Un Noël plein de surprises
Chapitre 6
6.
Quand elle ouvrit les yeux, Zoe prit conscience qu’elle se trouvait blottie contre Jason, les bras et les jambes enroulés autour de lui, et le visage enfoui dans le creux de son cou.
Mon Dieu ! Qu’avait-elle fait ? Non seulement elle n’avait pas su lui résister, mais elle s’était quasiment jetée sur lui !
Se dégageant de son étreinte, elle se leva.
— Zoe ?
La voix masculine et sensuelle risquant, à elle seule, de la faire fondre de nouveau, la jeune femme ne lui répondit pas. Tournant résolument le dos à son propriétaire, elle ajusta son soutien-gorge, boutonna son chemisier, que ses récents ébats avaient fripé, et s’efforça de lisser sa jupe, tout aussi froissée. Elle se penchait pour ramasser sa veste, abandonnée en tas sur le sol, lorsqu’elle entendit un grognement sourd.
De douleur, manifestement.
Se retournant aussitôt, Zoe constata que Jason, au prix d’un violent effort, comme l’indiquait le masque de souffrance sur son visage, essayait de se redresser. Avec un soupir, elle revint s’asseoir sur le bord du lit.
— Arrête ! Cela ne fera qu’augmenter la douleur, lui intima-t-elle, plaquant la main contre son torse dans l’espoir de se faire obéir.
Ignorant l’injonction, Jason parvint à s’asseoir.
— Jason, s’il te plaît ! Reste au lit, ordonna-t-elle de nouveau.
Avec un juron, il tenta d’attraper la couverture qui se trouvait hors de sa portée, et devint soudain d’une pâleur inquiétante.
Zoe remarqua un plaid qui, dans la bataille, avait glissé à terre.
Voilà qui ferait parfaitement l’affaire.
Elle l’enroula autour des hanches de Jason, avec des gestes précautionneux, effleurant le torse puissant dès qu’elle en avait l’occasion.
— Crois-moi, il suffirait d’un seul mot de ta part pour que j’arrache cette couverture.
— Quoi ? Tu souffres le martyre, et tu ne songes qu’à recommencer ? demanda-t-elle, étonnée.
— Question de testostérone, expliqua-t-il sur le ton de la plaisanterie. Il faut avouer qu’une femme comme toi aurait le pouvoir de ressusciter la libido la plus paresseuse. Et puis, d’après la façon dont tu viens de me caresser, j’ai bien l’impression que cette perspective ne te déplairait pas.
— Question de manque ! lança-t-elle d’une voix moqueuse. Cela fait deux ans que je n’avais pas pratiqué ce genre d’exercice physique.
— Pourquoi avoir attendu si longtemps ? demanda-t-il, avec sérieux cette fois.
Feignant de ne rien avoir entendu, elle partit en quête de ses escarpins, qu’elle découvrit sous le lit. Elle n’avait nulle intention de répondre à cette question. Après avoir enfilé ses chaussures, elle se dirigea vers la porte.
— Nous ne parlerons jamais à personne de ce qui vient de se passer, décréta-t-elle.
Jason, qui lui avait emboîté le pas, ne réagit pas. Elle décida d’interpréter son mutisme comme un assentiment, mais, au lieu de poursuivre son chemin vers la salle de bains pour y récupérer son sac à main avant de partir, elle commit l’erreur monumentale de se retourner.
Avec sa chevelure en désordre et sa barbe naissante dont elle se rappelait la délicieuse brûlure sur sa peau, Jason lui parut plus sexy que jamais. La douleur lui donnait une expression presque vulnérable.
La jeune femme sentit sa résolution vaciller. Elle n’était plus si sûre de vouloir partir et le laisser seul dans cet état.
— Tu es certain que ça va aller ? lui demanda-t-elle, incapable de cacher son inquiétude.
— Si jamais je te réponds par la négative, accepteras-tu de revenir te coucher avec moi dans ce lit ?
Une rougeur intempestive envahit les joues de Zoe.
Ce type ne manquait décidément pas de culot ! Il semblait au bord de l’évanouissement, mais ne s’avouait pas vaincu pour autant. N’abandonnait-il jamais cette attitude de bravade ?
— Rends-moi ma clé USB, rétorqua-t-elle, reprenant à son tour le ton du défi.
Depuis leur première rencontre, exception faite de ce bref armistice, leurs échanges se bornaient à des rapports de force. Et elle n’avait nullement l’intention de modifier la règle du jeu au nom du moment d’intimité qu’ils venaient de partager.
— Combien de fois devrais-je te dire que je ne l’ai pas. La neige a-t-elle commencé à tomber ? demanda-t-il, changeant brusquement de sujet.
