Un Noël plein de surprises

Jill Shalvis · Chapitre 4 sur 13

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Un Noël plein de surprises

Chapitre 4

4.

 

Tandis qu’elle l’aidait à s’extirper de la baignoire, Jason prit soudain conscience de ces instants précieux. Le souvenir des mains de Zoe sur sa peau nue et humide resterait à jamais gravé dans sa mémoire, tout comme son commentaire sur la taille du gant de toilette d’ailleurs…

A peine était-il parvenu à poser les deux pieds sur le carrelage glacial et à se redresser, que la jeune femme lui lança un drap de bain et quitta la pièce sans demander son reste.

Jason hésitait à tenter le moindre mouvement, mais l’eau chaude et le massage avaient considérablement atténué la contracture musculaire. Ceignant la serviette autour de sa taille, il se résolut à suivre Zoe, semant des gouttelettes dans son sillage. Il la vit traverser la pièce principale d’un pas décidé et s’engouffrer dans la cuisine, où elle se mit à fureter partout.

— Mais que fais-tu donc ?

Elle lui fit face, les traits crispés par la contrariété.

— Dis-moi où tu l’as cachée !

— Mais de quoi veux-tu donc parler ?

— De ma clé USB, bien évidemment, rétorqua-t-elle, exaspérée. Si tu me la rends immédiatement, je m’en vais et je te promets d’oublier toute cette histoire.

Jason prit un instant pour l’observer.

Elle n’avait manifestement pas pris le temps de se changer avant de partir du bureau, et portait un tailleur qui lui donnait l’allure d’une businesswoman. Zoe ne choisissait pas ses tenues au hasard ; celles-ci avaient principalement deux missions : d’une part, lui donner l’image d’une femme forte et jouissant d’autorité, d’autre part, servir d’uniforme afin de soustraire ses attraits féminins au regard de ses confrères.

Mais c’était peine perdue ! Ces derniers ne se privaient pas de détailler sa silhouette dès qu’elle avait le dos tourné. Comment auraient-ils pu s’en empêcher, d’ailleurs ?

Zoe Anders était grande, et pourvue de courbes voluptueuses, dont la sensualité naturelle ne pouvait qu’éveiller le fantasme chez tout homme digne de ce nom. Il suffisait qu’elle ôte la veste de son ensemble pour que ses collègues masculins se mettent à lorgner de son côté.

Pour autant, plus que son corps de déesse, c’était son regard qui émouvait le plus Jason ; un regard vif, intelligent, qui lui donnait l’impression de le transpercer chaque fois qu’il se posait sur lui. Un regard vert d’eau qui lui donnait envie de s’y noyer.

Toutefois, à cet instant même, il semblait plutôt refléter des pulsions meurtrières.

Contre toute attente, Jason se sentit pris d’un fou rire qu’il réussit à maîtriser et à transformer en un sourire.

Mais la jeune femme ne répondit pas à sa proposition muette d’enterrer la hache de guerre. La lampe de la cuisine jetait des éclats cuivrés dans sa chevelure flamboyante retenue à l’aide d’une barrette discrète. Quelques mèches rebelles s’en échappaient pourtant, encadrant un visage aux traits d’une régularité parfaite.

Plongé dans la contemplation de ce tableau ravissant, Jason en oubliait presque la contracture qui lui nouait les épaules et le cou. Il pencha la tête de côté. La douleur fulgurante qui lui vrilla la nuque lui arracha un gémissement.

— Ah non, tu ne m’auras pas comme ça ! s’exclama Zoe. Ne t’imagine pas une seule seconde que je vais avoir pitié de toi et tout te pardonner uniquement parce que tu souffres. Ne compte pas là-dessus, ajouta-t-elle en se dirigeant vers la porte d’entrée.

— Que fais-tu ? Tu t’en vas ?

— Cela ne sert à rien que je m’attarde plus longtemps. Tu n’as manifestement pas l’intention d’avouer la vérité et il me reste encore deux heures de route pour aller retrouver ma famille à Quincy.

Jason soupira. Il lui faudrait certainement plus de deux heures pour gagner Quincy et le trajet serait des plus fatigants. La seule route pour y parvenir traversait la montagne, et elle était étroite et sinueuse. Il ne s’agissait pas précisément d’une promenade de santé, surtout en pleine nuit et avec les conditions météorologiques qui s’annonçaient.

