Aïe Heil

Claude Klotz · Chapitre 9 sur 13

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Aïe Heil

Livre II: Action I

LIVRE II

 

 

ACTION I

 

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I

 

Bourrier essuie en douce ses paumes moites sur le tissu de sa chemise et reboutonne son veston en creusant le ventre. Les types sont tendus ce soir, plus que d’ordinaire, même Jojo, à la trois, le caméraman le plus crasseux du marché commun, a mis un polo propre et une veste en tweed. Personne ne fume.

— Éclaire un peu derrière le fauteuil central… fais descendre… encore stop, ça va…

Sous les sunlights, Croissard parle avec beaucoup de déférence à Carter qui est à sa gauche et qui paraît très à l’aise. Une belle gueule ce mec, plus anglais qu’américain, le smoking doit dépasser la brique. Il est bronzé, de la nuance chocolat qui ne s’acquiert que sur les plages particulières et les ponts des yachts immaculés.

Sur la droite, Françoise s’occupe de Kobinski qui tend ses joues vers elle avec enthousiasme, la maquilleuse tamponne au kleenex les sourcils bordés de poudre.

Le Sheik n’est pas arrivé encore, mais il reste une bonne demi-heure.

Bourrier enjambe des câbles, pénètre sur le plateau et s’incline devant Armstrong W. Carter.

— Excusez-moi… Quelques recommandations à adresser…

Carter a un geste élégant et bon enfant. Malgré la chaleur, un glaçon surnage encore dans le verre posé près de lui.

Bourrier entraîne Croissard à l’écart des projecteurs.

— Alors, tu as bien compris ? Pas un mot sur le dollar, silence total sur le pétrole et rien sur la politique intérieure grecque.

Croissard ricane.

— Je sais ce qu’est un bon journaliste : c’est un type à qui on interdit de parler de tout et qui tient deux heures devant les micros.

Bourrier tapote l’épaule du collègue.

— Tu sais ce que je pense de tout ça… mais ce soir, c’est le gros morceau, alors sois prudent. Pour toi et pour moi.

Un brouhaha à l’entrée. Bourrier devine à travers les nuques et les épaules le voile blanc d’Ibn El Khamsas. Il y a des hommes avec lui, habillés à l’européenne, l’interprète et des gardes de corps. L’interprète est d’ailleurs parfaitement inutile, le Sheik a montré à la répétition qu’il parle admirablement le français.

Il reste un quart d’heure.

Bourrier sort, du monde dans le couloir. À la porte de la régie, il croise Kléber Court qui, lui aussi, est sur son trente et un.

— Ça ira Bourrier ?

— Ça ira Monsieur le Directeur…

Bourrier réprime l’envie de cracher son mégot de Gitane qu’il mâchouille depuis dix minutes et se trouve devant les cadrans de contrôle. En dessous de lui, par la paroi vitrée, il peut voir le plateau où il se trouvait. Kobinski a rejoint sa place, il plaisante avec Carter. Ce type pourrait faire l’émission à lui tout seul, il a un bagou fabuleux. Le Sheik est pris en main par Françoise.

Bourrier se tourne vers le régisseur.

— Alors, tu fais gaffe, hein ? Tu as le plan de l’émission mais il n’est pas sûr qu’ils respectent ce qui est prévu, alors ne me colle pas les films n’importe où… et puis ne prends pas trop Croissard, c’est pas lui la vedette, et…

Le régisseur pousse doucement Bourrier vers la sortie. C’est un vieux de la vieille, une gueule de terre-neuvas en pleine tempête au large du Cap Horn.

— T’occupe pas Bourrier, tu m’dis ça à chaque coup, on va naviguer droit devant, te casse pas le bonnet.

Bourrier descend, tousse dans la fumée de cigare, regarde sa montre et pique une suée.

Quatre minutes et demie.

