Un Noël plein de surprises

Jill Shalvis · Chapitre 7 sur 13

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Un Noël plein de surprises

Chapitre 7

7.

 

 

Jason ouvrit les yeux peu après l’aube et demeura immobile dans le lit, le temps d’évaluer la situation et son état. Il régnait dans la chambre une douceur surprenante compte tenu du fait qu’il n’avait pas eu le loisir d’allumer un feu la veille. Son cou et ses épaules semblaient plus détendus, et ne le faisaient pas souffrir au moindre battement de cœur.

Il se hasarda à effectuer un mouvement. Une douleur sourde l’incita à la prudence. Plus supportable néanmoins que la veille. Il se sentait nettement plus en forme. Pas assez certes pour une expédition en VTT, mais suffisamment pour enfiler une paire de chaussettes sans craindre de se retrouver de nouveau paralysé par la souffrance.

Le bain chaud de la veille avait certainement contribué à cette amélioration.

Le massage, aussi.

Sans oublier cet orgasme extraordinaire…

L’image de Zoe le chevauchant et prenant son plaisir tout en lui donnant le sien resterait longtemps gravée dans sa mémoire. Cette seule pensée suffit à éveiller en lui un sentiment de profonde frustration.

Lui, le célibataire endurci, l’ermite en puissance, n’aspirait qu’à une chose : avoir Zoe auprès de lui ! Et pas seulement pour le sexe, bien que l’idée de renouveler l’expérience d’hier soir le tentât au plus haut point.

Il devait bien l’admettre, il aimait la compagnie de cette jeune femme vive, intelligente, dont l’esprit de repartie, le mordant n’avait d’égal que la gentillesse.

Qui aurait cru qu’un jour il aurait envie de mieux connaître celle qui ne cessait de le défier au bureau, celle qui risquait de lui ravir la promotion qu’il attendait depuis si longtemps ?

Il se leva lentement et, tel un automate, se dirigea vers la salle de bains.

Jason n’était pas du matin. D’ordinaire, une bonne douche lui permettait de retrouver pleinement ses esprits. Or, les propriétaires du chalet, estimant sans doute cette vieille baignoire à pattes de lion plus romantique, n’avaient pas jugé utile d’installer une cabine de douche. Drôle d’idée, tout de même !

Quitte à vider le ballon d’eau chaude, Jason emplit la vénérable baignoire et s’y plongea, avec maintes précautions.

Peine perdue ! Ce bain ne réussit pas à chasser les derniers limbes du sommeil.

Seul un café bien corsé lui aurait fait reprendre pied dans la réalité. Malheureusement, il avait omis d’en apporter ou d’en acheter.

Jason écarta le rideau qui masquait la petite fenêtre de la salle de bains. La neige avait enseveli le paysage et recouvert son 4x4 d’un épais manteau blanc.

C’est alors qu’il découvrit un autre véhicule garé juste à côté du sien.

De qui pouvait-il bien s’agir ?

A pas comptés, il gagna la salle de séjour et s’immobilisa sur le seuil, pétrifié. La pièce s’était totalement métamorphosée. Il y avait des bougies partout, la plante verte s’était transformée en sapin de Noël avec des boules et des guirlandes, du houx ornait la cheminée, et des bûches achevaient de se consumer dans l’âtre.

Son regard stupéfait se posa ensuite sur le sofa, où Zoe avait manifestement passé la nuit.

— Bonjour, dit-elle d’une voix encore ensommeillée tout en s’efforçant de mettre un peu d’ordre dans sa coiffure.

La cascade de cheveux roux formait comme une auréole autour de son visage, et Jason fut tenté de la supplier de ne pas chercher à la dompter.

La jeune femme aurait probablement poussé un cri d’effarement en apercevant son reflet dans un miroir, mais lui, Jason, la trouvait encore plus belle ainsi, avec ses mèches rebelles qui lui donnaient un air presque malicieux et terriblement sensuel.

Une seule chose l’agaçait, cependant : ces fichues décorations de Noël ! Pourquoi avait-elle décoré toute la pièce sans même le consulter ?

— T’arrive-t-il parfois de ne pas te promener à moitié nu ? demanda Zoe sur le ton de la plaisanterie.

Jason s’inspecta rapidement du regard. Une fois encore, il portait pour seul vêtement la serviette qu’il avait nouée autour de sa taille en sortant du bain.

— Désolé ! Je te demande juste de m’accorder une minute.

Il se rendit dans la chambre et enfila aussi vite qu’il le put caleçon, jean et polo épais à manches longues. Le torticolis le faisait encore trop souffrir pour qu’il tente de se chausser.

