Boires et déboires d’une déchicaneuse

Marie-Renée Lavoie · Chapitre 11 sur 19

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Boires et déboires d’une déchicaneuse

11. Où je ne vois pas venir la vengeance d’Adèle.

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Où je ne vois pas venir la vengeance d’Adèle.

 

L’ultimatum que nous redoutions pour le poste en marketing est entré dans nos courriels du mercredi matin: le patron serait dans la boîte pas plus tard que vendredi, ça nous prenait une tête de marketeux sur le billot. Il avait suffisamment patienté. Un peu plus de trois semaines après mon entrée en poste sous prétexte de ce mandat, on pouvait difficilement être en désaccord.

Les dossiers de chaque membre de l’équipe formaient un soleil sur la table de conférence devant moi, comme dans les trop nombreux films d’enquête policière que je m’étais tapés ces derniers temps. Comme eux, je regardais le tout avec pénétration sans trop savoir ce que je cherchais, complètement perdue. Avec quelques rasades de scotch et trois nuits blanches d’affilée, j’aurais peut-être eu plus de succès, mais le temps me manquait. Mes yeux sautaient d’une information à l’autre sans parvenir à en extirper le moindre levier utile. Les convoquer en entrevue individuelle les mettrait sur leurs gardes, les amènerait à se parler, à s’inquiéter avec raison de ce qui prendrait des airs d’enquête. Leur annoncer en groupe que quelqu’un devait se sacrifier pour laisser place à Kingpin – surnom choisi par Claudine pour le neveu privilégié – nous mènerait à l’émeute. J’ai donc fait ce qui me réussissait le mieux jusqu’à présent: consulter les spécialistes des entrailles de la boîte.

Ils se doutaient bien que j’étais venue leur quêter des petites faveurs sans billet en me voyant débarquer dans leur grotte avec des vanille française et des beignes. Comme d’habitude, ils n’ont pas lâché leur écran pendant que je leur expliquais, en mots précis, des besoins parfaitement vagues. Je devais trouver une brèche dans l’équipe, sortir un joueur, gentiment, délicatement. Je leur demandais tout et rien à la fois, ce qui ne semblait pas les embêter outre mesure. La bouche pleine, Étienne m’a dit: «C’est bon, on gère.»

— OK. Super. Merci. Mais… vous allez faire quoi, au juste?

— Quettechose, a fait Dylan en tapant frénétiquement sur son clavier.

À requête floue, réponse floue. C’était de bonne guerre.

Je suis passée par le bureau de Nathalie en remontant, juste pour voir. Qu’elle soit restée m’épatait totalement; qu’elle se soit servie des barres résilientes pour y poser des cadres dépassait tout ce que j’aurais pu espérer. Elle avait besoin de beau et de couleurs, comme tout le monde. Ça m’a presque remuée. Les cadres avaient peut-être des vertus absorbantes, je n’ai pas demandé. Elle a levé la tête en me voyant entrer.

— Allô Diane! Le chien va bien?

— Mon gentil voisin le garde, ça pourrait pas aller mieux.

— Beaux souliers.

— J’ai mis des bibelots de secours dans mon coffre, pour les prochains… débordements. Si jamais ça te tente, j’en ai pour deux.

J’ai vu ses dents, pour la première fois. C’était vraiment une belle femme, dans un mini-format, comme rapetissé à force de discrétion.

Dans les toilettes du troisième, dédiées désormais comme toutes les autres aux humains tous genres confondus, il y avait quelques personnes, dont Ji-Pi. L’un des murs porteurs qui n’avaient pu être abattus au moment des réaménagements de l’espace offrait une séparation naturelle entre les sections miroirs et urinoirs, par ailleurs immenses, ce qui avait pour conséquence que tous ceux qui avaient envie d’ajuster leur maquillage ou de pisser debout tranquilles convergeaient vers le troisième. Ji-Pi a salué un collègue, s’est dirigé vers moi, comme il l’aurait fait dans un cinq à sept.

— Allô Diane!

— Salut! Comment vont les recherches de maisons?

— Ça va pas pire, j’ai fait une offre en fin de semaine.

— Déjà! À Limoilou?

— Saint-Sacrement. Mais je l’ai pas eue, on était sept à en faire une en même temps, c’est débile. C’est sorti à 40 mille piasses au-dessus du prix demandé, c’est complètement décourageant.

— Je sais, ma fille cherche aussi. Toutes les maisons y filent sous le nez.

— C’est ta plus vieille?

— Ma plus jeune, Charlotte, la vétérinaire. Ses frères sont plus vieux.

Sans surprise, les néons des toilettes lui allaient bien. Certains tueurs de beauté ne sont tout simplement pas assez puissants pour contrecarrer les plans de la nature. Même le léger renflement de son ventre, sous sa chemise marine à pois blancs, avait quelque chose de mignon. J’aurais été partante pour qu’il s’approche, m’attrape la tête, m’embrasse, du bout des lèvres ou à pleine bouche, sans préférence pour l’un ou l’autre des scénarios.