Sous les faisceaux des projecteurs, dans le blanc cylindre de lumière, les trois hommes sont à présent installés. Carter à droite, très décontracté, ses vernis accrochent la lumière. Au centre, le Sheik ; vêtu de blanc, les mains brunes posées sur les accoudoirs, impassible. Sur la gauche, Athanagore sous pression avale des tonnes de salive, grenouille en habit qui va bondir dès le signal du starter.

En face d’eux, Croissard attend, remuant des feuilles.

Bourrier pose la paume de sa main sur le cameraman de la trois. Le type se retourne et montre du menton les trois silhouettes.

— Ça fait un paquet de fric, hein M’sieur Bourrier ?

Il manœuvre sa caméra comme une 12-7 et cadre en plan américain sur les invités.

— Tacatacatacataca, murmure-t-il.

— Calme-toi dit Bourrier, c’est pas un western. N’insiste pas trop sur Kobinski hein, il deviendrait vite obsédant, s’il parle trop, file un panoramique sur les deux autres et abuse du zoom, pour une fois qu’on a des rupins, sers-les en gros plans, c’est pas tous les jours qu’on contemple du milliardaire.

« Les personnes extérieures à l’émission sont priées de quitter le studio, il reste deux minutes. »

Le haut-parleur se tait. Quelques silhouettes s’éloignent en direction des rideaux qui masquent la porte de fer qui va être fermée.

Bourrier jette le dernier coup d’œil du maître : l’éclairage est au poil. Il se colle sur la une et manœuvre le lourd chariot qui tourne et vient se placer au centre. Les hommes mettent les écouteurs.

Une fois de plus, la voix résonne, c’est celle de régisseur là-haut.

« Monsieur Kobinski, pourriez-vous vous déplacer de 5 centimètres sur la gauche ? Lorsque vous vous tournez vers l’opérateur, on ne vous entend pas. »

Kobinski obéit et dit :

— Ça va comme ça ?

Sa voix paraît ridiculement faiblarde, dérisoire à côté de celle jaillie des haut-parleurs.

« Ça ira merci. »

Il y a quelques secondes de silence total et la voix sereine résonne pour la troisième fois.

« Indicatif sur l’antenne, c’est à vous. »

Carter regarde le plafond, indifférent, le Sheik lorgne ses bagues, seul Kobinski fixe l’écran de contrôle.

Bourrier empoigne la manivelle et prend du champ. Dans le mouvement, ses yeux accrochent son poing net et s’arrêtent sur les aiguilles.

20 h 30.

De l’index, Reiner enclenche la première et démarre silencieusement. Il est en habit. Près de lui, Ben regarde les lampadaires défiler. Derrière, Sam et Lio ont les yeux fixés sur l’écran télé.

— Générique, dit Sam.

Reiner ne répond pas. Il a tout le temps ; à cette heure il y a peu d’encombrements et l’avenue Foch est presque déserte… Il fume une Heredia sans filtre. Les troncs des marronniers s’enfoncent dans l’ombre.

Clignotant.

Il tourne rue de Longchamp.

— Comment ça marche ?

Lio mâchouille un chewing-gum et crache par la portière avant de répondre.

— Croissard a l’air tendu, les trois autres sont à l’aise, l’amerlo surtout est en pleine peau.

Ben grogne quelque chose que Reiner n’entend pas.

— Monte le son, dit-il.

« … question que je ne pouvais pas ne pas vous posez, vous vous en doutez bien ; Monsieur Kobinski, je vous la pose directement, brutalement peut-être : comment vous, fils d’un petit épicier d’une île des Cyclades, êtes-vous devenu l’un des hommes les plus riches du monde ? »

Kobinski démarre mais sa voix est couverte par le rire de Sam. D’un coup d’œil dans le rétro, Reiner regarde le mastodonte qui lui bouche la lunette arrière.

— Ça m’étonnerait qu’il parle des fusils en pièces détachées qu’il a vendus aux Roumains en 43…

Reiner jette le mégot par la portière.

