À nos mensonges (Les Quatre t. 1) (French Edition)
Chapitre 29
VINGT-NEUF
J e composai le numéro de Caiden et tombai directement sur la messagerie vocale. Ensuite, j’essayai celui de Cassius, puis de Weston, puis de
Zayde, mais je tombai irrémédiablement sur la messagerie vocale.
— Arf ! criai-je en proie à la frustration avec les larmes aux yeux.
Que devais-je faire ? La nausée prenait possession de mon estomac… et si je n’arrivais pas à lui expliquer les choses ? Et si Caiden ne me croyait pas ? Je ne pouvais même pas le voir en personne pour lui dire ce qui s’était passé.
Si seulement j’avais mentionné ce qui s’était passé à la bibliothèque.
Je rédigeai un texto sur mon téléphone, lui envoyai et espérai que tout se passerait bien.
Moi : Il faut qu’on parle. IL NE S’EST RIEN PASSÉ. Écoute ta boîte vocale. Appelle-moi dès que tu as ce message, S’IL TE PLAÎT.
Puis je l’appelai et lui laissai un message.
— Cade, c’est moi. Enfin, je pense que tu le sais déjà. Cette vidéo est trompeuse.
Ma voix se brisa et je me raclai la gorge en essayant de ne pas pleurer.
— James m’a coincée dans la bibliothèque, et il avait un œil au beurre noir. Ce que tu as vu dans la vidéo, c’est moi qui m’inquiète et qui essaie de le réconforter, et ensuite…
J’étouffai un sanglot.
— … et ensuite, il a essayé de m’embrasser et je me suis figée. Dès que j’ai réalisé ce qui se passait, je lui ai écrasé le pied aussi fort que je le pouvais pour le faire arrêter. Cade, tu dois me croire… Je ne ferais jamais… Je ne veux que toi.
Alors que je pleurais, je raccrochai le téléphone puis enfouis mon visage dans mes bras en m’appuyant sur le bureau.
Kinslee me trouva dans la même position quand elle rentra. Après m’avoir vue comme ça, elle me traîna dans le salon où nous nous installâmes confortablement sur le canapé avec un chocolat chaud, et je lui racontai toute l’histoire.
— Je n’arrive pas à croire qu’il ait pu faire ça ! Pourquoi voudrait-il te faire ça ? Je sais que Caiden et lui se détestent, mais pourquoi t’entraîner là-dedans ?
— Je ne peux pas répondre à cette question, soupirai-je. Je sais que leurs pères conservent une sorte de rivalité familiale, mais je n’ai aucune idée des détails. Et pourquoi Joseph était-il avec lui ?
J’avais fini par comprendre, sans avoir à chercher trop loin, que Joseph nous avait filmés.
— Hmm, lança Kinslee en pinçant les lèvres en réfléchissant tout en fronçant les sourcils. Je sais qu’ils sont cousins. Donc ça doit avoir un rapport avec ça.
— Cousins ? Je n’en avais aucune idée.
Elle se pencha vers moi et me fit un câlin réconfortant.
— Écoute. Je suis sûre que Caiden entendra raison, une fois que tu l’auras vu et que tu auras pu lui expliquer les choses.
— Je l’espère.
Je lui rendis son étreinte puis m’affalai sur le canapé.
— En fait, je suis aussi sacrément énervée pour être honnête. Cade aurait dû me donner une chance de m’expliquer. Je pensais qu’il avait commencé à me faire confiance. Et pourtant, il a cédé aux conclusions hâtives.
— C’est vrai.
Nous restâmes en silence.
— Comment tu lui as écrasé le pied ? demanda Kinslee soudainement.
— Aussi fort que j’ai pu.
— J’espère que tu lui as cassé un os.
Nous nous regardâmes en souriant.
— Quelle violence, Kins.
Elle haussa les épaules.
— Que puis-je dire sinon ?
— J’adore ça.
Caiden
Cass se gara à l’arrière du club sur le parking privé, et nous nous rassemblâmes à côté de la voiture.
— Aller on peut le faire. Tous les téléphones éteints, sinon ils seront confisqués. Baissez la tête, gardez un œil sur mon père.