Lorsqu’il revint dans le séjour, la jeune femme avait déserté le sofa et la pièce. Entendant l’eau de la douchette couler, il se dirigea vers la salle de bains.

Trop tard ! Un cri fusa de l’autre côté de la porte, suivi d’un juron étouffé.

Si elle lui en avait laissé l’occasion, il lui aurait conseillé d’attendre que le ballon d’eau chaude se remplisse de nouveau !

Retournant à pas de loup dans la pièce principale, son sourire moqueur s’évanouit aussitôt. Qu’allait-il faire de toutes ces décorations ?

Quand Zoe l’y rejoignit, il était encore en train d’évaluer le temps qu’il lui faudrait pour ôter toutes ces boules, guirlandes, bougies et autres figurines.

Quittant ses pensées, il l’observa avec attention.

Elle portait un sweat-shirt à capuche dont la couleur rouge vif mettait en valeur l’éclat flamboyant de sa chevelure, retenue en queue-de-cheval, et dont la fermeture Eclair était remontée jusqu’à la poitrine, formant un décolleté discret, mais très suggestif, qui donnait envie d’en découvrir davantage. Un legging noir, moulant ses longues jambes interminables, complétait la tenue.

Jamais Jason ne l’avait vue vêtue autrement qu’en tailleur strict, et cette tenue à la fois sportive et sexy ne fit qu’accroître son désir matinal.

— Je n’ai pas réussi à aller très loin hier soir, expliqua Zoe. Il neigeait beaucoup et mes pneus…

— Que s’est-il passé ? demanda Jason, soudain inquiet. Tu as eu un accident ?

— Non, rien de si grave, rassure-toi. La voiture a dérapé à deux reprises sur des plaques de verglas. J’ai eu peur et j’ai jugé plus prudent de rebrousser chemin.

Elle marqua une pause, l’examinant à son tour de la tête aux pieds, avant d’ajouter :

— Pour être honnête, j’aurais pu poursuivre ma route jusqu’à la ville voisine et passer la nuit dans un hôtel, mais j’ai préféré revenir ici. Quand je suis arrivée, tu dormais à poings fermés, et il m’a semblé plus judicieux de ne pas te réveiller.

— Et tu as donc décidé de décorer cette pièce pour passer le temps ?

— Tu aimes ? demanda-t-elle, son ton enjoué trahissant une pointe de fierté. J’ai pensé que cette salle méritait d’être égayée. Tu ne la trouves pas plus chaleureuse ainsi ?

Il s’apprêtait à lui avouer l’aversion que lui inspiraient tous les rituels entourant Noël, à commencer par celui qui consistait à accrocher partout des décorations clinquantes et souvent de mauvais goût, mais, devant l’expression radieuse de la jeune femme, il se ravisa.

Jamais encore Zoe ne lui avait adressé un tel sourire : un sourire radieux, naturel, presque confiant ; pas celui, forcé, qu’elle affichait au bureau et qui lui servait à cacher sentiments et émotions.

Jason eut l’envie soudaine de la prendre dans ses bras et de la serrer très fort contre lui.

— Je la trouve… métamorphosée, réussit-il à dire, ne voulant pas la blesser, mais incapable de mentir.

— Tu as vu ? J’ai même transformé la plante verte en sapin ! Comme ça, l’atmosphère de cette pièce me semble plus conforme à l’esprit de Noël.

Soudain soucieux, Jason sentit sa gorge se serrer. En ce matin de Noël, Zoe aurait dû être parmi les siens, en train de célébrer cette fête familiale, au lieu de se retrouver coincée avec lui. Certes, il ne se sentait pas responsable de la situation, du moins pas directement, mais cette pensée l’embarrassait.

— Je suis désolé que tu ne puisses pas fêter Noël avec ta famille, dit-il, vraiment désolé.

Zoe s’approcha de lui. Contrairement à la plupart des autres femmes, elle lui arrivait au-dessus de l’épaule. Il aurait suffi qu’il se penche à peine pour l’embrasser.

— Ne t’excuse pas, tu n’y es pour rien. Et puis nous aurons tout le temps de nous rattraper au nouvel an. Alors, que penses-tu de mes décorations ?

Jason soupira.

Impossible de se dérober cette fois ! Que devait-il faire : mentir ou prendre le parti de la franchise ? Dans les deux cas, cela risquait de tourner au vinaigre.

— Elles sont superbes, murmura-t-il sans grande conviction, en évitant de la regarder.

Elle le fixa un moment, une expression de déception ayant remplacé le sourire radieux qui, l’instant d’avant, illuminait son beau visage.

