À nos mensonges (Les Quatre t. 1) (French Edition)

Chapitre 1

UN

 

— K inslee, j’ai besoin que tu sois mon guide pour absolument tout. Que dois-je savoir ou qui dois-je connaître ?

Je me tenais debout, les mains sur les hanches, observant ma colocataire alors qu’elle expirait en se tapotant la lèvre en réfléchissant.

— Il n’y a rien de précis auquel je puisse penser pour le moment, mais reste avec moi et tout ira bien. Tout d’abord, et le plus important, comme tu le sais, c’est la soirée de la rentrée à la fac ce soir. Ce sera notre premier arrêt.

— Ça a l’air bien.

Je lui souris en défaisant mon chignon décontracté, laissant ainsi tomber mes cheveux en cascade dans mon dos.

— Je n’arrive pas à croire que je suis vraiment ici, et bientôt officiellement étudiante.

Pendant la première année de mon cursus, alors que j’étais juste une étudiante normale dans une université ordinaire, l’« accident » s’était produit, et mon monde entier avait été bouleversé. J’avais réussi à être transférée à la faculté d’Alstone, une école de commerce spécialisée, après des mois à tourner en rond dans une paperasse insoluble et dans des évaluations de mes crédits de cours pour m’assurer que je pourrais poursuivre mes études en deuxième année, plutôt que de tout recommencer à zéro. Bien sûr, l’argent que j’avais déboursé m’avait plutôt bien aidé. À Alstone, l’argent ouvrait des portes, tout comme avoir un bon carnet d’adresses. Cent mille livres, le nouveau nom de famille de ma mère lâché négligemment dans la conversation quand bien même je détestais l’utiliser, et mon inscription avait soudainement été confirmée. Malheureusement, j’avais utilisé une grande partie de l’argent de mon assurance, alors je devais faire attention à mes dépenses.

Après la confirmation de mon transfert, j’étais prête. J’avais assez d’argent pour m’en sortir tant que je faisais attention. J’avais utilisé une partie de l’argent restant de mon assurance pour acheter un téléphone, un ordinateur portable, ainsi que d’autres choses qui me seraient utiles à l’université, et une petite voiture. Je m’étais déjà acquittée de mon loyer pour toute l’année universitaire. Sur le tableau d’affichage en ligne de l’université, j’avais parcouru les annonces et, après avoir vu trois logements différents, la chance avait été de mon côté en rencontrant Kinslee Stewart. Étudiante en deuxième année tout comme moi, elle avait un appartement avec deux chambres dans un immeuble situé juste à côté du campus et avait passé une annonce pour trouver une colocataire. Notre bonne entente débuta dès notre première rencontre. Rien qu’en une semaine à faire connaissance, j’avais l’impression de la connaître déjà depuis des années.

J’étais absolument ravie que tout se soit bien arrangé, mais au-delà de tout ça, je devais garder mon objectif ultime à l’esprit. L’unique raison pour laquelle j’étais maintenant à la faculté d’Alstone plutôt que dans mon université précédente était pour enquêter sur la mort de mon père. Et malheureusement, cela signifiait aussi reprendre contact avec ma mère. Nous ne nous étions pas adressé la parole de vive voix depuis des années, mais après la mort de mon père, je n’avais plus le choix. Je n’avais pas cru un seul instant le rapport concernant l’accident lui ayant coûté la vie. Il y avait trop de coïncidences autour de ma mère pour les ignorer.

En attendant de pouvoir mener à bien mon enquête, je me dédiais à mes études. Mon père aurait souhaité que rien ne puisse entraver l’obtention de mon diplôme. Il avait été extrêmement fier que je sois acceptée dans la filière commerciale, et il avait passé beaucoup de temps à visiter différentes universités avec moi et à passer en revue les avantages et les inconvénients des divers cours et parcours professionnels.

Merde. Il me manquait tellement. Ne pas pouvoir prendre le téléphone et l’appeler ou lui envoyer des textos… c’était comme si j’avais été amputée d’une partie de moi. Tout au long de ma vie, il avait été mon seul repère, la personne qui m’avait aimée, qui avait été là pour moi sans condition. Et maintenant, il était parti.

