Steal My Desire
Chapitre 10
Lila
Même si c’est une soirée décontractée, j’opte tout de même pour
une petite robe noire simple à manches courtes avec un décolleté très
sage. Pas la peine de provoquer Marco et de créer un scandale. Même
si je sais maintenant que Will me soutiendrait si le fils Dorenza me
harcelait de nouveau, qu’en serait-il de ce contrat ? Ne finirait-il pas
par m’en vouloir d’avoir fait échouer ce sur quoi ils négocient depuis
si longtemps ? Le travail passe avant tout pour Will. Peut-être qu’il
pourrait faire une exception pour ses frères, mais sûrement pas pour
moi. Je ne suis que son assistante, je ne représente rien pour lui.
Quand il tape à ma porte quelques minutes plus tard, mon traître
de cœur bat déjà la chamade. Il est toujours aussi sexy, même en étant
simplement vêtu d’un jean et d’une chemise blanche retroussée sur ses
avant-bras musclés. Comme à chaque fois que je le vois, j’ai envie de
me jeter dans ses bras. Contrôle-toi enfin !
Le regard appréciateur qu’il me jette me conforte dans mon choix
de tenue. Il m’invite à le suivre, et nous marchons sur le petit sentier
qui longe les maisons du complexe hôtelier. Les odeurs des fleurs
autour de nous sont ensorcelantes et je savoure ce moment de calme hors du temps. Nous retrouvons la famille Dorenza ainsi que Flor en
haut de l’hôtel principal, dans un bar panoramique magnifique.
Avant de nous asseoir à notre table, je décide de m’approcher de la
rambarde pour profiter de la vue et suis saisie par le paysage qui
s’étend sous nos pieds. Ce que je vois est encore une fois à couper le
souffle : le soleil se couche sur la mer qui semble l’engloutir dans ses
eaux orange.
— C’est superbe, n’est-ce pas ? me demande Salina.
— Je ne crois pas avoir déjà vu quelque chose d’aussi beau,
réponds-je sans quitter le spectacle qui se déroule sous mes yeux.
— Moi non plus, entends-je murmurer à mes côtés.
Quand je tourne la tête, je remarque que Flor est assise à côté de
Will et le fixe avec une expression rêveuse.
C’est une blague ? Elle veut décidément mourir celle-là !
Flor vient-elle vraiment de murmurer ça à l’oreille de Will ? Il est
tendu, mais pas comme j’ai l’habitude de le voir lorsqu’il travaille et
que quelque chose le contrarie, là il semble très mal à l’aise, et un
mouvement sous la table attire mon attention : Flor lui fait du pied.
Reste calme, reste calme ! Je ne sais pas comment je réussis à
garder mon sang-froid, mais je me dirige soudainement vers Will.
— Monsieur Carpenter, cela vous dérangerait-il que nous
échangions nos places pour que je puisse discuter avec Flor ? Après
tout, nous faisons le même travail, et je serais enchantée qu’elle m’en
dise plus sur le Mexique et particulièrement sur Cabos.
Will accepte avec un soulagement évident tandis que Flor affiche
une moue boudeuse.
— Alors Flor, comment êtes-vous arrivée à ce poste ? demandé-je,
même si j’en ai déjà une vague idée.
La jeune femme m’explique son parcours, et finalement la
discussion s’oriente sur toute la diversité que peut offrir Cabos.
Les Dorenza et Flor sont nés ici et ont passé leur vie dans cette
région, c’est un plaisir de les écouter en parler. Même Flor a un visage
beaucoup plus serein et joli quand elle nous raconte son enfance.
Le serveur nous apporte des cocktails qu’il dépose devant chacun
de nous.
— Ceci, explique Juan, est le « Summer in Mexico ». C’est un
mélange de tequila et de mezcal, deux alcools issus du Mexique. Il y a
du citron vert ainsi que du fruit de la passion et de la menthe. C’est
très frais et léger.
Je bois une gorgée du breuvage et j’adore immédiatement ce goût
fruité et rafraîchissant.
— C’est très bon, déclaré-je sincèrement.
— Je confirme, fait Will à mes côtés. Tous vos cocktails sont-ils
aussi bons ?
— Oui, nous avons choisi de mettre en avant les cocktails
traditionnels de notre pays. Mais vous pourrez également demander
d’autres rafraîchissements à nos barmans.
— Mon frère Ben va regretter de ne pas être venu ! Il a d’abord été
barman avant de voyager dans le monde entier pour étudier les
différents alcools et boissons. Quant à Ryan…
J’observe Will qui raconte l’histoire de ses frères en souriant. Ils
sont tellement proches tous les trois, se rendent-ils compte de la
chance qu’ils ont de ne pas être seuls ?
— Et si nous descendions au restaurant ? propose Salina. Ces
cocktails sont très bons, mais il faut manger si vous ne souhaitez pas
qu’ils vous montent à la tête.
Tout le monde rit et se lève pour la suivre, mais Will me retient par
le bras et regarde son téléphone en fronçant les sourcils.
— Partez devant, nous vous rejoignons en bas dans quelques
minutes, déclare-t-il aux Dorenza.
— Tout va bien ? roucoule Flor à ses côtés.
Il faut que je me calme et que je respire lentement.
— Oui, c’est pour le travail.
Ils montent dans l’ascenseur, et quand les portes se referment, je
me tourne vers lui, inquiète.
— Que se passe-t-il ?
Il range alors l’appareil dans la poche arrière de son jean et me
sourit en appuyant sur le bouton d’appel de l’ascenseur.
— Rien, j’avais juste envie d’être seul avec toi.
— Seul avec moi, ou plutôt sans Flor ?
Son sourire s’accentue, et il m’invite à entrer dans la cabine. Les
portes sont à peine fermées qu’il m’attire brusquement à lui et
m’embrasse avec passion. Le goût du cocktail sur ses lèvres, l’odeur de
son after-shave, tout me monte à la tête. Je me laisse entraîner dans un
tourbillon de sensations délicieuses avant d’avoir la force de le
repousser doucement.
Quand je reviens à la réalité, je remarque que ses cheveux, où je
viens de passer mes mains, sont en désordre et que des marques de
mon rouge à lèvres parsèment son visage.
— Laisse-moi t’enlever ça.