Tant qu’à me faire plaisir, je me racontais qu’il luttait intérieurement pour ne pas succomber à la tentation, mon titre de directrice nous aurait mis dans l’embarras. Ji-Pi est un professionnel intègre qui connaît les écueils du désir, il se retenait parfaitement, ça ne paraissait presque pas.

— Bon, j’y retourne, les dossiers s’accumulent. Y nous manque une comptable depuis six mois, on pédale.

— Si t’as besoin de ventiler, passe prendre un verre demain pour le 5 à 7, si ça te tente. Chez nous ou chez Claudine, c’est quasi pareil.

On est folle ou on ne l’est pas. J’ai croisé les doigts dans mon dos.

— Pourquoi pas! Ton Stéphane veut que j’aille voir des condos en fin d’après-midi. Super cool, by the way, le gars. Je passerai après, si vous êtes encore là.

— Bah, on va jamais ben loin, inquiète-toi pas. Amène rien, surtout, on a tout ce qu’y faut au moins en double.

J’ai réussi à contenir mon excitation jusque dans l’escalier. Une fois seule, j’ai retiré mes souliers et me suis offert quelques étages à la course pour canaliser cette belle excitation. Tant pis pour la sueur. Une fois calmée, je me suis mise à penser aux bouchées qu’il faudrait préparer, au ménage, à ce que je porterais, au vernis de mes ongles d’orteils, aux lumières d’ambiance en guirlandes que je n’avais toujours pas achetées, au palmier, qui ferait joli dans le coin de la terrasse, à mon moule à glaçons en forme de cactus encore dans le fond d’une boîte, à la couleur de mes sous-vêtements, au cas où, à ce que je dirais, ne dirais pas, à la possibilité d’appeler Madeleine pour qu’elle nous commande grâce à ses ondes une petite pluie de fin de soirée afin que ça se termine à l’intérieur, dans un espace plus propice aux rapprochements.

Quand je suis entrée dans la salle de conférence pour rencontrer le quatuor des créatifs qui se crêpaient le chignon pour une histoire pas claire de vol d’idée ou de plagiat – Ça se prend pas pour des 7 Up flat, c’te gang-là, m’a dit Claudine –, j’étais beaucoup trop détendue. Je n’avais pas encore posé une question qu’un bras entièrement tatoué en pointait un autre, encore plus tatoué, pour l’accuser sans préambule de lui avoir tout volé, son travail, son âme, sa vie. Des intenses, j’ai pensé, des vrais. Tant mieux, j’étais dans une forme spectaculaire, chargée à bloc.

— On parle de quoi exactement ici?

— Le logo de la nouvelle interface web, entre autres…

— Qui a fait le logo?

— Moi! ont fait en chœur les deux colorés.

L’un comme l’autre prétendaient en avoir d’abord esquissé une version à la main. Remanié ensuite à de multiples reprises tant par les créatifs que les graphistes, le logo avait évolué jusqu’à une version finale que j’avais sous les yeux: les trois lettres de la compagnie imbriquées en une forme d’arche. Des courbes gracieuses qui créaient un effet de mouvement, d’accord, mais pas de quoi alerter un musée. Pourtant, les deux tenaient mordicus à ce que leur paternité soit reconnue, même si cette info n’apparaissait en fin de compte qu’au dossier. Les deux autres se tenaient à l’écart avec leur face de plâtre. Je ne les torturerais qu’en dernier recours: j’étais d’humeur généreuse.

— On met vos deux noms, d’abord.

— NON! C’est mon logo!

— MON LOGO!

J’ai pensé à Salomon le sage et à sa proposition de couper un bébé en deux pour identifier la bonne mère – présumant que la vraie céderait plutôt que de le voir mourir.

— OK, pas de nom, ai-je fait en déchirant la feuille, pour le show.

Ils ont poussé des hauts cris, ça ne respectait pas les clauses de leur contrat respectif, ils avaient un portfolio à alimenter. Un logo, ça ne meurt pas, c’était moins convaincant comme menace. J’ai alors détaché deux feuilles de ma tablette, sorti deux crayons de ma mallette à documents.

— À go, je vous donne deux minutes top chrono pour me le dessiner, le logo. Pis gardez vos yeux sur votre feuille. Go!

Ethan – 36 ans, musique électronique, Californie, caniche, Bugatti, etc. – a refusé net, prétextant que c’était du chantage créatif, une méthode abusive, pendant que Mohamed – jeune trentaine, Musée des beaux-arts, DeSerres, kayak – se déchaînait sur la feuille, la langue sortie, l’excitation dans le plafond.

— Mais ça fait des mois que je l’ai pas tracé, ça veut rien dire!

