Détective D. D. Warren T12 : Au premier regard

Gardner Lisa · Chapitre 43 sur 50

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Détective D. D. Warren T12 : Au premier regard

Chapitre 42

42

 

Le méchant se tient devant moi dans la salle de pierre.

Non, il est assis à la table de ma mère, engloutissant le repas qu’elle a préparé.

Il m’observe d’un air vicieux depuis le seuil des portes sculptées, faisant tourner entre ses mains son couteau préféré.

Non, il surgit dans le désert et tire une balle en travers de la gorge de ma mère.

Il est aujourd’hui. Il est hier.

Il est ici.

Et moi, je ne suis que moi : pas de pistolet, pas de couteau, pas de pouvoirs magiques. Je ne peux ni crier, ni courir. J’en suis réduite à rester figée alors qu’il s’approche.

Le méchant et la vieille femme sont alliés. Et maintenant elle se tient au-dessus de D.D., le tisonnier prêt à frapper de nouveau. D.D. est au sol à l’entrée du tunnel, immobile.

Il faut que je fasse quelque chose. Que je protège mon amie. Que j’échappe au méchant. Pour lui faire payer.

Une colère et une frustration intenses montent en moi. Toujours, ça a été lui. Lui qui a tué ma mère. Lui qui m’a volé ma voix. Lui qui m’a contrainte à une vie de servitude, obligée à le regarder détruire d’autres filles.

Il n’y a rien de bon dans cet homme. Juste différentes couches de mal.

« Clayton, dépêche-toi ! lui ordonne la vieille femme. Je crois qu’elle n’est pas morte. »

Donc peut-être que D.D. va s’en sortir. Si je trouve un moyen d’éloigner le méchant.

Il sourit de nouveau. Il sait que je suis infirme, mais ça ne lui inspire aucune compassion. Juste du mépris.

J’essaie de reculer, mais ma hanche heurte le mur. Je suis piégée, sans possibilité de retraite. Alors je tente une autre stratégie. Il pense que je suis incapable de me défendre – et je le laisse le croire.

Je fais un petit pas de côté vers une dalle mal ajustée. Pousse un gémissement en faisant mine de me tordre la cheville. M’affale par terre, roulée en boule.

Un, deux, trois, quatre…

Il s’avance, sûr de lui, en faisant tournoyer son couteau de chasse.

Cinq.

Il arrive au-dessus de moi. Je rue maladroitement pour le frapper aussi fort que possible avec ma jambe valide. Je l’atteins sur le côté du genou. Il en rugit de surprise et titube ; cela détourne l’attention de la mamie, qui en oublie D.D. Tant mieux.

Nouveau coup de pied, dans les couilles. Il pousse un cri, se tient l’entrejambe et tombe.

« Clayton ! » crie la femme, affolée.

Je file vers la porte.

Au dernier moment, il me décoche un coup de couteau et m’entaille la cheville. Dans un accès de rage, je m’en prends de nouveau à lui. Je lui donne un coup de pied dans la tête et la regarde rebondir sur le sol dur. Je recommence et le sang gicle de ma cheville. Mon sang sur la pierre. Celui de ma mère sur la terre rouge. Nous avons toutes les deux versé trop de sang à cause de cet homme.

« Arrête ça ! » braille la mamie, mais elle est bloquée par la table. Elle ne peut pas m’atteindre et semble avoir provisoirement oublié D.D.

Je n’ai pas envie de quitter l’enquêtrice, mais si je m’en vais, le méchant se lancera à ma poursuite. J’ai envie de croire que D.D. saura venir à bout de la géante. Tandis que le méchant… Personne n’est jamais sorti vainqueur d’un affrontement avec lui.

Réveille-toi, réveille-toi, réveille-toi, dis-je silencieusement à D.D. Et puis tout simplement : Reste en vie.

Parce que je ne pense pas que je pourrais supporter un nouveau deuil. Cela dit, je ne pense pas non plus être encore en vie ce soir.

Je sors tant bien que mal de la salle et prends le couloir en boitant bas. J’ai eu des années pour apprendre à clopiner à toute allure. Ce n’est pas pour capituler maintenant.

Derrière moi j’entends des jurons, du vacarme. Le méchant se relève.

Il va se lancer à ma poursuite.

Je ne peux pas crier. Je ne peux pas courir.

Je boite aussi vite que je peux vers l’obscurité.

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