tout à coup oppressé, et mon instinct me souffle
que Cat pourrait avoir raison de s’inquiéter.
J’essaye de résister à la tentation, mais je ne tiens pas longtemps
avant d’attraper mon téléphone sur la table basse et de composer le
numéro de Lila. Malheureusement, je suis envoyé directement sur la
messagerie.
Même le son de sa voix est douloureux à entendre…
Je me lève et commence à faire les cent pas dans mon salon, le
téléphone toujours collé à l’oreille. Ryan et Ben reviennent de la
cuisine, et j’avale les deux comprimés que mon frère me tend en
attendant que mon interlocuteur réponde.
— Bonjour, clinique Wothrieur, comment puis-je vous aider ?
demande la réceptionniste.
— Bonjour, je souhaiterais parler à une de vos patientes, Eineke, je
suis un ami de la famille.
Je ne connais même pas son nom de famille, mais décide de tenter
le tout pour le tout. Cat s’est rapprochée de moi, et je mets le haut-
parleur pour qu’elle puisse suivre la conversation.
— Oh ! je suis désolée, mais Eineke nous a quittés hier soir.
— Elle est… morte ? demandé-je hésitant.
— Mais non ! Elle est partie avec sa nièce Lila.
Je jette un regard à Cat pour lui faire comprendre que j’ai eu
raison de ne pas m’inquiéter.
— Heureusement qu’elle peut maintenant compter sur son oncle
pour l’aider à prendre soin de sa tante, continue la jeune femme
beaucoup trop bavarde.
Cat fronce les sourcils et secoue la tête.
Je suis d’accord avec elle, ce n’est pas normal, Lila a toujours été
seule avec Eineke. Elle m’a peut-être menti sur beaucoup de choses,
mais je sais qu’elle assumait seule les frais de clinique de sa tante.
Alors d’où sort ce mystérieux oncle ?
Pour ne pas éveiller les soupçons de mon interlocutrice, je fais
comme si j’étais au courant.
— C’est vrai que nous sommes rassurés qu’il soit revenu après tant
d’années.
— C’est sûrement parce qu’il habite loin. Étant donné qu’ils ont
pris l’avion pour rentrer chez eux, je comprends que son oncle ne
puisse pas se déplacer souvent.
Mon sang se glace. Lila a pris l’avion. Mais où est-elle partie ?
Je remercie la réceptionniste et pars dans ma chambre pour
m’habiller.
Je sais que je ne devrais plus m’inquiéter pour elle, pourtant je ne
peux m’en empêcher.
J’attrape à nouveau mon téléphone pour contacter mon coach.
— Lucas, tu es dispo ?
— Oui, un problème ?
— C’est à propos de Lila, rejoins-moi au siège Carpenter’s dans dix
minutes s’il te plaît.
Quand je retrouve les autres, ils sont prêts à partir, et je les entends
murmurer entre eux. Je me moque bien de ce qu’ils pensent à cet
instant, car la peur est en train de s’infiltrer en moi. Je sens que
quelque chose m’échappe et que Lila est peut-être en danger.
Lorsque nous arrivons au bureau, je passe devant ma secrétaire qui
me sourit timidement et aboie :
— Que personne ne nous dérange, à part Lucas Johnson, c’est
clair ?
La pauvre jeune femme rentre la tête dans ses épaules et bégaye :
— Ou… Oui.
Elle n’y est pour rien, et je suis un mufle de m’en prendre à elle
ainsi.
— Je suis désolé, je suis un peu sous tension en ce moment…
— Ce n’est rien, dit-elle rassurée en se redressant. Je vous
préviendrais dès que M. Johnson sera là.
Je rejoins les autres qui sont déjà installés dans la salle de réunion.
Ryan écrit sur le tableau blanc les informations que nous avons, c’est-
à-dire pas grand-chose, et Ben tient la main de Cat.
— On sait que Lila se nomme en fait Ava Bestle, dit Ryan. Elle est
arrivée à l’âge de huit ans à Boston sous le nom de Lila Smith avec sa
tante. Le grand-père de Lila était Klaus Bestle, criminel connu et
recherché par les polices du monde entier.