Zoe jeta un coup d’œil par la fenêtre. De petits flocons virevoltaient. Rien de grave pour l’instant, mais le bulletin météo ayant annoncé une prochaine tempête, mieux valait ne pas s’attarder.
— A peine. Elle ne tient pas encore. Les routes devraient encore être praticables, si je me dépêche.
Résignée, Zoe se dirigea vers la porte d’entrée. Après tout, tant pis pour la clé USB. Puisqu’il refusait de la lui restituer, elle se débrouillerait sans. Elle n’aurait qu’à envoyer un message à Stan pour le prier de lui adresser le cahier des charges par messagerie électronique. Une initiative certes assez peu professionnelle, mais avait-elle vraiment le choix ? Sans spécifications, impossible de rendre son projet et, donc, d’obtenir la promotion tant espérée. Par chance, elle se souvenait de la plupart des notes et des idées préliminaires qu’elle avait consignées dans un des fichiers se trouvant sur la clé.
— Au fait, je ne plaisantais pas tout à l’heure, ajouta-t-elle d’une voix menaçante. Promets-moi que tout cela restera entre nous.
— De quoi parles-tu ? Du fait que tu as égaré de précieuses informations et que tu m’accuses de te les avoir volées, ou des deux orgasmes que tu viens de vivre ?
— Parce que tu les as comptés ? s’indigna-t-elle.
Pour toute réponse, il lui adressa un sourire charmeur.
Hors de question de se faire prendre à son petit jeu de la séduction ! se dit-elle en son for intérieur.
Et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de remarquer que le plaid qui servait de pagne commençait à glisser…
Jason devait mourir de froid, mais elle ne se laisserait pas attendrir. Non ! Il ne l’aurait pas aussi facilement !
— Ecoute, nous ne sommes plus des adolescents, ni toi ni moi. Assumons ce qui s’est passé et oublions-le une bonne fois pour toutes. Je souhaiterais que nous n’abordions plus jamais le sujet.
— Le sujet ? Mais de quel sujet parles-tu ?
— Ne joue pas les innocents, rétorqua Zoe, agacée par cette mauvaise foi évidente. Tu sais très bien ce que je veux dire.
— Tu me demandes d’oublier le plaisir que nous nous sommes donné l’un à l’autre ?
— Exactement.
— Et la façon dont tu t’es lovée contre moi après l’amour ?
— Oui, cela aussi, répliqua-t-elle le plus calmement possible, se souvenant de la chaleur de son corps sous le sien.
— Je voudrais bien. Mais cela me paraît fort difficile. Je vais devoir faire beaucoup d’efforts !
— Eh bien, moi, je ne vois pas l’intérêt d’en informer la terre entière ! J’espère que tu n’as pas l’intention de te servir de cet épisode malheureux pour exercer une sorte de chantage contre moi.
Zoe le fixa, attendant une réponse qui ne vint pas.
Au lieu de réagir, il s’achemina à pas lents vers la cuisine.
Son manège était clair : il cherchait à gagner du temps.
— Jason ? insista Zoe d’une voix impérieuse.
Toujours pas de réponse.
Furieuse, la jeune femme récupéra son sac à main, et s’apprêtait à partir quand elle entendit le vrombissement d’un téléphone portable annonçant l’arrivée d’un texto, suivi presque aussitôt d’un juron et d’un bruit de verre cassé.
N’écoutant que son bon cœur, elle se précipita dans la cuisine et découvrit Jason, pieds nus, au milieu des éclats de verre qui jonchaient le sol.
— Que se passe-t-il ? Tu t’es coupé ?
— Je ne suis pas stupide à ce point, répliqua-t-il.
Il semblait extrêmement contrarié.
— Ne bouge pas !
— Même si je le voulais, je ne le pourrais pas.
Il se tenait en effet immobile, telle une statue de marbre, les doigts crispés sur son téléphone portable.
S’approchant, Zoe entreprit de ramasser les tessons.
— Que s’est-il produit ? demanda-t-elle sans masquer son inquiétude.
— Rien de grave. J’ai juste reçu un message de Mike et j’ai lâché mon verre, déclara Jason, sans plus d’explications.
Le verre s’était brisé en six ou sept morceaux. Zoe les saisit avec précaution, l’un après l’autre, s’efforçant d’ignorer les mollets musclés de Jason. Elle n’avait jamais trouvé cette partie de l’anatomie masculine très attirante. Pourtant, ceux de cet homme lui paraissaient terriblement sexy.
— Il t’a annoncé une mauvaise nouvelle ?