Tout le monde acquiesça puis nous nous tapâmes les poings et nous nous dirigeâmes vers l’entrée. Mon téléphone sonna dans ma poche.
— Merde, j’ai oublié d’éteindre mon téléphone.
Je le sortis et vis que j’avais reçu un message d’un numéro inconnu. Putain de spam. J’appuyai dessus, prêt à le supprimer, mais je m’arrêtai en lisant le message en question.
Inconnu : J’ai pensé que tu voudrais voir ce que Winter faisait plus tôt.
C’était quoi ce bordel ?
Une vidéo apparut sous le message, et j’appuyai sur Play.
Je vis rouge.
Dans un brouillard de colère, je lui envoyai une succession de messages et lui transférai la vidéo.
Putain !
C’était la raison pour laquelle je ne voulais pas m’attacher à quelqu’un. Winter venait de prouver qu’elle n’était pas digne de confiance. J’aurais dû me douter qu’elle était comme sa mère. Comment avais-je pu être si aveugle ?
Elle pouvait bien aller se faire voir, je n’avais besoin de personne. Je faisais partie des Quatre.
— Cade ? Tu viens ?
West m’appela depuis la porte du club, et je réalisai que je m’étais arrêté dans la rue pendant qu’ils marchaient tous devant.
— Oui, j’arrive.
J’appuyai sur le bouton « Off » de mon téléphone et le mis dans ma poche, puis entrai à l’intérieur pour rejoindre les autres, la mâchoire serrée et une douleur dans la poitrine.
Inspirant et expirant par le nez, je restai immobile pendant que le type de la sécurité me fouillait. Je ressentais le besoin urgent de frapper dans quelque chose, à tel point que j’enfonçai mes ongles dans mes paumes pour m’empêcher de le faire. Nous entrâmes dans une grande pièce faiblement éclairée dont les murs étaient recouverts de lambris, mais je n’arrivais pas à me concentrer sur ce qui m’entourait et encore moins sur la tâche à accomplir.
Pourquoi ? Pourquoi était-elle retournée dans les bras de Granville ?
— Mon pote, lança Zayde en saisissant mon bras. On en a pour un instant.
Il marmonna ces derniers mots aux autres garçons et me poussa dans un coin de la pièce à l’écart.
— C’est quoi le problème au juste ? siffla-t-il, une fois seuls.
— Rien.
Je restai debout, les bras croisés, le regardant dans le vide.
— Cade.
— Winter, quelle salope, crachai-je. Un connard m’a envoyé une vidéo d’elle faisant du charme à Granville. Aujourd’hui même. Je savais que je ne pouvais pas lui faire confiance. Elle est juste aussi mauvaise que cette…
— Attends une minute, m’interrompit Zayde en levant sa main vers mon visage pour me faire taire. Calme-toi, d’accord ? Ne dis rien que tu pourrais regretter. Qui a envoyé la vidéo, et comment sais-tu qu’elle date bien d’aujourd’hui ?
— Je ne sais pas qui l’a envoyée. Ça vient d’un numéro inconnu. Elle est datée d’aujourd’hui.
— Montre-moi la vidéo quand on sortira d’ici, mais ne tire pas de conclusions hâtives, mon pote. Elle est vraiment à fond sur toi, putain, on se demande bien pourquoi.
Il me fit un petit sourire en coin puis secoua la tête.
— Rappelle-toi pourquoi on est là. Concentre-toi sur ce qu’on a à faire. On peut régler cette merde plus tard.
Je le regardai en silence.
Il me lança un regard dur, celui que Winter avait appelé son regard de tueur en série. Non. Oublie-la.
— D’accord. Bien. Allons-y, dis-je en passant devant lui et retournant vers Cass et West.
— Prêts ?
Cass me tendit un verre de whisky.
C’était l’heure du spectacle.