« Tant pis, ce n’est pas ton problème », songea Jason, qui la suivit néanmoins jusqu’à la porte, rechignant à la laisser partir.

— Et si jamais mon cou se coince de nouveau ? Tu imagines ? Je risque de me noyer dans la baignoire.

— Le cas échéant, veille s’il te plaît à me restituer ma clé USB dans ton testament, répliqua-t-elle vivement.

Comme elle s’apprêtait à tourner le bouton de la poignée, Jason sentit une poussée d’adrénaline le parcourir.

Non ! Il ne fallait pas qu’elle parte ! Il devait à tout prix l’amener à changer d’avis. Et tant pis s’il commettait, ce faisant, une erreur monumentale !

Il n’avait plus qu’à tenter le seul moyen susceptible de retenir toute son attention : la provocation ! Il l’avait déjà expérimenté à maintes reprises et savait que cela pouvait fonctionner.

— Tu sais ce que je pense, lança-t-il, alors qu’elle lui tournait le dos. Je pense qu’au fond, tu n’y crois pas vraiment à cette histoire de vol. En fait, je me demande même si tu n’as pas inventé ce prétexte pour venir me voir.

Furieuse, Zoe se retourna d’un bloc. Ses yeux lançaient des éclairs.

— Crois-moi, j’en ai vu beaucoup plus de toi que je ne l’aurais voulu !

— Eh bien, considère cela comme un bonus.

— Ecoute, tu me fais perdre un temps précieux que je pourrais consacrer à ma famille, répliqua-t-elle, désarçonnée par l’apparente décontraction de Jason.

— Tu as trois sœurs et aucun frère, si je ne m’abuse, dit ce dernier qui avait surpris des bribes de conversation entre Zoe et son assistante. Cela fait une sacrée concentration d’œstrogènes !

— Oui, admit la jeune femme avec un semblant de sourire aux lèvres. A tel point que mon père préfère fendre les bûches à la main avec sa bonne vieille hache plutôt que d’utiliser la machine flambant neuve qu’il vient d’acheter ; cela le retient dix fois plus longtemps à l’extérieur de la maison. Il n’a pas à supporter toutes nos conversations, ainsi.

— Alors dans ce cas, tu devrais me remercier de « te faire perdre du temps » plutôt que de m’en blâmer.

La jeune femme lui jeta un regard noir avant de se tourner de nouveau vers la porte.

— Attends ! lança Jason, mû par une sorte de sentiment d’urgence.

Il s’approcha à pas lents, prenant soin de ne pas réveiller sa douleur par des mouvements trop brusques. Il obligea Zoe à lui faire face.

Celle-ci l’examina furtivement. Son regard balaya son torse, puis se posa sur la serviette avant de se détourner rapidement. Jason y surprit une lueur qu’il interpréta comme un regret.

Cette réaction involontaire provoqua en lui un regain d’énergie. D’un coup, il oublia la tension qui lui paralysait la moitié des épaules… et le fait qu’il se trouvait à demi nu, avec, en tout et pour tout, un mince tissu en éponge pour sauvegarder sa dignité.

— Pourquoi ne pas travailler ensemble sur le projet Weller ? suggéra-t-il. En unissant nos forces…

Il s’interrompit. Manifestement intriguée, Zoe semblait ne prêter aucune attention à ses propos, s’intéressant à quelque chose qui se passait derrière lui.

— Qu’y a-t-il ?

— Rien. C’est juste qu’il n’y a aucune décoration de Noël ici, se contenta-t-elle d’expliquer.

— Normal, puisqu’il s’agit d’un chalet de location.

— D’accord, mais tu vas tout de même y passer les fêtes de Noël, et seul de surcroît.

— Et alors ? Je ne vois pas ce qui t’étonne.

— L’absence totale de décorations, répéta-t-elle sans plus de précision.

Se retournant lentement, Jason s’avança vers le bar qui séparait la cuisine de la salle de séjour. Il était plus que temps de boire un verre. N’importe quoi, pourvu que le breuvage soit assez corsé pour lui permettre d’oublier le ridicule de la situation.