Il se tient droit devant moi pendant que je remets de l’ordre dans
sa tenue. Il ne peut s’empêcher de tirer sur la longue queue-de-cheval
que je me suis faite pour relever mon visage vers lui.
— J’aime quand tu prends soin de moi. Je te promets de te rendre
la pareille quand nous serons seuls.
Je me noie dans son regard plein de promesses sans remarquer que
les portes de l’ascenseur sont en train de s’ouvrir sur les Dorenza et
Flor qui nous regardent interloqués. Quel spectacle devons-nous
donner ?
Je m’éloigne rapidement de Will, mais le mal est fait, et Marco me
regarde avec un sourire carnassier. Pense-t-il finalement que je suis une
fille facile ?
Will me surprend en me prenant la main et en s’interposant devant
moi comme un bouclier.
— Nous ne voulions pas le dire trop tôt, mais il semble que notre
secret soit dévoilé, dit-il en souriant d’un air naturel.
— Oh ! s’exclame Salina. J’étais sûre qu’il y avait quelque chose
entre vous, vous formez un si joli couple !
Juan s’avance avec un grand sourire pour serrer la main de Will.
— Je vous souhaite tout le bonheur du monde.
Calmons-nous, nous ne sommes pas fiancés…
Je suis surprise de découvrir que même Flor sourit et semble
presque soulagée. Seul Marco boude dans son coin.
Encore perturbée par ce qu’il vient de se passer, j’essaye de
retrouver mes esprits. Will vient-il vraiment d’annoncer officiellement
que nous sommes ensemble ? Et que se passera-t-il quand nous
reviendrons à Boston ?
La tête ailleurs, je suis le groupe vers la salle à manger. Nous
entrons alors dans un grand restaurant où beaucoup de touristes se
trouvent déjà à table. Quand nous sommes installés, Juan nous
explique que c’est un buffet à volonté avec toutes les spécialités du
Mexique. Je prends une assiette et suis les autres qui se dirigent vers
les présentoirs.
Alors que je me prépare une salade, Flor vient me rejoindre.
— Je suis tellement heureuse pour vous deux, me dit cette dernière.
Je ne peux m’empêcher de lui jeter un regard sceptique que la jeune
femme ne manque pas.
— Je vous dois des excuses, commence-t-elle. Pour ma défense, je
ne savais pas que vous étiez ensemble.
— Vous ne me devez rien du tout, fais-je.
— Si, je veux vous expliquer. Je sors, ou devrais-je dire plutôt que
je couche avec Marco. C’est lui qui m’a envoyée dans les bras de
M. Carpenter.
— Mais comment avez-vous pu accepter ça ? demandé-je outrée.
— Vous savez, ici les contes de fées n’existent pas vraiment. Si je
n’avais pas accepté de devenir sa maîtresse, je serais sûrement serveuse
ou femme de chambre malgré mes diplômes. Et ma famille compte sur
moi pour vivre.
Je m’en veux de l’avoir jugée trop vite.
— Vous pourriez en parler à Juan et Salina, je suis sûre qu’ils vous
aideraient.
— Ils sont déjà au courant et ils ont déjà essayé de me donner une
augmentation et un autre poste.
— Alors pourquoi…
J’hésite avant de finir ma phrase, je ne suis pas sûre que nous
soyons assez proches pour que je puisse poser cette question.
— Pourquoi je travaille toujours pour Marco ? finit-elle pour moi.
Parce que même si je sais quel genre d’hommes il est, je suis
amoureuse de lui. Et je suis prête à accepter tout ce qu’il voudra bien
me donner. Je ne me fais pas d’illusions, pour les hommes comme
M. Carpenter et Marco, nous ne sommes qu’un divertissement, nous
ne sommes pas faites pour vivre avec eux.
— Mais que faites-vous de votre bonheur ? demandé-je la gorge
nouée.
— Mon bonheur c’est de le voir tous les jours et de savoir qu’il va
revenir. Car il revient toujours…
Will arrive à notre hauteur à ce moment-là, et Flor part rejoindre
notre table.
— Tout va bien ? demande-t-il en posant une main dans le bas de
mon dos.
Je me remémore les derniers mots de Flor et me crispe subitement.
Il retire instantanément sa main.
— Je suis désolé, murmure-t-il.
— Pourquoi ?
— J’aurais dû te demander ton avis avant d’annoncer à tout le
monde que nous étions ensemble.
Je le regarde avec tendresse. Cet homme n’a rien à voir avec
Marco. Je ne sais pas vraiment ce que représente notre relation pour
lui, mais je suis certaine d’une chose, il me respecte.
— Pas du tout, tu as fait ce qu’il fallait.
Il se rapproche de moi en souriant et m’attrape par la hanche.
— Je voulais te protéger de Marco. J’ai vu son regard quand il a
compris ce qu’il se passait entre nous et je n’ai pas du tout aimé ça.
Alors il voulait simplement me protéger ? Ou bien ressent-il
quelque chose de plus pour moi ?
Tu t’attendais à quoi ? Will est un homme bon et droit, il aurait
fait ça pour n’importe qui !
Il m’embrasse dans le creux de mon cou, là où je suis si sensible, et
nous retournons ensemble jusqu’à notre table.
Le dîner se passe dans une bonne ambiance générale jusqu’au
moment où Salina m’interroge sur mon enfance.
— Avez-vous toujours grandi à Boston ?
Un malaise me gagne, je déteste mentir, et le fait que tous les
regards soient braqués sur moi n’arrange rien.
— Non, nous sommes arrivés à l’âge de huit ans et nous ne
sommes plus jamais repartis.
Je raconte ce mensonge depuis si longtemps que parfois il me fait
presque oublier la réalité.
— Vous parlez de vos parents ?
— Non. Ils sont morts quand j’étais jeune, c’est ma tante qui m’a
prise en charge.
— Oh ! je suis désolée, fait-elle en m’attrapant la main.
J’essaye de rester évasive, mais je perçois le regard appuyé de Will.
Je sais qu’il écoute mon histoire avec attention : il n’a jamais insisté
pour connaître mon passé depuis le jour où nous sommes allés à la
clinique malgré le fait que je n’ai pas répondu à ses interrogations.
— Non, ne le soyez pas ! J’ai eu la chance d’avoir une tante
géniale, et nous étions heureuses de vivre ensemble par la suite.
Même si notre secret nous hante tous les jours…
— Et vous Salina, intervient Will, vous avez toujours grandi à
Cabos ?