— Essaie pareil, sinon tu perds par défaut. Une minute dix.

— Y fait juste me copier, ça prouve rien!

— Une minute.

— Vous avez pas le droit de faire ça!

C’est une phrase que j’avais souvent entendue, dans les derniers temps, à l’école comme à la maison. C’était parfaitement vrai, par ailleurs, mais l’idée m’était venue spontanément, je n’avais pas le choix de bluffer jusqu’au bout.

— On m’a donné plein pouvoir pour régler ce conflit-là, qui empoisonne toute l’équipe, ai-je fait fermement en regardant les autres, toujours aussi peu enclins à collaborer.

Ethan a balayé tout ce qui se trouvait devant lui en criant que c’était de l’ostie de bullshit avant de sortir pour aller régler ça en montant au-dessus de moi dans la hiérarchie. Il savait où aller, a-t-il lâché avec son doigt menaçant. J’avais peut-être été un peu impétueuse, ma charmante patronne ne serait pas spécialement contente de le voir atterrir dans ses pattes. Mohamed m’a fièrement tendu sa feuille. L’essence des courbes était là, fioritures en plus. Ils avaient épuré pour la forme finale, les logos doivent être dépouillés. Malgré tout, c’était vrai, ça ne prouvait rien. L’une des deux faces de plâtre a tendu la main, saisi puis regardé le dessin, souri.

— Je fermais ma gueule jusqu’ici, mais là, je peux pus: c’est pas la première fois…

C’est Ethan qui l’avait fait entrer dans la boîte, il se sentait redevable, ne disait rien. Mais les bassesses s’accumulaient, pesaient sur sa conscience. Il ne voyait pas comment continuer en se taisant. Marius, qu’il s’appelait, comme celui qui lisait les nouvelles dans mon enfance. Soit, j’avais un témoin, le reste ne serait que formalités, mais je perdais tout de même encore un employé. Pour une déchicaneuse censée recréer l’harmonie et faire de la rétention, c’était plutôt raté.

Le foyer de Madeleine m’avait laissé un message. Rien de pressant, mais si je pouvais rappeler Johanne, ce serait gentil. Le calme m’a toujours beaucoup plus angoissée que la panique. J’ai sauté sur mon téléphone.

— Madeleine va bien?

— Autant que possible, madame. On l’a transférée aux soins palliatifs.

— Oh non! Qu’est-ce qui est arrivé?

— Mais rien, madame, rien de nouveau. Juste la vie.

J’ai appelé Claudine en route pour lui dire que je prenais une heure ou deux pour aller voir Madeleine. La mort rôdait, elle serait là dans une semaine, un jour, une heure. C’est vague, la vie, ça ne se laisse pas mettre à l’horaire.

— Tu sors ça d’où, l’affaire du dessin? Ethan est débarqué dans mon bureau en mangeant les murs…

— J’ai vu ça dans un film, me rappelle pus lequel. Je reviens tantôt, je passerai te voir.

— Ça va, toi? Pour Madeleine, je veux dire…

— C’est la meilleure façon de partir, non?

— C’est sûr, la meilleure. C’est même ça que je me souhaite, moins le bout au foyer.

— Ta Laurie est en train d’apprendre avec ta mère, tu vas être correcte.

— Pas sûre qu’à va avoir autant de patience avec moi…

Elle n’a pas pu s’empêcher de dire que nous ne pourrions plus aller à son chalet. Repousser les émotions à coup d’humour noir, la spécialité de Claudine. Je la devinais émue jusqu’aux larmes, juste à son timbre de voix un peu trop forcé.

— Pis stresse pas pour l’histoire avec les créatifs, j’ai ben du monde dans ma banque. Les universités nous en pondent en masse, des artistes, même si ça mange de la misère trois fois par jour en attendant de se trouver une job.

— On le vire?

— Y va s’auto-flusher avant qu’on ait besoin de le faire, y a juste les coupables qui font des crises de même.

Tout se passait à une autre vitesse, dans l’aile palliative. L’agent de sécurité souriait, cure-dent entre les dents – dégoûtant, mais relax –, les membres du personnel infirmier marchaient, normalement, l’air de travailler comme tout le monde et non de courir après des bombes à désamorcer, pour une fois. Les gens que je croisais n’espéraient plus rien, ils venaient se recueillir au chevet de leurs morts encore un peu vivants, juste un peu. La résignation se lisait partout, même le vert menthe des murs qui se faisait moins laid qu’ailleurs, me semblait-il. Ma petite Madeleine était installée au milieu de son lit, avec sa robe mauve qui ne fripe pas, maquillée. Les couvertures s’enfonçaient à peine, sous son poids.

— Ah, Diane…

— Je passais dans le coin.

— Mais tu travailles.

— C’est mon heure de lunch.

— Faut que tu manges.