N’était-il pas en train de supplier sa concurrente la plus farouche de collaborer à un projet ? Une telle initiative risquait de lui coûter la promotion qu’il briguait depuis si longtemps. Et tout cela, pourquoi ? Parce qu’il avait un faible pour cette jeune femme et qu’il voulait par tous les moyens l’empêcher de partir !

Sa serviette eut soudain l’idée saugrenue de lui glisser des hanches. Désireux de sauver le peu de dignité qu’il lui restait, il fit un geste brusque pour la rattraper, ce qui déclencha une douleur aiguë à la base du cou. Serrant les dents, il parvint à se servir une bonne dose de scotch.

— Je doute que ce soit le bon remède, déclara Zoe qui, à en juger au son de sa voix, avait dû s’éloigner de la porte d’entrée et se rapprocher de lui.

— Je sais mais je souffre trop, grommela Jason sans se retourner.

Il réussit à incliner légèrement la tête en arrière et à lever le bras suffisamment pour avaler l’alcool d’un trait, avant de s’en verser une seconde rasade, aussi généreuse que la précédente.

— Tout hôte bien élevé, me semble-t-il, est censé offrir un verre à son invitée avant de se servir, reprit Zoe avec un air taquin.

— Primo, tu conduis. Secundo, je ne t’ai pas conviée à venir. Tu as déboulé ici de ton propre chef, telle une furie, pour m’accuser injustement et me surprendre dans mon intimité. Alors de deux choses l’une : soit nous collaborons sur le projet Weller et je t’autorise à rester, soit tu pars. C’est à toi de choisir.

Zoe demeura silencieuse un long moment, le fixant avec une telle intensité qu’il pouvait presque sentir son regard dans son dos.

Jason soupira.

Comment l’en blâmer ? Après tout, sa proposition était non seulement irréfléchie, mais stupide. Et, au vu de son mutisme, la jeune femme devait d’ailleurs partager cette analyse.

Oh ! et puis tant pis ! Après tout, elle pouvait bien s’en aller ; il s’en moquait. Il n’avait besoin que de vêtements secs, de sommeil et de nourriture.

Il reposa le verre vide sur le bar et, la laissant méditer, se dirigea à pas lents vers la chambre où il avait déposé son sac de voyage à son arrivée. D’une main, il retenait la serviette ; de l’autre, il se massait le cou afin d’atténuer la douleur qui le taraudait de nouveau.

Une fois dans le couloir, il hésita entre se plonger de nouveau dans un bain chaud ou s’allonger sur le lit et espérer se sentir mieux le lendemain matin au réveil… à condition bien sûr qu’il réussisse à dormir.

Il opta finalement pour la deuxième solution. Avec des mouvements précautionneux, il s’étendit sur le ventre, la tête calée dans un oreiller et tournée du côté qui le faisait le moins souffrir. Il avait froid, mais se glisser sous les couvertures supposait de bouger, et donc de risquer d’accentuer la douleur.

* * *

Collaborer ! Quelle drôle d’idée ! Avait-il donc perdu l’esprit ?

Zoe l’observa tandis qu’il quittait la pièce. Il bluffait peut-être sur le plan professionnel avec cette idée ridicule d’association, mais il ne mentait pas sur son état de santé. Il avait vraiment l’air de souffrir le martyre.

Impossible de partir sans s’être assurée qu’il pouvait s’en sortir seul, et tenter une énième fois de récupérer la précieuse clé USB… et profiter de la dernière occasion qui lui serait offerte d’admirer ce corps d’athlète.

La salle de bains était éclairée, mais vide. Zoe, dans un élan de spontanéité, se pencha pour ramasser les vêtements humides, éparpillés sur le sol et les étendre sur le dossier de l’unique chaise disponible. Avec un froid pareil, ils ne risquaient pas de sécher, mais cela éviterait au moins à Jason de trébucher au cas où il déciderait de reprendre un bain.

La jeune femme s’aventura jusqu’à la chambre plongée dans la pénombre. Seul un rai de lumière provenant de la salle de bains voisine permettait de distinguer la forme étendue sur le lit.

Une carrure puissante, un dos musclé… La serviette avait glissé, révélant la démarcation entre la peau habituellement bronzée l’été et celle que la pudeur empêchait d’exposer au soleil.