— On sait aussi qu’elle a disparu hier, continue Cat. Qu’un oncle
sorti d’on ne sait où est venu les chercher et qu’ils sont tous repartis en
avion.
— Et qu’elle fait partie de la secte « Suprematia », dit soudain la
voix de Lucas derrière nous.
Je sursaute et essaye d’intégrer l’information effrayante que je viens
d’entendre. Ce nom, je l’ai déjà entendu, mais je n’arrive pas à me
rappeler le contexte. Une chose est sûre, j’ai un très mauvais
pressentiment.
— Comment le sais-tu ? crié-je malgré moi.
— Son tatouage ! J’ai essayé de t’en parler hier, mais tu étais trop
en colère pour m’écouter. Dans les commandos, on nous apprend à
reconnaître l’ennemi et leurs différentes marques. Ce tatouage est le
symbole de la secte « Suprematia » qui a été fondée par le père de
Gregor Loritz. Il a été le premier chef de leur organisation criminelle
avant de passer le pouvoir à son fils. Ensemble, ils ont aidé de
nombreuses personnes à fuir quand les choses ont commencé à mal
tourner pour eux. Et c’est ainsi qu’ils se sont tous retrouvés au Chili et
que Gregor s’est présenté comme le nouvel Élu, celui qui guide tous les membres de la secte. Mais depuis qu’ils se sont installés là-bas, nous
n’avons plus d’information…
Je me laisse tomber sur la chaise la plus proche de moi. Voilà
pourquoi elle ne voulait pas apparaître dans les journaux, elle se
cachait de la secte. Et moi, pauvre imbécile que je suis, je l’ai insultée
parce que je me suis senti trahi alors qu’elle ne cherchait qu’à se
protéger et qu’elle aurait eu besoin de moi. Je ne lui ai donné aucune
chance de s’expliquer, aucune chance de me demander de l’aide. Je l’ai
condamnée sans aucune forme de procès.
Les remords et la culpabilité commencent à me frapper de plein
fouet. Je la connaissais, je savais que c’est une jeune femme douce,
gentille et droite, je savais qu’elle ne m’aurait jamais trahi.
Il faut que je la retrouve. Mais, et s’il était trop tard ?
Non, j’ai failli une fois pour elle alors je n’abandonnerais pas tant
que je ne l’aurais pas retrouvée.
— OK, où se trouve cette secte ? demandé-je à Lucas.
— Il est bien là le problème. La seule chose que nous savons c’est
qu’elle est au Chili, mais le gouvernement les protège, et nous n’avons
jamais réussi à les localiser précisément.
Ryan, qui était au téléphone, raccroche et lance son téléphone sur
la table avec énervement.
— Même retour de mes contacts, personne ne sait où elle se
trouve.
Il faut que je cherche une solution, que je trouve quelque chose
pour la sortir de cette secte et la ramener près de moi. Et s’il faut que
j’aille jusqu’au Chili, je le ferai.
Helen entre à ce moment-là dans la salle de direction et nous
regarde tous avant de braquer son regard sur moi. Derrière elle, ma
secrétaire s’excuse d’une voix tremblante, mais je la remercie de la tête en lui faisant comprendre que ce n’est pas grave, et elle repart à son
poste. Le silence et la tension qui règnent dans la salle sont palpables.
— Qu’est-ce que vous faites tous là ? demande-t-elle.
— Nous sommes à la recherche de Lila, dis-je simplement.
— Et pourquoi rechercherions-nous cette personne qui nous cause
autant de tort ?
— Lila a des problèmes, et nous devons l’aider, ajoute Ryan
derrière moi.
— Will, laisse les autres s’amuser s’ils le souhaitent, mais toi tu as
des choses plus urgentes à gérer. Il faut que tu contactes tous nos
clients qui s’inquiètent de notre nouvelle réputation.
— Maman, je te laisse régler ça, tu sais très bien le faire.
Nous nous faisons face, prêts à nous affronter. Je ne lâcherais rien
cette fois-ci, Lila passe avant tout, et personne – et surtout pas ma
mère – ne pourra m’empêcher de partir à sa recherche.