— J’ai mangé un sous-marin à la dinde, roquette, pesto et mayonnaise maison, tellement bon, dans un pain multigrains. J’ai pas pu t’en garder, j’avais trop faim.

Les détails rendent toujours les mensonges plus convaincants. Elle avait l’air contente.

— T’as l’air fatiguée, ma belle fille.

Ses yeux se fermaient et s’ouvraient très lentement, comme au ralenti. Sa fatigue à elle avait près de cent ans, la mienne se soignerait en une fin de semaine. Chaque battement de paupières avait l’air du dernier. Elle mourrait quand elle n’aurait plus la force de les relever. On se contenterait de la soulager jusqu’au bout.

— Toi tu pètes le feu, avec ton beau rouge à lèvres! C’est quelle couleur, ça?

— Y ont dit: «Voulez-vous vous maquiller, madame?» J’ai dit oui… pour faire plaisir. J’ai jamais été ben ben coquette, en vrai.

Je me suis allongée à côté d’elle, sur le côté, à l’endroit où sa main tapotait le tissu. Aucun soluté, pas d’écran nulle part, juste un ma petite amie dans son lit frais. Le préposé a déposé le contenant en plastique de compote sur la table de chevet. Rien ne pressait. Elle ferait glisser sa cuillère sur les rainures plus tard, ou jamais. Comme un personnage de cinéma, elle n’était plus obligée de manger pour vivre.

— Ç’a été long, a dit Madeleine en expirant.

— Je sais.

— Moins long avec toi, merci.

En se frayant un chemin par la racine de mon nez, les larmes de mon œil gauche fusionnaient avec celles du droit avant de plonger dans l’oreiller, en une tache sombre qui laisserait un cerne salé ourlé de mascara, comme la robe d’une huître. C’est pour moi que j’étais triste, évidemment. La mort nous rend toujours égoïstes.

— Charlotte et moi, on passera en fin de semaine avec le chien.

— Je vais regarder mon horaire.

— Ma secrétaire appellera ta secrétaire, OK?

— Bonne idée.

Même avec un pied dans la porte, elle riait encore. Et elle trouverait la force de dire qu’elle s’en allait rejoindre son mari, ses fils et ses chats, par générosité pour ceux que ça rassurerait, mais sans y croire.

— J’ai invité l’homme dépris chez nous demain.

— Oh…

— Si y te reste des ondes, j’suis preneuse.

Dylan m’a demandé de descendre les voir dans leur Batcave: ce qu’ils avaient trouvé ne pouvait qu’être dit. Étrange paradoxe, ce retour forcé à l’oralité pour des technofans comme eux. Je me suis excusée d’arriver les mains vides.

— Pas de trouble, madame.

— Samyr, non: jeunes enfants, maison, femme qui travaille pas loin, a commencé Étienne. Fabien et Pierre-Luc sont ensemble, c’est pas annoncé, mais c’est assez clair. Les parents de P-L tripent sur Jésus, c’est là que ça jamme, j’imagine.

— Pis les deux filles?

Dylan a donné un petit coup sec sur l’épaule d’Étienne, comme si je venais de dire quelque chose d’ultra-spécial.

— Yasmine est trop cute, Yéti veut pas qu’à s’en aille.

— Rapport! C’est toi qui la trouvais cute!

— Tellement pas!

Des ados de 13 ans gros max. Les sous-sols ne sont pas bons pour les ados, leur cerveau prend l’humidité. Je les ai regardés se lancer des élastiques en slingshot, contente de constater qu’ils pouvaient faire autre chose de leurs mains que de taper sur un clavier. S’ils m’avaient fait venir, c’est qu’ils avaient quelque chose à me suggérer, je n’avais pas le choix d’attendre.

— On a juste trouvé une affaire.

— Léah s’est parti une petite compagnie, a fini par lâcher Dylan en reprenant sa position.

— Une compagnie de quoi?

— Rien pour nous faire de la compétition.

— Non? OK. Mais vous faites comment pour savoir ça?

— Magie magie, madame.

— Ben oui…

— Sérieux, on fait rien d’illégal, madame, on croise les recherches. Tout le monde peut faire ça.

J’oubliais encore mon titre de cheftaine numérique. Valait mieux faire semblant de comprendre.

— C’est nouveau, ça, Yéti?

— Ha! Yasmine + Étienne = Yéti. Pis tu y as pas vu les pieds, madame…

— Ta gueule, t’as jamais vu mes pieds!

Et ils sont repartis. J’en ai profité pour m’éclipser, sans trop savoir ce que je ferais de la petite compagnie de Léah, mais je trouverais une façon de la transformer en sésame capable d’ouvrir la porte à Kingpin.

À la porte de mon bureau, habillée comme en hiver, capuchon rabattu sur la tête, lunettes fumées, Camille la voleuse de chum, madame sarcasme en personne, plus accoutrée pour le skatepark que pour le bureau. Elle m’a fait un petit salut sec avant de me demander si elle pouvait me parler, en privé, please. Une fois la porte refermée, elle s’est laissée tomber sur une chaise, comme si elle venait de faire Compostelle. Je ne me suis pas gênée.

