Un Noël plein de surprises
Chapitre 2
2.
Zoe se tenait immobile, les yeux obstinément fixés sur le petit sapin de Noël qui ornait son bureau, pour éviter de regarder l’écran de son ordinateur où s’affichait une page désespérément blanche.
Cela faisait déjà deux semaines que Stan Steele leur avait distribué le cahier des charges du projet Weller, et elle n’avait guère progressé. Bien sûr, elle avait déjà écrit un certain nombre de notes et listé quelques idées qu’elle avait pris soin d’enregistrer sur la clé USB connectée à son ordinateur portable mais, jusqu’à présent, elle n’avait réussi à en concrétiser aucune.
Si la silhouette du futur gratte-ciel commençait à se dessiner dans son imagination, la jeune femme ne parvenait pas encore à la tracer à l’aide de son logiciel de CAO en 3D.
Et puis, en cette veille de Noël, trop de pensées se bousculaient dans sa tête pour qu’elle arrive à se concentrer. Mais l’heure tournait ! A midi, elle devrait plier bagage pour aller retrouver sa famille qui, comme chaque année, se rassemblait à l’occasion des fêtes de fin d’année.
Or Zoe avait décrété qu’elle ne bougerait pas de son bureau tant qu’elle n’aurait pas accompli le moindre progrès, aussi minime soit-il. Et elle risquait d’y rester longtemps, au train où allaient les choses !
Au moment précis où elle commençait à sentir le vent de la panique, Jason pénétra dans la pièce de sa démarche souple et décidée de sportif.
Nerveuse, Zoe frissonna. Pourvu qu’il n’ait rien remarqué ! songea-t-elle. Elle reconnut sans mal la sensation qu’elle éprouvait en sa présence : une sorte de trouble émotionnel étrange, suivi aussitôt d’une poussée d’adrénaline. Elle avait beau tenter de se convaincre qu’il s’agissait là d’une manifestation parfaitement naturelle entre deux concurrents, elle savait très bien que son malaise avait une autre explication : le sex-appeal de cet homme ne la laissait pas insensible. Au contraire, il suscitait en elle des réactions d’une intensité qu’elle avait du mal à contrôler.
— Tu as terminé ? demanda Jason.
— Terminé quoi ? répliqua-t-elle d’un ton sec, sachant pertinemment qu’il venait à la pêche aux informations.
Pour toute réponse, il lui offrit son plus beau sourire. Un sourire charmeur, révélant une dentition d’une blancheur éclatante.
Taillé comme un athlète du haut de son mètre quatre-vingt-six, il savait mettre en valeur un corps sculpté par la pratique hebdomadaire du VTT, avec des tenues vestimentaires très recherchées. Pour l’heure, il portait un élégant pantalon de treillis bleu nuit, assorti à une chemise et une cravate nouée de façon lâche autour d’un col déboutonné, pour accentuer l’effet de virile décontraction. Une paire de boots noirs complétait l’ensemble.
Ajoutez à cela une masse de cheveux châtain foncé qu’il ne s’efforçait manifestement pas de discipliner, et le tableau avait de quoi émouvoir la plus chaste des jeunes filles.
Zoe en convenait volontiers, mais ce qui, pour l’heure, l’énervait davantage, c’était que Jason Monroe ne semblait pas le moins du monde impressionné par sa froideur.
— Un problème ? demanda-t-il avec insistance.
« Oui, et de taille ! » songea la jeune femme tout en évitant soigneusement de jeter un coup d’œil en direction de son écran d’ordinateur.
— Aucun. Pourquoi ? répliqua-t-elle avec aplomb.
— Peut-être parce qu’il ne nous reste plus que deux semaines avant l’échéance fixée par Steele pour rendre le dossier Weller.
— Je le sais, merci. Inutile de me le rappeler !
Jason la contempla longuement de son regard vert perçant. Rien ne parut échapper à son examen : ni le fait qu’elle portait son tailleur « porte-bonheur » pour la seconde fois de la semaine dans l’espoir qu’il l’aiderait à trouver l’inspiration, ni les cernes de fatigue qui ombraient ses yeux, ni même le peu de soin qu’elle avait apporté à sa coiffure.