La discussion repart sur les origines mexicaines de nos convives, et
je souffle en remerciant intérieurement Will pour son intervention. A-
t-il senti mon malaise ?
Plus tard, quand la voiturette nous ramène à notre villa, Will me
raccompagne jusqu’à ma porte. J’ouvre avec ma clé et bataille un
moment avec la serrure avant de réussir enfin à débloquer le loquet. Je
me tourne vers lui, mais il ne bouge pas du seuil.
— Tu ne veux pas entrer ?
— J’en meurs d’envie, mais tu es fatiguée, et je sais que je devrais
te laisser dormir.
Je m’accroche au col de sa chemise et le tire à l’intérieur.
— C’est juste le décalage horaire. Et avec tout ce que j’ai mangé ce
soir, j’ai besoin d’exercice…
Il ne se le fait pas dire deux fois et capture ma bouche de la sienne
avant de me coincer contre le mur de l’entrée. Je saute pour croiser mes jambes autour de ses hanches, et il appuie mon bassin contre son
sexe, me faisant ressentir son excitation bien visible.
— La chambre, murmuré-je entre deux baisers.
Il me porte, et alors que je pense qu’il me conduit exactement là où
je le lui ai demandé, il me surprend en me déposant sur une chaise
longue de la terrasse. Quand il se relève, je grogne, et il sourit.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je prends mon temps.
Il entre dans la maison, et je me redresse incertaine.
— Ne bouge pas, crie-t-il de l’intérieur, j’arrive.
Je me rallonge, un peu frustrée certes, mais impatiente de savoir ce
qu’il prépare. Il revient quelques instants plus tard, avec un seau d’où
dépassent une bouteille de champagne et deux flûtes.
— Je me suis rendu compte que nous n’avions pas fêté la réussite
de ce projet rien que tous les deux.
Je souris, et il fait sauter le bouchon de la bouteille avant de servir
les deux coupes. Il vient se blottir contre moi sur la chaise longue, et
nous trinquons tous les deux, les yeux dans les yeux. Je pose la tête
contre son torse tandis qu’il me caresse doucement le dos. Il fait trop
noir pour voir la mer, mais nous entendons le bruit des vagues qui
s’écrasent sur la plage. Il fait toujours bon dehors, mais la chaleur
qu’il dégage me fait frissonner et m’enivre bien plus que l’alcool que je
bois.
— Regarde comme on voit bien les étoiles, murmure-t-il.
Je lève la tête et admire la Voie lactée au-dessus de nous qui
resplendit dans ce paradis.
— C’est magnifique, soupiré-je d’aise.
— Si tu regardes bien, tu peux apercevoir la Grande Ourse juste à
droite.
J’oriente mes yeux dans la direction qu’il me désigne en fronçant
les sourcils.
— Tu t’y connais vraiment en astronomie ?
— Bien sûr, tu doutes de mon savoir ?
Je lève la tête vers lui et pose un baiser sur ses lèvres fraîches.
— Oui. Étant donné que nous sommes dans l’hémisphère Sud, la
Grande Ourse est juste à la limite de l’horizon. En revanche, on
aperçoit très bien la Croix du Sud.
Je l’entends rire dans mes cheveux.
— Mince, il a fallu que je tombe sur une férue d’étoiles.
— Je les observais souvent avec ma tante quand j’étais petite. Nous
partions faire du camping les week-ends, et elle m’apprenait tout ce
qu’elle savait.
— Vous n’avez toujours été que toutes les deux ?
Je sens qu’il se tend en me posant cette question, il sait qu’il est sur
un terrain glissant. Est-ce que c’est à cause de cet environnement si
doux et romantique que j’ai envie de tout lui confier ?
Non, il faut que je me retienne. Il ne pourra jamais tout
comprendre, et même si c’était le cas, que pourrait-il faire
maintenant ?
— Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, j’ai perdu mes parents
quand j’avais huit ans, et ma tante m’a adoptée pour s’occuper de
moi. Nous avons eu une vie tranquille et heureuse. Cette femme a
remplacé toute ma famille et s’est occupée de moi sans jamais se
plaindre.
— Vous semblez très proches.
— Elle est la seule famille qu’il me reste.
Il m’embrasse dans le cou et me serre plus fort contre lui. Nous
restons ainsi, chacun plongé dans ses pensées, en silence.
— Et donc tu allais me baratiner longtemps sur les étoiles si je ne
t’avais pas arrêté ? demandé-je mutine.
— Je ne te baratinais pas ! Ce n’est pas ma faute si tu n’arrives pas
à voir la Grande Ourse.
— Tu ne lâches jamais l’affaire, hein !
Il rit, et j’aime ce son qui me grise complètement.
— Ma mère nous a appris à ne jamais montrer nos faiblesses et à
savoir maîtriser tout ce qui nous entoure.
— Toi, vouloir tout contrôler, je ne l’aurais jamais cru !
Je me moque gentiment de lui et ris devant son air étonné.
— Bon, c’est vrai aussi qu’il y a peu de sujets où je n’assure pas !
— Quelle modestie !
— Que veux-tu ! En dehors de ma famille, tu es la première à me
contredire.
— Oh ! tu préférais que je me pâme comme toutes les femmes que
tu croises ?
Il plonge ses yeux si sombres dans les miens.
— Non ! Je ne veux pas que tu sois différente.
J’avale difficilement ma salive.
Non, mon traître de cœur, ne pars pas au galop !
Il se lève doucement et me tend la main pour m’aider à me
redresser.
— Est-ce que je peux rester cette nuit ?
— C’est ce que j’espérais…, murmuré-je contre ses lèvres.
Je l’aide à rentrer les affaires, et c’est à ce moment-là que je me
rends compte de ce que veut dire le mot « bonheur ». Je le ressens
vraiment à cet instant.
Il faut que je profite de ces moments, ça ne pourra pas durer.
Will
Le lendemain matin, je me suis levé de bonne heure pour aller
courir sur la plage. Grâce au décalage horaire, il est encore tôt, et la
chaleur est supportable. Je n’ai croisé que des joggeurs comme moi, et
le calme ambiant me permet de réfléchir tranquillement.
Depuis quelques jours, j’ai l’impression de ne pas réussir à me
reposer une seconde. Ce rythme m’a toujours plu, mais avec l’arrivée
de Lila dans ma vie, j’aimerais avoir plus de temps libre avec elle.
