Un jardin sur l'Oronte

Maurice Barrès · Chapitre 14 sur 32

Pages du PDF

Un jardin sur l'Oronte

Isabelle

Ma présence rapide est un gage que vous lui êtes toujours cher. Elle m’envoie à votre recherche en signe d’amitié éternelle.

GUILLAUME

Elle t’envoie! Sans doute qu’elle ne veut pas sacrifier une seule minute du temps qu’elle consacre au vainqueur. Depuis six mois, qu’ai-je eu d’elle? Je l’ai attendue sur l’Oronte, à Damas. Avec quelle ardeur confiante, j’accourais ici! Et tout à l’heure son visage d’effroi pour moi et d’amour pour cet homme! Plût au ciel que jamais je ne fusse venu dans Qalaat, que jamais cette voix menteuse n’eût exercé sur moi sa puissance magique! Elle me trompait donc, quand elle me prenait dans ses bras pour me dire: «Je t’appellerai à mon lit de mort ou bien je courrai au tien, et je t’adresserai de tendres adieux.» Tout cela pour qu’aujourd’hui j’arrive et que j’éprouve l’horreur de la gêner dans ses nouveaux plaisirs.