Cette inspection silencieuse acheva de la déstabiliser. Zoe s’attendait à une plaisanterie de sa part, ou du moins à une grimace moqueuse, mais il n’en fit rien.
— Tout va bien, tu es sûre ? demanda-t-il de nouveau.
Surprise par sa gentillesse sincère, Zoe se figea. D’ordinaire, ils n’abordaient jamais de sujets personnels. Depuis leur première rencontre, leurs rapports étaient surtout basés sur l’esprit de compétition, sur le désir de grimper plus haut et plus vite que l’autre les degrés de l’échelle de l’ambition.
Mais Zoe n’ignorait pas qu’au bureau les rumeurs allaient bon train sur leur compte, chacun s’interrogeant sur la raison de cette tension palpable entre eux. Certains allaient même jusqu’à avancer l’hypothèse d’une liaison.
Quelle idée ridicule !
Jamais elle ne partagerait ses nuits avec un homme avec lequel elle était perpétuellement en compétition le jour, et qui bien souvent l’emportait sur elle. Elle en avait déjà assez de ses sœurs pour ne pas s’encombrer d’un amant qui leur ressemble. Aussi beau soit-il…
Et Dieu sait si Jason Monroe l’était ! Non seulement il avait énormément de charme, mais il était également terriblement sexy et viril. Oui, elle éprouvait un certain béguin pour lui, mais il était absolument hors de question de divulguer cette attirance au grand jour. Elle comptait bien la garder secrète et pour toujours.
Car il existait une seconde raison pour laquelle elle ne connaîtrait jamais de moments d’intimité avec lui : Jason avait un penchant pour les petites blondes. Or elle était grande et rousse. Elle ne rentrait donc pas dans ses critères physiques.
Quittant ses pensées, elle lui répondit enfin :
— Tout va parfaitement bien ! Je suis juste un peu débordée.
— Tu as besoin d’aide ? proposa-t-il en approchant du bureau dans l’intention manifeste de jeter un coup d’œil sur l’écran.
Bondissant littéralement de son siège pour se placer entre lui et son ordinateur, Zoe essaya de faire obstacle. Il ne devait pas se rendre compte qu’elle séchait lamentablement. Malheureusement, dans sa précipitation, elle trébucha. Elle serait sans doute tombée si Jason ne l’avait pas rattrapée in extremis.
Furieuse contre elle-même, elle se redressa. Quelle gourde ! songea-t-elle. Mais cette étreinte impromptue n’était pas désagréable du tout, même si elle devait s’en extraire au plus vite. Jason semblait beaucoup plus musclé que ses tenues vestimentaires ne le laissaient supposer, et il était également plus grand qu’elle ne l’imaginait.
Zoe avait hérité des gènes de son père, un géant d’un mètre quatre-vingt-douze. Chez les Anders, tout le monde dépassait le mètre soixante-quinze. Cependant, ses sœurs mesurant quelques centimètres de plus qu’elle, Zoe avait pris l’habitude de porter des talons. Même ainsi perchée, elle devait légèrement lever la tête pour regarder Jason dans les yeux.
— Excellente tactique de diversion ! lança celui-ci, sans la lâcher pour autant.
— Comment cela ?
Mettant ses mains à plat contre son torse, Zoe réussit à le repousser. Il n’opposa guère de résistance, trop occupé sans doute à essayer de voir ce qui s’affichait sur son écran d’ordinateur.
— Ne fais pas l’innocente, reprit-il avec un sourire taquin. Tu t’es littéralement jetée dans mes bras. Cependant, tu vas devoir trouver un meilleur stratagème pour me distraire.
— Quoi ? Je ne me suis certainement pas jetée dans tes bras ! Tu te fais des idées ! s’offusqua Zoe, au comble de l’exaspération. Et je t’avertis que je ne te laisserai pas m’espionner. Hors de question que tu lorgnes sur mon travail !
Se tenant à quelques centimètres de lui, elle pouvait presque sentir l’odeur de sa peau, un parfum masculin auquel se mêlaient quelques notes musquées.
— Je peux te donner un petit coup de main si tu as un problème à résoudre, insista-t-il, avec un sourire moqueur.
— Toi ? Jason Monroe ? Tu m’offres ton aide ! s’exclama Zoe avec un rire sarcastique. J’aurai tout entendu !