Mis à part son sale caractère, cet homme avait décidément tout pour plaire, songea-t-elle.

Dans le silence qui régnait sur la pièce, Zoe pouvait entendre le martèlement de son cœur dans sa poitrine… et le gargouillement d’un estomac qui n’était pas le sien.

— Jason ?

— Ecoute, achève-moi immédiatement ou bien va-t’en, grommela-t-il.

Son estomac se manifesta de nouveau, et ce bruit provoqua chez Zoe une réaction qu’elle jugea ridicule : une bouffée de tendresse.

— Tu as faim ?

Pour toute réponse, il émit un soupir de lassitude.

La jeune femme se décida à pénétrer à l’intérieur de la chambre et à s’approcher du lit. Avec des gestes précautionneux, elle s’efforça de libérer la couverture sur laquelle il s’était allongé. Peine perdue ! Jason était bien trop lourd. Elle ne réussit qu’à lui effleurer le dos, et le contact de sa peau glacée lui confirma ce qu’elle savait déjà. La jeune femme fit une seconde tentative, tout aussi infructueuse, qui eut pour seul effet de dénouer la serviette.

— Tu n’en as pas assez de voir mon postérieur, grogna Jason, sans bouger d’un pouce.

— Je m’en passerais volontiers, crois-moi.

C’est alors qu’elle remarqua une couverture supplémentaire, sagement pliée sur une chaise, dans un coin. S’en saisissant, elle l’étendit sur lui.

— Voilà. Ça va mieux maintenant ?

— Nettement. Je te remercie.

— As-tu un antalgique ou un anti-inflammatoire quelque part pour soulager la douleur ?

— C’est inutile.

— Jason.

— Non, je n’en ai pas, mais de toute façon cela ne servirait pas à grand-chose.

Agacée, Zoe se dirigea vers la porte et lui jeta un dernier regard avant de quitter la pièce.

— Tu vas mieux, tu es sûr ? insista-t-elle, se faisant l’effet d’une mère poule.

— Oui, ne t’inquiète pas pour moi. Tu peux y aller.

Zoe n’en revenait pas. Ne pas s’inquiéter ? Il en avait de bonnes, alors qu’il était cloué au lit, l’estomac vide, dans ce chalet glacial où il s’apprêtait à passer Noël, seul !

Pour autant, elle s’étonnait de la sollicitude qu’elle lui témoignait. Après tout, ce type lui avait volé sa clé USB et ne comptait manifestement pas la lui restituer. Alors pourquoi vouloir lui porter secours ?

« Noël » fut la seule explication qui lui vint à l’esprit.

Elle se rendit dans la cuisine. Jason mourait de faim et se trouvait dans l’incapacité de se lever. Elle allait lui préparer de quoi calmer sa fringale, puis elle partirait.

Le réfrigérateur était vide, le placard aussi. Alors seulement, elle se souvint de la visite de miss Barbie et se mit en quête des provisions que la belle blonde avait livrées. Elle découvrit deux sacs posés par terre, dans un recoin de l’entrée.

Des paquets de chips, du fromage, des crackers, des tranches de jambon sous cellophane, de la salade de pommes de terre en barquette, des ailes de poulet, des pommes, un pain, des cannettes de bière, une collection de barres chocolatées et le journal local : en bref, les courses d’un célibataire.

Après avoir rangé le poulet et la salade dans le réfrigérateur, la jeune femme entreprit de confectionner un sandwich au jambon et au fromage. Elle éplucha une pomme qu’elle coupa en quartiers, et compléta le menu avec une généreuse poignée de chips. Enfin, elle fouilla son sac à main à la recherche d’aspirine, mais n’y découvrit qu’une plaquette de Midol.

Tant pis, cela ferait l’affaire. Après tout, ce médicament, bien que réservé au traitement de problèmes typiquement féminins, contenait de l’ibuprofène, un anti-inflammatoire efficace.

Zoe apporta l’assiette à Jason, qui n’avait toujours pas bougé. Elle la déposa sur la table de nuit.

— Je t’ai préparé un encas, annonça-t-elle.

Etonné par ce geste, Jason marqua un silence, puis il étendit le bras vers la lampe de chevet, ce qui lui arracha un grognement de douleur.