— Ne mens pas. Tu ne les aimes pas, n’est-ce pas ?

— Non, non, protesta-t-il, sentant l’orage monter. Elles sont vraiment jolies.

— Jason, dis-moi la vérité.

— Ecoute, en fait, je suis venu dans ce chalet pour me retrouver seul et, surtout, pour échapper aux festivités de fin d’année, avoua-t-il sans ambages.

La jeune femme resta immobile et muette, puis se dirigeant vers le sofa, elle ramassa un grand sac en papier dans lequel elle commença à rassembler bougies, boules et guirlandes.

— Zoe, arrête ! parvint à dire Jason dans un soupir.

Elle se tourna vers lui. Son visage était dépourvu de maquillage, ce qui lui donnait un air d’une incroyable jeunesse. Jason en éprouva presque un élan de tendresse.

— Je te présente mes excuses, déclara-t-elle enfin. Je n’aurais pas dû faire irruption ici et t’imposer toute cette mise en scène sans t’avoir consulté auparavant.

Elle reprit son rangement.

— Zoe, s’il te plaît ! Laisse tout ça !

Ne sachant plus que faire pour la convaincre, Jason chercha une diversion. C’est alors que son regard tomba sur l’ordinateur portable de la jeune femme et le carnet à dessins, ouvert juste à côté. Ce dernier présentait l’ébauche de ce que Jason devinait comme étant le futur complexe Weller. Du moins s’agissait-il vraisemblablement du tribunal et de la bibliothèque.

Incapable de résister à la curiosité, Jason pressa une touche du clavier de l’ordinateur dont l’écran se ralluma instantanément. Il vit apparaître la modélisation parfaite en 3D de ce que la jeune femme avait dessiné. Les lignes étaient épurées, à la fois élégantes et puissantes, modernes et classiques.

Pas de doute, Zoe Anders avait un talent fou.

— J’ai un peu travaillé hier soir, expliqua-t-elle d’un ton las, elle qui d’ordinaire aurait bondi pour rabattre l’écran de l’ordinateur et lui arracher le carnet des mains. Je ne parvenais pas à m’endormir. J’ai réussi sans problème les ébauches. Et pour être tout à fait honnête, je coince sur le reste.

Médusé, Jason partit chercher son ordinateur où se trouvait sa propre vision du projet. Pour sa part, il avait ce fameux reste, et ce qu’il s’évertuait à conceptualiser depuis deux semaines, c’était justement la bibliothèque et le tribunal.

Ebahie, Zoe contempla les deux écrans placés côte à côte ; elle avait du mal à en croire ses yeux.

— Tu as vu ? chuchota-t-elle.

— Oui. C’est sidérant, non ? En fait, nous avons chacun de notre côté créé la partie du complexe sur laquelle l’autre bute. Et nos travaux respectifs se complètent à merveille. Incroyable ! Imagine ce qu’il adviendrait si nous unissions nos forces au lieu de nous battre l’un contre l’autre, conclut-il, songeant en son for intérieur qu’une collaboration lui permettrait d’avoir une chance de décrocher la promotion tant convoitée.

Zoe le fixa sans rien dire. A priori, l’idée ne semblait pas la tenter plus que la première fois qu’il l’avait suggérée.

Eh bien tant pis ! Puisqu’elle refusait son offre, il poursuivrait seul. Après tout, il n’avait jamais eu besoin de personne pour atteindre ses objectifs.

En revanche, il commençait à se demander lequel des deux avait le plus besoin de ce poste d’architecte en chef.

— Je paierais cher pour avoir ma dose de caféine, lança-t-il, désireux de détendre l’atmosphère.

— J’ai justement dans mes bagages du café moulu que je comptais offrir à ma mère. Compte tenu des circonstances, je suis sûre qu’elle me pardonnera d’avoir pioché dans le paquet. Tu veux que je nous prépare un café ?

— Oh oui, s’il te plaît !

Zoe disparut dans la cuisine. Cinq minutes plus tard, une merveilleuse odeur s’en échappait.

Jason en profita pour se détendre, en s’asseyant dans le sofa.

Unir leurs forces…

Après tout, son idée n’avait rien de saugrenu. Zoe et lui étaient en réalité très complémentaires. Ils en avaient eu la preuve en comparant leurs travaux respectifs.

Et n’en avaient-ils pas également eu la confirmation la veille au soir lorsqu’ils avaient fait l’amour ?

Sans doute, mais c’était une chose que de s’entendre sexuellement, et une tout autre que de travailler ensemble.

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