Certes, nous avons passé les deux derniers week-ends ensemble et
nous nous voyons tous les soirs après le travail, mais ce n’est jamais
assez.
Je m’arrête de courir brusquement et appuie les mains sur mes
genoux pour retrouver mon souffle.
En y repensant, nous n’avons jamais passé une nuit loin l’un de
l’autre depuis que nous couchons ensemble. Et cela fait déjà deux
semaines. Même lorsque j’étais fiancé avec Elise, nous ne nous voyions
pas aussi souvent. Nous avions chacun notre appartement et ne
partagions nos nuits que quand nous avions un repas ou une réception
tardive. Mais surtout, c’était toujours chez elle, jamais chez moi, et à
l’époque ça me convenait parfaitement. Avec elle, je n’étais pas
consumé à chaque instant par le désir de lui faire l’amour comme c’est
le cas avec Lila. Jamais je n’ai éprouvé pour une autre personne ce que
je ressens pour Lila.
Je marche lentement pour retourner à notre villa. Ce n’est plus la
peine de faire semblant de vivre séparément après ce qu’il s’est passé
hier soir, et je ne la laisserai pas dormir seule. Et c’est d’ailleurs ce qui
m’inquiète le plus : je n’ai plus du tout envie, que ce soit ici, à Boston
ou ailleurs, de la laisser dormir sans moi.
Je dois me reconcentrer sur le travail, ce matin je signe le contrat
de vente avec les Dorenza. Nous avons travaillé trop dur avec Ben
pour que je fasse la moindre erreur maintenant. Ainsi, il faut que
j’oublie cette attirance dévastatrice qui me pousse vers Lila afin d’être
parfaitement concentré sur l’étape finale pour clôturer ce dossier
d’achat immobilier.
En passant le portillon au fond de notre jardin, je lève la tête et
oublie instantanément toutes les bonnes résolutions que je viens de
prendre en voyant Lila sur notre terrasse enroulée d’un drap. Elle est
assise sur une chaise et porte une tasse à ses lèvres. Mon corps réagit
tout de suite, et je comprends que je suis perdu.
Je suis parti courir pendant qu’elle dormait encore et même à ce
moment-là j’ai eu du mal à ne pas rester sous la couette pour
l’observer dormir. Qu’est-ce que je ressens exactement pour elle ?
Je suis assez intelligent et surtout assez franc avec moi-même pour
savoir que nous avons dépassé le stade de relation sexuelle depuis
longtemps. Peut-être même qu’il y a toujours eu plus que ça entre
nous… Même si je l’évitais le plus possible, j’ai toujours eu au fond de
moi l’envie de la voir, de m’opposer à elle, de jouer avec elle et de la
posséder. La seule chose qui m’en avait dissuadé était l’attirance
qu’éprouvait Ryan pour Lila et que je croyais réciproque.
Depuis que j’ai rencontré Lila, toutes les femmes que j’ai croisées
m’ont systématiquement semblé fades et sans intérêt. Hier encore,
quand Flor a commencé à être très explicite au bar, j’ai été troublé.
Non pas par les avances de la jeune femme, mais plutôt à cause de
mon manque d’envie à moi. Depuis quand se faire draguer par une
jolie femme me dérange ? Depuis que Lila est arrivée dans ma vie…
Ça m’a presque paru naturel d’annoncer aux Dorenza que nous
étions ensemble après nous être fait découverts. Mais c’est aussi parce
que j’ai tout de suite remarqué le regard de Marco qui sous-entendait que si Lila couchait avec son patron, il pourrait l’avoir lui aussi. J’ai
alors pris la main de Lila pour la protéger par tous les moyens.
Personne ne la touchera jamais plus, à part moi ! Elle a déjà dû se
défendre seule contre Marco alors que j’étais juste à côté, je ne la
laisserais plus vivre ça.
Lila lève les yeux vers moi, me sourit, et mon cerveau arrête de
penser. Je m’avance vers elle d’un pas rapide, et elle vient à ma
rencontre. Je ne lui laisse même pas le temps de parler que je prends
ses lèvres dans un doux et long baiser. Elle sent le café et ce parfum
qui n’appartient qu’à elle.
Je lui offre la fleur que je viens de cueillir pour elle, et son visage
s’éclaire d’une lueur que je n’arrive pas à cerner. Ou plutôt que je ne
veux pas comprendre…
— Merci Will.
Elle la passe dans ses cheveux, derrière son oreille, avant
d’entourer mon cou de ses bras et de murmurer contre ma bouche :
— Ça me fait très plaisir.
Je me sens mal à l’aise devant ce moment d’intimité. Ce n’est pas le
premier que nous vivons, mais ça commence à se reproduire bien trop
souvent pour que j’ignore plus longtemps ce que cela veut dire… Rien
que la veille au soir, sur cette même terrasse, nous avons passé un très
bon moment rien que tous les deux et j’ai adoré.
— Je vais aller prendre une douche, je suis tout transpirant.
— J’allais y aller justement…
— Tu crois que c’est risqué si on la prend ensemble ?
J’embrasse son cou et la sens frissonner contre moi.
— Je ne sais pas trop… nous n’avons que quinze minutes, fait-elle,
je viens juste de commander le petit déjeuner.
— C’est ta faute aussi ! Tu m’allumes à n’être couverte que d’un
drap !
Elle rit de son rire qui m’emplit toujours de bonheur.
— Mais bien sûr ! Si on t’écoutait on dirait que je t’allume dès que
je respire…
— Tu vois, tu l’avoues toi-même, dis-je avec un grand sourire.
Je tire sur sa main que je n’ai pas lâchée et l’emmène dans la
douche où nous nous lavons sagement en échangeant de temps en
temps des caresses et des regards brûlants. Elle quitte la salle de bains
la première alors que je suis en train de me raser.
Quand je la retrouve attablée sur la terrasse, elle me semble plus
jolie encore. Ses longs cheveux ne sont pas encore secs, mais son petit
ensemble jupe noire et chemise blanche lui donne cet air sexy qui
n’appartient qu’à elle.
— Ne me regarde pas comme ça et viens manger, nous avons
rendez-vous dans moins de trente minutes.
— Je peux te faire plein de choses en trente minutes, réponds-je
taquin.
Elle rougit, et j’explose de rire.