— C’est plus poli d’attendre qu’on t’invite à t’asseoir.

Je m’attendais à une réplique du genre «Calme-toé, t’es pas le pape!», mais elle s’est plutôt remise sur ses pieds en une fraction de seconde.

— S’cuse. S’cusez.

— Tu peux t’asseoir. En quel honneur, Camille?

— Je reprendrais ma place, s’il te plaît. Je vas arrêter.

— Arrêter quoi?

— D’être de même.

— C’est-à-dire?

Elle a avalé deux fois, pris une grande bouffée d’air, comme si elle s’apprêtait à recracher du verre broyé.

— D’être irrespectueuse.

— Pourquoi?

— Parce que c’est pas cool.

— Assez d’accord avec toi. Mais pourquoi maintenant?

— Je vas te le dire parce que j’imagine que tu vas finir par l’apprendre: j’ai commencé une autre job ailleurs, pis y m’ont vraiment fait chier, des vrais dictateurs.

— Pis moi, j’suis pas une dictatrice?

— T’es comme ma mère.

— Ce qui veut dire?

Ça ne me tentait pas spécialement de le savoir, mais je posais quand même la question. Comme Adèle, impétueuse et persécutée de toutes parts, elle se croyait des ennemis partout.

— Ben… que t’es comme ma mère.

— OK, mais ’est comment, ta mère?

Elle a levé les yeux au plafond, encore un mot pénible à prononcer, j’étais vraiment gossante.

— À gère.

Pour l’entendre souvent dans la bouche d’Adèle, je savais que c’était un sacré compliment, et sa mère n’aurait pas manqué d’en être émue – comme je l’étais, moi. On en ferait peut-être quelque chose, la terre était cultivable, c’était une enfant qui avait eu son lot de coups de pied au derrière, ça se devinait jusque dans sa voix rauque. Avec quelques formules de politesse bien formatées, à employer mécaniquement au besoin, comme un peu tout le monde, ça irait. Nous n’avions pas réellement les moyens d’être pointilleux sur les offres de rédemption. Comme une machine à voyager dans le temps, elle nous donnerait en plus, à Claudine et à moi, une petite longueur d’avance pour voir se déployer Adèle. Et ça rachetait le départ d’Ethan, l’artiste incompris.

J’ai à plusieurs reprises tenté de m’approcher de Léah sans y parvenir. Je voulais l’attraper par hasard, dans un corridor, tomber sur elle aux toilettes ou dans l’ascenseur. J’ai fini par me rabattre sur le stationnement, comme un tueur en série.

— Allô, Léah!

— Oh!

Elle a reculé d’un pas, regardé derrière elle, la main sur le cou, et je me suis félicitée qu’elle n’ait pas dégainé son poivre de Cayenne. Pas l’idée du siècle, l’arrivée surprise.

— Excuse-moi, je voulais pas te faire peur.

— C’est un peu creepy, attendre le monde dans un stationnement.

— Désolée, je voulais te parler seule à seule, en dehors du bureau, je voulais surtout pas te faire peur.

Elle a secoué ses mains à quelques reprises pour y réactiver la circulation. Son cœur avait propulsé tout son sang dans ses jambes pour assurer une fuite rapide.

— Voudrais-tu venir marcher un peu avec moi?

On a déambulé dans les rues avoisinantes, en sirotant des matchas glacés achetés au café du coin, servis par Crépuscule qui s’étonnait du vaste registre de mes goûts: la plupart des clients buvaient religieusement la même chose chaque jour, si bien qu’il leur suffisait d’un signe de tête pour commander. Avec moi, on voguait d’une surprise à l’autre. Tant qu’à étonner, puisque je n’avais jamais pris le temps de le faire, j’ai zyeuté les produits fins posés sur les tablettes tout en gratifiant de bons commentaires les artisans locaux qui les fabriquaient. Je me suis d’abord émerveillée devant un cactus fait entièrement au tricot, pot inclus. Léah s’est approchée, tout sourire.

— Quelle bonne idée, ça prend tellement de lumière, un cactus! Comme ça, juste un petit coup d’aspirateur pis y reste beau.

De fil en aiguille, du chocolat noir aux huiles essentielles, on discutait des petits commerces qu’on connaissait et qu’on aimait encourager. J’insistais sur le courage qu’il faut pour se lancer en affaires dans un marché aux offres démultipliées. Ses yeux sautaient d’un produit à l’autre, jusqu’à ce qu’ils glissent sur la vitrine des viennoiseries, derrière laquelle attendaient d’être choisis des croissants, des muffins au chocolat – beurk – et des scones au kale.

— Y a des œufs partout, tout le temps.

