Amies à l'infini 1 : Quand l'amour s'en mêle

Audrey Parily · Chapitre 39 sur 46

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Amies à l'infini 1 : Quand l'amour s'en mêle

Jeudi 2 décembre, 18 h 32, salon chez Zoé

Je pose mon cell sur le bureau et reste un moment sans réaction. Je ressens trop d’émotions à la fois. La joie d’avoir parlé à Jérémie, l’excitation de le voir vendredi (Bouh ! C’est trop loin !), l’appréhension de ce qui pourrait se passer ce soir-là, la colère et la tristesse dues à ce qui s’est déjà passé entre nous… Je m’étais juré de ne plus jamais lui adresser la parole. Techniquement, je n’ai pas brisé mon serment puisque je suis obligée de lui parler à cause de notre travail d’anglais. Mais inutile de m’en faire accroire. Je suis encore en amour avec lui et c’est l’excitation qui l’emporte sur toute la panoplie de sentiments que je ressens. Je ne dois pas trop me créer d’attentes, cela dit. C’est le meilleur moyen d’être déçue. Jérémie et moi allons travailler sur notre présentation et rien d’autre.

Rien d’autre.

 

Jeudi 2 décembre, 18 h 32, salon chez Zoé

 

— Est-ce que tu seras à la maison vendredi soir ? je demande à mon frère en entrant dans le salon.

Assis sur le sofa, Olivier lève la tête dans ma direction :

— Je ne sais pas encore. Pourquoi ?

— J’ai invité quelqu’un et… j’aimerais bien être seule avec lui.

— Par lui… tu veux dire un gars ?

— Oui.

Mon frère est une vraie fille ! Il ne peut pas s’empêcher de poser des questions indiscrètes ! D’ailleurs, il enchaîne :

— Celui dont tu m’as parlé la dernière fois ?

J’acquiesce doucement de la tête.

— Vous sortez ensemble, finalement ?

Je lève les yeux au ciel devant son interrogatoire en règle et soupire :

— Non, on ne sort pas ensemble.

Une vraie fille, je vous dis ! Mais, au fond, ça ne me dérange pas tant que ça de lui parler de Jérémie. Il m’a vraiment aidée la dernière fois, quand je lui ai parlé de ce qui me tracassait. Et je sais que lorsque je dirai « ça suffit », il cessera ses questions. Enfin, je crois…

— Vous avez l’air d’avoir une relation légèrement compliquée, lance Olivier, un brin moqueur. Tu ne sors pas avec lui, mais il vient à la maison vendredi soir.

Eh oui ! Je n’ai jamais eu une relation aussi compliquée ! Surtout que j’ignore si Jérémie sort encore avec cette Stéphanie. Étant donné que je l’ai supprimé de mes amis sur Facebook, impossible de savoir. Jessica et Noémie sont peut-être au courant, mais je préfère ne pas leur demander. Elles me poseraient une tonne de questions auxquelles je ne me sens pas prête à répondre. Je n’ai même pas pu répondre à celles d’Ophélie et Chloé quand je leur ai appris mon prochain rendez-vous avec Jérémie ! Ophélie est tout excitée. Elle est persuadée que Jérémie se sert de notre travail d’anglais pour se rapprocher de moi. Selon elle, rien ne le forçait à me proposer de regarder la version cinématographique de Beaucoup de bruit pour rien, ni à s’inviter chez moi. Elle m’a demandé si j’ai pardonné à Jérémie sa conduite. Je lui en veux encore, c’est certain, et je refuse de succomber à nouveau à son charme sans savoir ce qu’il a en tête. Mais ce sera difficile de le repousser s’il tente quelque chose.

Je reporte mon attention sur mon frère, espérant chasser Jérémie de mes pensées. Je m’installe près de lui et lance :

— Comment vont les choses avec ta copine sur MSN ?

Olivier se rembrunit et je fronce les sourcils.

— On dirait que, toi aussi, tu vis une relation compliquée.

— On peut dire ça, oui.

— Raconte.

Il hausse les épaules, faussement indifférent.