Moi exploser de rire ? Je suis tellement dans la retenue depuis
toujours que je ne sais même plus à quand remonte la dernière fois
que j’ai éclaté de rire. Même avec mes frères avec qui je me sens
pourtant totalement à l’aise, j’évite de trop me laisser aller. Ma mère
me répétait toujours que je devais leur montrer l’exemple.
Il n’y a qu’avec elle que je ne contrôle plus rien et que je peux être
enfin moi-même.
Lila me regarde d’un air faussement sévère.
— Mange !
— Oui, chef !
Le petit déjeuner est gargantuesque, il y a de tout : des œufs, des
pancakes, des crêpes, des fruits frais. Les quantités sont bien supérieures que celles nécessaires pour deux personnes, ce qui me fait
froncer les sourcils.
— C’est beaucoup trop ! Il faudra revoir tout ça, le luxe je suis
pour, le gâchis je refuse.
— Merci, murmure-t-elle.
— De quoi ? demandé-je surpris.
— De ne pas être un affreux bourge.
Encore une fois, elle me fait rire.
— Tu n’aimes pas les affreux bourges ? dis-je en commençant à
manger mon omelette.
— Non, et c’est pour ça que je t’aime toi.
Quoi ?
Je reçois cette déclaration comme un uppercut en pleine poitrine.
Que vient-elle de dire ?
Je ne peux même plus essayer de lire ce qu’elle ressent sur son
visage car elle a baissé la tête sur son assiette, et ses cheveux
retombent juste devant ses yeux.
Quelques instants plus tard, lorsqu’elle les remet derrière son
oreille, elle paraît tout à fait normale, comme si elle ne venait pas de
dire quelque chose d’important, quelque chose d’explosif. Ai-je rêvé
ses paroles ? Est-ce que je veux vraiment être certain d’avoir bien
entendu ?
Si elle m’aime, ça va tout compliquer étant donné que j’ai toujours
quitté chaque femme qui s’attachait un tant soit peu à moi.
— Tout va bien ? demande-t-elle en me regardant calmement.
J’ai forcément dû mal entendre, Lila ne peut pas ressentir autre
chose que du désir pour moi. Pourtant, j’aurais aimé réussir à
l’interroger plus. Mais pourquoi ai-je tellement peur qu’elle me rit au
nez si j’ai mal compris ?
Je m’essuie la bouche et bois un peu de café pour me remettre les
idées en place.
— Oui. Nous allons bientôt y aller, tu es prête ?
— Je me sèche les cheveux, et nous pourrons partir.
Elle entre dans la maison, et je la suis du regard. Toutes mes
interrogations de ce matin me reviennent à l’esprit, mais il y en a une
qui se distingue des autres.
Qu’est-ce que je ressens pour elle ?
Depuis une heure et demie, Lila, les Dorenza, nos avocats et moi
travaillons sur le contrat pour être sûrs que rien ne soit oublié. Ce
n’est qu’une formalité, tout a déjà été négocié, mais c’est une étape
nécessaire avant la signature finale.
J’ai un mal fou à me concentrer. J’entends bien Lila me traduire
tous les termes que je ne comprends pas, mais le son de sa voix me
berce et m’entraîne vers les souvenirs de ces quelques mots qu’elle a
prononcés au petit déjeuner. Je n’arrive pas à penser à autre chose, il
faut que je sache ce qu’elle a voulu dire exactement.
L’élan de panique que j’ai éprouvé lorsqu’elle a prononcé les
fameux mots s’est estompé, et je sens maintenant quelque chose de
plus doux et de plus chaud se répandre en moi. Une impression
complètement inédite.
— Et si nous faisions une pause, annonce Juan.
Au moment où je me penche vers elle pour aborder ce qui me
tracasse, Lila part discuter avec Flor, et je ne peux lui parler comme je
le désire.
Essaye-t-elle de me fuir ?? Semble-t-elle plus distante avec moi
depuis que nous avons quitté la villa ou est-ce seulement une
impression ?
Je me lève pour me dégourdir les jambes et me dirige vers le buffet
où se trouve du café. Je m’en sers une grande tasse et en avale une
gorgée en regardant la vue au-delà de la baie vitrée. Quelques minutes
plus tard, Marco arrive à mes côtés.
— C’est toujours très long ces relectures de contrat, se plaint-il.
— Oui, mais parfois ça peut sauver des semaines de réécriture.
Il reste silencieux un instant.
— Je n’ai pas encore pu vous féliciter de la prise que vous avez
faite.
— Je vous demande pardon ?
— Votre secrétaire, très joli petit lot.
Je serre les poings pour contenir ma rage. Il ne faut pas que je
réponde à cette provocation. Pas maintenant, pas alors que nous
sommes si près du but.
— Si vous pouviez éviter de parler de ma petite amie comme « un
joli petit lot », je vous en serais reconnaissant.
— « Votre petite amie », ricane Marco.
— Je ne vois pas ce qui vous fait rire.
— Arrêtez votre cinéma ! Vous pouvez vous amuser avec la
secrétaire, mais sûrement pas en faire votre petite amie officielle. Et
pourquoi ne pas l’épouser tant que vous y êtes !
— Qu’est-ce que cela peut vous faire ? demandé-je en lui faisant
face.
— Ces filles-là sont parfaites pour nous aider à nous détendre, si
vous voyez ce que je veux dire, mais elles n’ont pas le pedigree qu’il
faut pour être au bras de chefs d’entreprise tels que nous.
Je n’arrive pas à répondre tant je suis stupéfait par son culot.
— Pas la peine de monter sur vos grands chevaux, continue
Marco. Il n’y a qu’à voir votre ancienne fiancée, elle correspond
exactement à ce que je vous explique. Vous l’aviez sûrement choisie parce qu’elle venait d’une bonne famille, qu’elle était riche, et qu’elle
avait une très bonne éducation. Je connais très peu votre mère, mais
pensez-vous sérieusement qu’elle acceptera que vous épousiez la
secrétaire ?
— Marco, dis-je d’un ton faussement calme. Je ne suis pas
l’horrible snob que vous pensez que je suis. Et je n’ai sûrement pas
besoin de l’aval de ma mère pour choisir la femme qui partagera ma
vie. J’espère pour vous que vous trouverez votre bonheur avec une
femme que vous aimerez vraiment et que vous ne l’épouserez pas
uniquement pour son « pedigree ».