— Et pourquoi pas ? En quoi cela te paraît-il si absurde ?
— Tu ne m’avais encore jamais fait une telle proposition.
— Il faut dire que tu ne m’en avais encore jamais donné l’occasion, rétorqua-t-il du tac au tac.
— Justement, sache que je ne te la donne pas plus maintenant, répondit Zoe sèchement.
Elle l’observa avec nervosité.
Un sourire charmeur éclairait son visage. « Cet homme a décidément un talent de séducteur hors pair ! », se dit-elle en son for intérieur.
— En fait, je pensais que nous pourrions peut-être conjuguer nos efforts, afin d’obtenir un meilleur résultat ? suggéra-t-il.
— Je te répète que je n’ai aucun problème, répliqua-t-elle avec un air exaspéré. Mais peut-être, toi, en as-tu un ?
Il éclata de rire comme s’il s’agissait de l’hypothèse la plus absurde qui soit. Zoe faillit partager son hilarité. Elle avait été un peu loin, tout de même ! Jason Monroe était un petit génie de l’architecture, promis à un brillant avenir ; cela ne faisait aucun doute, et elle en était tout à fait consciente. Aucun obstacle ne semblait l’arrêter dans son élan et, s’il rencontrait des difficultés ou éprouvait parfois des états d’âme, il n’en laissait jamais rien paraître.
Prenant un air agacé, Zoe soupira.
— Jason, va-t’en, s’il te plaît !
Mais, au lieu d’obtempérer, il avança d’un pas vers elle. Il était maintenant si proche qu’elle pouvait sentir son souffle caresser sa joue, et il la fixait avec une telle intensité que son cœur se mit à battre la chamade, tandis qu’un long frisson lui parcourait le dos.
Elle devait se ressaisir, ne pas lui montrer son trouble. Profitant de sa faiblesse, il tenterait sans doute aussitôt de prendre l’ascendant sur elle. N’était-ce pas ainsi que leurs relations s’étaient établies depuis le début ? Alors pourquoi cela changerait-il ?
Pourtant, l’expression de Jason ne trahissait pas un sentiment de puissance, mais des émotions d’une tout autre nature, comparables manifestement à celles qu’elle éprouvait. Une sorte de fébrilité d’ordre purement sexuel.
L’espace d’une seconde, Zoe crut qu’il allait l’embrasser.
— Zoe ! l’appela Susan, brisant ce moment d’intimité.
La voix de son assistante la fit sursauter.
— Je viens de recevoir les ouvrages de référence que tu as commandés.
— J’arrive tout de suite ! répondit Zoe.
Elle ferma son ordinateur d’un mouvement sec et se précipita vers le bureau voisin, passant devant Jason sans même lui accorder un dernier regard.
Elle prit le temps d’inventorier les livres en question, puis d’échanger quelques plaisanteries avec Stan Steele qu’elle croisa dans le couloir. S’agissant des femmes, son patron était encore de la vieille école : il leur témoignait le plus grand respect, mais il doutait de leur aptitude à concurrencer les hommes. Or Zoe avait la ferme intention de l’amener à changer d’avis ; et le projet Weller lui en fournirait l’occasion.
Quand elle regagna son bureau, Jason n’y était plus.
Ouf ! Elle allait enfin pouvoir se remettre au travail et, comme elle se l’était promis, franchir une étape supplémentaire du projet avant de partir rejoindre sa famille pour les fêtes.
Mais au lieu de s’asseoir devant son ordinateur, elle se posta à la fenêtre. San Francisco avait revêtu ses habits de lumière et, même en plein jour, des guirlandes lumineuses clignotaient un peu partout dans la ville, lui donnant une allure festive.
Une allégresse et une insouciance que Zoe ne parvenait pas encore à partager. Elle n’avait pas assez progressé à son goût sur le dossier Weller et, comme Jason l’avait si bien fait remarquer, elle ne disposait plus que de deux semaines pour trouver l’idée géniale, le fil conducteur qui lui permettrait de remporter le concours lancé par Steele et, dans la foulée, de décrocher le poste d’architecte en chef.
Poussant un soupir de lassitude, la jeune femme se massa les tempes dans l’espoir de chasser les tensions qui ne cessaient de s’accumuler depuis plusieurs jours.