— Il n’y a rien à raconter.

— Pourtant, je vois bien que quelque chose te tracasse.

— Tu n’es vraiment pas du genre à lâcher le morceau, hein ? me taquine-t-il.

— Comme toi !

Je fais un clin d’œil à mon frère qui éclate de rire.

— Alors, qu’est-ce qui se passe avec cette fille ?

— Je lui ai proposé une rencontre en personne et elle ne se connecte plus depuis.

— Elle t’a dit qu’elle ne voulait pas te rencontrer ?

— Même pas. Elle a juste coupé court à notre conversation et je n’ai plus eu de nouvelles.

— Elle a peut-être honte de son physique ?

— Non, je l’ai vue en photo et elle est vraiment cute. Et puis, elle devait bien se douter que j’aurais envie de la rencontrer un jour.

Olivier semble vraiment déçu et je décide de creuser plus loin :

— Tu l’as connue comment ?

— Elle est au cégep apparemment. Elle dit qu’elle me trouve de son goût et qu’elle est trop gênée pour m’aborder en face. Elle s’est débrouillée pour avoir mon adresse courriel et m’a contacté.

Je fronce les sourcils.

— Je trouve ça bizarre. Qui lui aurait donné ton adresse ? Un de tes amis ? Tu ne crois pas que tu l’aurais su si ça avait été le cas ?

— Pas forcément.

— OK, admettons qu’une fille vient te voir et te demande l’adresse d’un gars que tu connais, tu n’irais pas le lui raconter sur-le-champ ?

Olivier grimace. Il sait que j’ai raison.

— Si j’étais toi, j’interrogerais mes amis pour en avoir le cœur net. Ça t’aidera peut-être à savoir qui est cette admiratrice secrète.

Je suis mal à l’aise avec les relations virtuelles. Parler pendant des semaines avec quelqu’un que je ne connais pas ? Non merci, ça ne m’intéresse pas. Je sais que ce genre de relation attire beaucoup de monde. Jessica et Noémie ont toutes les deux des tas de contacts MSN et des amis sur Facebook qu’elles n’ont jamais rencontrés. Je n’aurais pas cru qu’Olivier se serait laissé tenter. Je me demande bien qui est son énigmatique correspondante. J’espère que ce n’est pas une mauvaise blague qu’on lui fait.

— Bon, et alors, pour vendredi soir ?

— Tu as vraiment le goût que je te laisse seule avec lui, on dirait. Comment il s’appelle au fait ?

— Jérémie Desjardins.

— Jérémie Desjardins ? Attends, ça me dit quelque chose… Ce n’est quand même pas le Jérémie Desjardins qui s’est donné comme défi d’avoir plus de conquêtes que Don Juan ? Il est sorti avec la sœur d’un de mes amis et ça s’est très mal terminé…

Super ! Sa réputation est parvenue jusqu’aux oreilles d’Olivier. C’est hallucinant ! Mon frère est au cégep, il a quitté notre école il y a deux ans et il le connaît ! Ça doit être lourd à porter une telle popularité ! Je ne pourrais jamais vivre en sachant que tout le monde m’épie et discute de mes moindres faits et gestes.

— Qu’est-ce que tu as entendu au juste ?

— Qu’il est du genre à changer de blonde toutes les semaines. Je n’ai pas du tout envie qu’il t’arrive la même chose qu’à la sœur de mon ami.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Il l’a laissée parce qu’elle lui a dit qu’elle l’aimait. Il ne voulait pas de relation sérieuse, il voulait s’amuser sans plus.

Ouch ! Et re-ouch ! Jérémie a-t-il vraiment fait ça ?

— Dans ces conditions, reprend Olivier, ça ne me tente vraiment pas de te laisser seule avec lui.

— Je suis assez grande pour gérer la situation.

J’appuie ma dernière réplique d’un regard franc et assuré, mais Olivier n’en démord pas :

— Ouais, me semble… Vu ce que tu m’as raconté l’autre jour, c’est un peu normal que je m’inquiète.

Je croise les bras sur ma poitrine, l’air renfrogné.