Je souhaitai que les larmes sur le point de couler s’en aillent, et me concentrai pour ralentir ma respiration. Je ne pouvais pas me permettre de m’effondrer, surtout pas devant ma nouvelle amie. Je n’en étais pas encore au stade de vouloir expliquer, ou de me sentir capable d’expliquer, ce qui s’était passé.

Je fis alors l’effort de me concentrer sur l’instant présent.

Nous nous changeâmes pour la fête. Kinslee portait un short noir et un haut rouge moulant qui mettait ses seins en valeur. Quant à moi qui ignorais totalement comment m’habiller pour l’occasion, je laissai Kinslee choisir ma tenue, et je finis habillée d’une minirobe moulante bleue électrique qui mettait en valeur mes courbes légères et mes longues jambes. Elle lissa mes cheveux noirs et me fit un maquillage charbonneux qui mit en valeur mes yeux bleus. Alors qu’elle ajustait sa coiffure faite de boucles blondes tombant sur ses épaules, Kinslee envoya un baiser à son reflet et décréta que nous étions prêtes.

Nous sautâmes dans l’Uber qu’elle avait réservé et, en un rien de temps, nous nous retrouvâmes devant une maison où la musique et la lumière s’échappaient de la porte et des fenêtres ouvertes.

Le terme de « maison » était une description à peine adéquate pour cette monstrueuse résidence. Cet immense bâtiment moderne fait de briques s’élevait sur deux étages et détonait par ses angles marqués ainsi que par les encadrements noirs des portes et des fenêtres. La porte d’entrée complètement vitrée s’étendait sur toute la hauteur de la maison, laissant entrevoir à l’étage l’énorme suspension en forme de crâne qui descendait jusqu’au hall d’entrée. Je pris alors nerveusement mon souffle. Tu es forte. Tu peux le faire. Redressant les épaules, je passai mon bras dans celui de Kinslee, et nous marchâmes fièrement en remontant l’allée puis entrâmes par la porte ouverte comme si l’endroit nous appartenait.

Kinslee nous conduisit dans le large couloir carrelé, puis dans un grand escalier en colimaçon, et enfin dans une cuisine pleine de monde qui était au moins deux fois plus grande que tout l’appartement de Kinslee. Elle se dirigea vers la pataugeoire dans le coin de la pièce.

— Une pataugeoire ? me murmurai-je à moi-même.

En m’approchant, je vis qu’elle avait été remplie à ras bord de glaçons et de bouteilles de bière ou de cidre et de canettes de cocktails. C’était une idée de génie. Kinslee attrapa deux canettes de mojitos et, nous nous frayâmes un chemin à travers la foule tandis qu’elle me conduisait dans une pièce assez semblable à une caverne où tout le système de sonorisation était installé et diffusait de la musique Dance assourdissante. Je me laissai entraîner sur la piste de danse et me perdis dans la musique.

Cela dura jusqu’à ce que je sente la lourdeur de quatre paires d’yeux fixés sur moi.

Lorsque je tournai subtilement la tête pour voir ce qu’il en était, des picotements se répandirent dans tout mon corps, et je sursautai. Je me rapprochai de Kinslee avec précaution, connaissant la réponse avant même d’avoir posé la question.

— Kins, ne te fais pas remarquer, mais qui sont ces types, putain ? Les quatre sur les canapés ?

Kinslee jeta un coup d’œil autour de moi. Ses yeux s’élargirent et son corps tout entier se raidit.

— Ce sont les Quatre. Ils possèdent cet endroit. Ils dirigent à peu près tout le campus.

Cet endroit leur appartient ?

— Les Quatre ? répétai-je. C’est quoi ce nom débile ?

Kinslee haussa les épaules.

— Je ne sais pas, c’est juste le nom que les gens leur donnent. De gauche à droite, il y a Cassius, Weston, Zayde et Caiden. Ils sont tous terriblement sexy, et ils le savent. Des fils de riches bien gâtés, certains d’être au-dessus de tout le monde. Cassius, Zayde et Caiden sont tous dans la même promotion que nous, ils ont soit dix-neuf, soit vingt ans. Et Weston est le petit frère de Caiden, il vient d’avoir dix-huit ans, et ce sera sa première année à Alstone.

Bien sûr, je reconnaissais deux d’entre eux après avoir vu leurs photos, mais j’avais besoin d’en avoir la confirmation à voix haute.

