Clair de terre

André Breton · Chapitre 35 sur 37

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Clair de terre

Tournesol

Gens qui pourriez

Nos rigueurs se perdent dans le regret des émiettements Nous sommes les vedettes de la séduction plus terrible Le croc du chiffonnier Matin sur les hardes fleuries Nous jette à la fureur des trésors aux dents longues N'ajoutez rien à la honte de votre propre pardon C'est assez que d'armer pour une fin sans fond Vos yeux de ces larmes ridicules qui nous soulagent Le ventre des mots est doré ce soir et rien n'est plus en

vain

 

TOURNESOL

 

À Pierre REVERDY

La voyageuse qui traversa les Halles à la tombée de l'été Marchait sur la pointe des pieds

Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels Que seule a respirés la marraine de Dieu Les torpeurs se déployaient comme la buée Au Chien qui fume

Où venaient d’entrer le pour et le contre

La jeune femme ne pouvait être vue d’eux que mal et de

biais

Avais-je affaire à l’ambassadrice du salpêtre Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons

pensée

Le bal des innocents battait son plein

Les lampions prenaient feu lentement dans les

marronniers

La dame sans ombre s’agenouilla sur le Pont-au-Change Rue Gît-le-Cœur les timbres n’étaient plus les mêmes Les promesses des nuits étaient enfin tenues Les pigeons voyageurs les baisers de secours Se joignaient aux seins de la belle inconnue