Amor

Dominique Forma · Chapitre 6 sur 6 · partie 5/5

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Amor

La politique de nos sexes

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.

Maximilien et Camille s’endormirent sur le côté, en chien de fusil, emboîtés l’un dans l’autre.

Pourtant.

Camille avait triché. Pour s’assurer une puissante montée de jouissance, elle s’était abandonnée aux souvenirs. Sa mémoire restait engorgée d’instants privilégiés, partagés avec Viviane.

Comme elle l’aurait fait d’une épice rare, elle en saupoudrait ses orgasmes afin de les étirer. Lorsque le tremblement du plaisir s’effaçait, le dégoût le remplaçait. La fatigue aidant, elle s’endormait, se jurant de ne plus recommencer.

Pourtant.

Maximilien restait inquiet. Il récapitulait mentalement les potentiels dommages collatéraux. Le flic de Saint-Ouen qui enquêtait, le pauvre type qui avait perdu son stand aux Puces, Viviane et ses incohérences. Allait-elle vraiment disparaître ?

En économiste, il pensait que l’argent était la clé de tous les problèmes. Ils auraient dû l’attendre, lui proposer des espèces ou lui payer un billet d’avion pour Goa, Katmandou ou n’importe quelle autre ville à la con, à la condition qu’elle soit située aux antipodes de Saint-Fargeau. Deux, trois billets de cinq cents auraient favorisé sa décision… Le sommeil gagnant, Maximilien mettait sur le compte de son inquiétude congénitale toutes les questions restant sans réponse. Il n’y avait aucune raison valable pour que Viviane ne disparaisse pas.

*

* *

Ils avaient vidé sa poubelle et avaient éparpillé ses ordures sur le plancher. Pas grave, elle n’utilisait pas cette pièce.

Ils lui avaient confisqué toutes ses photos et avaient cassé les bougies. Pourquoi ? Ils ne voulaient pas qu’elle conserve le moindre souvenir les représentant. Ne leur avait-elle pas rendu cette moitié d’image montrant Camille ?

N’ayant aucun meuble, pas de tiroir de rangement, Viviane s’était résolue à punaiser les trois portraits sur le mur. Les bougies, qu’elle avait récupérées dans la rue, éclairaient les photos de la famille Rommet d’une lumière douce et chaude.

Viviane ne leur en voulait pas. Avec eux, elle ne savait que pardonner, pourtant leur arrivée surprise l’avait effrayée.

Depuis qu’elle était à nouveau seule, Viviane avait facilement peur. Une peur irrationnelle et incontrôlable qui lui rappelait les conséquences de mauvaises drogues prises à Goa. Viviane n’avait jamais beaucoup consommé de substances chimiques, plus aucune depuis son retour en France, ses rares expériences avaient été déplaisantes.

De vieux défoncés, professeurs en la matière, lui avaient expliqué qu’il fallait choisir les drogues comme on le faisait avec des fruits chez son marchand. Selon ces experts, les mauvaises drogues avaient la particularité de savoir se poser dans les recoins du cerveau reptilien. Terrées, elles attendaient le moment idéal pour se réveiller et vriller les sens et la logique de celui ou celle qui les avait absorbées. Le temps ne comptait pas. Dix – vingt – cinquante ans, plus s’il le fallait. Les mauvaises drogues étaient patientes.

Maintenant que Duff l’accusait à tort d’être une pyromane, que la police voulait l’interroger une seconde fois pour ce délit qu’elle n’avait pas commis, Viviane redoutait que le charabia hindou-psyché des vieux allumés de Goa soit un fait scientifique. Elle avait peur d’avoir peur.

Même ce voisin, qu’elle apercevait au matin à travers les volets, faisant des poids et haltères sur sa terrasse, l’inquiétait. Les rues aux alentours l’affolaient.

Il n’était pas question qu’elle reste dans ce taudis, elle allait bouger, partir. Oui, partir était la bonne solution, la seule.

Il restait à se décider.

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Le fruit du travail.

Les photos de la photographe post-moderne avaient de la gueule.

— T’es beau, avait lâché Camille.

Maximilien l’avait crue.

— C’est vrai que je suis pas mal… Les photos sont pas mal, avait-il rectifié.

Maximilien était parti tôt pour une journée de travail à Paris. Le périphérique était engorgé, la porte d’Orléans saturée, les grands axes menant vers le centre de la capitale, comme tous les jours, étaient paralysés.

Lui et d’autres candidats aux municipales, tous coachés par Alain Delgado, se retrouvèrent au deuxième étage d’un immeuble de la rue de Bellechasse dans le très populeux VIIe arrondissement. L’entrée était belle et nue, la salle de réunion respirait l’aisance. Par la fenêtre, on pouvait deviner les abords du musée d’Orsay. C’était un lieu idéal pour discuter des moyens à mettre en œuvre pour rendre le monde meilleur.

Maximilien arriva en retard, le dernier. Pas le temps de goûter aux croissants, ni de boire une tasse de café ; une fois la porte refermée, Maupois suggéra que chacun se présente au reste de l’assemblée en quelques phrases.

Maximilien fit ainsi la connaissance de sept candidats se présentant dans le Val-d’Oise ou la Seine-Saint-Denis. Tous étaient professeurs, avocats ou haut fonctionnaires. Des gens bien, pétris de bonne volonté, ne dépassant pas la quarantaine, tournés vers un futur forcément meilleur.

Conformément à l’exigence sociétale du moment, les deux sexes étaient représentés à égalité.

Une blonde épaisse, les joues molles, ventrue, montre suisse au poignet, parla d’une exposition à Orsay qui l’avait bouleversée. Maximilien n’avait jamais entendu parler de l’artiste qu’elle vénérait, les autres réagirent avec enthousiasme.

Delgado mit fin à la conversation frivole.

— Vous êtes sur des terres de reconquête, annonça-t-il napoléonien.

Des membres du bureau politique se joindraient au groupe dans le courant de l’après-midi car ses poulains intéressaient les apparatchiks du parti.

— Je vous l’ai dit, le sang frais, mesdames messieurs, vous êtes le sang frais.

Il ne restait plus qu’à se faire élire par ses concitoyens.

Maximilien, plus réservé que ses camarades, se contenta d’écouter leurs exclamations :

— C’est sans souci !

— On va tous gagner, c’est du cent pour cent !

Il pensa être entouré d’idiots, sans s’interroger sur le fait que Delgado les avait sélectionnés, tout comme lui.

Rue de Bellechasse, courtisé par le parti, probable élu aux municipales : bientôt une vie nouvelle et de nouvelles responsabilités.

Maximilien savoura l’instant.

Demain serait pénible.

Demain, il redeviendrait un professeur d’économie devant supporter les visages méprisants de ses étudiants.

Demain serait banal.

Camille n’avait rien fait de son après-midi. Après avoir récupéré Yvan pour le déjeuner et l’avoir redéposé devant l’école, elle avait rêvassé. Allongée dans le canapé, elle avait échangé plusieurs sms avec Maximilien. De petits mots sans importance, d’affection et de tendresse.

