Détective D. D. Warren T12 : Au premier regard

Gardner Lisa · Chapitre 50 sur 50

Pages du PDF

Détective D. D. Warren T12 : Au premier regard

Épilogue

 

Bonita

Elle s’appelle Flora Dane. Elle aussi a connu un méchant, autrefois. Il l’a kidnappée, il l’a fait souffrir, il a voulu la briser. Mais elle a tenu bon. Elle lui a survécu. Elle a reconstruit sa vie. Elle a trouvé des gens à aimer, des gens qui l’aiment.

Elle a dépassé le stade de la survie, m’explique-t-elle. Elle s’épanouit.

Et elle va m’apprendre à en faire autant.

Pendant la journée, une nouvelle dame vient me voir. Elle s’appelle JoAnn Kelly et elle connaît la magie du langage. Elle fait travailler les lèvres, la langue, elle sait leur faire faire ce qu’on veut. Elle m’apprend les sons. Peuh, peuh, peuh. Hah, hah, hah.

Cela fait si longtemps que je ne me suis pas entendue que le premier son me remplit de stupeur. Le deuxième me fait pleurer.

Plus tard, quand D.D. passe prendre de mes nouvelles au déjeuner, elle fond en larmes, elle aussi.

Mes nouveaux amis ont beaucoup de travail.

Je ne peux pas leur dire où sont les autres filles, mais il y a cette femme, Dorothea, qui travaille à la mairie et qui gère une sorte de site internet ; elle en dit assez pour tout le monde. D.D. m’a raconté que Franny, la mère du méchant, refuse toute discussion. Son homme est mort. Son fils est mort. Elle se fiche de la police, de notre ville, de ce qu’elle a fait. Elle est murée dans le silence.

Mais Keith, le petit ami de Flora, sait faire faire ses quatre volontés aux ordinateurs. Grâce aux renseignements fournis par Dorothea, il trouve tout ce que demandent D.D. et les autres. Et Kimberly, l’agent du FBI, va tous les jours superviser les dizaines d’experts qui sillonnent nos montagnes, mettent au jour de tristes tas d’ossements et aident ces victimes à rentrer chez elles.

Je m’appelle Bonita, maintenant. J’aime bien ce nom. Je ne pense pas que ce soit celui que m’a donné ma mère, mais c’est celui de ma nouvelle vie avec ma nouvelle famille, alors je vais le garder.

D.D. m’a dit que je pourrais aller dans une grande ville qui s’appelle Boston. Là-bas, il y a un institut spécialisé dans les lésions comme la mienne. Ma nouvelle thérapeute dit qu’on pourra m’aider à progresser. Peut-être pas au point de parler, mais j’apprendrai à communiquer avec des images, quelques mots, peut-être aussi la langue des signes, par exemple. En fait, il existe beaucoup de façons de s’exprimer dans le monde. Je finirai bien par trouver un moyen.

D.D. m’a aussi dit que je pourrais vivre avec elle et son mari, Alex. Son fils, Jack, a déjà envie de faire ma connaissance. Il a une chienne qui s’appelle Kiko ; elle mange les chaussures et file comme le vent. J’ai envie de rencontrer Alex, Jack et Kiko, même si ça suppose de quitter ce petit endroit qui a été à la fois ma prison et ma maison pendant si longtemps.

Flora dit que c’est normal d’avoir peur. Que je dois en parler et ne pas garder ça pour moi. La peur est naturelle, mais je dois toujours me souvenir que je suis forte. Tous les survivants sont forts, et personne ne peut nous enlever ça.

Des gens ont disparu.

Pas des jeunes filles, cette fois. Des habitants du village, des commerçants. Qui se volatilisent quand le FBI fait une descente chez eux.

Dans l’ordinateur de Dorothea, il y a des noms, m’explique un jour D.D. Beaucoup de gens d’ici. D’autres du monde entier.

Kimberly et elle ne s’en font pas pour ceux qui se sont enfuis. Elle dit qu’on finira par tous les coincer. Entre les cadavres dans les bois et les noms dans l’ordinateur, il faudra des années pour démêler les ramifications de cette affaire.

Mais c’est le travail du FBI. Moi, je n’ai rien à faire. Ils ont Franny, Dorothea, d’autres coupables et des tonnes de preuves sur lesquelles s’appuyer.

Mon travail à moi, maintenant, c’est d’être une jeune fille. De ne plus me voir comme une idiote, mais juste… comme une adolescente. Qui va aller à l’école, apprendre à communiquer et peut-être se faire de nouveaux amis, comme Alex, Jack et Kiko.

Je n’ai jamais été une enfant jusqu’à présent. Je ne sais pas si c’est difficile, mais j’aimerais essayer.

Je pleure la nuit. Je fais des cauchemars. Quand je me réveille, j’essaie peut-être de crier, mais évidemment ça ne fait aucun bruit.