En fait, elle se concentrait trop sur la perspective de cette nomination, et pas assez sur le projet lui-même ; c’était bien là que résidait le cœur du problème.
Cette promotion, elle la voulait à tout prix. Elle lui permettrait de garder la tête haute face à ses trois sœurs aînées qui avaient toujours placé la barre très haut pour la petite dernière de la fratrie Anders. Cindy était une neurochirurgienne de renom, Leanne avait mis ses talents de scientifique au service de l’aérospatiale, tandis que Valerie faisait autorité parmi les procureurs. Les deux premières avaient épousé des hommes aussi brillants qu’elles et fondé une famille. La troisième entretenait une relation amoureuse de longue date et profiterait sans doute de cette réunion familiale pour annoncer son prochain mariage.
En somme, trois jeunes femmes à l’esprit vif, pratique et logique qui menaient avec autant de brio leur vie personnelle que professionnelle. Trois exemples de réussite qui faisaient l’admiration de leurs parents et de leur entourage.
Zoe, quant à elle, avait privilégié le côté créatif de son intelligence, mais choisi un métier où, traditionnellement, les femmes devaient lutter plus qu’ailleurs pour accéder à la reconnaissance et se tailler une place au soleil.
Ce soir, l’artiste de la famille se retrouverait parmi tous ces ego parfois démesurés, dans le grand chalet parental perdu en pleine montagne, au milieu de la forêt enneigée. Et cette fois, elle avait la ferme intention de voler la vedette à ses sœurs en démontrant qu’elle aussi était promise à une brillante carrière.
Mais il n’y avait qu’un hic dans tout cela : elle n’avait toujours pas conceptualisé la forme qu’elle souhaitait donner au futur centre Weller. Si elle ne trouvait pas l’inspiration très vite, la promotion promise par Steele lui passerait sous le nez !
Poussant un soupir de lassitude, elle consulta sa montre. Il était temps de partir rejoindre les siens. Tant pis ! Elle aurait amplement le loisir de réfléchir à son avenir durant le trajet.
Elle ouvrit son ordinateur portable pour fermer les programmes et en extraire la clé USB qui lui tenait lieu de mémoire.
Catastrophe ! Le support de stockage avait disparu et, avec lui, l’ensemble de ses notes et de ses ébauches concernant le projet Weller !
La jeune femme se mit à le chercher fébrilement. Mais, après avoir fouillé ses tiroirs, son sac à main et sa sacoche, vérifié sous les piles de dossiers qui encombraient son bureau et inspecté le sol, elle dut se rendre à l’évidence : la précieuse clé ne se trouvait nulle part. Or, elle ne pouvait pas s’être volatilisée ! Quelqu’un avait dû la lui subtiliser !
Furieuse, Zoe poussa un cri de rage.
Jason !
Cela ne pouvait être que lui. Il avait profité de son absence pour lui voler le peu d’idées qu’elle avait réussi à formaliser jusqu’à présent.
Sans hésiter, Zoe se précipita vers le bureau de ce concurrent déloyal, prête à en découdre et, si nécessaire, à faire un scandale. Cependant, quand elle y pénétra, la pièce était déserte, la lumière éteinte, et la table de travail désespérément vide.
Une netteté absolue.
Il fallut à la jeune femme quelques secondes pour se rendre compte d’un détail qui lui avait échappé jusqu’alors. Il est vrai qu’en temps normal, elle évitait soigneusement cet endroit. Elle n’avait jamais accordé aucune attention à l’aménagement de la pièce. Mais contrairement au reste de l’étage, le bureau de Jason était dépourvu de toute décoration de Noël. Etrange !
Ne s’attardant pas à chercher une explication, Zoe fonça chez son assistante.
— Aurais-tu aperçu Jason, par hasard ?
— Oui, il est parti il y a quelques minutes.
— Tu en es bien sûre ?
— Certaine ! Tu l’as manqué de peu. Je l’ai vu passer avec son manteau sur le dos et sa sacoche d’ordinateur. Il a manifestement l’intention de travailler durant les fêtes.
— Tu veux dire qu’il est parti pour de bon ? répéta Zoe, incrédule, sentant le désespoir l’envahir.