Elle s’était assoupie, oubliant l’heure de sortie des classes d’Yvan. La sonnerie du téléphone la réveilla, seize heures quinze. L’école était à un jet de pierre de la maison, mais elle ne serait pas à l’heure. Mademoiselle Levi, l’institutrice de son fils, était au bout du fil :

— Madame Rommet, je ne voudrais pas vous inquiéter pour rien…

— Yvan !

— Il va très bien, il ne lui est rien arrivé, je vous rassure. Il est là, avec moi.

— Il n’est pas blessé ?

— Non, tout va bien je vous assure. Par précaution, je voulais tout de même vous avertir.

Maximilien avait éteint son portable après le déjeuner. En fin d’après-midi, après avoir remercié une nouvelle fois Delgado de l’occasion offerte, après avoir salué Maupois, après avoir félicité toute l’équipe et souhaité bonne chance aux autres candidats, il découvrit les messages de sa femme. Six messages qui répétaient la même chose, avec une voix de plus en plus nerveuse : Rentre vite ! Bon sang c’est grave !

À seize heures, alors que les mamans s’agglutinaient autour de la sortie de l’école, une jeune femme qui n’était connue d’aucun parent, ni des institutrices, entama la conversation avec l’une des mères en parlant d’Yvan Rommet. À la sonnerie, lorsque les enfants jaillirent de l’école, un parent attira l’attention de mademoiselle Levi sur cette personne dont les vêtements et l’allure trahissaient sa non-appartenance à la communauté de Saint-Fargeau.

L’institutrice vint à sa rencontre. La jeune femme affirma avoir un solide lien d’amitié avec la famille Rommet et une grande affection pour le petit Yvan. Non, elle n’avait pas prévenu, car elle voulait lui faire une surprise.

Il était très simple de clarifier la situation. Cette femme qui n’avait pas donné son nom n’était pas menaçante, elle paraissait saine d’esprit et sereine. Il suffisait de vérifier avec Yvan s’il la connaissait et d’attendre l’arrivée de Camille. Lorsque mademoiselle Levi revint avec l’enfant, l’inconnue avait disparu.

Bloqué au niveau d’Arcueil par le même embouteillage qui l’avait accompagné à l’aller, Maximilien parlait au téléphone et tentait sans succès de calmer sa femme.

— Elle nous harcèle ! Cette dingue !

— Tu es où ?

— À la maison. Je me suis barricadée, qu’est-ce que tu crois ? C’est une malade. Elle voulait agresser notre fils ! Tu te rends compte ? Elle trainait à la sortie de l’école pour le récupérer ! Tu imagines ce qu’elle a en tête ?

— Arrête de hurler. Inutile d’affoler Yvan.

— Il est dans sa chambre, il joue, il ne m’entend pas.

— Baisse d’un ton.

Il entendit un bruit, comme une toile métallique qu’on froisserait.

— Allô ? Chérie ?

Camille ne répondit pas. Il comprit qu’elle avait lâché le téléphone et tournait en rond, comme une furie. Elle cherchait dans de profondes respirations à retrouver un début de calme. Elle reprit le téléphone :

— Tu arrives quand ?

Devant, derrière, les voitures se collaient, pare-chocs contre pare-chocs.

— Bientôt.

— Cette salope veut nous faire du mal…

— Je vais l’en empêcher, chérie.

— Faudrait que tu sois là.

Maximilien n’avait rien à rétorquer. Il dit, sans que cela serve à quoi que ce soit :

— J’arrive.

Ils étaient d’accord. Il fallait que cela cesse, ensemble ils sauveraient leur famille, protégeraient leur fils. Camille prit une décision :

— Je vais appeler la police, qu’elle nous en débarrasse.

Faire venir la police, c’était l’inviter à enquêter sur leur mode de vie et leur relation passée avec Viviane. C’était une option irrecevable. Si près du but, il n’était pas question de détruire le futur.

— Tu restes à la maison, les volets fermés… tu m’entends ? Fais ce que je te dis.

— C’est toi qui vas appeler la police ?

Camille voulait comprendre.

— Attends que je rentre, on décidera ensemble…

— Il faut mettre un terme…

— Je sais, coupa-t-il.

— Elle peut recommencer n’importe quand…

— Je sais, je sais chérie. Reste à la maison et attends mon retour, je t’en prie.

Bloqué sur l’autoroute, réduit à l’impuissance et à la réflexion, Maximilien commença à perdre son sang-froid. Ses mains, agrippées au volant, tremblaient. Le type dans la voiture d’à côté parlait au téléphone en jetant des coups d’œil dans sa direction. Maximilien avait le sentiment d’être le sujet de sa conversation. Il sentait quelque chose d’inconnu l’envahir. La rage.

À la hauteur d’Orly, l’autoroute se désengorgea. Maximilien envoya un sms à sa femme pour la prévenir de son arrivée.

Sa voiture fonça, file de gauche, appels de phares, jusqu’à l’entrée de Saint-Fargeau, elle contourna la rue de la gare en travaux, tourna sur le chemin de halage et longea la Seine pour rejoindre leur maison. Il se gara contre la palissade du jardin.

Dans la lumière des phares de sa voiture, Maximilien aperçut une silhouette accroupie sur le ponton se détachant sur fond de fleuve, enveloppée par la fumée d’une cigarette. Il descendit de sa voiture, la silhouette se redressa, quitta le ponton et traversa le chemin.

Pénétrant dans l’arc des phares du véhicule, Viviane salua Maximilien d’un petit geste bref de la main puis elle écrasa sa cigarette.

— Je me suis remise à fumer, je sais, c’est pas bon pour la santé. Tu vas bien ?

Ce que Maximilien avait pris pour des tics nerveux étaient de simples tremblements, elle était frigorifiée. Ses cheveux, collés par paquets, étaient trempés d’embruns.

Lorsqu’il aperçut la jeune femme dans l’encadrement de la porte, Yvan se mit à hurler. De joie.

— Viv ! Ouaiiiis !

Camille sursauta et vit son fils se ruer dans les bras de Viviane pour lui faire la fête. Maximilien apparut derrière, lui faisant signe de garder son calme. Un instant, elle crut que la vie s’enrayait. Son mari accompagnait cette folle. Cette prédatrice qui rôdait autour de son fils, le serrait maintenant entre ses bras.

— Qu’est-ce que tu fabriquais ? Tu étais où ? Tu nous as manqué, hein maman c’est vrai qu’elle nous a manqué ?

Camille voulut éloigner son fils, Maximilien la retint, il lui serra le bras au point de lui faire mal. Sous une attitude plus contrôlée, il était plus anxieux et plus nerveux que sa femme :

— Pas de cri, pas d’esclandre devant Yvan.

Yvan entraîna Viviane jusqu’au salon. Autour de la table basse étaient éparpillés ses derniers jouets. Viviane s’agenouilla près de lui et s’enthousiasma pour un faux ordinateur portable. Elle n’eut pas un regard pour ses anciens amants. Concentrée sur l’enfant, l’écoutant décrire ses jouets préférés l’un après l’autre, elle partageait son bonheur.

La belle vie était une vie simple.

Tout reprenait, comme avant. Encore mieux, pensa Viviane.