— Caiden et Weston Cavendish ?

Kinslee me regarda avec méfiance.

— Oui. Pourquoi ? Tu les connais ?

J’avalai de travers tandis que ma gorge était soudainement sèche.

— Ce sont… mes demi-frères, je suppose.

— Quoi ? Tu vis avec moi depuis une semaine maintenant, et tu n’as jamais pensé à mentionner que tu avais une relation avec la famille Cavendish ?

— Je n’ai pas de relation avec eux, dis-je avant de réfléchir un instant. Pas encore.

Je me penchai plus près pour ajouter à voix basse :

— Tu sais que je t’ai dit qu’une des raisons pour lesquelles j’ai déménagé ici était de renouer des liens avec ma mère ? Eh bien, elle s’est remariée il y a quelques années. Bref, je n’ai pas encore rencontré son nouveau mari ni ses fils. Je… je n’ai pas assisté au mariage. Mais je suppose que j’aurai l’occasion de les rencontrer assez tôt.

— Tu n’as pas assisté au mariage de ta mère ? Ma cocotte, tu dois me donner tous les détails. Ne me cache rien.

— Je le ferai. Profitons de la fête, et je te raconterai tout demain, d’accord ?

Kinslee hocha la tête. Je n’allais pas lui donner absolument tous les détails, c’était hors de question.

J’observais les Quatre aussi discrètement que possible, mais dès lors qu’ils s’en rendirent compte, je renonçai à être subtile et je les regardai sans détour et avec témérité. Kinslee avait raison. C’étaient les gars les plus sexy que j’avais jamais vus en personne. Cassius était un beau jeune homme blond avec beaucoup d’allure. Une fille était assise sur ses genoux, et je remarquai que sa main était glissée sous sa jupe. Très classieux. Même avec cette fille qui se tortillait sur lui, il me regardait attentivement et ses yeux scintillaient d’intérêt. Avec son regard bleu avenant et chaleureux, ainsi que ses lèvres retroussées aux coins en regardant dans ma direction, Weston semblait le plus amical du groupe. Zayde avait l’air… dangereux. Il n’y avait pas de façon plus adéquate de le décrire. Des cheveux brun épais et foncés, un petit rictus sur ses lèvres parfaites et charnues, ses yeux qui me survolèrent avec dédain avant de se détourner comme s’il me rejetait.

Et enfin, il était là.

Caiden.

Une mâchoire anguleuse, des yeux tels des océans déchaînés, de beaux cheveux noir corbeau coupés court sur les côtés et plus longs sur le dessus. Il était absolument sublime.

La façon dont il me regardait, cependant…

Il semblait me détester.

Je reculai, essayant de faire entrer l’air dans mes poumons, stupéfaite par son mépris qui se déversait en vagues successives épaississant de plus en plus l’air ambiant jusqu’à me laisser suffocante.

— Qu’est-ce que tu as fait pour énerver Caiden Cavendish ? me siffla nerveusement Kinslee dans l’oreille.

— Je n’en ai aucune idée. Je ne l’avais encore jamais vu en personne.

— Winter, ce n’est pas bon. Je t’assure qu’il ne faut pas te le mettre à dos.

— On dirait que c’est trop tard.

Caiden Cavendish me parut être un crétin sexy et riche à crever. Je n’avais jamais ressenti une telle hostilité de la part de quelqu’un auparavant. Très honnêtement, j’étais complètement perdue. Il était évident qu’il savait qui j’étais, ses yeux semblaient m’avoir reconnue. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle il me détestait d’emblée. Peut-être était-il furieux de ne pas m’avoir vu au mariage de ma mère et de son père, mais pour cela, encore aurait-il fallu que ma mère m’y ait invitée.

Malheureusement pour moi, sa haine manifeste n’empêcha pas mon cœur de battre plus vite ou mes cuisses de se serrer l’une contre l’autre, désirant désespérément son contact. Je n’avais encore jamais eu une réaction aussi viscérale vis-à-vis de quelqu’un et je n’aimais clairement pas cela.

J’avais vraiment besoin de m’envoyer en l’air.

Et vite.

Caiden était hors compétition, évidemment. En jetant un autre regard furtif dans sa direction, je gémis dans mon souffle. Mais bordel, comment était-ce possible de ressembler autant à un dieu grec ?

