Clair de terre
Mille et Mille Fois
Les femmes poudrées par les fleurs
Les femmes dont le troupeau est conduit par les animaux
fabuleux
Accusent de rigueur le principe
Qui assimile les plantes spectrales
L'amour à cinq branches l'hystérie flocon des
appartements
À la mort la petite mort l'héliotropisme
MILLE ET MILLE FOIS
À Francis PICABIA
Sous le couvert des pas qui regagnent le soir une tour
habitée
par des signes mystérieux au nombre de
onze
La neige que je prends dans la main et qui fond Cette neige que j'adore fait des rêves et je suis un de ces
rêves
Moi qui n'accorde au jour et à la nuit que la stricte
jeunesse
nécessaire
Ce sont deux jardins dans lesquels se promènent mes
mains
qui n'ont rien à faire
Et pendant que les onze signes se reposent Je prends part à l'amour qui est une mécanique de cuivre
et
d'argent dans la haie
Je suis un des rouages les plus délicats de l'amour
terrestre
Et l'amour terrestre cache les autres amours À la façon des signes qui me cachent l'esprit Un coup de couteau perdu siffle à l'oreille du promeneur J'ai défait le ciel comme un lit merveilleux
Mon bras pend du ciel avec un chapelet d'étoiles Qui descend de jour en jour
Et dont le premier grain va disparaître dans la mer À la place de mes couleurs vivantes
Il n'y aura bientôt plus que de la neige sur la mer Les signes apparaissent à la porte
Ils sont de onze couleurs différentes et leurs dimensions
respectives vous feraient mourir de pitié
L'un d'eux est obligé de se baisser et de se croiser les
bras
pour entrer dans la tour
J'entends l'autre qui brûle dans une région prospère Et celui-ci à cheval sur l'industrie la rare industrie
montagneuse
Pareille à l'onagre qui se nourrit de truites Les cheveux les longs cheveux pommelés Caractérisent le signe qui porte le bouclier doublement
ogival
Il faut se méfier de l'idée que roulent les torrents Ma construction ma belle construction page ô page Maison insensément vitrée à ciel ouvert à sol ouvert C'est une faille dans le roc suspendu par des anneaux à
la
tringle du monde
C'est un rideau métallique qui se baisse sur des
inscriptions
divines
Que vous ne savez pas lire
Les signes n'ont jamais affecté que moi
Je prends naissance dans le désordre infini des prières Je vis et je meurs d'un bout à l'autre de cette ligne Cette ligne étrangement mesurée qui relie mon cœur à
l'appui
de votre fenêtre
Je corresponds par elle avec tous les prisonniers du
monde