Maximilien et Camille les regardaient rire. La joie partagée entre leur enfant et cette fille était aussi inconvenante que dérangeante. Ils la surveillaient, la scrutaient, tels deux snipers prêts à la foudroyer au premier mouvement suspect. Mais rien ne signalait le moindre danger hormis le fait qu’elle tremblait.

Yvan fut le seul à être concerné :

— T’as froid ?

— Il y avait du vent dehors… J’ai oublié de me couvrir.

— Maman, Viv a froid, faut lui donner un truc chaud pour se réchauffer.

Viviane avait les lèvres bleues, elle leva les yeux vers Camille qui ne bougea pas.

— Maman, elle a froid ! répéta Yvan.

— Je m’en occupe.

Maximilien attrapa un pull posé sur le dossier d’une chaise et le lui donna. Viviane le passa en le remerciant.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? T’étais là, devant la porte à attendre ? Après être passée devant l’école ? questionna Camille qui ne pouvait plus se retenir.

Trois questions, trois niveaux de ton, trois formes agressives. Comme trois coups de poing en plein visage.

Yvan, plus rapide que Viviane, répondit à sa place :

— Elle reste avec nous maman, se tournant vers son amie : Hein ? Tu manges avec nous ce soir ?

— Je ne sais pas…

— Si, si, si.

— Si tu veux, si tes parents sont d’accord, ce sont eux qui décident.

Viviane sentait leurs regards lui cramer la nuque. Une nouvelle fois, Maximilien retint sa femme d’une pression sur le bras. Yvan avait parlé, il attendait leur réponse. Impossible de la jeter dehors. Ce fut Maximilien qui répondit :

— Tu peux rester pour dîner.

Yvan exulta de joie.

Viviane proposa d’aider à préparer le repas, mais l’enfant voulait lui montrer sa chambre.

— Non ! hurla presque Camille.

Yvan, Maximilien et Viviane s’arrêtèrent un instant, Camille se reprit :

— Ta chambre est sens dessus dessous, il n’en est pas question, tu n’avais qu’à la ranger.

— Mais maman…

Viviane intervint et raisonna le petit garçon :

— Ta mère a raison, restons dans le salon.

Camille ne supporta pas que Viviane ait plus d’ascendant qu’elle sur son fils.

Yvan était aux anges, tous ceux qu’il aimait allaient partager le dîner. Il couvrait par son excitation le silence glacial de ses parents. Depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus, tant de choses étaient arrivées, Yvan raconta par le détail ses aventures à l’école, à la piscine municipale et aux entraînements de football.

Sa passion pour la jeune femme était inversement proportionnelle à l’écœurement de ses parents.

Les deux femmes tremblaient, l’une ne parvenant pas à se réchauffer, l’autre de colère. Elles étaient incapables d’avaler un morceau. Elles souffraient.

Maximilien semblait fonctionner normalement. Ses mains tenaient couteau et fourchette et coupaient la viande, sa tête allait de l’une à l’autre, puis regardait son fils gesticuler sur son siège. Son cerveau flottait par-dessus la pièce et étudiait le repas comme un scientifique le ferait du développement d’une culture microbienne.

Qu’allaient-ils faire une fois leur fils couché ? Comment régler le problème ? Si d’un claquement de doigts il pouvait tout effacer, toutes ces nuits partagées. Pourquoi donc avaient-ils couché avec cette fille ? Elle et eux n’avaient rien de commun. Ne plus se rencontrer, ne plus se parler, ne plus jamais rien partager.

Maximilien buta à nouveau sur la question de l’argent. Il était convaincu que Viviane avait un prix, comme tout le monde. Un prix peu élevé, elle ne valait pas grand-chose.

— Je suis tellement contente d’être avec vous, répéta l’intruse pour la nième fois.

Viviane voulait être aimée.

Camille voulait que cela cesse.

Maximilien voulait trouver un compromis.

Trois personnes s’étaient aimées, elles avaient échangé les gestes les plus privés, jusqu’à mélanger leurs fluides intimes, elles étaient incapables de se comprendre.

Pendant la fin du dîner Maximilien réfléchit à un montant à lui proposer. Elle ne devait pas se sentir insultée, elle devait partir sereine, et donner toutes les garanties de ne jamais réapparaître.

Camille était une mère sur ses gardes. Elle était la louve de Saint-Fargeau, on ne toucherait pas à son petit.

Yvan se coucha à vingt-deux heures.

Camille fut contrainte d’accepter la présence de son ex-amante aux côtés de son fils. Il embrassa sa mère, puis Viviane qui recala le bord du duvet sous le matelas. Camille embrassa à nouveau son fils. Un dernier baiser pour le nettoyer de la saleté déposée par cette fille. Les deux femmes éteignirent la lumière deux minutes plus tard, en lui souhaitant tour à tour de faire de beaux rêves. L’enfant fit promettre à Viviane de venir le réveiller et de partager son petit déjeuner.

Maximilien avait placé trois chaises, l’une faisant face aux deux autres, dans la partie du séjour la plus éloignée des chambres.

Viviane s’assit face à ses deux ex-amants. Ils étaient toujours aussi beaux, aussi rayonnants de charisme. Elle portait des ballerines, ses pieds étaient trempés. Elle se sentait… merdeuse, minable et sale. Elle se tordait les doigts, comme une mauvaise élève qui n’aurait pas terminé ses devoirs. Un lampadaire éclaira la table derrière elle. Le trio était plongé dans une semi-pénombre propice aux explications.

Maximilien prit la parole. Viviane trouva qu’il ressemblait à un animateur de télé. Il tenait, il était le seul, à rappeler le but de cette conversation :

— Ton attitude est invraisemblable.

— Quoi ? De quoi parles-tu ?

Elle se moquait de lui. Camille eut la confirmation qu’elle était folle à lier. Maximilien reprit :

— Nous avons accepté que tu restes dîner pour régler cette histoire, notre histoire commune, une-fois-pour-toutes.

Camille trouvait absurde cette politesse envers une garce qui les avait balancés à la police et qui menaçait la sécurité de leur fils. Elle lui coupa la parole, l’index tendu vers Viviane :

— C’est parce qu’on ne veut plus de toi que tu nous en veux ?

Viviane encaissa. C’était la question qu’il fallait régler, la seule qu’elle ne s’était pas posée, car elle n’avait pas de réponse.

— Je voulais passer du temps avec vous.

— Alors tu vas continuer à nous harceler ?

— Harceler ? Comment ? Je ne veux pas…

— Tu te fous de qui ?

Le ton monta d’un cran, la voix de Camille aussi. Maximilien intervint :

— Il n’est pas question qu’Yvan soit réveillé par notre conversation. On parle tous en contrôlant notre voix. Pas de cris.

Il tapota sur l’avant-bras de sa femme, puis s’adressant à Viviane :

— Qu’est-ce que tu veux exactement ?

— Rien…

Condescendant :

— Mais encore.

— Vous voir. Qu’on puisse échanger.

Camille lui balança :

— Voilà, c’est fait. T’es contente ?

— Pourquoi tu me parles comme ça ?

— Parce qu’on vit bien, très bien, depuis que tu es partie.

— Je n’avais pas envie de partir.

— Fous le camp.

Viviane regardait ses pieds. Elle avait sept ans.

— Je sais pas où aller.

Les époux l’observèrent, sans comprendre ce que cela signifiait.

