À nos mensonges (Les Quatre t. 1) (French Edition)

Chapitre 5

CINQ

 

 

— S ais-tu si Caiden et Weston s’entendent avec ma mère ? demandai-je en me penchant plus près de Cassius alors que nous étions assis dans l’amphithéâtre plongé dans la pénombre, où tout le monde était concentré sur la vidéo diffusée sur le grand écran à l’avant de la salle.

Une expression suspicieuse traversa son visage lorsqu’il se tourna pour me regarder.

— Pourquoi cette question ?

Je haussai les épaules puis fis attention de parler à voix basse.

— Simple curiosité de ma part. Après tout, ce sont mes demi-frères à présent et je ne sais vraiment rien d’eux. Et j’ai perçu une certaine tension entre eux et ma mère lorsque nous avons dîné tous ensemble, il y a quelques semaines.

C’était un pur euphémisme. Jamais de ma vie je n’avais été conviée à un dîner aussi tendu et gênant. Que se passait-il dans cette famille ? Tout ce qui s’était produit depuis que j’étais arrivée à Alstone m’avait laissé avec encore plus de questions, mais sans aucune réponse.

Il leva un sourcil en tapotant son stylo contre son bloc-notes.

— Si tu veux en savoir plus sur eux, pourquoi ne pas leur demander ?

— Tu crois que Caiden répondrait à mes questions ?

— Impossible, répondit-il en riant doucement. Mais West pourrait te répondre.

Son visage devint sérieux.

— Écoute, rappelle-toi ce que je t’ai dit, le premier jour des cours. Ce n’est pas à moi de dire quoi que ce soit. C’est à eux de décider s’ils veulent partager quelque chose avec toi.

— D’accord, très bien, soupirai-je en me retournant pour regarder la vidéo. Cassius ?

— Quoi, encore ?

— Ta famille est au conseil d’administration d’Alstone Holdings, non ?

Je gardai les yeux rivés sur l’écran tout en retenant mon souffle, espérant qu’il serait plus ouvert à parler de ça, puisque discuter de la famille Cavendish avec lui n’était clairement pas prêt d’arriver.

— Oui, pourquoi ? répondit-il en inclinant la tête vers la mienne.

— Est-ce que ma mère a quelque chose à voir avec tout ça ? Je sais qu’elle est au conseil, depuis qu’elle a épousé Arlo.

— À voir avec quoi ?

Je me vrillai alors dans mon siège pour me tourner vers lui.

— Les prises de décision, les trucs comme ça.

Ses yeux rencontrèrent les miens et il hocha la tête.

— Elle est actionnaire et membre du conseil d’administration. Donc, oui. Elle a un droit de vote, tout comme les autres membres du conseil. Toutes ces informations sont rendues publiques.

— Et qu’en est-il...

Il leva un doigt en l’air pour me couper.

— Je suis désolé, ma jolie. Je comprends que tu veuilles en apprendre plus sur ta nouvelle famille, mais je ne suis pas la personne à qui tu devrais demander. Ta mère ne t’a rien dit ?

— Non. Nous n’avons pas ce genre de relation, dis-je en me rasseyant sur mon siège. On n’a pas de relation en réalité.

La potentielle réponse de Cassius s’évanouit alors que la vidéo venait de se terminer et que les lumières étincelantes du plafond se rallumèrent en me faisant plisser les yeux pour contrer l’éblouissement. La salle devint soudainement bruyante de bavardages et tout le monde rassembla ses affaires et se leva, cherchant à s’échapper de l’amphithéâtre aussi vite que possible.

Notre conversation déjà oubliée, Cassius se leva de son siège à la vitesse de l’éclair.

— Je dois y aller. À plus tard, lança-t-il par-dessus son épaule avant de partir et de se mêler à la foule. N’étant pas aussi pressée de partir, j’attendis que la salle se soit vidée puis je descendis les escaliers et sortis sous le soleil de l’après-midi. Même sous ce ciel clément, l’air me saisit et je remontai ma veste jusqu’au menton. Je passai alors mon sac à mon épaule et fis demi-tour pour rentrer à mon appartement.

— Winter !

Je souris en voyant James me faire signe de venir et commençai à traverser la pelouse dans sa direction.

— Où vas-tu comme ça ?

Un souffle chaud se fit sentir sur mon oreille et un frisson me parcourut. Mon rythme cardiaque s’accéléra et, en me retournant, je tombai sur mon demi-frère.

Il était sérieux ? Caiden ne s’était toujours pas lassé de me suivre ? Et plus important encore, d’où était-il apparu et pourquoi ne l’avais-je pas remarqué jusqu’à présent ?

— Cela ne te regarde pas, mais je rentre à mon appartement et je passe saluer mon ami en chemin. Cela te convient-il, Roi Caiden ?

— Tu dois choisir tes amis plus judicieusement, Petit Flocon.

— Heureusement pour moi, mais malheureusement pour toi, ton opinion ne m’intéresse pas. Vas-tu arrêter de me suivre ? Ça devient fatigant.

Il me regarda fixement, ses yeux s’assombrissant tandis que le silence laissait la tension s’imposer entre nous.

— Caiden… dis-je pour tenter quelque chose. Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Qu’est-ce que je t’ai fait ?

Il fit un pas de plus vers moi sans que ses yeux ne quittent jamais les miens. Je pouvais sentir la chaleur de son corps, même à travers mon épais manteau, et pendant un instant, j’oubliai où nous étions et qu’il me détestait. Pouvait-il le sentir, lui aussi ? Cette attraction magnétique inopportune entre nous ? Je m’humectai les lèvres tant ma bouche était soudainement sèche et ses yeux furent attirés par ce mouvement.

— Winter !