On y était. La brèche s’ouvrait toute grande. Je l’ai à peine guidée, elle m’a tout expliqué, ses allergies, son projet, ses peurs et ses vertiges. Le filon serait fructifère, d’autant plus que, coup de pouce inespéré, mon barista préféré nous apprenait, en nous voyant inspecter ses produits avec tant d’intérêt, qu’il était l’un des propriétaires du café. C’était d’une amie artiste, les cactus tricotés. J’en ai offert un à Léah.

Je n’ai pas mis Fiouze dans sa cage, ce soir-là, souhaitant qu’il puisse aller et venir à sa guise. Par précaution, j’avais étendu des vieilles couvertures sur le divan, sur le tapis de l’entrée et sur mon lit, qu’il pouvait atteindre grâce à un marchepied.

Vers une heure du matin, réveillée désormais par habitude, je l’ai appelé plusieurs fois: il n’est pas venu. Aucun son. J’ai pensé à son cœur fragile, à sa mort possible, imaginé son petit corps poilu sans souffle sur la céramique. Sur la pointe des pieds pour ne pas atterrir sur son cadavre, j’ai marché de ma chambre à la pièce centrale, que j’ai allumée graduellement, comme au théâtre. Il était là, assis en sphinx sur le tapis de la cuisine, les yeux fixés sur la porte qui donnait sur la terrasse. Il voulait aller là-bas, de l’autre côté. Tout son être était tendu vers cet ailleurs dont il épiait le moindre bruit.

J’ai texté Antoine pour prendre des nouvelles de la cohabitation avec la belle-mère. Je l’avoue sans honte, je souhaitais mon fils heureux, mais je redoutais qu’il me vante ses qualités de cuisinière, de ménagère, de couturière. J’avais tenu ce rôle à merveille pendant si longtemps, je tolérerais difficilement d’être déclassée.

elle a mis un genre de plastic transparent

sur le divan pour pas le salir j’haïs ça

Tout était en ordre.

Et madame Sophie n’avait toujours pas lu mes textos. À trois semaines de la rentrée scolaire, je commençais à m’inquiéter… Et j’aurais bien aimé discuter de mon choix de carrière avec quelqu’un qui comprendrait mon déchirement.

J’étais dans un tel état d’excitation le lendemain – dans ma besace à bonheur: une solution possible pour les marketeux et l’image de Ji-Pi sur ma terrasse le soir même – que j’ai commencé ma journée en m’attaquant à l’ancrage papillon à installer dans le plafond. Dans le petit matin lumineux, 7 h 42, ma fibre de manuelle vibrait, pourquoi la brider? Ma plante s’impatientait depuis un moment sur le comptoir. Elle rêvait de retrouver sa vision en plongée vers nous, les condamnés aux bassesses du quotidien. Un peu d’eau et de 20-20-20 toutes les trois semaines, c’est tout ce qu’elle demandait.

Le papillon était engagé dans le trou que j’avais élargi en faisant des allers-retours avec la mèche à percer 3/8. Je poussais comme on entre dans une maison hantée, pas sûre d’aimer ce qui allait se passer, quand un plouc sourd a retenti: le son mélodieux de la tant souhaitée ouverture des ailes. Le mécanisme a gentiment refusé de ressortir quand j’ai tenté de le ramener vers moi. J’avais réussi. En tirant pour forcer l’ancrage à mordre le gypse, comme me l’avait montré Lydia, j’ai vissé le crochet jusqu’à ce qu’il colle au plafond, solide et stable, exactement comme prévu. J’y ai vu le signe d’une belle journée qui s’annonçait.

Au bureau, entre les rencontres gérées avec un tact de pro – je filais sur mon high du crochet –, j’aiguisais ma stratégie pour la rencontre du lendemain avec le grand patron: je soignais mon texte, peaufinais mes phrases, farfouillais pour trouver des formules-chocs qui décrocheraient un sourire, me vaudraient un peu d’admiration. Au lieu des petits cartons, j’y suis allée pour des belles feuilles imprimées sur lesquelles les chiffres importants apparaissaient en gras, grossis et surlignés en rose, pour qu’ils deviennent des bouées en cas de panique ou de dérapage. Je n’avais aucune idée de la résistance qu’on m’opposerait ni du ton de la conversation. Je me suis imaginé mille scénarios, deux mille questions jambettes. Avant la fin de l’après-midi, mon argumentaire était aussi solide que mon crochet. Je pourrais supporter beaucoup plus qu’une plante et un gros chat. Je suis rentrée préparer quelques grignotines et me chixer, comme dirait Adèle, pour notre petit impromptu du soir avec l’inénarrable Ji-Pi.

