Un jardin sur l'Oronte

Maurice Barrès · Chapitre 21 sur 32

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Un jardin sur l'Oronte

Isabelle

Nous vous aimons, toutes, d’amitié, mais c’est avec elle seule que vous êtes lié d’un amour égal des deux parts, d’un amour jusqu’à la mort, qui chez vous n’empêche pas l’injustice. Vous disiez qu’elle était un ange, maintenant vous la traitez de démon. Vous la mettez tantôt au-dessus d’elle et tantôt au-dessous. C’est une femme. Elle veut comme toutes les femmes que celui qu’elle aime soit le plus fort. Écoutez nos avis. Elle vous remercie d’être venu. Comme vous avez tardé! Je ne l’ai pas blâmée quand elle n’a pu vous rejoindre à Damas. Voulais-tu voir, loin du ciel de sa patrie, ton bel oiseau de paradis piétiner chétivement dans les ruelles de l’exil? Et c’est moi, aujourd’hui, qui viens de la dissuader de vous rejoindre sur cette pelouse. Si quelqu’un se doit perdre, que ce soit la pauvre Isabelle. Mais Oriante viendra. Tu la prendras dans tes bras. Et me voici pour en chercher avec toi le moyen, que nous trouverons sûrement.