— Il est devenu riche parce qu’il ramassait les trognons de pommes devant le magasin paternel et, avec les sous que son papa lui donnait pour ce travail, il a acheté sa première usine en Turquie, ce qui lui a permis de démarrer dans la vie…

Lio écoute la télé et se met à rire à son tour.

— C’est à peu près ça, sauf que ce ne sont pas des trognons de pommes mais des pépins de pastèques.

« … et avec l’argent que me rapportaient ces pépins dont tous les insulaires sont friands, je fis mes premières économies. »

Croissard a un sourire réticent qui a du mal à rester sur sa bouche.

« Monsieur Kobinski, le Sheik Ibn El Khamsas nous a dit tout à l’heure que sa fortune était due à la fois aux richesses du sous-sol de son pays, dont nous bénéficions tous chaque fois que nous mettons de l’essence dans notre moteur, et de plus, à l’héritage transmis par l’Émir son père et qui lui a été légué en tant qu’héritier direct, cet héritage se composant de palais dans le désert, troupeaux de chameaux, tribus versant des impôts, etc. Si nous comprenons pourquoi le Sheik est aujourd’hui un homme riche, nous ne voyons pas si bien comment vous, Monsieur Kobinski… »

— Doucement, doucement, siffle Bourrier, pas si fort, ne le braque pas, laisse-le venir, lâche du fil, donne du mou, tout doux petit, tout doux…

Kobinski se tortille, embarrassé, son regard rencontre celui de Carter et c’est l’Américain qui répond.

— Je comprends que Monsieur Kobinski ait du mal à expliquer, je crois que j’en aurai moi-même lorsque je passerai à l’interrogatoire…

Rires et sourires.

Bourrier s’éponge d’un revers de main : allons, c’est bien parti, touchons du bois.

— C’est que, poursuit Carter, il y a une chose que le public ignore, c’est le sens réel que contient un mot qui est je crois, pour Kobinski et pour moi-même, le mot clef de notre réussite : c’est le mot « Affaires ».

Kobinski rebondit sur son siège.

— Voilà, dit-il, c’est exactement… je remercie Monsieur Carter, et… oui voilà, on fait des affaires et on est riche, très riche, très vite et…

— Un moment, coupa Croissard, est-ce qu’une affaire suffit à rendre un homme riche ?

— La moitié d’une peut suffire, murmure Reiner.

Le volant tourne dans ses mains, il se trouve place du Trocadéro et n’a pas dépassé le 40. La limousine roule sans heurts, sans un son.

Lio touche l’épaule de Ben.

— Eh, dis donc, p’tit père la Province, la tour Eiffel sur ta gauche, ça te plaît ?

Ben ne se donne pas la peine de hausser les épaules.

— Pauvre mec, dit-il.

La Seine, parallèle à eux, se noie sous le poids des péniches, noire de nuit et de gasoil.

— Ce n’est peut-être pas indiscret de nous donner un exemple : Monsieur Armstrong Carter nous a dit, fort justement d’ailleurs, que les personnes n’étant pas du métier ignorent totalement le sens du mot « affaire », je pense alors qu’il serait bon pour les téléspectateurs…

Le Sheik parle d’une voix maigre, la voix d’un homme qui ne s’adresse qu’à des hommes inclinés, pétrifiés d’attention et de respect.

— Une affaire, dit-il, est quelque chose qui viens vers vous, on ne va pas la chercher. On reçoit un message et…

Kobinski a une mimique éloquente : il n’est pas d’accord.

— C’est vrai pour vous, on vient vous apprendre qu’un nouveau puits a jailli dans le désert, alors la Shell ou B.P. ou n’importe qui vient vous offrir des dollars par pétroliers, mais ce n’est pas toujours aussi facile…

Kobinski continue. Le visage du Sheik s’est fermé. Il ne répondra pas. Depuis son arrivée, il n’a pas regardé une fois le Grec, il y a chez le vieillard des sables une antipathie viscérale pour son voisin.

