Amies à l'infini 1 : Quand l'amour s'en mêle
Vendredi 10 septembre, 17 h 45, resto près de l’école
J’aime beaucoup Chloé. Je l’admire aussi. Elle est sûre d’elle et ne ressent pas le besoin d’être populaire ou admirée. Moi, je crois que j’aimerais l’être. Ou du moins, j’aimerais attirer l’attention pour autre chose que le blogue de Zoé.
Parlant de Zoé, la situation ne s’améliore pas entre elle et moi. Aucune de nous ne semble prête à faire le premier pas. Elle se tient avec Jessica et Noémie, deux filles avec lesquelles on a quelques cours, et moi, je reste de mon côté avec Chloé. C’est peut-être pour le mieux. On n’était peut-être pas destinées à être amies pour la vie. « Best friends forever », c’est super beau dans les films, mais dans la vraie vie, c’est beaucoup plus difficile.
Vendredi 10 septembre, 17 h 45, resto près de l’école
Il faut que je change de quartier, de ville, de pays même ! Impossible de continuer à me lever chaque matin en sachant que je peux croiser Olivier n’importe où ! C’est une vraie torture mentale !
Après la fin du dernier cours aujourd’hui, je n’avais pas le goût de rentrer tout de suite à la maison. J’ai demandé à Chloé si elle avait envie d’aller au petit resto sympa près de l’école où on va parfois manger le midi. Ils servent des sous-marins et des muffins trop bons. Zoé et moi y allions souvent ensemble. L’ambiance est assez jeune et je tripe sur leurs banquettes. Elles sont tellement moelleuses que je pourrais m’y endormir ! J’étais d’ailleurs assise sur l’une d’elles, un verre de boisson gazeuse à la main, quand… pouf ! Olivier a surgi de nulle part. Il était devant la caisse, avec deux de ses amis, en train de commander. Une chance qu’il n’était pas avec une fille ! ! ! Je serais morte sur le coup de le voir tenir une fille par la main ou pire, la frencher. Je ne sais pas s’il a une blonde mais, sérieusement, je préfère ne jamais assister à leur échange de salive !
Lorsque je l’ai aperçu, j’ai cru que j’allais m’évanouir. Il n’a pas changé pendant l’été. Il est toujours aussi beau. Je trouve qu’il ressemble à Chad Michael Murray, celui qui joue Lucas dans Les Frères Scott. Il est grand, châtain clair, presque blond avec le soleil, et il a toujours quelques mèches de cheveux rebelles qui retombent sur son front. Ses yeux sont verts. Très expressifs. Quant à son corps : OH MY GOD ! ! ! Je ne sais pas si ce sont ses entraînements de hockey et de soccer qui le musclent ainsi mais… OH MY GOD ! ! !
C’était la première fois que je me retrouvais près de lui depuis le fameux jour où il m’a balancé en pleine face sa façon de penser quant à mes agissements envers Zoé. Un mois plus tôt, nous avions eu, lui et moi, cette horrible (et très humiliante) discussion sur mes sentiments pour lui. (Discussion que je m’efforce d’oublier définitivement, en passant…)
À force d’observer Olivier, assise sur ma banquette (lire ici : pétrifiée), j’ai senti le sang se retirer de mes joues et je me suis enfuie dans les toilettes du restaurant. Toilettes où je suis toujours en ce moment et d’où je ne compte pas sortir avant d’être certaine qu’Olivier se trouve à plus de trente kilomètres de moi. OK, techniquement, c’est impossible. Zoé et lui habitent à moins de dix minutes à pied de chez moi, mais je ne peux pas retourner à ma table s’il est encore dans le resto !
Chloé doit me prendre pour une folle. J’ai littéralement bondi de la banquette sans lui donner d’explication ! Mais c’était soit ça, soit je me jetais sous la table pour qu’Olivier ne me voie pas ! (Vraiment mieux, b-r-a-v-o ! Très mature comme réaction…) Le problème majeur maintenant, c’est que je n’ai pas mon cell. Il est resté dans mon sac et je ne peux pas appeler Chloé pour la mettre au courant de la situation. Je suis donc obligée d’attendre qu’elle me rejoigne ici.
Je fais les cent pas (démonstration parfaite de l’expression « tourner comme un lion en cage »), mais Chloé ne se décide toujours pas. J’hésite un instant puis ouvre la porte des toilettes. Je l’aperçois à notre table. Elle m’attend en tapotant sur son iPod.
— Chloé ! je lance à voix basse.
Pas de réaction.
— Chloé ! ! !