C’était une réflexion hors sujet.

Il était banni de mon esprit à partir de cet instant. Pour une raison quelconque, il avait décidé qu’il ne m’aimait pas, alors c’était comme ça.

J’attrapai le bras de Kinslee et nous fis tourner pour que je ne puisse pas voir les Quatre (je détestais en plus leur surnom stupide), et je laissai la musique m’emporter, le rythme s’emparer de moi et traverser tout mon corps. Nous dansâmes de manière provocante, attirant l’attention de la plupart des gars autour de nous, et l’attention beaucoup plus hostile des filles regroupées autour des Quatre.

Alors que j’ignorai les regards dédaigneux, je me perdis dans la musique jusqu’à attirer l’attention d’un type appuyé contre le mur et occupé à me regarder. Chaque fois que je levais les yeux, il me regardait. Je dansai alors plus près de Kinslee pour lui demander si elle savait qui il était. Elle me dit qu’il s’appelait James et qu’il était aussi étudiant à Alstone. Il était mignon, plutôt chic, avec des cheveux châtain clair tombant dans ses yeux bleus, sec, mais musclé, et quand il souriait, il dévoilait des fossettes absolument charmantes. En le regardant la fois suivante, je soutins son regard pour lui faire comprendre que j’étais intéressée. Il comprit très bien ce langage et un instant plus tard, il se tenait devant moi, se penchant pour me parler à l’oreille.

— Salut, toi. Je m’appelle James Granville.

Sa main se posa légèrement sur mon bras pendant qu’il me parlait, sans se faire trop envahissant, mais suffisamment pour que son intention soit claire.

Nos yeux se rencontrèrent et ses pupilles se dilatèrent alors que j’avançais d’un pas vers lui en plaçant ma propre main sur son bras, puis la faisant glisser sur son biceps alors que je m’apprêtais à parler à son oreille.

— Moi c’est Winter Huntington.

— Winter. Tu es la plus belle femme que j’ai vue depuis très longtemps.

Il me parla à l’oreille d’une voix qui sut se distinguer de la rythmique assourdissante de la musique.

— Mon intérêt pour cette soirée augmente nettement maintenant que j’ai eu le plaisir de faire ta rencontre, me dit-il en me faisant tourner. Tu m’accordes une danse ?

Nous alternâmes danse et brèves conversations. Kinslee ne s’éloigna jamais de moi et je trouvai cela très sympathique. Même en me connaissant depuis peu, je lui avais confié à quel point je me sentais submergée de tout recommencer dans un endroit complètement nouveau et d’arriver en cours de route alors que tout le monde se connaissait. Elle m’avait promis de veiller sur moi, et avec elle à mes côtés, je me sentais moins seule. Elle semblait être dans son élément, tantôt flirtant et riant avec les amis de James, tantôt dansant comme si rien ne pouvait arrêter son corps voluptueux de gesticuler au rythme de la musique.

Pendant tout ce temps, je sentais les regards des Quatre me transpercer, et bien que je fasse de mon mieux pour les ignorer, j’étais de plus en plus mal à l’aise. James le remarqua et son regard vif me délaissa pour se tourner vers le canapé, puis il se pencha en m’attirant tout près de son corps.

— Tu veux sortir d’ici ?

Était-ce réellement le cas ? Je n’avais pas l’habitude des aventures d’un soir, mais… putain, oui.

— Qu’est-ce que tu proposes ? lui demandai-je en le regardant fixement avec un sourcil levé.

— Mon appartement est juste au coin de la rue. Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ?

Je jetai un coup d’œil à Kinslee qui m’articula un « vas-y ». La voir acquiescer m’apporta le réconfort dont j’avais besoin, et je souris alors à James.

— C’est entendu.

— Bien. Retrouve-moi devant la porte d’entrée.

Il hocha la tête et s’éclipsa dans la foule avant que j’aie le temps de dire autre chose. Après avoir confirmé à Kinslee que James était digne de confiance ainsi que là où nous allions, elle déclara avec enthousiasme un « Il est sexy et populaire, vas-y et baise-le à fond », puis je me rendis dans la direction opposée pour passer aux toilettes avant de partir.

