Amies à l'infini 1 : Quand l'amour s'en mêle
Zoé
Quatre mois plus tôt
Jeudi 3 juin, 12 h 14, corridor de l’école
Je n’en peux plus ! Je n’en peux plus ! Je n’en peux plus ! Mélanie s’est encore amusée à distribuer des extraits de mon blogue en classe pendant toute la matinée. J’ai dû endurer les chuchotements et les insultes de mes camarades de classe sans laisser paraître que ça m’affectait. Comment faire pour que Mélanie me laisse tranquille ? Je n’ai personne vers qui me tourner, personne à qui je pourrais me confier. Il y a bien Olivier, mais j’ai peur de sa réaction et je tiens à me débrouiller seule. Quant à Ophélie, n’en parlons pas. J’ai essayé plusieurs fois de lui expliquer pourquoi j’ai parlé d’elle sur mon blogue. En vain. Elle m’ignore to-ta-le-ment. Je suis définitivement seule.
Sentant les larmes me monter aux yeux et refusant que quelqu’un me voie craquer, je me réfugie dans les toilettes les plus proches. Je m’enferme dans une cabine et éclate en sanglots. Je ne sais pas combien de temps je reste à pleurer mais, au bout d’un moment, j’entends quelqu’un prononcer mon prénom. Une voix masculine. « Euh… ce sont les toilettes des filles, le grand ! je grogne intérieurement. Tu n’as pas vu le petit bonhomme en jupe sur la porte ? ? » Je me calme, mais ne réponds rien.
— Zoé ?
J’hallucine ! C’est Jérémie qui m’a suivie jusqu’ici ? Qu’est-ce que je fais ? Je l’ignore ? Je lui crie de me laisser tranquille ?
— Zoé, je sais que tu es là, continue-t-il, je ne partirai pas avant d’être sûr que ça va.
— Ça va, dis-je d’une voix enrouée par les larmes.
— Peux-tu sortir de la cabine ?
Mais qu’est-ce qu’il me veut ? Il ne comprend pas que j’ai envie d’être seule pour pouvoir pleurer toutes les larmes de mon corps ? Cette intrusion dans mon intimité me met hors de moi. Je sèche mes larmes, essuie rapidement le mascara qui s’étale sous mes yeux et rejoins Jérémie. Ce dernier est debout près de la porte d’entrée des toilettes.
— Tu es venu pour te moquer de moi, c’est ça ?
Jérémie me regarde avec stupeur.
— Au contraire, je m’inquiète pour toi ! Mais si j’avais su que tu me réserverais un tel accueil, j’aurais laissé tomber !
J’ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Jérémie semble à la fois peiné et en colère par ma réaction. Peiné… C’est bien la dernière réaction à laquelle je m’attendais. Vraiment trop imprévisible, ce gars-là !
Soudainement très lasse, je soupire :
— Excuse-moi, je suis à fleur de peau et je ne fais plus confiance à personne. Tu ne peux pas imaginer à quel point je rêve de pouvoir m’enfuir de cette école et ne plus jamais revenir.
— Je te comprends, Zoé, et je peux te dire que je n’approuve pas du tout le comportement de Mélanie. Si tu as besoin d’en parler, de te défouler, je suis là.
— Merci, mais pour l’instant, j’aurais juste besoin… d’être seule.
Ma voix se brise et sans pouvoir me retenir, j’éclate à nouveau en sanglots. Je suis au bord de la crise de nerfs. Abasourdie de m’être complètement laissée aller devant témoin (et pas n’importe lequel ! ! ! !), je m’enferme à nouveau dans les toilettes et ordonne à Jérémie de partir. Petit à petit, je finis par reprendre mes esprits. J’attends au moins dix minutes avant de sortir de la cabine. Fiou, je suis toute seule ! Soulagée, je me rafraîchis le visage et quitte les toilettes… pour tomber nez à nez avec celui-qui-veut-s’assurer-à-tout-prix-que-je-vais-bien dans le corridor. Nous sommes complètement seuls ; tous les élèves doivent être à la cafétéria en train de manger. Je sursaute et m’écrie :
— Qu’est-ce que tu fais encore là ?
— Je t’attendais, répond-il doucement.
Il se rapproche de moi et, sans crier gare, dépose un baiser sur mes lèvres. Euh… Je ne l’avais vraiment pas vue venir, celle-là ! Un mot : wow. Jérémie pousse la porte des toilettes, m’entraîne à l’intérieur et recommence à m’embrasser. Je suis en plein délire. Sa bouche est si douce et son parfum m’enivre. Je passe mes doigts dans ses cheveux ébouriffés tandis qu’il glisse une main dans mon dos. J’entends sa respiration saccadée qui se mêle à la mienne. Je voudrais que le temps s’arrête. D’ailleurs, je crois qu’il s’arrête.
Malgré moi, je finis néanmoins par le repousser après plusieurs minutes. Il a une blonde et il devrait s’en souvenir. En plus, si je vis ce calvaire à l’école, c’est parce que j’ai eu le malheur d’embrasser un gars qui n’était pas libre. Hors de question que je refasse la même erreur et que je me bâtisse une réputation de voleuse de chum ! Je m’éloigne donc de lui et lui demande, des reproches dans la voix :
Pourquoi tu as fait ça ?
Jérémie me regarde un instant comme s’il prenait conscience des dernières minutes, puis il élude ma question :
— Est-ce que ça va mieux ?
— C’est pour cette raison que tu m’as embrassée ? Pour que j’aille mieux ?
Il rit doucement avant de déclarer :
— Ne t’en fais pas pour Mélanie, elle va arrêter de t’écœurer bientôt…
Sans me laisser le temps de répliquer, il quitte les toilettes. Je m’appuie contre le mur. J’ai chaud, j’ai les jambes qui tremblent et je peux encore sentir Jérémie qui me prend dans ses bras et m’embrasse. Je ne m’attendais certainement pas à vivre un truc pareil aujourd’hui ! Je n’en reviens d’ailleurs toujours pas. Jérémie s’inquiétait pour moi ? Il m’a suivie jusqu’ici pour s’assurer que j’allais bien et m’a embrassée ? ! Se pourrait-il qu’il s’intéresse à moi ? De mon côté, il est clair qu’il ne me laisse pas indifférente. Dire que je ne m’en étais même pas aperçue avant aujourd’hui ! C’est fou comme se rendre compte d’une attirance peut prendre du temps ! Ou peut-être que je ne voulais pas admettre ce que je ressentais, car je ne suis pas certaine que commencer à m’intéresser à Jérémie soit une bonne idée. Vraiment pas.
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