Amies à l'infini 1 : Quand l'amour s'en mêle

Audrey Parily · Chapitre 42 sur 46

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Amies à l'infini 1 : Quand l'amour s'en mêle

Dimanche 5 décembre, 13 h 02, chambre d’Ophélie

Ella dit :

Oui.

Olivier dit :

Écoute, ce n’est pas compliqué, je te laisse trois choix : soit tu me

dis qui tu es, soit on se voit en personne, soit on arrête de se

parler. Mais je te préviens : même si tu décides de tout arrêter, je

finirai par savoir qui tu es.

 

Il avait l’air vraiment déterminé et je me suis dit qu’il était préférable que je lui dise la vérité plutôt qu’il la découvre de lui-même. J’ai répondu :

Ella dit :

On se voit.

 

J’hésitais entre ça et lui révéler mon identité sur-le-champ, et puis, je me suis dit qu’il était préférable que cette révélation se fasse en personne. On a donc rendez-vous demain après-midi, au resto près de l’école. Il ne me reste plus qu’à trouver le courage d’y aller et à prier pour que toute cette histoire (ce cauchemar, oui !) se termine bien. Je me doute qu’Olivier ne me sautera pas dans les bras mais, au bout du compte, j’espère qu’il arrivera à me pardonner et à comprendre pourquoi j’ai fait ça. Je l’aime. Je l’aime et je veux une fin heureuse pour nous deux. Ou plutôt non. Je ne veux pas de fin. Jamais de fin. Je veux que tout ne fasse que commencer.

 

Dimanche 5 décembre, 13 h 02, chambre d’Ophélie

J’ai rendez-vous avec Olivier dans moins d’une heure. Plus les minutes passent et moins je me sens le courage d’y aller. Je sais qu’il a droit à la vérité, mais j’ai tellement peur de sa réaction ! Comment j’ai pu croire que tout finirait bien ? Je maintiens que mon idée se tenait, mais je n’ai vraiment pas pensé aux conséquences. J’aurais dû y réfléchir plus longtemps. Je n’en peux plus de vivre ce que je vis. On dirait que je ne peux jamais avoir ce que je veux. Chloé a F-X, Zoé a Jérémie et moi je m’apprête à perdre Olivier.

Je ne peux pas aller à ce rendez-vous. Je ne peux pas. Je vais écrire à Olivier et tout annuler. Je préfère disparaître de sa vie. Oui, il y a un risque qu’il découvre mon identité par lui-même, mais je suis prête à le courir. J’aimerais être plus forte, plus adulte, seulement je ne le suis pas. C’est comme ça.

Je m’installe devant mon ordinateur quand on sonne à la porte. Trente secondes plus tard, ma mère m’annonce que Zoé est là. Est-ce qu’elle devait passer me voir ? Je ne m’en souviens pas. Elle m’a appelée vendredi soir pour me raconter en détail sa soirée avec Jérémie. Dire qu’ils se sont encore embrassés ! Elle a tellement de chance ! Peut-être qu’elle est venue m’annoncer qu’elle sort officiellement avec lui ?

J’ouvre la porte de ma chambre et invite Zoé à monter. À son expression, je vois tout de suite que quelque chose ne va pas. Elle ne sort pas avec Jérémie. Pas avec cette tête-là. Qu’est-ce qu’il lui a encore fait ? Je referme la porte de ma chambre derrière elle et dis :

— Ça n’a pas l’air d’aller, toi.

— Pas vraiment.

— C’est à cause de Jérémie ?

— Non. De mon frère.

— Ton frère ?

Tous les muscles de mon corps se raidissent. Il est arrivé quelque chose à Olivier ? Zoé poursuit, des éclairs dans les yeux :

— C’est toi, Ella ?

Sa question (qui sonne bien plus comme une affirmation) me fige sur place. Mon cœur s’arrête. Qu’est-ce qu’elle sait ? Qu’est-ce qu’Olivier sait ? Comment ? Depuis quand ? Je déglutis péniblement. Mes mains tremblent et je les cache derrière mon dos. Qu’est-ce que je dois faire ? Qu’est-ce que je dois dire ? Avouer ? Ne pas avouer ? Je ne m’attendais pas à ce que Zoé découvre la vérité ! Est-ce que Chloé lui aurait tout raconté ? Non, elle n’aurait jamais fait ça. Zoé insiste :

— Tu vas me répondre ou pas ? C’est toi, Ella ?

Je sens les murs se refermer sur moi. À moins que ce soit le ciel qui vient de s’effondrer et de m’écrabouiller ? Je voudrais réfléchir calmement, mais je n’y arrive pas. Zoé me fixe avec une telle intensité. Me croira-t-elle si je nie tout ? J’en doute. Elle me connaît trop bien. Autant passer aux aveux.

— Écoute… Je n’ai jamais voulu…

— Quoi ? Te faire passer pour une autre auprès d’Olivier ?

— Je voulais seulement…

Furieuse, elle me coupe à nouveau :

— Je n’en reviens juste pas ! Tu es tombée sur la tête ? Qu’est-ce qui t’a pris ?

— Comment tu l’as su ?