La voix insistante de James retentit, bien plus proche qu’elle ne l’était un instant auparavant. Cela rompit le charme et le regard de Caiden se durcit.

— On te surveille toujours, Winter, dit-il avant de laisser entendre un rire narquois.

Il recula ensuite et partit aussitôt.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda James en levant un sourcil en me rejoignant.

— J’aimerais bien le savoir.

— Laisse-le tomber. C’est un abruti.

— C’est vrai.

Un soupir de frustration m’échappa. Je repris mon chemin en direction de mon immeuble, vers le parking, et James se mit à marcher à côté de moi, ralentissant son rythme habituel pour suivre le mien.

— Peu importe… Quoi de neuf ?

— J’ai bien cru que tu avais besoin d’aide. J’ai vu Cavendish te suivre, dit James en me jetant un coup d’œil avec un petit sourire sur les lèvres. J’aime croire que je suis un chevalier dans une belle armure.

Je me mis à rire.

— Merci, mais je n’ai pas besoin d’aide. Je peux gérer Caiden.

Nous nous arrêtâmes à l’entrée du parking.

— Tu crois ça ? demanda-t-il en me lançant un regard dubitatif. Écoute, on pourrait peut-être échanger nos numéros ? Si tu veux parler des cours ou si tu as besoin que je te sauve encore, tu peux compter sur moi.

— Bien sûr, pourquoi pas.

Alors que je m’approchai de James en prenant mon téléphone dans mon sac, un frisson me parcourut l’échine et j’eus la sensation piquante d’être observée. Je regardai autour de moi, mais le parking était désert.

Secouant la tête, je passai mon téléphone à James pour qu’il ajoute son numéro et sentis un grognement en moi. Les Quatre m’avaient rendue tellement paranoïaque que je me faisais des films.

— Tu es allée au château d’Alstone, n’est-ce pas ?

— Hein ?

Je levai les yeux vers lui.

— Sur ton téléphone. C’est une photo du château d’Alstone.

Il tapa sur l’écran.

C’était donc le nom des ruines du château que j’avais trouvées. J’avais pris cette photo lors de ma promenade à vélo et je l’avais mise en fond d’écran.

— Je ne connaissais pas son nom. Tu en sais plus ? demandai-je par curiosité.

Il secoua la tête.

— Pas vraiment, non. Pas sur son histoire, si c’est ce que tu veux savoir. Mais il y a parfois des événements universitaires là-bas. Il y a une fête qui y est organisée pour la nuit du feu de joie tous les 5 novembre. C’est l’un des plus grands événements de l’année. Il y a un grand feu de joie et des feux d’artifice, enfin tu vois, une fête assez ordinaire. Et puis il y a des jeux.

— Quel genre de jeux ?

Le regard qu’il me lança ne m’inspira pas vraiment confiance.

— Tu verras.

Il tapota l’écran de mon téléphone, ajoutant son numéro, puis croisa à nouveau mon regard. Je levai un sourcil interrogateur et il secoua de nouveau la tête.

— C’est plus marrant si tu ne le sais pas à l’avance. Crois-moi.

— Hmm.

N’étant clairement pas convaincue, je décidai qu’il était temps de changer de sujet.

James appela son téléphone depuis le mien pour avoir mon numéro. Nous prîmes un petit moment pour bavarder puis il me promit de m’envoyer des liens vers des sites web pour l’un de mes devoirs. Il me serra ensuite dans ses bras en guise d’au revoir et partit dans la direction opposée tandis que je commençai à traverser le parking.

Un grondement sourd retentit soudainement entre deux voitures garées et une énorme moto noire fit son apparition en fonçant droit sur moi.

Je me figeai sur place tant mes jambes étaient incapables de bouger.

Puis mes instincts se manifestèrent et je me mis à crier, me jetant de côté en m’effondrant sur le macadam juste au moment où la moto m’atteignait. Les roues passèrent si près de moi que je sentis leur souffle d’air et l’odeur de caoutchouc chauffé assaillir mes narines.

Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

La moto s’arrêta et fit lentement demi-tour vers moi. Je me levai, les jambes tremblantes, en reculant dans un petit espace entre deux voitures où la moto ne pouvait pas m’atteindre.

Le motard souleva la visière de son casque et une paire d’yeux glaçants dépourvus de toute âme rencontrèrent les miens.

— Non, mais tu te prends pour qui ? Tu aurais pu me tuer, espèce de cinglé !

Mon corps entier tremblait. Je n’avais jamais été aussi furieuse, ou effrayée, de toute ma vie. Je fermai les yeux et comptai jusqu’à dix, essayant désespérément de ne pas m’effondrer devant Zayde. Être menacée et suivie, je pouvais le supporter. Mais mettre ma vie en danger ? Que se serait-il passé si je n’avais pas sauté hors de sa trajectoire ?

— Prends ça comme un avertissement.

Sa voix était dénuée d’émotion alors qu’il me piégeait du regard.

Je le regardai fixement.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Tu devrais faire très attention à tes fréquentations.

C’était presque mot pour mot ce que Caiden m’avait dit plus tôt.

— Tu as parlé à Caiden ? Ma voix s’envola en un cri hystérique. Et je te le redemande, tu te prends pour qui ? Tu essaies de me tuer ?

Il ignora mes questions.

— Que fais-tu là ?

— Ça ne te regarde pas. Je ne te dois aucune explication. Et ça vaut pour tes amis aussi.

Je pinçai les lèvres en grondant intérieurement.

— Si tu fais quoi que ce soit pour nous nuire, tu regretteras de ne pas t’être fait écraser. Ta vie ne vaudra plus la peine d’être vécue, déclara-t-il d’un ton grave et menaçant.

Sur ce, il rabattit sa visière et partit dans un rugissement en me laissant en état de choc.

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