Je laissai mon masque s’incruster sur mon visage et fis abstraction de tout. J’avais besoin d’être dépourvu d’émotion, anesthésié, concentré sur l’obtention d’autant d’informations que possible. Je scrutai la pièce du regard en prenant tout en compte. C’était un véritable club de vieux garçons où tout se réglait avec des tapes dans le dos et des postures d’autosatisfaction. Un groupe d’hommes se tenait à notre gauche et lorgnait une serveuse en jupe moulante qui se penchait sur une table pour prendre une commande de boissons. À notre droite, une partie de poker se jouait avec les jetons empilés au centre de la table. Un bar en acajou poli longeait un des murs avec des tabourets hauts en velours rouge. La fumée des cigares emplissait l’air, et un faible bourdonnement de conversations et de verres s’entrechoquant se faisait constamment entendre.
Deux lourdes portes en bois étaient visibles dans la salle, l’une menait aux toilettes alors que l’issue de l’autre restait inconnue.
— Séparons-nous et allons voir derrière les deux portes ? suggéra Cass à voix basse.
Il n’y avait aucun signe de mon père ni d’aucun de nos pères d’ailleurs, alors je hochai la tête.
— Cade avec moi, Z, tu vas avec West.
Il se dirigea vers la porte dont l’issue était inconnue, et je le suivis, laissant Zayde et Weston s’occuper de l’autre. Nous nous retrouvâmes dans un long couloir avec plusieurs portes donnant sur celui-ci, dont la plupart étaient ouvertes. Au bout du couloir, juste en face de nous, il y avait une porte fermée devant laquelle se trouvait un agent de sécurité bien bâti habillé en noir, les bras croisés, et une expression hostile sur le visage.
— C’est notre veine si Arlo est passé par là, marmonna Cass en faisant discrètement un signe de tête au gars.
— On va d’abord essayer les autres portes.
La première pièce dans laquelle nous entrâmes avait également les murs recouverts de lambris et de moquette, et était plongée dans une lumière tamisée grâce à des appliques au mur. Au centre se trouvait une énorme table avec des lignes de coke disposées sur la surface brillante et une pile de petits sacs transparents au centre. Un homme chauve en costume était penché sur la table et un agent de sécurité se tenait contre le mur tandis que son regard expert scrutait la pièce sans rien manquer.
— Puis-je vous servir quelque chose, messieurs ?
Une femme portant la robe la plus courte, la plus serrée et la plus moulante que j’aie jamais vue en dehors d’un club de strip-tease s’approcha de moi en posant sa main sur mon bras et me faisant des clins d’œil.
— Nous avons tout ici, dit-elle en indiquant la table. … ou si vous cherchez un service plus… personnel, je peux vous arranger ça. Je ne vous ai jamais vu par ici. Je m’en serais certainement souvenue.
Elle se rapprocha en enroulant ses doigts sur mon biceps tandis que ses faux seins frôlaient mon bras. Je ne sentis rien.
— Tu perds ton temps avec lui, ma jolie. Il a déjà une copine, dit Cassius d’un ton ennuyeux.
— La plupart des hommes ici en ont une, répondit-elle en haussant les épaules. Ça ne les arrête pas.
— Je n’ai pas de copine, marmonnai-je dans mon souffle.
Cass me regarda fixement.
— Pas intéressé, désolé, dis-je plus fort en arrachant sa main de mon bras et en reculant. Avez-vous vu mon père ? Arlo Cavendish ?
Elle pâlit à vue d’œil et recula d’un pas chancelant sur ses talons aiguilles.
— Oh, monsieur, je suis vraiment désolée. Je ne savais pas que vous étiez le fils de M. Cavendish. Je vous prie d’excuser mon comportement effronté.
— Euh. Bien sûr, répondis-je en échangeant un regard avec Cass. L’avez-vous vu ?
Elle secoua la tête sans rien dire et fit un signe de tête vers la porte. En sortant de la pièce, nous vîmes Zayde et Weston apparaître dans le couloir.
— Du nouveau ? demanda Weston à voix basse.
Je secouai la tête. Il nous fallait passer à la pièce suivante, celle avec une lourde porte fermée. Dès que je la poussai, j’entendis « Partition » de Beyoncé et sentis une odeur pesante de parfum, mélangé à de la sueur et de la fumée.
— Putain, oui, gémit Cass dans son souffle.