Toujours pas de réaction. Elle ne m’entendra jamais. Elle est trop loin et je préfère ne pas hausser la voix histoire d’éviter d’attirer l’attention de tout le monde. Je scrute les clients un à un : pas d’Olivier. Il était peut-être seulement venu acheter quelque chose à emporter ? Oui. Peut-être. Mais je ne peux pas sortir d’ici sans être certaine à 100 % qu’il est parti et qu’il ne me verra pas. Je ne peux juste pas !
Bon. Je prends une profonde inspiration et fais semblant d’éternuer. Bingo ! Chloé lève la tête dans ma direction… ainsi que tous les clients présents. Oups ! J’y suis allée un peu fort. Pour la discrétion, on repassera ! Je me sens devenir écarlate. De la main, je lui fais signe de venir et referme la porte derrière moi.
— Qu’est-ce qui se passe ? me demande-t-elle en me rejoignant.
— Est-ce que tu as vu le gars à la caisse tantôt, avec ses amis ?
— Euh, des gars à la caisse, il y en a eu pas mal !
Ouais, c’est vrai. J’oublie toujours que je suis la seule à remarquer Olivier dès qu’il entre quelque part.
— Tu sais, le grand châtain clair, avec une veste marine. Il était avec deux gars il y a à peine cinq minutes.
— Hum, hum, répond Chloé, incertaine.
— C’était Olivier.
— Olivier ? Le frère de Zoé ? Celui que tu aimes depuis que tu as six ans ?
— En plein ça ! Et je ne veux pas qu’il me voie ! Il faut absolument que tu me dises s’il est parti !
Chloé secoue la tête, l’air désolé.
— Je l’ai à peine aperçu, je ne pourrais jamais le reconnaître parmi tous les clients.
Je m’adosse contre le mur, les jambes flageolantes. Olivier me met dans un de ces états ! Mon corps est inapte aux émotions fortes.
— Tu n’as pas une photo de lui ? demande Chloé, cherchant une solution.
— Pas avec moi.
J’ai des centaines de photos d’Olivier. À tous les âges. Avec moi, sans moi, avec Zoé. J’ai un album complet qui lui est dédié. Après cette horrible discussion que nous avons eue lui et moi sur mes sentiments, je l’ai rangé dans un carton que j’ai déposé bien au fond de mon garde-robe. Je l’ai recouvert de mes patins, de deux ou trois boîtes à chaussures et d’une pile de vieux vêtements. Bon, j’ai aussi des photos sur mon ordinateur que je ne peux pas me résoudre à effacer, mais je fais comme si elles n’existaient pas. Je les ai déplacées dans un dossier sans nom, espérant oublier le chemin pour les retrouver, et je ne les ai plus jamais regardées depuis.
Je lève les yeux vers Chloé, qui semble attendre mes directives, et dis :
— Il faut qu’on s’en aille. Peux-tu m’apporter mon sac et ma veste ici ?
— OK. Je reviens vite !
Deux minutes plus tard, mon visage est enfoui dans le col de ma veste jusqu’au nez et mon cou est rentré dans mes épaules. Ah ! si seulement on avait été en hiver, j’aurais pu me cacher sous ma tuque et personne ne m’aurait reconnue ! Tant pis. Espérons qu’il ne reconnaisse pas ma moitié de visage… Je presse donc le pas jusqu’à la sortie du resto en me promettant de ne plus jamais revenir. Au bout de cinq cents mètres, je ralentis la cadence et baisse enfin la fermeture éclair de ma veste. Je commençais à mourir de chaleur là-dessous !
Je remercie Chloé de son aide et m’excuse pour mon comportement un peu hystérique. Peut-être que dès demain, elle va m’ignorer et se tenir avec des filles moins folles ?
— Ça va, me rassure-t-elle. Il y a des situations qui sont difficiles à gérer.
— Je ne pensais pas que ça me mettrait autant à l’envers de revoir Olivier.
Nous nous asseyons sur un banc à l’entrée d’un petit boisé. J’hésite un moment et décide de lui confier en détail ce qui s’est passé en juin dernier. Je lui parle de Zoé, de son blogue, de ce qu’elle a écrit sur moi et de mes sentiments pour son frère. De ce que j’ai ressenti en apprenant que la moitié de l’école l’avait lu. En apprenant qu’Olivier LUI-MÊME l’avait lu. C’est après ça qu’il est venu me parler. Il m’a clairement expliqué que je devais l’oublier et qu’il ne se passerait jamais rien entre nous. J’en ai pleuré pendant des nuits…