Cherchait-elle à faire monter le prix de son départ ?

Se moquait-elle d’eux ?

Elle était une sorte de cancer avancé ? Incurable.

— Nous sommes prêts à t’aider financièrement. Tu veux retourner sur la Côte d’Azur ? Tu préfères aller à Goa ?

— Non, non, ce n’est pas ce que je veux… Pas ce que je veux.

Viviane se recroquevilla comme une tortue dont on aurait giflé la tête.

Camille glissa à son mari :

— C’est du cinéma, elle nous prend pour deux cons.

Maximilien préféra ne pas lui répondre, il venait de comprendre que leur ex-amoureuse, complètement paumée, était venue chercher autre chose que de l’argent.

Camille prit les rênes de l’accusation :

— Nous avons été convoqués par la police de Saint-Ouen. La police. Tu as parlé de nous, tu as mentionné nos noms dans cette histoire avec un certain Duff.

— Ben oui.

Viviane n’avait rien à dire de plus.

Camille insista.

— Pourquoi tu nous as impliqués ? On ne veut rien avoir à faire dans ton histoire. Tu veux compromettre Maximilien avant les élections ?

— Je ne sais pas pourquoi Duff m’a accusée. Il n’était pas content de me voir disparaître tout le week-end sans donner la moindre explication. Il pensait que je rejoignais un amoureux…

— Tu lui as parlé de nous ?

— Pour lui dire que j’étais raide dingue amoureuse d’un couple ? Déjà que Duff était jaloux d’un autre vendeur du Malik, un type avec qui je parlais mais dont je me foutais. Il m’a impliquée dans l’incendie de son stand par méchanceté. Je voulais pas d’ennuis avec la police.

— Pourquoi tu as donné nos noms ?

— Je ne connais personne d’autre.

Ses réponses sonnaient juste. Trop juste ?

Maximilien se demanda si elle n’était pas plus maligne qu’elle ne le prétendait, mais à la réflexion il se dit qu’elle était la victime de ses faiblesses morales.

— J’ai pas pensé à mal, renchérit Viviane.

Camille était certaine que c’était un simulacre, qu’elle jouait les pauvres filles. Procureur, elle reprit l’interrogatoire :

— Quand tu viens rôder au milieu de la nuit autour de chez nous et que tu déposes une photo ? Une photo sur laquelle tu poses en train de brûler mon image, tu ne penses pas à mal non plus ? C’est pour respirer le bon air ?

Viviane se redressa – son dos ne touchait pas le dossier du siège – pour donner plus de puissance à sa réponse :

— Tu crois que c’est facile ?

— Quoi ?

— De tirer un trait sur notre histoire. J’ai détruit tout ce qui me reliait à vous et j’ai voulu vous le prouver. D’où cette photo que j’ai déposée… Mais je n’ai pas réussi à vous oublier.

— Tu mens ! Tu n’arrêtes pas de mentir, comment ais-je pu… Tu as des photos de chacun de nous accrochées au mur, dans ton taudis. C’est pour nous oublier ? Tu mens comme tu respires.

— C’est vrai, j’ai échoué. Vous faites partie de ma vie. Ces photos sont mes seuls souvenirs de vous, il faut me les rendre.

Camille était écarlate, elle crachait tant les mots sortaient en rafales.

— Et les deux bougies hein ? Celles qui encadrent nos images à la manière d’un autel sacré !

— Quoi ? Quel autel sacré ? J’ai mis des bougies pour éclairer les photos et la pièce d’une lumière plus douce qu’avec une ampoule.

Les réponses, fusant aussi vite que les questions, étaient aussi logiques qu’elles semblaient évidentes. Camille était persuadée que Viviane avait soigneusement préparé et prévu à l’avance toutes ses explications.

Camille réfléchit à l’argument final qui la ferait bégayer puis caler. Un détail que la scélérate aurait oublié.

— Mon foulard et la cravate de Maximilien que tu as noués ensemble ?

La réponse vint aussi vite, sans que Viviane ait besoin de réfléchir.

— Ils portent vos parfums. En les nouant, j’ai mélangé ces deux odeurs qui me rappellent cette maison. Vos corps.

Envie de vomir. L’évocation des plaisirs partagés écœurait Camille, elle frappa la table du plat de la main. Elle grimaça quand Maximilien lui fit signe de baisser d’un ton.

— Tu es cinglée et tu nous harcèles !

Ce bruit sec redonna un peu d’assurance à Viviane. Elle commença à parler fort.

— C’est vous qui êtes venus chez moi, c’est vous qui avez brisé ma porte et c’est vous qui avez détruit mes affaires.

Camille prit son mari à témoin :

— Fallait bien qu’on découvre ce que tu manigançais, qu’on se protège.

— De moi ? C’est idiot, je ne vous veux aucun mal.

— C’est pour ça que cet après-midi tu rôdais autour de l’école d’Yvan.

— Il me manque, je voulais le revoir.

— Tu laisses mon fils tranquille ! tonna Camille.

— Je ne veux rien d’autre que… Je ferai tout ce que vous voudrez.

Viviane se tourna vers Maximilien, Camille répondit avant lui :

— Disparais !

— Vous êtes ma seule famille.

— Rien, rien du tout, nous ne sommes rien pour toi.

Maximilien posa une main sur l’épaule de sa femme. C’était sa réponse silencieuse au regard implorant de Viviane. Il s’inquiétait autant du volume sonore qui ne cessait de monter que des paroles échangées.

Il était maintenant persuadé qu’elle disait la vérité. Elle n’avait personne d’autre qu’eux deux, elle ne voulait pas les perdre. Ses actions, ses petites mises en scène étaient des SOS de détresse.

Camille se trompait. Mais elle avait raison. Il fallait que cela cesse. Viviane devait disparaître. Ne plus les importuner.

— Tu ne comprends pas que nous ne voulons pas de toi, répétait Camille, séparant chaque syllabe, comme si elle parlait à une débile.

— Ce n’est pas l’avis d’Yvan.

— Je t’ai dit que tu ne l’approchais plus, c’est clair ?

N’ayant pas d’autre allié pour défendre sa cause, Viviane s’y accrocha.

— Yvan a le droit de s’exprimer, lança-t-elle en se levant.

Sa chaise recula en grinçant. La tension grimpa.

Viviane toisa Camille.

Avant que Maximilien ne réagisse, Camille la gifla du revers de la main en cognant contre l’oreille. La jeune femme recula, l’oreille bourdonnante, ses fesses heurtèrent la table. Une bouteille en plastique se renversa et tomba sur le carrelage.

— Me touche pas ! cria Viviane.

— Sale pute.

Une puis deux insultes à pleine voix.

Viviane s’avança.

Maximilien l’attrapa par la taille, la souleva et la reposa plus loin.

La lumière filtra à l’extrémité du couloir, sous la porte de la chambre d’Yvan. Il entendit son fils descendre du lit, l’enfant allait apparaître dans le couloir.

Camille respirait par hoquets, abasourdie, étouffée par sa propre rage.

— Occupe-toi du petit, lui ordonna Maximilien.

— Cette salope…

— Yvan ! Il est réveillé. Va le recoucher. Qu’il ne sorte pas de sa chambre.

