Au bon-air T1

Aude Réco · Chapitre 5 sur 31

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Au bon-air T1

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HUGO

 

Le soir même, comme convenu, je repasse au Bon-Air. Vraiment, j’aimerais que Christian accepte ma proposition, sans quoi, je me verrais contraint de satisfaire mes envies avec ma main droite.

Je pousse la porte, l’esprit joyeux, presque sûr de mon coup. Qui résisterait à ma tronche de star du podium des belles gueules de France ?

Ressaisis-toi, mon vieux !

Je compte bien user de mes charmes pour mettre un ou deux jolis garçons dans mon lit. J’ai passé trop de temps accroché au bras d’un sombre connard. Je suis libre, bon sang ! Je n’ai plus de comptes à rendre à Gregory. Plus de justifications à fournir à mes parents. Plus d’excuses bidon à trouver pour m’épargner une flopée de reproches. J’en aurais presque mal au bide.

Est-ce que je suis stressé ? Non. Bien sûr que non. Pas mon genre. Je suis plutôt de ceux qui ont trop confiance. En eux-mêmes, pas aux autres, faut pas pousser, non plus. J’étais plutôt de ceux-là, avant de rencontrer Gregory pendant mon CAP en pâtisserie. Avant le début de la fin.

— Alors, alors ? je lance, tout sourire, en approchant le comptoir.

Le Bon-Air est presque vide. Les derniers clients remballent leurs petites affaires et nous saluent. Quand le dernier « dong dong » du carillon de la soirée retentit, je reporte mon attention sur Christian. Il est pâle comme un mort. Super.

— Dans la réserve, ça ira ?

— Tu as un matelas gonflable réservé aux beaux mecs de passage ou un truc du genre ? je glisse avec humour. Je dis « tu », mais je ne sais pas trop. Tu... Vous ? Préférez quoi ?

— Le vouvoiement pendant la baise, on ne l’avait encore jamais proposé.

Christian se fend d’un rire nerveux.

— C’est pas faux, j’admets. On reste sur le tutoiement.

Je marque une pause pour que l’idée fasse son chemin chez Christian. Je le sens plus stressé que les trois autres fois où on s’est parlé.

— Tu es prêt, beau gosse ?

— Le... lequel de nous prend l’autre ?

Je me penche par-dessus le comptoir en jouant les chattes en chaleur.

— Oh, oui, prends-moi ! je geins, assez amusé par ma prestation.

Christian me pousse du plat de la main pour jeter un coup d’œil dans mon dos.

— Faudrait songer à fermer la boutique, je lui dis. À moins que tu veuilles en faire profiter d’autres personnes.

Furieux, il fait le tour du comptoir et gagne l’entrée pour descendre le rideau de fer. Je le reluque pendant qu’il attend, le doigt appuyé sur son interrupteur. Puis il vérifie que la porte vitrifiée est bien fermée, avant de me rejoindre.

— Alors ? fait-il.

— Alors, quoi ? Qui ouvre le bal ?

— Qui fait quoi ?

Les mains sur la boucle de sa ceinture – que j’entreprends de défaire –, je tombe à genoux devant lui.

— On n’a pas de... Je pensais que...

Je lui adresse un regard amusé. Ses joues virent au cramoisi. Je décide de ne pas le laisser mariner plus longtemps et réponds à ses questions.

— J’ai ramené des capotes, je le rassure. Maintenant, dis-moi que t’as pas envie que je te prenne dans ma bouche, là, tout de suite.

— Ici ?

— Tu as le pantalon sur les chevilles et le sexe au garde-à-vous, je réponds.

En prêchant pour ma paroisse, certes, mais mon beau brun me met le cul en feu et ne m’a pas repoussé, en plus. Je le sens plus que partant.

— C’est bon ? je m’assure, prêt à le débarrasser de son boxer.

Il hoche la tête, je m’empresse de lui enlever le reste. Juste après, je déroule l’un de mes préservatifs sur son sexe.

— C’est toujours bon, là-haut ?

Il baisse la tête dans ma direction. Son visage est toujours aussi rouge.

— Pourquoi « là-haut » ?

— Parce que, en bas, ça m’a l’air prêt, je plaisante en jouant avec son membre.

Je laisse courir mon index tout du long, d’un bout à l’autre, et guette les réactions de mon partenaire. Il s’appuie contre le comptoir. Je n’ai plus accès à ses fesses, écrasées contre le bois verni, mais on avait dit qu’on s’occupait de mon arrière-train...

— Tu n’avais pas prévu un autre programme ? me relance Christian.

J’arrête de jouer et l’avale lentement. Un gémissement à peine audible me parvient. Je n’ai pas perdu la main en deux mois, c’est bon à savoir. À en juger par les mouvements du bassin de Christian, c’est même bon tout court.

 

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