Ma terrasse était parfaitement propre et décorée (rafle à la quincaillerie: guirlandes lumineuses, palmier de coin, tapis de terrasse, coussins colorés dont un en forme d’ananas), les haut-parleurs sortis, le vin et la bière au froid et les bouchées (rafle chez le traiteur: feuilletés d’huîtres fumées, brochettes de crevettes au cari, éclisses de canard grillées, bruschetta d’aubergines sur baguettes aux fines herbes, acras de morue, mousse de foie de volaille, chips de patates douces, croûtons au romarin, tapenade aux artichauts, olives au bleu, gravlax sur lit de roquette, noix diverses, etc.) étaient prêtes à être disposées sur le trio de tables gigognes que j’avais déterrées des catacombes du sous-sol où s’entassaient les vestiges de mon déménagement.

J’avais opté pour ma robe blanche, mes sandales à lanières de cuir bleu ciel, un gloss très pâle. L’humidité ne venait pas à bout de mes cheveux, guillerets comme mon humeur, je sentais bon, j’étais belle, le ventre plein de papillons. Je me suis autorisé quelques scénarios pour que la soirée commence sans plus attendre: Ji-Pi arrivait plus tôt, me surprenait devant le miroir de ma commode en train de mettre ma dernière boucle d’oreilles, se glissait derrière moi, m’embrassait dans le cou, on se jetait sur le lit; à la fin de la soirée, dans la cuisine, en rentrant le reste des plats, Ji-Pi échappait un acra de morue qui tombait à côté de mon pied, il se penchait pour le ramasser, posait sa main sur ma cheville, remontait doucement, m’attrapait la tête à deux mains pour m’embrasser et m’entraîner sur le divan; Ji-Pi se mettait à saigner du nez, je le suivais jusqu’à la salle de bain pour lui donner une débarbouillette, il enlevait sa chemise tachée, je m’approchais pour l’aider, on s’embrassait, puis s’envoyait en l’air sur la sécheuse; Ji-Pi revenait chercher son téléphone oublié sur la terrasse après la soirée, me voyait passer en nuisette de l’autre côté de la porte-patio, me souriait, je lui ouvrais, on s’embrassait d’abord doucement, puis passionnément, en se butant aux murs et aux meubles pour gagner rapidement ma chambre. Alouette. Mon Ji-Pi imaginaire et moi, entourés de hors-d’œuvre alléchants, on passait déjà un bon moment.

Pour éviter que Fiouze ne vienne mettre son museau dans les plats disposés à sa hauteur, Raymond le garderait encore un peu. Des vrais larrons en foire, ces deux-là. T’as belle mine, m’a dit Ray.

C’est Adèle qui est montée la première, catastrophée, des mèches bleu pêche tombant sur le col de son polo d’épicerie tout neuf.

— Viens me mener, s’il te plaît, Di, je commence à cinq.

— T’as le temps.

— Mais non, c’est dans dix minutes.

— T’es à 700 mètres, cours.

— T’es pas cool, gee… coudonc, t’organises-tu un party?

— Un petit 5 à 7 avec ta mère.

— Toute ça juste pour ma mère?

— Pis un ami.

— Le gars friend zone? Le frère?

— Cours!

Elle semblait tellement contente qu’elle a oublié d’insister. Son waaaaa! s’est fait entendre sur au moins 100 mètres. C’était beau d’entendre une telle explosion de joie pour une matante fasciste pas cool.

Quelques minutes plus tard, Claudine est arrivée, avec ses gros sabots et ses deux blancs pas assez froids à son goût – direction congélateur –, puis Ji-Pi, à l’heure annoncée, comme si tout le monde suivait le script à la lettre. Le ciel était clair, il ventait à peine, ne faisait pas trop chaud. Les rires d’enfants qui coloraient le fond sonore montaient jusqu’à nous. Pas de tondeuse ou de souffleur à feuilles pour grêler la paix. Si la journée s’était terminée à ce moment-là, elle serait entrée dans le patrimoine mondial des journées parfaites.

Comme nous nous étions imposé de ne pas parler du bureau, on a jasé maisons, rénos, animaux, Mado, ados. Depuis sa séparation d’avec la splendide Marie, dont la cause demeurait un mystère, notre hôte de marque y goûtait aller-retour avec ses ados. Il tenait son verre d’une main, s’enfournait de l’autre les délicatesses du traiteur avec appétit, y en a pour une armée, répétait-il, sans jamais cesser d’être beau. Parfaitement humain et divinement beau, comme ça devrait être interdit. J’ai failli lui demander de venir voir mon crochet, pour rééquilibrer les forces.

— Câlac! Mes blancs sont encore au congé! J’en profite pour faire un pepi.

Claudine s’est extirpée sans élégance du divan pour aller sauver son vin. Prétextant l’envie de piger un croûton dans le panier déposé à côté de mon verre, Ji-Pi s’est approché de moi, assez pour que le bout de sa rotule touche mon genou. Mes joues sont devenues chaudes, ma bouche s’est asséchée.

