Cosmicomedia 3

Allan E. Berger · Chapitre 4 sur 20

Pages du PDF

Cosmicomedia 3

Exergue

COSMICOMEDIA

 

Aussitôt après que l’idée du Déluge se fut rassise,

Un lièvre s’arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes, et dit sa prière à l’arc-en-ciel, à

travers la toile de l’araignée.

 Rimbaud Après le Déluge.

OceanofPDF.com

À l’équateur, la Terre a un rayon de 6378 kilomètres, qui se réduit à 6357 kilomètres aux pôles. L’épaisseur de gaz entourant la planète suit les mêmes variations que le rayon terrestre, mais pas en proportion : la première couche, la troposphère, dans laquelle vivent les humains, est épaisse de vingt kilomètres entre les tropiques et de sept seulement aux pôles : trois fois moins d’air au-dessus du Groenland qu’au Cameroun. Ainsi, le rapport hauteur d’air sur rayon terrestre varie-t-il du simple au triple selon l’endroit où l’on se place.

Ceci donné, imaginez maintenant que vous tenez une bonne grosse pastèque. Posez-la un instant, allez chercher un rouleau de film alimentaire étirable, et recouvrez-en le fruit… Félicitations, vous avez mis en place cette fameuse troposphère, précieux réservoir d’air qui forme le bas de notre ciel à nous.

En effet, presque toutes les espèces vivant à l’air libre se sont installées entre zéro et mille mètres d’altitude, ce dernier chiffre correspondant à peu de choses près à la hauteur moyenne des terres émergées. Au-dessus, les conditions de vie deviennent de plus en plus rudes, tandis qu’au-dessous, il y a généralement moyen de s’arranger : les variations climatiques et météorologiques y sont plus nombreuses, et de moindre amplitude. On peut y négocier sa niche.

Donc, la troposphère, cette couche d’air au bas de laquelle nous rampons, et qui nous maintient en vie, n’est pas plus épaisse que le mince film alimentaire que vous avez étiré sur votre pastèque… elle l’est même moins, je crois bien.

Ce qu’il faut retenir : la troposphère est notre seule réserve d’air à des années-lumières à la ronde. Or, la troposphère est ultra-fine, la troposphère est fragile, la troposphère se reconstitue beaucoup trop lentement. De plus, les systèmes de renouvellement de l’air sont sur le point de claquer… Aussi, bande de galopins, arrêtez de péter dans l’habitacle !

Autour de cette pauvre troposphère viennent les boucliers, thermiques et filtrants, qui protègent notre milieu des attaques innombrables lancées depuis l’espace. Tout d’abord, voici la stratosphère, pleine d’ozone, qui, en absorbant divers rayons dangereux provenant des étoiles proches, nous permet de ne pas finir pulvérisés. Elle permet aussi à notre monde d’avoir une température clémente, et non pas infernale ; songez qu’à sa base, la stratosphère est à -60°C, tandis qu’en son sommet, trente kilomètres plus haut en moyenne, elle frôle 0°C. C’est un bon parasol, en dessous duquel la climatisation est assurée par le noyau terrestre, bien chaud et confortable comme un poêle fidèle, dont l’influence est particulièrement sensible jusqu’à trois-mille mètres d’altitude.

Au-dessus de la stratosphère est installé un bouclier gazeux dont la fonction première est d’arrêter à peu près tout ce que l’ozone du dessous ne pourrait détruire ou renvoyer : les pierres, les poussières, les débris. C’est ce qu’on appelle la mésosphère, dans laquelle brûlent les étoiles filantes, sauf exception gênante. Comme cette couche de gaz n’est pas très active, qu’elle ne filtre rien d’autre que des cailloux, elle travaille peu, et, partant, ne chauffe pas. Aussi la température descend-elle à -80°C en son sommet, car elle dispose à son tour d’un énorme bouclier thermique qui encaisse les jets à très haute énergie de la lumière solaire : la thermosphère, qui meurt peu à peu dans le vide, si bien qu’on ne saurait lui donner de limite.

Voici les données. Et voici ce qui arriva : pendant qu’au sol et dans les airs les humains étaient occupés, selon leur sale petite habitude, à se dévaliser et à s’entretuer, quelque-chose qui n’était pas le père Noël descendit du ciel, se répandit sur les batailles en cours et les stoppa toutes, en trente heures.

Puis elles reprirent. La table fut alors débarrassée.

Ceci posé, par où vais-je commencer ?

Il fut une époque où j’étais jeune, insouciant, dilettante jusqu’à l’os et d’une incapacité totale à soutenir le moindre effort qui ne m’amusât pas. Aussi bien ne faisais-je pas grand-chose de raisonnable ; par contre, j’étais un explorateur chevronné de tous les endroits bizarres, vaguement clandestins, oubliés, généralement interdits, et, évidemment, pas du tout rentables en fait d’argent ou de notoriété… Bref, je n’étais pas un bon parti.

 

o0o

Ainsi, au tout début de cette histoire, au lieu de passer mon week-end comme j’aurais dû normalement le faire, à travailler comme un forcené dans un quelconque open-space, menotté à mon clavier et rivé au téléphone (cette invention du diable), j’étais allé, oh mais quel vilain cancre et que fait la police, j’étais allé visiter une carrière souterraine…

OceanofPDF.com