— Qu’il vienne au contraire. Yvan ? Mon chéri ? Viens me voir ! balança Viviane.

Maximilien la saisit en lui collant la main gauche sur la bouche. Dans le même élan, il la bascula, de l’autre main il amortit sa chute.

Camille fila dans le couloir jusqu’à la chambre de l’enfant.

Maximilien perçut la voix pleine de sommeil de son fils demandant d’où venait tout ce bruit, puis celle de Camille lui expliquant qu’il avait fait un cauchemar, qu’il devait se recoucher.

Viviane se débattait, essayant de le forcer à lâcher prise. Maximilien voulait la maitriser au sol. Il s’assit sur sa poitrine, collant une main sur sa bouche, l’autre sur son front, pour qu’elle reste silencieuse et cesse de gigoter.

— Écoute-moi. Écoute. Dis-moi combien tu veux… Ce que tu veux.

L’argent guérit toutes les plaies. Il le savait, il l’avait étudié, il l’enseignait maintenant, il l’avait expérimenté durant toute sa vie.

Il répéta, comme un psaume, espérant que cela finisse par convaincre la jeune femme :

— Combien te faut-il ? 20 000 ? 30 ? C’est une belle somme et tu disparais. J’ai ta parole que tu ne remets plus les pieds ici. Hein ?

Viviane essayait d’ôter la main qui lui bloquait la bouche.

Ses yeux qui fixaient son ancien amant refusaient sa proposition.

Elle ne voulait pas de son argent, elle ne voulait rien d’autre que ce qu’il était impossible de posséder.

— Tu te calmes, merde.

Viviane n’acceptait pas.

Pour la première fois de sa vie, elle n’acceptait plus. Ni d’obéir, ni de se taire, ni de se soumettre.

— Trouve ta place à Goa ou sur la Lune, mais pas ici, pas chez nous, pas avec nous.

Viviane réussit à lui mordre l’épaisseur de la main. Malgré la douleur, il continua à bloquer sa bouche.

— Tu ne céderas pas ?

Elle essaya de le mordre plus fort.

— Tu ne comprends rien, tu passes ta vie à avoir tort !

Maximilien avait-il le choix ?

Il était impossible d’acheter son silence, de l’apprivoiser, impossible de se garantir contre elle.

Par amour, par folie ou par intérêt, peu importait, l’explication n’avait aucune importance. Viviane restait inflexible.

En finir.

Il le fallait.

— Tu es trop conne.

La bouche toujours bloquée. Avec le pouce et l’index de la main droite, Maximilien lui pinça le nez.

Dix secondes.

Vingt secondes.

Cinquante.

Elle bougeait, tendue. Gigotait. Son corps se cambrait. Elle sautillait. Un long cri étouffé. Le visage pivoine. Les soubresauts devinrent moins puissants, leur nombre diminua.

Plus rien.

Une gargouille.

Grotesque.

En refermant la porte d’Yvan, avant de rejoindre le salon, Camille savait.

Elle savait avant même que Maximilien n’ait terminé.

En entrant dans le salon, ne voyant personne, elle crut un instant qu’ils s’étaient enfuis. Elle et lui, ils l’avaient abandonnée.

Entendant la respiration de Maximilien derrière le canapé, la peur disparut. Elle s’approcha et lui massa le cou. Une respiration moins saccadée, plus profonde lui indiqua que cette caresse faisait du bien à Maximilien.

Il était assis sur la poitrine de Viviane, absent, les traits tirés, le dos voûté. Il attrapa une serviette de table pour couvrir le visage du cadavre.

Il s’aida de la main de sa femme pour se relever. Incertain, coincé, rêvant d’être ailleurs.

Ils n’étaient pas des assassins. Difficile d’en faire des victimes.

Ils l’avaient aimée. Ils avaient survécu.

*

* *

Le soleil se lèverait à sept heures et quart, Yvan quarante-cinq minutes plus tard. Il restait moins de six heures pour se débarrasser du corps.

Camille prépara une boisson chaude avec du miel.

Ils ne parlèrent pas, il tanguait sur place, elle lui embrassa le cou, la bouche et la main.

À la table de la salle à manger, ils reprirent des forces.

Sans haine, sans dégoût, sans regret, ils observaient le corps.

Maximilien se baissa, prit Viviane dans ses bras et la souleva. Il l’avait déjà portée ainsi, du lit où elle dormait, jusqu’à la douche où l’attendait Camille.

Camille l’aida à avancer en écartant les chaises encombrant son passage.

Elle ouvrit la porte de la maison, il faisait encore nuit, puis celle du jardin. Elle vérifia que le chemin de halage était désert.

— Reste là, ordonna-t-il.

Elle ne l’écouta pas et l’accompagna.

*

* *

Prémédité, espéré, scandaleux, inévitable, inacceptable, ou pas : le problème était réglé. Ils devaient apprendre à survivre. Déjà, dans trois heures, leur fils se réveillerait, il faudrait reprendre les gestes du quotidien.

— Tu comprends ?

Elle ne voulait pas qu’il lui explique. Elle balaya sa question d’une main et se laissa tomber dans le canapé.

— Faudrait se nettoyer…

— Faudrait.

Elle ne l’écoutait pas.

— Prendre une douche. Avant de se coucher.

Camille réagit à l’invraisemblance de sa proposition.

— Tu crois que je pourrais dormir ?

Dormir comme si de rien n’était. Pas cette nuit. Impossible.

— Je vais prendre une douche en premier alors, décida Maximilien.

— C’est cela.

Camille entendit l’eau taper contre le carrelage. Comme d’habitude, elle était certaine qu’il n’avait pas correctement fermé la porte de la salle de bains. C’était bien que les habitudes aient repris de suite le dessus. Elle se leva et le rejoignit.

Elle se déshabilla. Ses pieds étaient sales, elle puait la sueur.

Maximilien fit de la place et se poussa au fond de la douche, elle se glissa sous l’eau chaude, face à lui. Leurs corps se frôlèrent, elle prit du savon liquide et se frotta le ventre puis la poitrine. Ses mains évitèrent de toucher la peau de son mari. Elle ne voulait pas se mettre contre lui, elle voulait encore moins rester seule dans le salon. En se savonnant les cuisses, sa main cogna contre son pénis, elle eut un geste imperceptible pour s’écarter. Pas assez discret pour qu’il ne le remarque pas.

Il pensait de son côté que se toucher, se caresser légèrement sous l’eau chaude rendrait ces heures pénibles plus aisées à traverser. Il faudrait attendre, Camille avait besoin de temps.

Incapables de dormir, ils s’installèrent dans le salon. Silencieux, sans bouger, presque sans vie, ils regardèrent le soleil se lever, cet instant n’eut rien de romantique.

Yvan se réveilla peu avant huit heures. Il jaillit hors du lit et se précipita dans le salon, Viviane n’y était pas. Sa mère lui expliqua qu’elle était partie très tôt, elle avait un train à prendre.

— Pour où ?

— Elle ne m’a pas dit.

— Elle revient quand ?

— Plus tard.

— Quand ?

— Plus tard, on te dit.

Le ton de la voix de son père fit sursauter Yvan et étonna Camille. Elle lança un regard réprobateur.