— Will, que représente cette jeune femme pour toi ?
Tout le monde me fixe du regard, et je sais avec certitude que je ne
répondrai pas à cette question devant eux. Que la première personne
qui sera au courant des sentiments que je viens de découvrir sera Lila.
— Helen, le temps nous est compté donc si tu n’as rien de plus à
ajouter, je souhaiterais que tu nous laisses travailler.
Cette dernière plisse les yeux et sort du bureau sans dire un mot de
plus. Tout le monde respire à nouveau, et Ben me tape gentiment dans
le dos.
— Bravo ! Tu viens de couper le cordon ! Il ne reste que Ryan
maintenant.
— Et courir le risque de ne plus être son préféré ? Sûrement pas !
plaisante ce dernier en souriant.
Je me sens plus léger d’avoir gagné cette bataille contre ma mère,
mais il faut que je me recentre sur le principal.
— Comment peut-on en apprendre plus sur la secte ? Ou sur Lila ?
Qui pourrait nous renseigner ?
— On pourrait interroger la journaliste, intervient Cat. C’est vrai,
c’est elle qui a découvert tout ce que l’on sait sur Lila, elle a peut-être
d’autres informations confidentielles et elle attend le bon moment
pour les divulguer.
— Oui, on peut toujours essayer. Je vais l’appeler, dis-je.
— Non, je vais le faire, fait Ryan. J’ai très envie de m’occuper
d’elle.
Il prend son téléphone qu’il met sur haut-parleur.
— Bonjour, Boston News, que puis-je faire pour vous ?
— Bonjour, Ryan Carpenter, je souhaiterais parler à Faye
Donovan.
La réceptionniste marque un moment d’hésitation avant de
répondre :
— Je vous la passe, bonne journée.
— Merci, à vous aussi.
Nous sommes mis en attente quelques secondes avant que la
journaliste décroche.
— Monsieur Carpenter, Faye Donovan à l’appareil.
Apparemment elle a dû courir, car elle semble essouffler. Je suis
surpris de voir le changement qui s’opère sur mon frère : Ryan semble
plus concentrer que d’habitude et prêt à manger sa proie.
— Que puis-je faire pour vous ?
— Bonjour, je souhaiterais m’entretenir avec vous sur l’enquête que
vous avez faite sur Lila Smith.
Elle hésite une seconde.
— Je crois qu’il n’y a plus rien à dire.
— Savez-vous autres choses sur cette jeune femme ? Avez-vous des
informations que vous n’auriez pas publiées ?
— Non.
— Quelles sont vos sources ?
— C’est confidentiel, monsieur Carpenter, répond la jeune femme.
— Ma chère Faye, appelez-moi Ryan.
— Mon cher Ryan, appelez-moi Mlle Donovan, répond-elle du tac
au tac.
Cette conversation tourne en rond ! Cette maudite journaliste ne
veut rien dire, et le temps file. Alors, dans un élan de colère, j’arrache
le téléphone des mains de Ryan et explique d’une voix ferme :
— Bonjour mademoiselle Donovan, je suis Will Carpenter. Il se
trouve que ma… mon amie Lila est en danger à cause de votre article,
et nous avons besoin de connaître toutes les informations que vous
avez.
— Oh, mon Dieu ! Je suis désolée, il n’a jamais été question de
faire du mal à quelqu’un.
Ryan ricane assez fort pour que la journaliste l’entende.
— Vous savez, je ne fais que mon travail Ryan, reprend-elle en
appuyant bien sur son prénom. Et je n’ai vraiment aucune autre
information. J’ai bien cherché, mais je n’ai rien trouvé sur sa vie
d’avant. Tout ce que j’ai mis dans mon article m’a été transmis par
quelqu’un qui travaille au service des passeports, mais cette personne
ne savait rien d’autre.
Je sens le découragement m’envahir.
— Merci mademoiselle.
— Si je peux vous aider en quoi que ce soit, n’hésitez pas.
— Au revoir.
Je raccroche et m’approche de la baie vitrée. Le téléphone de Lucas
bipe sur la table, il le regarde rapidement et soupire.