J’avais besoin de quelqu’un et James me voulait. J’avais besoin de ressentir quelque chose pour une nuit, de remplir le vide en moi qui était là depuis l’accident. Mon père n’était plus de ce monde, j’étais dans un nouvel endroit, plus que perdue, et je souhaitais juste m’amuser et oublier. Faire comme si j’étais une étudiante normale avec une vie normale.

Plus au clair avec moi-même, je sortis de la salle d’eau, mais me heurtai de suite à un corps solide.

Une conviction me parcourut le long de ma colonne vertébrale.

La chair de poule se répandit sur ma peau.

J’eus soudainement du mal à respirer.

Caiden.

Était.

Ici.

Avez-vous déjà senti votre corps réagir à la proximité de quelqu’un ? Comme si vous ne pouviez plus rien contrôler ?

Sa présence m’assiégea alors que son corps se pressait contre le mien.

— Qu’est-ce que tu fais… murmurai-je ou pensai-je puisqu’il ne répondit rien.

Il prit brutalement mon menton dans sa main, et son contact envoya des ondes de choc qui ricochèrent à travers moi.

— Tu ne devrais pas être ici.

Sa voix.

Pleine de colère, rauque, et tellement sexy.

Mon corps se cambra vers le sien sans se préoccuper du fait qu’il me disait de partir. Incapable de réagir, je laissai échapper un petit gémissement lorsque son pouce caressa mon menton. Cette caresse était en désaccord avec son attitude hostile.

— Et merde, grinça-t-il entre ses dents.

Je sentis ses lèvres se poser sur les miennes, son souffle chaud effleurer ma peau avant qu’il ne s’éloigne comme s’il n’avait jamais été là.

Un étourdissement me prit et je titubai contre le mur du couloir. Mes jambes étaient faibles et je respirai alors par à-coups. Que venait-il de se passer ? Et pourquoi avais-je eu une réaction aussi extrême face à quelqu’un que je n’avais jamais rencontré auparavant ? D’autant plus de la part de quelqu’un qui m’avait détestée dès le premier regard ?

Je me concentrai alors sur mes inspirations et mes expirations, souhaitant que mon cœur palpitant à tout rompre daigne enfin ralentir. Qu’avais-je pu faire pour l’offenser ? Et comment avais-je pu offenser quelqu’un que je n’avais jamais vu en personne avant ce soir ?

Tant de questions et aucune réponse.

Je me redressai, bien décidée à m’en tenir à une seule résolution. Peu importe qui il pensait être, il pouvait bien aller se faire voir. Rien ne me détournerait de la raison de ma présence ici. Si je me faisais quelques ennemis en cours de route, cela en vaudrait la peine. J’avais besoin de réponses, et je n’allais laisser personne contrarier mon plan.

Je traversai la maison et sortis par la porte avant de pouvoir changer d’avis. James était là, appuyé contre le mur. Ses fossettes apparurent lorsqu’il me vit et se mit à sourire.

— Tu es prête ?

— Allons-y, lui répondis-je avec un hochement de tête.

Il prit ma main, et nous commençâmes à traverser la pelouse puis arrivâmes dans la rue tranquille. Alors que nous marchions, il me bombarda de questions.

— Je ne t’ai jamais vu par ici avant. Tu es en première année ?

— Non. Je viens d’être transférée ici ; je vais entrer en deuxième année.

Il sourit en m’emmenant dans une allée vers un grand manoir de style Régence avec des colonnes blanches et de grandes fenêtres.

— Comme moi. Qu’est-ce que tu étudies ? Je suis en comptabilité et gestion des affaires commerciales.

— Je fais du commerce et de la gestion du marketing.

— Nous aurons probablement quelques cours ensemble. Si tu as besoin d’un partenaire d’étude, je suis ton homme.

Il me fit un autre grand sourire et je ne pus pas m’empêcher de le lui rendre.

— Je ne sais trop comment, je ne pense pas que nous travaillerons beaucoup dans ce cas.

— C’est vrai, répondit-il en riant.

Il nous fit monter les marches du manoir et inséra une clé dans la serrure.

— C’est par là. J’habite à l’étage. Et toi, où habites-tu ?

Je le suivis dans le large escalier jusqu’à un palier où il s’arrêta devant une porte et y inséra une autre clé.