— On peut dire ça comme ça. En fait, c’est Mike qui a pris ta clé USB. Il t’a envoyée ici uniquement dans le but de jouer les entremetteurs. Il ne voulait pas que je passe Noël seul.
Agenouillée à ses pieds, Zoe se figea, puis renversant la tête en arrière, elle planta un regard dubitatif dans celui, furieux, de Jason.
— Comment ?
— Eh oui, confirma-t-il d’une voix amère. Toujours prêt à rendre service, mon petit frère ! Quel idiot ! Je suis désolé. Quand je pense que tu m’accusais d’avoir volé ces fichiers ! En fait, c’est moi que tu prenais pour un minable.
Se relevant, Zoe secoua la tête, incrédule. Le sang lui martelait les tempes.
— Tu veux dire que ton frère nous a manipulés ?
— J’en ai bien peur.
— Je n’y crois pas ! s’écria-t-elle, les poings crispés. Il a manigancé tout ce petit scénario pour nous inciter à…
— Oui, et il a parfaitement réussi son coup, l’interrompit Jason.
— Je n’y crois pas ! répéta Zoe, la voix tremblant d’une rage à peine contenue.
— Je suis désolé. Je ne peux que te présenter mes excuses, en son nom. Cependant, il faut bien reconnaître que personne ne nous a obligés à…
— Ne dis pas un mot de plus ! s’écria-t-elle, plaquant ses mains sur ses oreilles.
Zoe fulminait. L’humiliation d’avoir foncé tête baissée dans le piège que lui avait tendu ce gamin irresponsable décuplait sa colère.
Mais après tout, ne devait-elle pas ne s’en prendre qu’à elle-même, à son ambition démesurée qui l’avait poussée à se précipiter ici sans réfléchir une seconde aux conséquences potentielles de ses actes ? A présent, une seule chose comptait : récupérer cette clé USB sans laquelle elle perdait toute chance de décrocher la promotion promise par Steele. Pas une minute elle n’avait douté de la culpabilité de Jason, qu’elle considérait comme un rival prêt à n’importe quelle bassesse pour remporter la compétition acharnée qu’ils se livraient depuis qu’elle travaillait chez Steele Architecture and Design.
Zoe sentit la honte l’envahir au souvenir de leurs ébats. Jason ne l’avait pas forcée à le rejoindre au lit. Il n’avait même pas tenté de la séduire, cloué dans la baignoire par ce maudit torticolis. Non, elle se devait de l’admettre : elle s’était bel et bien jetée sur lui, comme une femme sevrée de sexualité depuis deux ans, comme une…
Elle chassa l’image qui lui venait à l’esprit. Inutile de se perdre en lamentations ; il était désormais temps de reprendre la situation en main.
— Nous ne parlerons jamais à quiconque de ce qui s’est passé entre nous, n’est-ce pas ? Jamais. Nous sommes bien d’accord ? J’espère que tu n’as pas répondu à Mike en lui racontant que nous…
— Pour qui me prends-tu ? s’indigna Jason. Primo, cela ne le regarde absolument pas. Secundo, j’aurais plutôt envie de lui flanquer une bonne raclée que de lui livrer des confidences.
— Si tu as besoin d’un coup de main, n’hésite pas ! Tu peux compter sur moi, renchérit Zoe, ce qui fit naître l’ombre d’un sourire sur les lèvres de Jason.
La jeune femme jeta les tessons dans la poubelle et, avisant une balayette et une pelle, elle entreprit de nettoyer le sol afin d’éviter que Jason ne marche, pieds nus, sur un éclat de verre. Tout en se reprochant sa sollicitude, elle ne pouvait s’empêcher de songer que lui aussi avait été victime de ce coup monté et, pour couronner le tout, d’une accusation injuste de sa part.
— J’ai aperçu un conteneur à ordures en arrivant. J’y jetterai le sac avant de partir.
— Attends !
Il se dirigea aussi vite qu’il le put vers la chambre. A son retour, il lui tendit quelque chose. Une clé USB. La sienne !
— Quoi ? Non, Jason, je ne peux pas…
— Je n’y ai pas enregistré le fruit de mes cogitations. Tu y trouveras simplement les spécifications. Cela te permettra au moins d’avancer sur le projet Weller, en attendant que Mike te rende la tienne.
— Et toi ? Comment feras-tu ?
— Je me débrouillerai sans.
La jeune femme fixait la clé, hésitant sur l’attitude à tenir, tiraillée entre des sentiments contradictoires.
Pourquoi Jason se montrait-il soudain si gentil à son égard ? Parce qu’ils avaient vécu ensemble un moment d’intimité d’une rare intensité ? Parce qu’il voulait réparer le préjudice causé par son jeune frère ?