Son regard était fixé sur une femme dans le coin de la grande salle sombre, avec un projecteur rivé sur elle alors qu’elle se balançait autour d’une barre de pole dance sur une petite scène, vêtue seulement d’un string noir. Un groupe d’hommes était assis autour de la scène, certains regardaient, d’autres parlaient à voix basse en penchant la tête. Plusieurs femmes se tortillaient sur des hommes dans des cabines sombres, et trois types de la sécurité restaient en retrait dans la pièce, observant ce qui se passait avec énormément d’ennui.
— C’est quoi ce putain de club ? Des strip-teaseuses ? Des gogos danseurs ? C’est le meilleur endroit au monde.
West regarda la pièce avec un énorme sourire sur le visage et je levai les yeux au ciel. Il avait un peu raison, cependant. C’était… inattendu.
— Euh, Z, je pense que c’est ton père.
Cass détacha son regard de la strip-teaseuse et nous suivîmes son regard jusqu’à la cabine du milieu, où Michael Lowry était assis avec une femme aux seins nus sur ses genoux, fumant un cigare tandis que son autre main disparaissait sous la table.
Zayde poussa un gros soupir.
— Allons-y.
— Tu ne veux pas lui parler ? sourit Cass alors que Z était déjà en train de quitter la pièce.
Nous tombâmes directement sur mon père qui descendait le couloir avec Paul Drummond, le père de Cassius. Tous deux grands et imposants, impeccablement habillés comme toujours.
— Vous voilà, nous salua-t-il. Vous vous amusez bien, les garçons ? Vous profitez de tout ce que le club a à offrir ?
Il me fit un clin d’œil salace en me tapant dans le dos.
— Oui. Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais, dis-je honnêtement.
— Dans quel sens ? demanda Paul en me regardant.
— Les strip-teaseuses ? De la drogue ?
— Écoutez, les garçons. C’est notre monde. On travaille dur pour gagner notre argent, et le week-end, on joue les pères de famille. Ici… on peut se défouler. Se détendre. Satisfaire nos envies. Vous voyez ce que je veux dire ?
— Alors tu joues au père, c’est ça ? lança Cass en jetant un regard dur à Paul.
— Fils, tu sais que ce n’est pas ce que je voulais dire. Toi, et Lena, et ta mère… vous êtes importants pour moi. Nous sommes une famille. Je ne peux pas parler pour tout le monde, cependant…
Il se tut en haussant les épaules avec la bouche tordue.
— D’accord. Bien, marmonna Cass en regardant le sol.
— Allons boire, dit mon père en tapant dans ses mains. Entrez dans le bar… je nous ai réservé une table.
Nous nous assîmes dans une grande cabine pendant l’heure suivante et discutâmes. Mon père parla brièvement d’un contrat de construction qu’ils essayaient de remporter, et Paul aborda les problèmes qu’Alstone Holdings rencontrait avec l’un de ses fournisseurs. J’enregistrais chaque information, même si elle ne semblait pas importante, et je savais que mes gars en feraient autant.
Michael, le père de Zayde, nous rejoignit après un moment et nous demanda si nous voulions participer à la prochaine partie de poker. Un peu plus d’une heure plus tard, Cass et moi nous étions couchés, West et les deux autres gars avec qui nous jouions s’étaient retirés, et Z avait un tas de jetons devant lui et une lueur de triomphe dans les yeux. Je ne sais pas pourquoi j’avais pris la peine de jouer au poker contre lui. Sa « pokerface » était la meilleure qui soit.
Michael nous avait laissé jouer et était retourné à la cabine où mon père et Paul étaient assis, rejoints par trois autres amis et collègues de mon père. Alors que notre partie touchait à sa fin, je remarquai qu’ils se levaient tous de leur cabine et passaient par la même porte que celle par laquelle nous avions emprunté plus tôt. Je regardai Cass, et il me fit un léger signe de tête, et nous quittâmes la table et les suivîmes par la porte.
En restant en retrait, nous nous dirigeâmes vers le couloir et vîmes les hommes disparaître par la porte tout au bout, celle gardée par l’agent de sécurité bien bâti qui nous regardait maintenant, Cass et moi, d’un air renfrogné.
— Qu’est-ce qu’on fait ? siffla Cass à travers le côté de sa bouche.
— On y va, répondis-je.
Nous nous dirigeâmes vers la porte.
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