Ils avaient décidé que Viviane n’avait pas existé, mais l’oublier était difficile. Yvan s’y ferait, il le fallait, il trouverait d’autres passions enfantines. Chacun devait enfiler un costume et jouer son rôle.

Il avait été question que Maximilien se fasse porter pâle, mais Camille le poussa à se rendre à l’ENS et à assumer ses cours. Il l’embrassa avant de partir, avec plus de fougue que d’habitude, sachant qu’il pouvait compter sur elle. Camille était une femme solide.

Elle déposa Yvan à l’école, salua l’institutrice, entendit sans écouter les conversations des mères de famille. L’image de Viviane apparut de nulle part, à l’endroit où ces femmes jacassaient, Camille s’excusa et rejoignit la gare.

Étampes était une ville désagréable, abîmée, un patchwork dont les multiples couleurs ne se mariaient pas. Tout l’inverse de Saint-Fargeau.

Camille n’y allait jamais, dorénavant elle s’y rendrait chaque après-midi, une fois Yvan déposé à l’école.

Par hasard, elle avait trouvé son île d’exil, sa terre d’oubli. Matin et soir elle serait une femme et une mère de granit, l’après-midi, elle s’étiolerait. Un aussi vilain qu’immense hypermarché serait son royaume pour deux heures chaque jour de la semaine.

Une large allée longeait les caisses, des filles en roller glissaient d’une caissière à une autre leur apportant les réponses que leurs caisses enregistreuses ne pouvaient deviner. De l’autre côté, des boutiques offraient à une clientèle financièrement exsangue de nouveaux téléphones portables, des manteaux de demi-saison, des journaux, de la nourriture chinoise, des pizzas à emporter jusqu’à quatorze heures trente.

Des gens âgés, l’après-midi la clientèle dépassait les soixante-cinq ans, attendaient que le reliquat de leur vie passe sur des bancs moelleux et tachés, alignés dans l’axe de cette allée commerçante. Les hymnes au libertinage d’une Mylène Farmer ou les hommages à une sexualité débridée d’une Lady Gaga berçaient leur vacuité d’humains inutiles.

L’endroit incarnait à la perfection le vide moderne. Camille y trouva sa place, sous les feuilles d’un arbre en plastique, entre deux vieillards. Celui de gauche gardait une main sur la poignée de son déambulateur, craignant qu’on ne le lui vole. Celui de droite ne craignait plus rien.

Camille faisait tache par son âge, par son style vestimentaire dans ce décor d’ombres vivantes, mais on ne lui demanda rien. Au fur et à mesure des après-midi, imperceptiblement, elle apprit à disparaître, à ne devenir qu’une transparence.

Elle n’avait pas à parler, ni personne à écouter. Le rythme des codes-barres des produits passant devant l’œil laser des caisses enregistreuses répondait à la musique guimauve provenant de haut-parleurs. La bande-son était lénifiante, elle était satisfaisante.

Bientôt, sa silhouette au milieu des habitués qui se réservaient le banc situé à l’opposé de la porte d’entrée devint familière aux agents de la sécurité.

Le rien presque absolu.

Deux heures par jour, elle n’existait plus.

*

* *

Maximilien embrassa Camille puis son fils qui jouait dans le coin du salon où Viviane avait perdu la vie. L’enfant s’essuya la joue et retourna s’amuser avec ses amis imaginaires. Maximilien s’enferma dans son bureau. Une note de Delgado à relire, expliqua-t-il.

La famille dîna d’un plat surgelé et d’un gâteau aux poires caramélisées. Yvan mentionna Viviane, demandant quand elle reviendrait de son voyage. Il n’avait pas prononcé son nom depuis neuf jours. Camille répondit en mentionnant le prochain été. À vingt et une heures trente, Maximilien coucha son fils.

Sa femme l’attendait sur la terrasse. Le couple partagea le reste du gâteau en buvant un café. Il proposa de se dégourdir les jambes le long de la Seine. Camille cacha son étonnement, il détestait flâner sur le chemin de halage.

Il faisait doux, les journées devenaient plus longues. Ils marchèrent, se tenant par la main, amoureux fragiles.

Elle sentait qu’il voulait parler, mais rien ne sortait. Cela arrangeait Camille qui n’était pas certaine de pouvoir l’écouter, encore moins de lui répondre.

Ils n’avaient pas fait l’amour depuis l’autre soir. Impossible pour leurs corps de se rapprocher, le temps n’avait pas encore produit ses effets d’oubli. Ils avalaient des somnifères et s’écroulaient côte à côte chaque nuit. Ils en avaient parlé, tous deux convaincus que ce sexe, avant partagé, maintenant abandonné, était une solide raison de la longévité de leur passion. Ils en avaient parlé puis avaient avalé un surplus de somnifères.

Arrivés au bout du chemin, Maximilien exprima un avis moqueur sur la peinture rouge cardinal choisie par leurs voisins pour repeindre leurs volets. Il dit cela comme il aurait pu dire l’exact inverse et s’enthousiasmer pour ce rouge tonique. Elle s’en foutait et voulait rentrer se coucher. Mais quelque chose, une forme d’instinct, une connaissance de son mari, lui dit de répondre sur un ton badin.

— Évite de leur dire ce que tu penses, ils vont voter tous les deux pour toi.

— Tu crois ?

Ce début de conversation anodine renouait le lien de la complicité entre eux. En attendant que les appétits sexuels soient retrouvés. Camille cligna de l’œil. Oui, elle était la plus belle femme qui existe. Elle était la seule.

Ils arrivèrent à l’extrémité du chemin, lorsqu’il tourne et grimpe vers la rue de la Libération. Camille voulait rentrer :

— On ne doit pas laisser Yvan tout seul trop longtemps.

Il remua la tête de gauche à droite, l’esprit englué. Il ôta sa main de celle de Camille et se frotta le visage. Il n’y arrivait pas, Camille le regarda se décomposer. Il valait mieux qu’il ne parle pas. Camille ouvrit la bouche, elle n’avait pas besoin de réfléchir, depuis des jours, depuis l’autre nuit, elle ne pensait qu’à cela. Elle dit :

— Tu as fait ce qu’il fallait.

— Il fallait qu’elle se taise…

— Tu nous as sauvé la vie.

Il essaya de répondre, Camille l’en empêcha :

— Je t’interdis. Tu m’entends ? Je t’interdis d’y repenser. Plus jamais. Pour moi, cela n’a pas existé.

Camille mentait avec conviction. Elle lui prit la main. Il se laissa guider jusqu’à la maison. Une fois chez eux, Camille l’emmena dans leur chambre :

— Je veux faire l’amour.

— Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Je ne peux pas.

— Ce n’est pas maintenant qu’elle parviendra à nous séparer.

Camille le renversa sur le lit.

Elle déboutonna sa chemise, il se cacha la face. Elle lui ôta son pantalon puis son caleçon. D’une main, dans un geste adolescent, Maximilien cacha son sexe.

— Laisse-toi faire.

Elle jeta les vêtements au pied du lit. Il aurait pleuré tant il était inquiet, Camille appuya sa main sur son visage et glissa un doigt dans la bouche de son mari. Il se mit à téter cet index.