Carter, à son tour, coupe Kobinski.

— Écoutez, dit-il, je crois que nous tournons autour du pot, le public attend de nous des chiffres, des faits ; pour répondre à votre question, Croissard, je vous dirai qu’il y a… cinq ans environ… j’ai fait une affaire qui m’a rapporté… disons huit cents millions de vos anciens francs.

Bourrier exulte ; ça passe, ça passe bien, ils s’accrochent un peu mais pas trop et l’Américain surtout fait un malheur : direct, sympa, il sort des chiffres, c’est bon ça coco, c’est très bon.

— Et cela vous a demandé combien de temps ?

— Quatre minutes.

Silence ; Croissard semble secoué mais se reprend.

— Huit cent millions en quatre minutes…

— Oui, dit Carter, voilà ce que peut être une affaire…

Rire étouffé de Kobinski.

— Je ne citerai pas d’exemples personnels, mais j’ai des amis qui ont perdu le double en moitié moins de temps…

Carter sourit avec condescendance.

— C’est exact, il y a dans les affaires plus de mauvaises que de bonnes…

— Tout de même, dit Croissard, comment avez-vous fait pour…

Le bracelet-montre d’Armstrong Carter accrocha la lumière.

— Cela serait vraiment très long à expliquer, nous recevons des informations et, à partir de ces informations, nous avons parfois des décisions à prendre, très rapides.

Lentement, le Sheik caresse le voile blanc qui protège sa nuque.

— Si je puis me permettre… je ne suis pas toujours d’accord avec les méthodes expéditives des hommes d’Occident, je croirais plus volontiers aux décisions longuement mûries, mais je pense qu’en effet, l’information nous est nécessaire. Un homme bien informé est déjà un homme riche, mais il faut être riche pour être bien informé.

Croissard semble un peu perdu et croise les genoux, signe apparent de décontraction, mais qui traduit chez lui la nervosité montante.

— Mais de quel genre d’informations voulez-vous parler ?

Kobinski est le plus rapide.

— Difficile à expliquer : cela va du renseignement financier, monétaire, à l’actualité politique en passant par une indiscrétion qui nous permet de savoir qu’à l’autre bout de la planète, un de nos concurrents a des ennuis familiaux.

Croissard jette un œil sur l’écran qui est empli par le Sheik, et se mouche en 2/10e de seconde.

— Pensez-vous que votre rôle financier, économique, politique peut-être, dans chacun de vos pays respectifs, soit absolument nécessaire ?… Je formule mieux ma question : les gens de votre sorte sont-ils indispensables ?

Pont d’Iéna.

La limousine traverse le fleuve, longe les balustrades de pierre grise et s’arrête au feu rouge.

L’air qui entre par la portière baissée est tiède, le ciel au-dessus des toits a des lueurs de néon framboise.

— Les montres, dit Reiner, 20 h 42.

Les quatre chronos ont jailli des manchettes. Les cadrans trouent l’épaisseur de la nuit de leur cercle phosphorescent.

Trois minutes, murmure Sam.

Avant le passage au vert, Reiner lâche le volant et enclenche le chargeur du Strawberry dissimulé sous l’imperméable.

Vert.

L’auto prend la courbe et la rue s’ouvre devant elle, déserte. Les toits des voitures brillent d’humidité. Reiner s’immobilise sur le boulevard.

Les quatre portières claquent ensemble.

De front, les quatre hommes traversent la chaussée.

20 h 44.

Ils avancent côte à côte. Il n’v a aucun vent et le bruit de leurs semelles semble monter jusqu’aux toits.

O.R.T.F.

Ils pivotent ensemble et entrent avec le synchronisme d’un numéro de music-hall, écartant les portes vitrées.

« Renseignements. »

Le préposé a une pile de Buck John sous le comptoir. Il en est au n° 147, celui où les Cheyennes déchargent les wagons d’eau de feu et de Winchester qu’un grand salaud de visage pâle leur refile pour qu’ils attaquent les…

— Studio douze, s’il vous plaît ?