— Je voulais juste, euh… je sais pas trop comment te dire ça…

J’ai cessé de respirer, ça sonnait comme le début d’une déclaration.

— … C’est parce que la fille de Claudine, l’amie de ma nièce…

— Adèle?

— Oui, Adèle, gentille fille, d’ailleurs… Elle a dit à ma nièce que tu… que nous deux, en fait… Y paraîtrait que tu voudrais que…

La petite crisse, ai-je pensé sans perdre mon sourire, les ongles plantés dans le coussin fleuri à ma portée. Je ne m’étais pas imaginé que sa vengeance viendrait de ce côté-là.

— Mais là, c’est peut-être juste des blagues d’ados, on les connaît, ça les amuse, matcher les parents célibataires, donc elle disait que tu aimerais que…

— Les ados…

Je ne pouvais pas le laisser finir sa phrase, ce qui suivrait ce tu aimerais que impliquerait que je réponde par oui ou non. Pas d’échappatoire possible. Mais avouer là, tout naïvement, sans filet, que j’avais répondu «oui» au «T’aimerais-tu ça sortir avec?» d’Adèle, m’exposait à me faire expliquer qu’il n’était pas dans les mêmes dispositions que moi; c’est peut-être d’ailleurs pour tuer l’affaire dans l’œuf qu’il abordait le sujet. Si je répondais «non», une fausseté à laquelle je serais capable de me condamner pour fuir l’embarras, je ne me le pardonnerais jamais.

— Oui, les ados, qu’il a fait en regardant Claudine arriver, victorieuse, avec ses bouteilles intactes, dieu merci. Il avait discrètement ramené à lui son genou.

J’ai survécu le reste de la soirée dans une nébuleuse, paralysée par la masse d’interprétations que rendait possibles notre conversation avortée. Le langage corporel de Ji-Pi ne m’offrait aucun indice, aucune prise. Il continuait de boire, rire et manger avec le même enthousiasme qu’à son arrivée, la même insouciance, si bien que j’ai fini par croire que j’avais fabulé ces quelques phrases hésitantes, ou du moins qu’elles n’avaient pas l’importance que je leur donnais. Au fond, si elle visait autre chose qu’à dissiper un malentendu possible entre nous, il aurait trouvé le moyen de la terminer, sa dernière phrase.

Aux premiers bâillements de Claudine, Ji-Pi s’est levé pour partir: il se faisait tard, nous avions tous une grosse journée le lendemain, il ne voulait pas abuser de notre bonne compagnie. Claudine a catégoriquement refusé qu’il nous aide à débarrasser, la visite, ça ramasse pas. De toute façon, il ne restait plus d’acras de morue à échapper. Tous les scénarios étaient morts.

J’ai reçu un texto de Jacques pendant que je finissais d’empiler les restants sur un plateau de service. J’avais mis Claudine dehors pour pouvoir rester seule. Il voulait savoir ce qui arrivait avec les chèques, si on attendait Alex, si je pensais organiser un autre petit souper pour la distribution officielle. J’ai eu envie de l’envoyer promener, j’ai même cherché un émoji doigt d’honneur pour le faire graphiquement: c’était de sa faute si j’étais seule dans la cuisine de mon petit condo avec mes scénarios débiles d’adolescente, sa faute, tous mes doutes sur moi, la pitié de mes enfants, les recommencements forcés. Je l’ai ghosté, ce qui était une insulte suprême, aux dires d’Adèle, et je me réjouissais qu’il ne comprenne pas pourquoi. Il y avait tant de choses que je ne comprenais toujours pas, moi.

Je sortais chercher les derniers vestiges de la soirée quand j’ai vu un bout de tête d’Adèle en train d’espionner ce qui se passait sur ma terrasse.

— Je t’ai vue, petite tannante, essaie pas.

— C’est juste parce que je… cherchais ma mère.

— Tu te cacherais pas, si tu cherchais ta mère. Si tu t’étires le cou, tu vas la voir, je suis pas mal sûre que c’est elle qu’on entend trinquer avec les gars, en bas.

— Y est où, le gars friend zone?

C’était aussi un peu de sa faute à elle, ce vague à l’âme de bouette. Je l’ai regardée sévèrement.

— Adèle, j’aimerais vraiment ça que tu te mêles de tes maudites affaires la prochaine fois.

— Oh non! T’es encore friend zone, shit!

Elle a couru vers moi pour planter sa tête d’alien dans ma poitrine, me saucissonnant de ses grands bras d’ado compatissante. C’était pour ton bien, qu’elle a dit. J’ai proposé qu’on gère nous-mêmes notre bien à partir de maintenant.

— Mais j’aime ça, l’épicerie, c’est nice. Y a vraiment du monde wack, mais c’est quand même chill.

— Tant mieux! Aide-moi, on va aller rejoindre le party de ruelle avec la bouffe qu’y reste.

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