Flora me dit que c’est la même chose pour elle, et pourtant ça fait sept ans qu’elle a été libérée. Elle me promet que ça devient plus facile avec le temps. Je vais apprendre à me connaître et à savoir ce dont j’ai besoin pour gagner l’autre rive.

Je n’ai jamais non plus été moi-même.

Flora aime Keith. Ils ne disent jamais rien, mais on le sait tous. Ils rougissent quand l’autre entre dans la pièce. J’aime leurs sourires radieux. Je me sens toute légère quand je les vois.

Je crois comprendre ce que Flora essaie de m’apprendre. Tout ne va pas s’arranger tout de suite. Mais un jour, oui.

Nous logeons toujours dans le même motel. Depuis le grand affrontement au Mountain Laurel et la série d’arrestations, le directeur est très gentil avec nous. Il jure qu’il n’a jamais eu envie de nous chasser, mais qu’il avait reçu une lettre de menace. En fait, beaucoup de gens connaissaient Clayton et la plupart avaient peur de lui.

D.D. doit bientôt rentrer à Boston. Sa famille lui manque, elle a besoin d’eux. Moi, je ne peux pas partir tout de suite. Il y a des formalités administratives à régler. Je ne sais pas comment on règle des formalités administratives, mais Kimberly me promet que c’est faisable. En attendant, Flora et Keith restent avec moi.

Flora est en train d’organiser l’enterrement d’un certain Walt Davies. Je ne le connaissais pas. Je ne connais pas vraiment les gens d’ici, juste les clients de la maison d’hôtes. Walt était le père du méchant de Flora. Mais elle dit que Walt s’est bien comporté à la fin, qu’il a essayé de l’aider et de m’aider.

Elle est triste quand elle parle de lui, mais ensuite elle peut avoir une saute d’humeur et devenir cassante. J’ai du mal à choisir des couleurs pour Flora. Parfois je me dis qu’elle change de teintes d’un jour à l’autre.

C’est peut-être parce qu’elle apprend encore à être elle-même. Elle dit que si elle y arrive, n’importe qui peut le faire.

Je communique avec Flora et Keith à l’aide d’images. À vrai dire, je ne parle pas beaucoup. J’écoute, surtout. J’aime écouter les gens qui me parlent réellement. Qui me regardent dans les yeux et qui s’intéressent à mes réactions. On est de plus en plus forts en mime. Et puis je dessine. Autant que je veux, aussi souvent que je veux.

L’orthophoniste dit que mes dessins sont excellents. Elle a une amie qui expose des œuvres d’art. Elle aimerait me présenter à elle.

Je voudrais retrouver ma mère.

Le méchant l’a tuée. Ça, je le sais. J’ai pu dessiner cette scène pour mes amis. Mais je ne sais pas ce qui s’est passé après. J’ai une image spéciale sur mon tableau d’images. C’est la thérapeute qui m’a aidée à la créer. Ça ressemble à ces émojis que j’ai appris à utiliser, sauf que j’ai donné à celui-là les yeux et les cheveux de ma mère.

C’est la première chose que je touche quand je me lève le matin et la dernière quand je vais me coucher. Alors je sens la présence de ma mère qui flotte, argentée et chaude, dans l’air qui m’entoure.

Je montre souvent cette image à Flora et D.D. En prenant mon air interrogatif. On devient tous bons à ce jeu-là.

D.D. a été la première à comprendre ce que je voulais. Elle dit qu’ils n’ont pas encore retrouvé de documents officiels. Sur ma naissance, sur ma mère. Mais qu’on est en train de reconstituer la vie du méchant. On sait qu’il dirigeait une agence au Nouveau-Mexique. Il y a tout ce qui était déclaré. Et maintenant ils enquêtent sur les activités illicites. À présent qu’il est mort, des témoins vont se faire connaître. Elle dit qu’on en saura bientôt davantage.

Là-bas, le FBI s’est déjà mis en chasse. Tôt ou tard, on trouvera un bout de désert truffé de squelettes comme ce versant de montagne. Ma mère sera l’un d’eux. On la dégagera délicatement de la terre rouge et on me la ramènera.

Elle s’appelle Flora Dane. C’est une survivante et mon modèle.

Elle s’appelle D.D. Warren. C’est une enquêtrice et mon ange gardien.

Elle s’appelle Kimberly Quincy. C’est un agent du FBI et c’est elle qui obtiendra justice pour toutes mes sœurs perdues.

Je m’appelle Bonita. Je suis jolie. Je suis forte.

Je suis la fille de ma mère. Pour toujours.

OceanofPDF.com

Vous avez terminé Détective D. D. Warren T12 : Au premier regard

Gardner Lisa

Des livres comme celui-ci

Après le livre

Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.