Se penchant au-dessus de lui, Zoe actionna l’interrupteur, tandis qu’avec mille précautions, Jason se retournait sur le dos.

Ses cheveux, encore humides et en désordre, lui retombaient sur le front. Ainsi décoiffé, il avait l’air encore plus sexy.

Elle chassa cette pensée tout à fait incongrue compte tenu des circonstances, et l’aida à se redresser pour s’adosser contre les oreillers.

Une fois installé confortablement, il poussa un long soupir que Zoe interpréta comme du soulagement.

Elle, en revanche, sentait une sorte de tension l’envahir. Etre ainsi assise sur le bord du lit, à côté de Jason qu’elle savait nu sous une couverture et le mince tissu-éponge de la serviette, avait quelque chose de dérangeant.

Ou plutôt de terriblement excitant, s’avoua-t-elle, dans son for intérieur.

— Tiens, avale ça, dit-elle en lui tendant les deux comprimés.

— C’est quoi ?

— Peut-être des pilules pour voir la vie en rose ? suggéra-t-elle, après un instant d’hésitation.

— Quoi ! Tu as de la Dicodin sur toi !

— Non, rassure-toi. En réalité, il s’agit de Midol.

Jason lui jeta un regard outré et retira aussitôt sa main.

— Hors de question ! Tu ne me feras pas avaler ça !

— Désolée, mais je n’ai rien d’autre à t’offrir. Prends-les, elles soulageront ta douleur.

— Et comment puis-je être sûr que tu n’iras pas ensuite proclamer sur tous les toits, et notamment au bureau, que tu as réussi à m’administrer du Midol ? objecta-t-il, l’air méfiant.

— Tu n’as aucune inquiétude à avoir. Personne n’entendra jamais parler de cette soirée.

— J’espère bien ! Dire que j’en suis réduit à ingurgiter un médicament pour les filles ! gémit-il, avec une grimace comique.

— Ne te fais pas de souci ! Je doute qu’il produise des effets secondaires indésirables sur ta virilité, rétorqua Zoe en souriant. En revanche, l’anti-inflammatoire qu’il contient te soulagera.

Jason s’exécuta, avant de s’intéresser à l’assiette joliment présentée qui l’attendait sur la table de nuit.

— Quelle charmante attention ! Je ne te savais pas si charitable.

— Dans le fond, tu ne connais rien de moi.

— C’est vrai, mais il faut dire que tu ne te livres pas facilement. Comment imaginer que derrière le masque de la parfaite petite architecte se cache une jeune femme sensible et prête à aider son prochain ?

— Nous sommes des concurrents, je te le rappelle.

— Non, des collègues, rectifia Jason. Ce qui, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, constitue une différence majeure.

Avec un sourire charmeur, il lui tendit la moitié du sandwich.

— Non merci. Je l’ai préparé pour toi et, de toute façon, je dois m’en aller. Je te rappelle que je suis attendue.

— Justement ! Tu ne partiras pas le ventre vide. Tu as une longue route devant toi. Tu vas à Quincy ? C’est bien là que se trouve le chalet familial ?

— Tiens, ainsi il t’arrive parfois d’écouter lorsqu’on te parle ? s’étonna Zoe, sarcastique.

— Dans le fond, tu ne connais rien de moi, répliqua-t-il sur le même ton, reprenant les mots de la jeune femme. Mange, c’est un ordre !

Surprise, Zoe se figea. Elle détestait les ordres. Depuis sa plus tendre enfance, elle ne cessait d’en recevoir : de ses parents et de ses trois sœurs, tout d’abord, lesquelles s’arrogeaient encore le droit, à l’occasion, de lui en dicter ; de Stan Steele, ensuite, qui se montrait plus directif avec elle, sans doute parce qu’elle était une femme dans un monde professionnel essentiellement masculin et assez macho.

— S’il te plaît ! ajouta Jason en la voyant se raidir.

Zoe se détendit.

Présenté ainsi, cela ressemblait davantage à une requête qu’à une injonction.

Et elle devait bien se l’avouer, son estomac criait famine.

Aussi obtempéra-t-elle, fermement décidée à ne pas s’attarder davantage, une fois rassasiée.

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