*

* *

La date des élections se rapprochait. Chaque matin, Camille l’aidait à se préparer, elle l’habillait s’il le fallait.

La parenthèse des après-midi passés dans un hypermarché d’Étampes était terminée. Dans la journée, elle lui envoyait des sms d’amoureuse, des mots simples, répétant combien elle était folle de lui, le soir elle préparait le lit, l’allongeait et se collait à lui. Parfois ils couchaient ensemble, comme s’il s’agissait de leur première rencontre.

Ou de la dernière.

Le banc des petits vieux d’Étampes avait fait place à une chaise en bois. L’après-midi, en revenant de l’école après y avoir déposé Yvan, Camille se posait sur le bord de ce siège et son esprit s’absentait.

Avec le temps, Maximilien avait retrouvé confiance en lui et le contrôle de ses émotions.

La vigilance amoureuse de sa femme l’avait sauvé de l’implosion.

La tache cancéreuse de la culpabilité s’estompait. Viviane n’existait plus. Il se demandait parfois où Camille avait trouvé l’énergie pour ne pas plier. Comment faisait-elle pour conserver son attention envers sa famille, et cette passion pour lui ? Des questions qui n’avaient pas besoin de réponse. Camille était là, superbe, belle, aimante, vigilante et confiante.

La bonne humeur de sa femme était contagieuse. À son tour, Maximilien prit l’habitude à l’intercours de lui envoyer des sms pleins d’affection.

Ils veillaient l’un sur l’autre. Comme au premier jour.

Camille évita de l’informer des bouffées de mélancolie qui parfois la submergeaient. De petites ébréchures qu’elle apprenait, au fur et à mesure, à contrôler.

Elle croyait dans l’avenir politique de son mari, elle souhaitait de toutes ses forces que la liste Égalité et Progrès gagne les élections. Elle accompagna Maximilien plusieurs dimanches matin, sur la place du marché, durant les séances de tractage.

Agir pour la propreté.

Rénover le périmètre d’accès à la gare.

Créer une nouvelle crèche.

Agrandir l’espace multimédia.

— On ne va pas réinventer la roue, répondait Maupois à Maximilien quand il critiquait l’affligeante fadeur des propositions politiques.

— Nos propositions manquent d’envergure.

Maupois répétait toujours la même rengaine :

— C’est vous et vous seul qui êtes notre argumentaire. Qu’il y ait vingt places de plus à la crèche municipale et des trottoirs aménagés pour les handicapés devant la gare… Franchement…

Les tracts vert et bleu ciel de Égalité et Progrès étaient imprimés sur du papier recyclable qui peluchait, rappelant du papier toilette de médiocre qualité. Estampillés des portraits de Brunant et de Maximilien, ils finissaient le plus souvent sur le bitume.

La campagne se termina par une grande réunion dans une pièce annexe à la médiathèque que l’actuelle mairie leur loua au prix fort. Il pleuvait. De nombreux Ferréolais restèrent chez eux, au sec, à regarder le football sur Canal Plus ou un film américain sur TF1.

*

* *

Au matin du premier tour des élections, il n’y avait plus qu’à attendre la fin de journée pour avoir les résultats.

— Les chiffres sont en notre faveur, répétait Binet.

Zeraf et Maupois envoyèrent des sms de félicitations, comme si la mairie était déjà conquise. Les colistiers de Égalité et Progrès se félicitèrent du travail accompli. C’était joué, c’était gagné.

Vers dix-sept heures, accompagné de Camille, Maximilien rejoignit l’espace multimédia municipal qui était immensément vide. Il s’était précipité, ses supporters n’arriveraient que plus tard.

Quinze Ferréolais s’éparpillaient, un gobelet à la main, la mine contrite. Maximilien n’en connaissait pas la moitié. Après avoir arpenté toutes les rues de sa ville, ses électeurs restaient un mystère.

Brunant fit son entrée plus tard. L’endroit n’était pas plus peuplé. D’un geste mitterrandien, il salua de la main ses équipiers politiques, en évitant de discuter avec eux. Il était accompagné d’une dame âgée qu’il ne présenta à personne. Était-ce sa mère ou sa compagne ? Les avis se partageaient équitablement. Le couple s’installa à une table en retrait et n’adressa la parole qu’à Delgado.

Les amuse-gueules étaient trop salés. Les boîtes de gâteaux étaient éventées. Des miettes jonchaient la table du buffet. On manqua rapidement de verres à champagne en plastique. Puis le champagne fut remplacé par des bouteilles d’eau pétillante.

La presse du département n’avait pas répondu à l’invitation, ce qui inquiéta Maximilien. Camille lui pressa le bras pour lui signifier qu’il ne servait à rien de s’inquiéter. C’était gagné, tout le monde le répétait. Binet botta en touche, affirmant que Maupois avait d’excellents contacts avec les journalistes qui comptaient. Pas de souci à se faire.

Maximilien sentit le cafard l’envahir, comme lorsque enfant, il regardait un clown, le visage couvert de mousse, s’écraser le nez sur la piste.

Il trouva l’ambiance mortifère. Camille, à ses côtés, conservait un masque réjoui et les yeux dans le vague. Elle resta silencieuse. Rien de ce qu’elle observait depuis leur arrivée ne sentait bon. Mais à quoi bon poser des questions qui alarmeraient son mari ? La même tristesse bleu-noir que Maximilien ressentait l’envahit. Camille continua de sourire.

Les bureaux de vote étaient fermés depuis trente minutes. Le dépouillement n’avait pas commencé qu’une rumeur annonça que la liste Brunant allait dans le mur.

Brunant reçut un appel puis plusieurs sms en moins de deux minutes. Il les lut et se leva, la mine renfrognée. Il se figea, scanna au travers de la maigre troupe de ses partisans, repéra Delgado, marcha dans sa direction et lui saisit le bras, l’économiste en sursauta :

— Non mais dites donc mon vieux…

Brunant ne lâcha pas sa prise et entraîna le professeur d’université jusqu’à une remise. Le bruit de la porte qu’il claqua derrière lui résonna dans la salle. Les conversations s’arrêtèrent. Chacun tendit l’oreille en vain. Brunant réapparut, rouge pivoine. Il se tourna vers Delgado et résuma le fond de sa pensée :

— Vous vous êtes bien payé ma gueule !

Il retraversa la salle des fêtes en accélérant le pas, on s’écarta sur son passage. Il sortit, en oubliant la dame âgée, installée dans l’espace multimédia qu’il avait promis de rebaptiser Rosa Parks en hommage au combat des Noirs américains, un combat qu’il croyait si cher au cœur des habitants de la Seine-et-Marne.

Delgado fit signe à Maximilien de le rejoindre. Delgado crut le rassurer en affirmant que la désertion de Brunant était la meilleure des choses qui puisse arriver.

Binet resta à une distance respectueuse du duo.

— Vous me prenez pour un con ? Quelle est la tendance ? aboya Maximilien.

— Ce n’est pas bon. Ce n’est pas perdu mais ce n’est pas bon.

— Pas très bon ou pas bon ?

— C’est plié.

Maximilien avait compris, mais Delgado répéta tout de même :

— C’est plié. Je suis en contact avec un représentant de Revart.