Sur ces mots je le laisse planté là et retourne m’asseoir à mon siège.
Mais malgré la stupidité de sa réflexion, je ne peux m’empêcher de
ressasser ses paroles. Marco a-t-il vraiment tort en nous comparant ?
Ne pensais-je pas exactement la même chose quand j’ai rencontré
Elise ? Mais le pire dans tout ça, c’est que c’est ma mère qui nous a
présentés lors d’une réception. Est-ce que je voulais tellement plaire à
Helen que je ne me suis posé aucune question et ai accepté cette
union ? Il faut dire que c’est elle qui avait parlé mariage la première,
m’incitant à passer à l’étape supérieure après deux ans de relation.
Que penserait ma mère si j’officialisais ma relation avec Lila en
rentrant à Boston ? Je sais avec certitude que ça ne va pas plaire à
Helen. Déjà que Cat, qui vient pourtant d’une très vieille famille de
Boston, est à peine acceptée par notre mère, que dire de Lila qui n’a
pas vraiment de passé, ni de famille ?
Mais pourquoi est-ce que je me pose toutes ces questions ? Il faut
que nous continuions à garder notre relation secrète, ça nous convient
à tous les deux. Révéler notre lien aux Dorenza n’était qu’une
exception.
La réunion reprend, et Lila vient se rasseoir près de moi en me
souriant tendrement. Oui, tout doit rester tel quel, rien ne doit changer, et il faut que j’arrête de me poser des questions.
À la fin de la relecture, le contrat est enfin signé, et je peux me
détendre totalement. Nous buvons une coupe de champagne avec les
Dorenza, mais ces derniers nous quittent rapidement, car ils doivent se
rendre à Mexico pour voir la famille de Salina.
Juan me remet officiellement les clés de l’hôtel, une photo est prise
par le journal local, et chacun se disperse.
Lila est en train de ranger la salle de conférences, et nous nous
retrouvons enfin seuls. Je m’approche d’elle et la prends par la taille
pour qu’elle me fasse face. Elle rit en se plaquant contre moi, et je
prends son visage entre mes mains pour l’attirer à ma bouche et sceller
nos lèvres dans un baiser enflammé.
— Nous avons réussi, murmuré-je en la faisant tourner dans mes
bras.
Quand je la repose par terre, elle rit encore, et je la plaque contre
la baie vitrée.
— Tu en doutais ? demande-t-elle.
— J’ai appris à paraître sûr de moi dans tout ce que j’entreprends,
mais ce n’est parfois pas ce que je ressens vraiment.
Elle me caresse le visage et me sourit.
— Moi je n’ai jamais douté de toi.
Je l’embrasse plus fort, j’ai tellement besoin d’elle, mais elle me
repousse doucement.
— Même si j’adorerais faire l’amour avec toi ici même, je te
rappelle que nous avons rendez-vous dans cinq minutes avec tous les
chefs des personnels pour faire un inventaire des changements à
apporter.
Je soupire en me passant une main dans les cheveux.
— Tu as raison, mais j’ai déjà réservé cet après-midi rien qu’à
nous…
— Et je m’en réjouis d’avance, murmure-t-elle contre ma bouche
avant d’y poser un bref baisé. Mais nous devons d’abord faire le
nécessaire pour mettre en place les nouvelles directives à suivre.
Elle s’éloigne rapidement de moi pour aller retrouver le personnel
de l’hôtel et éclate de rire quand elle voit que je la poursuis, mais que
je ne réussis pas à la rattraper. Elle finit par se poster devant la porte et
m’attend sagement.
— Ce n’est que partie remise, n’est-ce pas ? demandé-je en venant
vers elle.
— Oui, et j’attends ça avec impatience !
Cette femme va me tuer à force de me provoquer. Comment vais-je
pouvoir survivre à une réunion avec les chefs des personnels en ayant
toutes ces idées coquines qui passent dans ma tête ?
Lila
Allongée sur une serviette de plage, mon dos chauffant au soleil,
un homme sexy et merveilleux à mes côtés, j’ai l’impression d’être au
paradis.
Nous avons rencontré tout le personnel du complexe hôtelier en
fin de matinée. Will a su rassurer chacun des membres et leur a
confirmé qu’il ne prévoyait pas de remplacer les gens déjà employés.
Les seuls changements qu’il souhaite effectuer sont au niveau de
l’agencement et du rafraîchissement des villas, des suites, et de l’hôtel
en général : Carpenter’s veut en faire un centre de vacances de luxe à
la dernière mode.
Will et moi avons effectué un inventaire des doléances de chaque
chef du personnel et rencontré la maintenance et l’architecte que Will
a fait venir de Mexico pour tout rénover. Un immense travail les
attend, et j’ai hâte de voir le résultat final.
Je repose mes cours de droit, que je révise dès que je peux, sur mon
sac et tourne la tête vers Will qui est allongé près de moi. Je ne vois
pas s’il dort à cause de ses lunettes de soleil, mais il paraît très
détendu.
Je repense alors subitement à notre discussion ce matin, sur la
terrasse de notre logement. Mais que m’a-t-il pris de lui faire une telle
déclaration au petit déjeuner ? Je n’avais rien prévu, bien sûr, mais
j’aurais dû arriver à retenir mes paroles. Vu la tête qu’il a faite, j’ai eu
de la chance qu’il ne parte pas en courant. Heureusement que je me
suis ressaisie rapidement et ai réussi à faire passer ça sur le ton de la
plaisanterie. Mais Will a paru songeur toute la matinée, et j’ai préféré
rester en retrait et faire comme si de rien n’était, comme si le fait de ne
pas revenir sur ce qui s’est passé pouvait effacer mes paroles.
Je dois me l’avouer, j’aurais rêvé qu’il se lève et m’avoue lui aussi
ses sentiments en me promettant un amour éternel et en m’embrassant
passionnément. Mais ce n’est pas ce qu’il s’est passé et encore moins
ce qui était prévu au départ. Cat a raison : il faudra que j’arrête toute
cette histoire à notre retour si je ne veux pas souffrir.
Comme s’il avait senti mon humeur morose, Will se redresse sur
un coude et me caresse le bras. Cet homme a un tel pouvoir sur moi
que, pendant un instant, j’ai peur de ce qu’il pourrait provoquer. Moi,
qui me suis toujours promis que plus aucun homme aurait un
ascendant sur moi, que je resterai toujours insensible aux autres, j’ai
échoué avec brio. Ça avait pourtant si bien fonctionné avant qu’il
arrive dans ma vie…
— Tu vas bien ? demande-t-il doucement.