Le type émerge de ses Indiens et lève un œil sur le visage dans l’ombre. Il ne devine que le plastron immaculé d’une chemise. Un type en habit, ça peut être un ponte, il faut se méfier, ils sont quatre.

— Il y a une émission en direct en ce moment et on ne peut pas…

— Studio douze, s’il vous plaît ?

La voix n’a pas bougé d’un octave. Inexplicablement, le préposé se sent mal à l’aise.

— Au fond du couloir central, escalier A, mais il y a une émiss…

Les quatre silhouettes sombres ont déjà disparu dans la direction qu’il vient de leur indiquer. Lentement, il retourne à ses Cheyennes, mais l’attention n’y est plus…

Reiner et les trois frères ont atteint le sommet de l’escalier. Il y a un numéro au-dessus de la lourde porte bleue : 12.

20 h 45.

Au-dessus de l’épaule de Kléber Court, l’ambassadeur se penche. L’odeur de l’after-shave se mélange pour un bref instant à celle du whisky qu’il tient à la main.

— Très bon, l’Émir est impérial, vraiment très spectaculaire, Croissard devrait davantage le mettre en valeur, c’est la richesse orientale opposée à…

Le verre se brise sur le tapis. Kléber Court se lève, horrifié.

20 h 45.

Croissard rit avec Armstrong qui enchaîne.

— Il est évident que nous pourrions avoir de fastueux trains de vie, mais le drame est que, pouvant l’avoir, nous n’avons plus guère envie de nous l’offrir.

Le Sheik esquisse un signe de dénégation poli.

Croissard se tourne vers lui.

— Vous ne semblez pas du même avis que votre…

Le Sheik ne bouge plus, semble brusquement aussi immuable que ses déserts de sable et Croissard éprouve la plus étrange sensation de sa vie.

Sur le plateau d’un studio de télévision, devant l’Europe entière, quelqu’un vient de lui taper amicalement sur l’épaule.

Croissard se retourne.

20 h 45.

Le type est gigantesque, un masque cache le haut du visage, il semble sourire.

Le regard de Croissard file vers les caméras. Il y a un autre malabar derrière Bourrier livide. Par réflexe, Croissard lève les yeux vers la régie : il y a un troisième costaud qui le regarde derrière une sorte de loup de soie noire.

Mais le pire c’est le quatrième, il a un flingue abominable et il sait le tenir ; il s’avance, pénètre sous les projecteurs et Croissard s’écroule d’émotion : il vient de s’apercevoir, sur l’écran placé près de lui, que l’émission continue, les caméras enregistrent toujours.

— Excusez-moi.

Reiner, d’un tour de main, débarrasse Armstrong de son micro portatif et se tourne vers Bourrier.

— Cadre sur moi.

Incapable de réfléchir, le réalisateur obéit.

Sous le masque de taffetas bleu nuit, les traits sont impénétrables.

— Ne quittez pas vos postes, mesdames et messieurs, l’émission continue, il est même probable qu’elle durera une grande partie de la nuit. Nous avertissons en effet les techniciens et les responsables de l’Office que, si par un moyen quelconque, nous disparaissions des écrans, cela déclencherait le massacre immédiat des invités de ce soir. Mais, avant de poursuivre, je tiens à vous présenter mes équipiers.

Travelling, Reiner disparaît du champ et Sam apparaît. On le voit murmurer quelque chose que personne n’entend. La trois le quitte et pique Ben près de la porte, sentinelle gigantesque qui incline légèrement le buste lorsqu’il se voit filmé. Reiner réapparaît.

— Et à présent, dit-il, je vais vous expliquer en quelques mots ce qui va se passer.

Pour six cents millions de téléspectateurs, la nuit la plus longue de l’histoire de la Télévision va commencer…

 

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