— J’habite un des appartements à côté du campus. Tu vois Hardwicke House ?

— Oh, oui. Super endroit. J’étais à Hawling House l’année dernière. Ce sont des appartements décents, bien qu’un peu petits.

Nous entrâmes dans son appartement agencé avec du mobilier classique clairement coûteux, le tout sous de hauts plafonds. Kinslee avait raison. Cette université était vraiment sélecte. De ce que j’avais vu jusqu’à présent, l’endroit dégoulinait d’argent.

Je retirai ma main de l’emprise de James et je me baissai pour retirer mes chaussures. Quand je me redressai, il me dévorait du regard avec appétit.

Il se pencha en avant et posa ses lèvres contre les miennes. J’enroulai mes bras autour de son cou et l’embrassai en retour. Ses baisers ne m’enflammèrent pas, mais ils étaient agréables. C’était bon d’être enlacée dans les bras de quelqu’un, d’oublier tout, de combler le vide en moi.

Il rompit le baiser, mais garda sa main sur moi, nous faisant marcher à reculons jusqu’à sa chambre.

— Est-ce que ça te convient ?

— Oui.

Je mis mon cerveau en sourdine, m’autorisant à ne penser qu’au présent, à cet instant, et à quel point c’était bon. J’étais devenue experte dans le cloisonnement de mes pensées et de mes sentiments depuis la mort de mon père, et je parvins à tout enfermer pour m’en soucier ultérieurement.

Nous tombâmes sur le lit en perdant nos vêtements en cours de route. Il m’embrassa avec plus d’insistance, jusqu’à ce que nous soyons tous les deux à bout de souffle et qu’il enroule un préservatif sur son sexe en érection, puis qu’il me pénètre.

Sans trop tarder, c’était fini.

— Ça t’a plu ? demanda-t-il en roulant à côté de moi, tout haletant.

— Oui.

Je ne mentais pas, enfin… pas vraiment. Je n’avais pas eu d’orgasme, mais cela ne signifiait pas que je n’avais pas pris de plaisir.

— Reste aussi longtemps que tu veux, ma belle.

Il sortit du lit, prit la porte et disparut.

Merci, mais non merci. J’avais couché avec lui, cela avait comblé le vide pendant un court moment, mais je n’avais aucune envie d’aller plus loin. Je quittai le lit et ramassai mes vêtements à terre, les enfilant aussi vite que possible.

Il rentra dans la chambre, torse nu, vêtu seulement d’un bas de pyjama.

— Tu pars déjà ?

— Euh, oui. Je ne dors pas bien dans les nouveaux endroits.

Il hocha la tête.

— D’accord, laisse-moi t’appeler un taxi.

Avant que je puisse dire autre chose, il prit son téléphone sur la table à côté de son lit et composa un numéro. Il parla à voix basse, puis raccrocha et se tourna vers moi.

— Ils seront là d’ici cinq minutes environ. Il y a un taxi qui va déposer quelqu’un ici, il passera te prendre en même temps.

— Merci, murmurai-je. Je vais aller attendre en bas.

Je le regardai d’un air un peu gêné, sans trop savoir quoi faire.

Il me gratifia d’un regard compréhensif.

— C’était sympa comme soirée. Si jamais tu veux recommencer, je suis ton homme. Sinon, ce n’est pas grave. Je pense que nous allons devenir amis, Winter Huntington.

Il traversa la pièce pour se mettre en face de moi puis déposa un doux baiser sur mes lèvres.

— Laisse-moi mettre un t-shirt et je te raccompagne en bas.

À la porte d’entrée, le taxi s’arrêta et le chauffeur me fit signe.

— C’est mon chauffeur. Merci pour tout à l’heure. À bientôt, James.

Nous nous serrâmes brièvement dans les bras, puis je me dirigeai vers le taxi. Il attendit que je sois assise dans le taxi avant de faire demi-tour et de retourner à l’intérieur.

Mes pensées se bousculaient dans mon esprit, et je fermai alors les yeux, m’appuyant contre la vitre tandis que le taxi avançait sur les routes sombres en direction de mon appartement. Mais ce n’était pas James qui occupait mes pensées.

C’était l’homme aux cheveux noirs comme de l’onyx et aux yeux semblables à des océans déchaînés.

Mon demi-frère.

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