— Personne n’a d’info.
— Je vais partir au Chili, annoncé-je.
— Mais qu’est-ce que tu vas y faire ?
— La chercher !
— Nous ne savons pas où elle se trouve, et tu ne peux pas traverser
le pays comme ça.
— Et l’autre solution c’est quoi ? Que j’attende ici sans rien faire ?
crié-je.
Cat étouffe un sanglot et pose son téléphone sur la table tandis que
Ben vient se placer à ses côtés et la prend dans ses bras.
— Je l’appelle toutes les heures depuis qu’elle a disparu, on ne sait
jamais si elle peut réussir à rallumer son téléphone, mais rien. Je
tombe systématiquement sur sa messagerie…
À cette phrase, un déclic se fait dans ma tête.
— Tu es un génie, Cat ! m’exclamé-je en tapant sur le bureau.
J’appelle le service technique de Carpenter’s.
— Nino, bonjour, c’est Will.
— Monsieur Carpenter, que puis-je faire pour vous ?
— Pouvez-vous me localiser un téléphone ?
— S’il est allumé oui. Même numéro que la dernière fois ?
— Oui, dis-je piteusement sans oser regarder les autres.
— Je cherche et je vous rappelle dès que je l’ai trouvée.
— Merci, dis-je en raccrochant, soulagé.
— Tu as déjà fait localiser Lila une fois ? me demande Ryan en
souriant.
— Peut-être…
— Mais tu ne serais pas en train de rougir par hasard toi ?
continue-t-il avec un sourire taquin.
— Tu veux bien me lâcher ! Retourne jouer avec ta journaliste.
Ryan se redresse en se renfrognant.
— Ce n’est pas ma journaliste…
— Pourtant j’ai eu l’impression que ce petit duel t’avait plutôt plu.
— Nous avions besoin d’informations pour trouver Lila, il fallait
bien jouer le jeu.
Le téléphone sonne, et je me jette dessus.
— Malheureusement comme son téléphone est éteint, je ne peux
rien faire. Le dernier signal que j’ai indique qu’elle était à proximité
d’un aérodrome près de Boston et c’était hier soir. Je vous rappelle si
la personne le rallume.
— Merci Nino ! C’est une question de vie ou de mort alors vous
pouvez me déranger à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Je raccroche et me lève de ma chaise pour faire les cent pas dans la
salle.
— Ça correspond à ce que me disent mes contacts, ajoute Lucas.
Un avion privé a décollé hier soir pour le Chili, mais le plan de vol est
un faux.
Je me masse les tempes. Que fait Lila à cet instant ? Est-elle encore
en vie ? Arriverai-je à la sauver de cette secte ?
— En attendant qu’on la retrouve, je veux que tout le monde fasse
des recherches sur cette secte. Lucas appelle tes anciens collègues et
dis-leur de se préparer pour intervenir dès que nous en saurons plus.
Ryan continue à harceler tes contacts.
— Nous avons pensé à quelque chose avec Cat, commence
doucement Ben.
— Oui ?
— Peut-être pourrions-nous nous servir de cette journaliste pour
écrire un article.
— Vous voulez que nous parlions de la secte ?
— Non, pas du tout ! Ça ne va pas te plaire, j’en suis certain,
mais…
— Mais, continue Cat d’une voix beaucoup plus assurée que celle
de mon frère, il faut que tu fasses un article en expliquant que Lila n’a aucune importance pour toi, que ce n’était qu’une simple relation
sexuelle avec ta secrétaire et que tu ne t’abaisserais jamais à entamer
une relation sérieuse avec quelqu’un d’un niveau social aussi bas.
— Je vous demande pardon ? m’écrié-je. Vous avez perdu l’esprit !
— Écoute-nous jusqu’au bout, Will. Si par bonheur nous arrivons
à découvrir où se situe la secte, il est certain qu’ils seront sur leur
garde, et nous allons avoir plus de mal à exfiltrer Lila et Eineke. Mais
s’ils pensent que tu as tourné la page et qu’elle n’a plus aucune
importance pour toi, ils seront peut-être moins vigilants.
