Clair de terre

André Breton · Chapitre 30 sur 37

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Clair de terre

Mille et Mille Fois

Les femmes poudrées par les fleurs

Les femmes dont le troupeau est conduit par les animaux

fabuleux

Accusent de rigueur le principe

Qui assimile les plantes spectrales

L'amour à cinq branches l'hystérie flocon des

appartements

À la mort la petite mort l'héliotropisme

 

MILLE ET MILLE FOIS

 

À Francis PICABIA

Sous le couvert des pas qui regagnent le soir une tour

habitée

par des signes mystérieux au nombre de

onze

La neige que je prends dans la main et qui fond Cette neige que j'adore fait des rêves et je suis un de ces

rêves

Moi qui n'accorde au jour et à la nuit que la stricte

jeunesse

nécessaire

Ce sont deux jardins dans lesquels se promènent mes

mains

qui n'ont rien à faire

Et pendant que les onze signes se reposent Je prends part à l'amour qui est une mécanique de cuivre

et

d'argent dans la haie

Je suis un des rouages les plus délicats de l'amour

terrestre

Et l'amour terrestre cache les autres amours À la façon des signes qui me cachent l'esprit Un coup de couteau perdu siffle à l'oreille du promeneur J'ai défait le ciel comme un lit merveilleux

Mon bras pend du ciel avec un chapelet d'étoiles Qui descend de jour en jour

Et dont le premier grain va disparaître dans la mer À la place de mes couleurs vivantes

Il n'y aura bientôt plus que de la neige sur la mer Les signes apparaissent à la porte

Ils sont de onze couleurs différentes et leurs dimensions

respectives vous feraient mourir de pitié

L'un d'eux est obligé de se baisser et de se croiser les

bras

pour entrer dans la tour

J'entends l'autre qui brûle dans une région prospère Et celui-ci à cheval sur l'industrie la rare industrie

montagneuse

Pareille à l'onagre qui se nourrit de truites Les cheveux les longs cheveux pommelés Caractérisent le signe qui porte le bouclier doublement

ogival

Il faut se méfier de l'idée que roulent les torrents Ma construction ma belle construction page ô page Maison insensément vitrée à ciel ouvert à sol ouvert C'est une faille dans le roc suspendu par des anneaux à

la

tringle du monde

C'est un rideau métallique qui se baisse sur des

inscriptions

divines

Que vous ne savez pas lire

Les signes n'ont jamais affecté que moi

Je prends naissance dans le désordre infini des prières Je vis et je meurs d'un bout à l'autre de cette ligne Cette ligne étrangement mesurée qui relie mon cœur à

l'appui

de votre fenêtre

Je corresponds par elle avec tous les prisonniers du

monde