Clair de terre
Chapitre II
Ce jeune homme ne m'est pas inconnu, c'est M. Georges Gabory.
La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée, est un peu mieux éclairée, quoique d'une façon tout à fait insuffisante.
Dans la même attitude que le premier personnage, mais m'inspirant, par contre, une sympathie réelle, je distingue M. Pierre Reverdy.
Ni l'un ni l'autre n'a paru me voir, et c'est seulement après m'être arrêté tristement derrière eux que je pénètre dans la troisième pièce.
Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s'y trouvent un peu mieux en valeur: un fauteuil inoccupé devant la table parait m'être destiné; je prends place devant le papier immaculé.
J'obéis à la suggestion et me mets en devoir de composer des poèmes. Mais, tout en m'abandonnant à la spontanéité la plus grande, je n'arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots: La lumière...
Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second feuillet: La lumière... et sur le troisième feuillet: La lumière...
II
J'étais assis dans le métropolitain en face d'une femme que je n'avais pas autrement remarquée, lorsqu'à l'arrêt du train elle se leva et dit en me regardant: «Vie végétative». J'hésitai un instant, on était à la station Trocadéro, puis je me levai, décidé à la suivre.
Au haut de l'escalier nous étions dans une immense prairie sur laquelle tombait un jour verdâtre, extrêmement dur, de fin d'après-midi.
La femme avançait dans la prairie sans se retourner et bientôt un personnage très inquiétant, d'allure athlétique et coiffé d'une casquette, vint à sa rencontre.