Elle connaissait son ambition, sa soif de réussite. Son talent aussi. Refusait-il tout simplement de gagner par forfait, de se mesurer à une adversaire qui ne disposait pas des mêmes atouts que lui pour remporter la partie ?
Zoe se décida enfin à prendre la clé.
Après tout, la meilleure solution consistait peut-être à travailler ensemble. Ils soumettraient leur projet commun à Steele, et ce dernier choisirait lequel de ses deux poulains méritait le plus la promotion au vu de leurs performances précédentes…
Non, impossible ! Cela ne marcherait jamais.
— Jason, promets-moi d’oublier ce fâcheux épisode sexuel entre nous.
Elle surprit dans son regard une lueur d’émotion qu’elle ne sut interpréter.
— Je te le promets, si ça peut te faire plaisir, finit-il par déclarer à voix basse.
— Parfait. Dans ce cas, il ne me reste plus qu’à partir.
En temps normal, remporter la victoire aussi facilement l’aurait fait jubiler. Alors, pourquoi avait-elle ce pincement au cœur ?
Refusant de trop y réfléchir, elle franchit la porte sans se retourner.
* * *
Après son départ, Jason regagna sa chambre et s’allongea, avec maintes précautions, entre les draps encore chauds de leurs ébats. Il s’efforça de trouver la position qui le ferait le moins souffrir. Le médicament administré par Zoe n’avait que peu atténué la douleur, mais il lui donnait envie de dormir.
Ou peut-être sa fatigue était-elle due au plaisir intense qu’il avait eu avec Zoe ?
Quoi qu’il en soit, il avait les pieds gelés et la nuque toujours aussi raide. Mieux valait essayer de dormir. Après une bonne nuit de sommeil, il y verrait certainement plus clair.
« Promets-moi d’oublier ce fâcheux épisode sexuel entre nous… »
Les dernières paroles de Zoe, avant qu’elle ne tourne les talons, revenaient en boucle dans sa mémoire.
Sa dernière pensée, avant de sombrer dans les bras de Morphée, fut que cette promesse serait difficile à tenir. Comment oublier un tel moment alors qu’il n’avait qu’une seule envie : le vivre de nouveau ?
* * *
Zoe avait parcouru à peine plus d’un kilomètre sur la route étroite et sinueuse qui la conduisait chez ses parents, lorsqu’elle se rendit compte qu’elle partait pour de mauvaises raisons. Elle n’arrêtait pas de songer à la situation.
Mike l’avait manipulée ? La belle affaire ! Il ne s’agissait en réalité que d’une farce infantile, dont Jason, lui aussi, avait été victime.
Victime ? Le mot ne lui semblait pas véritablement approprié. Mike s’était juste contenté de créer l’occasion. La responsabilité de la suite des événements lui incombait entièrement.
C’était elle qui avait pris l’initiative de masser Jason, nu dans son bain. C’était elle encore qui n’avait pu s’empêcher d’aller le border dans sa chambre, tel un bébé. Elle enfin qui l’avait embrassé sous prétexte de tester le goût des chips.
Elle chassa ces pensées d’un revers de main. Tout cela n’avait aucune importance, au fond.
Pourtant, alors qu’une partie d’elle-même regrettait ses actes, une autre s’en félicitait. Car jamais, entre les bras d’aucun homme, elle n’avait connu autant de plaisir.
Absorbée par ses réflexions, les doigts crispés sur le volant, elle négocia difficilement un virage en épingle à cheveux. La voiture dérapa sur une plaque de verglas. La jeune femme réussit à redresser la trajectoire, et jugea plus prudent de ralentir l’allure. Pas le moindre réverbère, pas une maison éclairée et aucun autre véhicule : seuls la neige alentour et le faisceau des phares trouaient l’obscurité. Le 4x4 glissa de nouveau sur le bitume luisant.
Le cœur battant la chamade, Zoe se gara sur le bas-côté de la chaussée. Dame Nature lui adressait une mise en garde dont elle devait tenir compte.
Son téléphone vibra et un message de Cindy, sa sœur aînée, s’afficha à l’écran.
Routes complètement verglacées. Si tu es encore à S.F., restes-y jusqu’à demain matin.
Durant un bon moment, Zoe demeura immobile, le regard perdu dans le vide.
A bien y réfléchir, elle n’avait guère que deux options.
Première option : elle pouvait poursuivre sa route pour rejoindre, à quelques kilomètres de là, une petite ville minière qui, elle le savait, possédait plusieurs auberges mais où, à cette période de l’année et à cette heure, elle n’était pas sûre de trouver une chambre disponible. C’est ce que lui dictait la raison.