— Olivier m’a raconté qu’il tchattait sur MSN avec une fille qu’il ne connaissait pas, mais c’est seulement ce matin, lorsqu’il m’a parlé de son faux prénom… Ella. J’ai tout de suite pensé à toi. Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Il n’y a que toi qui aimes ce prénom. Pourquoi tu as fait ça ?

— Parce que je l’aime !

Zoé hausse les yeux au ciel, agacée.

— Oh, arrête avec cet amour ! Tu l’aimes seulement parce que tu ne peux pas l’avoir !

— C’est faux !

S’il y a une chose que je déteste, c’est quand elle minimise ce que je ressens pour son frère. Je ne vois pas en quoi ça serait moins fort que ce qu’elle ressent pour Jérémie. Ça l’est même plus parce que je connais Olivier depuis plus longtemps.

Hors de moi, je réplique :

— Tu n’as jamais voulu comprendre ce que j’essaie de t’expliquer depuis des années : je l’aime. Je ferais n’importe quoi pour lui !

Ma voix s’éteint et je sens quelques larmes rouler sur mes joues. Zoé me lance un regard désolé, complètement déroutée.

— Mais à quoi ça t’a servi de te créer un personnage ? reprend-elle, plus calme.

— Laisse faire. Tu ne comprendrais pas de toute façon. Tu n’es pas à ma place et tu n’as jamais essayé de t’y mettre. Ce n’est pas la journée pour commencer !

OK, je ne devrais pas crier après Zoé, mais je ne peux pas m’en empêcher. Je ressens trop d’émotions pêle-mêle en moi. Il faut que ça se sorte. Mon amie ne se laisse pas impressionner pour autant et dit :

— Arrête de m’attaquer. C’est toi qui as mal agi.

Je hoche tristement la tête. Elle a raison et je le sais. Je murmure :

— S’il te plaît, va-t’en. J’ai besoin d’être seule.

— Je regrette, mais il faut que tu ailles parler à Olivier.

J’ouvre la bouche sous l’effet de la surprise.

— Tu ne lui as pas dit que j’étais Ella ?

— Ce n’est pas à moi de le lui apprendre.

Mon cœur recommence à s’emballer. J’étais certaine que Zoé avait tout expliqué à Olivier. Et j’avoue qu’une partie de moi était soulagée. Plus besoin de l’affronter, il ne me restait qu’à pleurer. Sauf que Zoé ne lui a rien dit et maintenant, je ne peux plus éviter la confrontation avec son frère. Je ne sais pas comment lui avouer ce que j’ai fait. Je n’ai pas de mots.

— Il faut que tu assumes les conséquences de tes actes, Ophélie. Tu ne peux pas continuer à agir sans réfléchir. C’est comme pour mon accident et cette vidéo sur YouTube…

Son accident ? Pourquoi aborder son accident maintenant ? Même si les choses ne sont plus vraiment comme avant entre nous, je croyais qu’on avait dépassé ça et qu’on s’était pardonné !

— C’est quoi le rapport avec ton frère ?

— Tu ne vois vraiment pas ? Tu fais des choses sans réfléchir et ensuite tu t’excuses comme si ça effaçait tout. Peut-être que tu n’avais pas prévu que mon accident serait si grave, mais sans toi, il n’y aurait jamais eu d’accident. Et là, tu vas blesser mon frère et te cacher derrière cette phrase que tu adores : « Mais je ne savais pas qu’on en arriverait là. » Grandis un peu, Ophélie, et arrête de ne penser qu’à toi.

Zoé n’a pas élevé la voix, mais ses paroles me mettent à nouveau hors de moi. Elle est toujours en train de me juger ! Toujours. Et j’en ai assez !

— Ce n’est pas à toi de me dire ce que je dois faire ! Tu crois que tu as été mature en laissant Jérémie s’amuser avec toi comme il l’a fait ? Est-ce qu’il t’a rappelée depuis vendredi ?

Zoé pince les lèvres. J’ai touché un point sensible et je devine qu’elle n’a toujours pas de ses nouvelles. Elle ne tombe néanmoins pas dans mon piège et rétorque :

— Ne change pas de sujet. Ce qui se passe entre Jérémie et moi n’a rien à voir avec ce qui se passe entre Olivier et toi. Maintenant, viens, Olivier est à la maison, il faut que tu ailles lui parler.

Je secoue farouchement la tête. Je ne suis pas prête à l’affronter. J’ai besoin de temps. Une semaine, un mois, dix ans.

— Je ne peux pas le voir aujourd’hui.

— Tu n’as pas le choix.

— Zoé…

Elle me lance un regard compatissant.

— Plus vite tu le verras, et plus vite ce sera fini.

Je me mords la lèvre inférieure au point d’en avoir mal. Elle a raison. Encore. Toujours. C’est tellement tannant ! Mais c’est vrai. Plus vite j’aurai parlé à Olivier et plus vite cette journée pourra se transformer en mauvais souvenir. Le pire de ma vie. Je prends une longue inspiration et tente de refouler les larmes qui me montent aux yeux. J’ai mal au ventre. Pourrait-il y avoir un tremblement de terre ? Là, tout de suite ?