— Oui, et je m’apprête à l’imiter d’ailleurs, répondit Susan en commençant à ranger ses affaires. Il ne reviendra pas avant la semaine prochaine. D’après mes informations, je crois qu’il passe Noël quelque part à la montagne.
Tournant les talons, Zoe se rendit sans perdre une minute dans l’open space que partageaient les dessinateurs.
A l’inverse de son frère aîné, Mike avait décoré son espace de travail sans compter. Boules, guirlandes, santons : rien de la panoplie classique ne manquait à l’appel. Ce joyeux capharnaüm contrastait étrangement avec l’austérité du bureau de Jason.
— Joyeux Noël, Zoe ! lança le jeune homme qui enfilait sa veste.
— Sais-tu où est ton frère ? demanda Zoe d’une voix sèche.
— Qui, Jason ?
— Aurais-tu, par hasard, un autre membre de ta fratrie aussi dévoré d’ambition, imbu de lui-même et malhonnête, prêt à tout pour décrocher une promotion, même à s’approprier les idées de ses collègues et s’assurer ainsi une victoire qu’il n’aurait pas obtenue par son seul mérite ? lâcha Zoe d’une traite.
— Waouh ! Tu l’as donc démasqué ! s’exclama Mike, en éclatant de rire.
— Dois-je comprendre qu’il a vraiment volé ma clé USB ? demanda la jeune femme, la voix tremblant d’une rage à peine contenue.
— Ce que j’essaie de te faire comprendre, déclara Mike sans paraître s’émouvoir, c’est qu’il ne faut jamais sous-estimer l’énergie et l’imagination de mon frère dès lors qu’il s’agit de parvenir à ses fins.
— Où se cache-t-il ? Susan m’a parlé d’un séjour quelque part en montagne sans me donner plus de précisions.
— Exact. A l’heure qu’il est, il doit probablement se trouver à mi-chemin. Il passe les fêtes près du lac Tahoe.
— Le lac Tahoe ! répéta Zoe, incrédule.
— Oui. J’y avais réservé un chalet pour quelques jours afin d’y emmener ma petite amie, mais elle doit, pour des raisons familiales, demeurer à San Francisco. Jason a très gentiment accepté de partir à ma place et de nous laisser la maison.
Zoe se mit à réfléchir à toute vitesse.
Après tout, la situation aurait pu être pire. Le lac Tahoe se situait, certes, à quatre heures de route, mais à seulement une heure et demie de Quincy où sa famille l’attendait. Elle allait donc pourchasser ce Jason Monroe de malheur jusque dans sa tanière, récupérer sa clé USB et peut-être, pourquoi pas, s’offrir le luxe de tordre le cou à ce sale type !
— Où se trouve-t-il exactement ? demanda Zoe avec insistance.
Mike semblait tout à coup beaucoup moins sûr de lui.
— Mike, insista-t-elle sur un ton menaçant.
— Ne le prends pas mal, mais il m’a bien précisé qu’il ne voulait voir personne, tu comprends.
« Et pour cause ! », songea-t-il intérieurement.
— Et puis, la météo annonce une grosse tempête de neige, renchérit le jeune homme. Apparemment, les routes risquent d’être impraticables. Si tu partais maintenant, tu risquerais de te retrouver coincée en pleine nature.
— Ne t’inquiète pas pour moi. J’ai un 4x4, et l’habitude de conduire sur les routes de montagne par mauvais temps. Si tu me rends ce service, je te devrai une faveur.
— Vraiment ? fit Mike, l’air soudain intéressé.
— Promis. Tu as ma parole !
Cet argument parut convaincre Mike, qui griffonna l’adresse sur un morceau de papier.
— S’il te plaît, ne lui dis surtout pas que c’est moi qui ai vendu la mèche. Il me tuera s’il apprend que j’ai trahi le secret.
— Ne t’inquiète pas, il n’a pas besoin de le savoir, se contenta de répondre Zoe, qui tourna les talons sans plus de remerciements.
* * *
Mike la regarda s’éloigner, un sourire victorieux éclairant son visage. Quand elle eut disparu de son champ de vision, il sortit son téléphone portable et il rédigea le message sibyllin suivant :
Opération enclenchée ; fusée sur la rampe de lancement.
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