— Oui, je ne vois pas comment je pourrais aller mieux.
Il fronce les sourcils, signe qu’il sait que je ne dis pas tout, mais
préfère, comme moi, ignorer le problème.
— Si tu étais nue et que nous faisions l’amour ici même, tu serais
peut-être mieux, non ?
— Hum, je ne sais pas…
Il se met sur moi d’un coup et me cloue au sol de tout son poids. Je
sens déjà la bosse qui se forme dans son maillot de bain. D’humeur
joueuse, j’effectue une prise de krav maga et réussis à me retrouver au-
dessus de lui. Je n’attends pas qu’il reprenne ses esprits et me relève
rapidement pour courir vers la mer. Je plonge dans l’eau turquoise et
remonte à la surface quelques mètres plus loin.
En me retournant, je vois Will arriver lentement vers moi. Il entre
dans l’eau sans hésiter avant de me rejoindre en quelques brasses alors
que je reste immobile. Il y a quelque chose dans son regard qui me
cloue sur place. Une promesse…
Une fois qu’il est arrivé tout près de moi, il pose la main derrière
ma nuque pour attirer ma bouche contre la sienne. Le sel se mélange à
nos baisers, et je m’accroche à son cou en passant les jambes autour de
ses hanches.
Il interrompt soudainement notre baiser, et je le vois regarder
autour de nous afin de s’assurer que personne ne soit à proximité
avant de libérer mes seins de mon haut de maillot. Il me soulève un
peu pour pouvoir les embrasser et les caresser, ce qui me fait gémir de
plaisir. Il n’est pas facile de garder l’équilibre avec les légères vagues,
mais ça ne rend nos mouvements que plus excitants encore. Il continue
son exploration de mon corps et décroche le nœud qui se trouve sur le
côté de mon bas de maillot avant d’entrer en moi, ce qui a pour effet
de me faire crier son prénom. Il commence à se mouvoir, d’abord au
rythme lent des vagues, avant d’accélérer de plus en plus. Je m’appuie sur ses épaules pour pouvoir cambrer mon corps à chacun de ses
coups de reins. Le plaisir qui m’emporte soudain me laisse pantelante
entre ses bras, et je l’entends gémir à son tour quand il atteint
l’orgasme. Il me serre fort dans ses bras et embrasse mon cou en
ancrant ma peau d’une multitude de petits baisés mouillés qui me font
frissonner.
— Tu as froid ? demande-t-il de sa voix rauque.
— Oh non !
Il se retire doucement et m’aide à remettre mon maillot de bain
avec des gestes tendres. Nous retournons sur la plage main dans la
main et nous allongeons à nouveau sur nos serviettes, ensemble et
complètement détendus.
— Et si nous rentrions ? propose-t-il au bout d’un moment.
Le soleil commence lentement à décliner, et il fait tout de suite
moins chaud.
— Oui, tu as raison.
Je me relève, passe la petite robe de plage que j’ai emmenée et
range nos affaires dans mon grand sac. Will me le prend des mains
pour le porter, et je m’accroche à son bras libre. Nous marchons les
pieds dans l’eau dans un silence plaisant.
— Je peux te poser une question, Will ?
— C’est bien la première fois que tu me demandes mon avis, non ?
Je lui donne un petit coup d’épaule en riant.
— Est-ce que c’est à cause du départ de ta fiancée que tu ne veux
plus entendre parler de mariage ?
Cette question, je me la suis posée un millier de fois. J’ai passé
beaucoup de temps avec Will ces dernières semaines, je l’ai vu jouer
avec des enfants et être admiré discrètement par de nombreuses
femmes pour être sûre qu’il fera un merveilleux mari et père.
Pas avec moi, évidemment, mais avec une autre c’est certain.
— Qu’est-ce qui te fait penser que c’est elle qui est partie ?
— Parce que tu es trop droit. Si tu t’étais engagé avec elle, tu
n’aurais jamais reculé.
Il regarde le sol devant nous, et je crois un instant qu’il ne me
répondra pas.
— Oui, c’est Elise qui est partie. Mais je savais déjà que nous ne
serions jamais heureux elle et moi. Nous formions un couple
magnifique en apparence, mais il n’y avait aucune passion entre nous
dès que nous étions seuls.
— Où l’avais-tu rencontrée ?
— Dans une soirée organisée par Carpenter’s. Elise est la fille d’un
grand dirigeant d’une firme pharmaceutique, et ma mère voulait
travailler avec eux.
— C’est donc Helen qui avait tout prévu ?
Il soupire en regardant toujours par terre.
— Oui, sûrement. Elle a tout fait pour que nous nous revoyions
« par hasard » après cette soirée.
— Mais est-ce qu’Elise te plaisait au moins ?
— Physiquement oui. C’est une très jolie femme, elle est douce et
toujours d’humeur égale. Pourtant, il n’y a jamais eu aucune étincelle
entre nous, nous sommes simplement de bons amis. Mais ce n’est pas
à cause d’elle en particulier que je ne veux plus me marier. C’est juste
que Carpenter’s passe avant tout pour moi, et je ne veux pas qu’une
femme ou des enfants en souffrent.
— Peut-être que tu n’as pas encore rencontré la bonne, celle qui te
fera tout oublier, qui te fera partir au travail à reculons parce que tu
ne voudras pas quitter son lit.
Il me regarde sérieusement, et je crois qu’il essaye de me sonder.
J’affiche un visage impassible pour qu’il ne puisse pas lire que j’aurais
aimé être cette femme-là, celle qu’il ferait passer avant tout le reste. Mais je sais que tout ça ne sera jamais possible, que même s’il
ressentait un soupçon de sentiments pour moi, jamais il ne pourrait
officialiser notre relation, et encore moins me demander en mariage.
— Je n’ai pas été élevé dans ce but-là. Helen m’a formé depuis mes
dix ans pour que je prenne la relève dès qu’elle partira.
— Mais tu te rends quand même compte qu’elle ne partira jamais ?
— Je ne sais pas. Elle ne peut pas m’avoir fait sacrifier autant de
choses pour ne pas me laisser à la tête de l’entreprise à un moment ou
à un autre.