Deuxième option : elle rebroussait chemin et retournait à Tahoe où un homme terriblement sexy l’attendait, nu dans un lit. C’est ce que lui soufflaient ses sens…
Zoe n’hésita pas longtemps. Elle fit demi-tour et reprit la direction du chalet. Avec une impression de déjà-vu, elle frappa à la porte et n’obtint aucune réponse.
Comme la première fois, elle s’introduisit à l’intérieur, où régnait toujours une température glaciale et, à pas de loup, s’aventura jusqu’à la chambre où elle découvrit Jason profondément endormi, enfoui sous la couverture, la tête bien calée contre les oreillers.
Elle n’eut pas le cœur de le réveiller et, la décence lui interdisant de se glisser entre les draps à côté de lui, elle sortit de la pièce sur la pointe des pieds et alla chercher le sac de voyage qu’elle avait laissé dans sa voiture.
Lorsqu’elle ouvrit le coffre, la jeune femme trouva les ornements de Noël qu’elle avait promis à sa mère d’apporter. Ils n’allaient guère avoir d’utilité dans sa voiture. Or le chalet manquait cruellement d’âme en cette veille de fête.
Puisque les circonstances et la météo l’empêchaient de rejoindre les siens à temps pour participer à la séance traditionnelle de décoration de la résidence familiale, autant utiliser ces boules et ces santons afin d’égayer un peu cet endroit triste, froid et impersonnel.
Zoe entreprit d’allumer un feu dans la cheminée. Au bout de plusieurs tentatives, et d’une bonne vingtaine d’allumettes, elle parvint enfin à ses fins, et ressentit une bouffée de fierté à la vue des flammes qui crépitaient et commençaient à diffuser un peu de chaleur dans la pièce. Dehors, la neige s’était mise à tomber de plus belle, et un épais manteau blanc recouvrait désormais le paysage.
Elle avait pris la bonne décision ; elle en avait la conviction.
La jeune femme jeta un regard en direction de la chambre. Jason semblait toujours profondément endormi. Alors, pourquoi éprouvait-elle cette curieuse sensation de malaise ?
Sans doute parce qu’elle avait l’impression d’agir comme une voleuse…
Ce qui était à la fois follement excitant, et terriblement embarrassant.
Si elle avait réussi à rallier Quincy, elle se trouverait maintenant en famille, à se chamailler avec ses sœurs qui lui rappelleraient, à leur manière, que quoi qu’elle fasse, elle demeurait la petite dernière, celle qui devait encore faire ses preuves pour arriver à se hisser au niveau de ses aînées.
Elle envoya un message à ses parents afin d’expliquer la situation et de les rassurer sur son sort. Finalement, la perspective de passer cette veille de fête en tête à tête avec elle-même ne lui déplaisait pas tant que cela.
La jeune femme disposa plusieurs petites bougies blanches sur le bar et le rebord des fenêtres. Elle remarqua dans un coin un pothos en pot, plante d’intérieur au feuillage généreux et réclamant très peu d’entretien, qu’elle décida de reconvertir en sapin de Noël. Elle accrocha au feuillage luxuriant quelques boules rouges et or, ainsi que des guirlandes de couleurs identiques.
Une ou deux branches de houx sur le manteau de la cheminée, et le tour était joué : la pièce avait enfin un aspect chaleureux, voire festif.
Zoe contempla son œuvre avec satisfaction. Seule une pensée insidieuse venait jouer les trublions dans le plaisir du moment.
La jeune femme avait beau essayer de se convaincre qu’elle agissait ainsi pour occuper une soirée solitaire, au fond d’elle-même, elle savait qu’elle se mentait.
En réalité, tout ce décorum n’était destiné qu’à une seule personne : Jason.
Rêveuse, elle se remémora les instants magiques passés entre ses bras, le plaisir qu’il lui avait donné, l’expression de son visage quand il avait pris le sien et crié son nom…
« Tu es ridicule, ma pauvre fille ! s’admonesta-t-elle. Tu te comportes comme une midinette tout émoustillée par son premier baiser ! »
Furieuse contre elle-même, elle sortit son ordinateur portable de sa housse, y connecta la clé USB prêtée par Jason et lança son programme de CAO.
Et pour la première fois depuis deux semaines, son esprit parvint rapidement à se concentrer sur le sujet.
Sans doute parce que l’autre option, qui consistait à rejoindre Jason dans la chambre, se révélait bien plus intimidante que la perspective de ne pas rendre le projet Weller en temps et en heure.
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