— Ils ont raison, approuve Lucas. Ce serait plus facile s’ils ne nous
attendent pas.
Je suis partagé : d’un côté, c’est sûrement la meilleure manière de
faire, mais d’un autre, si Lila lit ces lignes, elle va sûrement croire que
je l’abandonne encore une fois.
— Je vais y réfléchir.
Je regarde ma montre, il est 10 heures du matin ici, et je calcule
qu’il doit être environ midi au Chili.
Pourvu qu’elle aille bien. Je vous en supplie, faites qu’elle aille
bien… Je l’aime, je suis fou d’elle, et il est hors de question qu’elle ne
fasse pas sa vie avec moi. Elle est devenue ce que j’ai de plus cher.
J’essaye de me concentrer et de retenir toutes les informations que
nous trouvons sur la secte. Entre-temps des collègues de Lucas sont
arrivés pour monter un plan de sauvetage et dissoudre « Suprematia ».
Nous sommes tous en pleine conversation, et c’est à ce moment-là que
ma mère entre à nouveau.
— Bon, j’espère que vous avez avancé parce que je viens de
m’entretenir pendant plus d’une heure avec un agent d’Interpole.
— Que voulait-il ? demandé-je inquiet.
— Il voulait te voir pour t’interroger sur cette fille.
— Et que lui as-tu répondu ?
— Que tu étais très occupé et que tu n’avais pas de temps à perdre
avec une histoire aussi insignifiante.
Malgré tous nos différends, malgré le fait qu’elle ne soit pas très
maternelle, je sais qu’elle essaye de m’aider à sa façon.
— Merci maman.
Mon téléphone sonne, et je reconnais le numéro de mon
technicien. Je me jette dessus pour répondre en faisant signe à tout le
monde de se taire.
— Oui, Nino.
— Il a borné ! s’exclame-t-il dans le combiné en criant.
— Où ça ?
Tout le monde s’est regroupé autour de la table.
— Elle est bien au Chili. Le contact n’a été que très bref, je pense
qu’elle a dû allumer son téléphone et l’éteindre juste après. Je vous
envoie sa localisation tout de suite.
— Merci Nino !
Lila s’est souvenu que je lui avais promis de ne la localiser avec son
téléphone que si elle se faisait kidnapper. À cette époque, je croyais
que c’était une plaisanterie. Maintenant, je suis heureux d’avoir fait
cette promesse.
— Bon, alors, quand partons-nous ? dis-je en me tournant vers
Lucas.
Mon coach consulte ses collègues du regard.
— Je savais que tu voudrais venir et je te crois tout à fait prêt pour
cette excursion. Mais tu sais que c’est risqué, n’est-ce pas ?
— Je m’en moque ! Il est hors de question que je ne sois pas avec
vous pour la sortir de là.
— Très bien ! Nous avons déjà élaboré un plan. Mais ta belle-sœur
et ton frère ont raison, tu dois faire cette interview, et nous n’interviendrons que lorsqu’elle sera publiée, c’est-à-dire dans une
semaine environ.
— Quoi ? Mais pourquoi attendre aussi longtemps ?
— Parce que nous avons besoin de réunir du matériel et que nous
allons devoir partir un peu avant pour prendre le temps de les
espionner, pour repérer les lieux et pour anticiper leurs moyens de
défense et d’attaque. Et puis il faut qu’ils pensent que tu ne la
rechercheras pas, c’est important. Pour le moment ils doivent encore
être sur leur garde.
— Et s’ils la tuaient ?
— Ils ne le feront pas tout de suite, ils n’ont pas fait tout ce chemin
pour l’éliminer aussi rapidement. Will, il faut que tu nous fasses
confiance, nous savons ce que nous faisons.
Je sens que je vais avoir du mal à tenir encore une semaine sans
elle, mais je fais confiance à Lucas et je sais que je dois l’écouter.
— OK ! Rappelez-moi cette journaliste et qu’on en finisse !
Bientôt je tiendrais à nouveau Lila dans mes bras, il ne peut en être
autrement.
Sinon, je n’y survivrais pas.
OceanofPDF.com