— Qu’est-ce que tu as sacrifié ?
— Tout ! J’ai toujours suivi ses pas et je suis sous pression depuis
que je suis enfant. Je n’ai pas eu une vraie adolescence : pas de sortie
en douce avec les copains et pas de filles non plus, tout le monde
savait que j’étais le plus sérieux des frères Carpenter. Contrairement à
mes frères, je n’ai pas eu la chance d’avoir le choix. Ben a choisi la
branche dans laquelle il souhaitait s’investir, et Ryan fuit notre société
depuis toujours. Quant à moi, je fais ce qu’on me dit.
— Tu aurais aimé faire autre chose ?
Je le sens hésiter un instant avant de répondre.
— Non. Et c’est justement pour ça que je n’imposerais pas cette vie
à ma famille. J’adore mon métier, je suis passionné par chacun des
contrats dont je m’occupe, et le reste m’importe peu.
— On peut dire qu’Helen a fait du très bon travail avec toi, fais-je
durement.
— Je ne vois pas pourquoi tu dis cela d’un air si méprisant puisque
je te dis que j’aime ce que je fais, déclare-t-il sur la défensive.
— Tu as le droit d’aimer ton travail, mais ce n’est pas ça qui
pourra remplacer toutes les joies que peut apporter une famille.
— Tu peux parler ! Toi non plus tu n’as pas de bague au doigt et
encore moins des enfants ! Je me demande même pourquoi tu me parles tant de famille alors que tu ne dis que très peu de choses à
propos de la tienne.
— Tu sais qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Mes parents sont
morts, et ma tante s’est occupée de moi. Fin de l’histoire.
— Tu es sûre ?
Je m’arrête de marcher et lui fais face. J’aimerais lui crier que ce
sont mon histoire et la personne que je suis réellement qui sont trop
dangereuses pour que je construise une famille. Mais je devrais alors
tout lui expliquer. Est-ce que je pourrais confier mon passé et mes
fêlures à cet homme sans qu’il parte en courant, sans qu’il s’éloigne de
moi pour toujours ?
Alors que je m’apprête à tout lui raconter, à lui confier ce lourd
passé qui pèse sur mes épaules, il me prend la main et m’attire contre
lui.
— Je suis désolé, ne nous disputons pas, s’il te plaît. J’ai envie de
passer le peu de temps qu’il nous reste à Cabos à rire et à te faire
l’amour.
Il n’a sûrement pas l’habitude de confier autant de choses sur lui,
et je suis flattée qu’il se sente assez à l’aise avec moi pour se livrer. Il
est plus facile pour lui de parler de son histoire que pour moi. Il nous
reste peu de temps à passer ensemble, et quand nous rentrerons à
Boston, je le quitterai. J’aurais aimé pouvoir poser la tête sur son
épaule et tout lui raconter pour qu’il comprenne ce que j’ai vécu et que
nous soyons heureux. Mais autant être réaliste, la vie m’a appris très
tôt que rien n’est facile.
Soudain, des notes de musique nous parviennent. Je reconnais cette
chanson et je lui prends la main pour le tirer en direction du bar. Voilà
exactement ce dont j’ai besoin !
Il me suit en riant devant mon air pressé.
— Allez, dépêche-toi ! J’adore cette chanson.
Nous arrivons devant un petit comptoir de plage local où quelques
touristes mais surtout des locaux prennent un verre en regardant un
petit orchestre qui joue.
Nous nous accoudons au bar, et Will commande des cocktails. Je
sens la musique envahir mon corps et commence à onduler lentement.
— Chan Chan de Compay Segundo fait partie de mes chansons
préférées.
— Je suis d’accord, j’aime beaucoup ce style de musique.
Un jeune Mexicain vient m’inviter à danser. Je jette un coup d’œil à
Will qui m’encourage d’un signe de tête avant de suivre l’homme qui
m’attire contre lui, tout en gardant une distance tout à fait
convenable, et me fait tourner en se déhanchant avec moi. Nous
dansons parfaitement, et j’essaye de le suivre sans me tromper.
Alors que la chanson se termine et que le public nous applaudit,
l’orchestre entame un autre morceau aux sonorités cubaines, et les
gens se mêlent à nous sur la piste. Will vient me rejoindre, et nous
dansons ensemble sans laisser le moindre espace entre nos corps. Je
suis surprise de voir à quel point il est à l’aise sur une piste de danse et
le laisse me conduire. Nous restons un moment ainsi, à rire ensemble
et avec les autres danseurs. Je surprends même Will en train de
chantonner les paroles d’une des chansons.
Après plusieurs chorégraphies endiablées, nous retournons boire
nos verres et nous reposer un peu.
— Tu danses merveilleusement bien, remarqué-je.
— Oui, je te l’avais dit, répond-il en buvant une gorgée de sa
boisson.
Tous ses gestes sont sexy, et je m’immobilise un instant pour le
contempler.
— Donc finalement le garçon sérieux que tu m’as dépeint comme
ne s’amusant jamais a su désobéir à sa mère pour apprendre à danser ?
Il rit et pose son verre sur le bar devant nous.
— Je te rappelle que j’ai grandi dans un bar, je vois des gens danser
depuis que je suis tout petit. Et il se pourrait que le jeune étudiant que
j’étais ait réussi à sortir avec une danseuse pendant quelque temps.
J’éclate de rire devant son air de petit garçon fier de lui.
— Tu te rends compte que je pourrais rapporter tout ça à ta mère ?
— Tu te rends compte que je pourrais te le faire payer de façon
délicieuse ? réplique-t-il.
Je n’arrive pas à soutenir son regard et me tourne vers la piste de
danse en rougissant.
Je suis tellement bien à ce moment-là que je voudrais arrêter le
temps. Penser que nous allons devoir rentrer à Boston le lendemain me
rend vraiment triste.
Il me prend la main tendrement.
— Et si nous retournions chez nous ?
Oh ! que j’aimerais qu’il y ait un « chez-nous » !
Son regard est brûlant, et je suis impatiente. Nous rentrons à notre
villa au pas de course, sans dire un mot, et je savoure la tension
sexuelle qui règne entre nous.
Dès que nous passons le portillon de notre jardin, il me prend dans
ses bras et me conduit jusqu’à notre chambre. Je retrouve alors toutes
les merveilleuses sensations qu’il est le seul à pouvoir m’apporter.
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