— On fait cause commune avec le maire sortant ? demanda Maximilien, incrédule.

— On va voir… C’est selon les chiffres. Il y aurait peut-être moyen de vous avoir une place d’adjoint. C’est la politique mon vieux.

Delgado lui malaxa l’épaule, comme s’ils revenaient de la ligne de front.

Maximilien se tourna vers sa femme :

— Je vais rester un peu.

Disant cela, il lui permettait de filer sans que son départ ne ressemble à une fuite. Camille devait récupérer Yvan chez une voisine, lui donner son repas puis le coucher.

Elle avait tenu son rôle, maintenant elle pouvait s’éloigner de ce minibarnum.

Le dépouillement des bulletins de vote se termina à vingt-trois heures trente. Partir avant que la dernière enveloppe ne soit ouverte et comptabilisée était impossible. Il ne serait pas dit que Maximilien s’était enfui comme Brunant.

Il resta jusqu’au bout, constatant bulletin après bulletin la noyade de sa liste. Il supporta durant toute la soirée les moues amusées des représentants des listes concurrentes.

Égalité et Progrès n’avait engrangé que quatre pour cent des bulletins exprimés. Tous ces efforts, cette énergie dépensée pour ne convaincre qu’une poignée de citoyens de voter pour sa liste. Ils n’étaient pas plus nombreux que ses voisins vivant le long du chemin de halage.

Il n’y aurait pas de second tour. Les résultats interdisaient à Delgado de négocier le moindre accord avec le maire sortant.

Delgado l’avait annoncé en début de soirée, c’était plié.

Fini de jouer. La réalité reprenait le dessus.

Témoin de ses propres obsèques politiques, Maximilien serra la main que Delgado lui tendait :

— On se repose puis on se regroupe. On garde le contact.

Il était minuit. Maximilien donnait un cours à l’ENS le lendemain à dix heures trente.

Camille avait pris la voiture, il rentra à pied. L’air frais lui fit du bien.

Demain, il faudrait supporter les mines narquoises des élèves, il faudrait sourire et répondre avec esprit aux remarques faussement navrées des collègues, demain il se sentirait humilié à la lecture de la presse départementale.

Demain, il faudrait discuter avec Camille de son avenir professionnel. Elle avait démissionné pour rien.

Elle avait tout accepté pour lui. Elle l’avait secoué et supporté quand il s’effritait, envahi par le doute.

En attendant que le jour se lève, Maximilien se sentait soulagé. Un poids énorme s’était évaporé. À la réflexion, tout ce qui le tourmentait n’existait plus. Ni la politique, ni l’image du cadavre de Viviane.

Maximilien était un homme léger ce soir. Il avait envie de faire l’amour à sa femme.

En atteignant le chemin de halage, il sentit l’humidité montant du fleuve l’enrober. Il commençait à avoir faim, c’était bon signe. Il cacha un bâillement derrière sa main puis étira les bras, les tendant vers le ciel. La fatigue le gagnait, mais pas au point d’annihiler son désir de pénétrer Camille.

Il se dit qu’il se déshabillerait dans le salon, rejoindrait la chambre sans faire de bruit et se glisserait entre les bras de sa femme. Elle sentirait le sommeil, il poserait son nez sur ses seins. De la langue, il énerverait un téton. Ils feraient l’amour. Vite et fort. Sûrement plus vite que fort. Demain, ils en reparleraient.

Camille était partie après dix-neuf heures trente.

Elle ne lui avait pas téléphoné depuis qu’elle était rentrée à la maison. Elle ne souhaitait certainement pas le déranger durant cette éprouvante fin de journée. Elle n’avait pas non plus répondu à ses sms. Ces courtes missives qui réaffirmaient plusieurs fois par jour leur passion inaltérable.

Ce silence le surprenait.

Il se dit que Camille, dans une sorte de préscience féminine, avait deviné le triste résultat des élections. Oui, évidemment. La preuve, elle était partie sans lui glisser un mot d’encouragement. Camille savait. Peut-être était-elle soulagée que cette aventure politique soit terminée.

Maximilien avait été égoïste et ridicule. Sa soi-disant carrière politique était une blague. Camille y avait cru autant que lui. Tous deux s’étaient laissé bercer par les beaux discours de Delgado, l’économiste bonimenteur.

Maximilien atteignit la porte du jardin, quand un bruit, vers le ponton, le sortit de ses pensées et attira son attention. Il arrivait que des branches mortes s’écrasent dans le fleuve. Ce n’était pas grave, mais par deux fois le ponton avait été endommagé.

Une tête jaillit de l’eau, inspirant autant d’air que possible. Maximilien s’approcha de la berge.

Camille.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es tombée ?

Essoufflée, elle mit un moment pour lui répondre :

— Je t’aime.

Camille se mit sur le dos, faisant la planche, en se tenant à l’un des poteaux supportant le ponton. Elle était nue.

— Tu le sais que je t’aime, répéta-t-elle d’une voix sereine.

— Pourquoi tu es dans la Seine ? Qu’est-ce que tu fabriques ? Allez viens.

— Elle n’est pas la seule à aimer les bains de minuit.

— Quoi ?

— Moi aussi.

Maximilien s’agenouilla en tendant la main vers sa femme pour essayer de l’attraper. Le rebord était glissant, visqueux, couvert de mousse.

— Viens bon Dieu, pourquoi ne viens-tu pas ? murmura-t-il.

— À ton avis ?

Camille se laissa engloutir par le fleuve.

Elle ressortit la tête de l’eau quarante secondes plus tard. Elle avait un peu dérivé, elle nagea pour se rapprocher.

— Arrête ça !

Maximilien secoua la main pour qu’elle l’aperçoive et s’en saisisse.

Des mèches de cheveux lui zébraient le visage. Elle avait bu la tasse et toussa en s’enroulant autour d’un poteau du ponton.

Maximilien essaya de l’attraper. Elle l’esquiva.

— Viens, supplia-t-il.

— Viens toi.

— Pourquoi tu te baignes ici ?

— Je voulais la revoir.

Camille se laissa sombrer une fois encore puis ressurgit une longue minute plus tard, crachant l’eau qu’elle avait dans la bouche au visage de son mari. Elle trouva cela drôle, elle aimait bien le taquiner. Elle lui demanda :

— Elle ne te manque pas ? Tu sais quoi ? Elle nous attend.

Maximilien avait le buste tendu hors du ponton, la tête penchée vers sa femme.

Il la regarda, comme la première fois quand il l’avait rencontrée.

Du bout des doigts, il lui caressa la joue.

Simplement elle lui expliqua :

— Viens je te dis, tu vas m’aider, je n’arrive pas à détacher ses liens toute seule. Tu les as trop serrés.

Camille gifla l’eau en remuant les bras, comme une enfant capricieuse.

— Viens, on sera tous les trois. Comme avant. Viens, on te veut, scanda-t-elle.

Ses yeux pétillaient de désir. Quel bonheur de retrouver Viviane et de la partager avec son mari.

Maximilien se releva, il fouilla dans sa veste pour prendre son téléphone portable. Il chercha le numéro de l’inspecteur De Courson.

Maintenant que Camille l’avait abandonné.

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Vous avez terminé Amor

Dominique Forma

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