Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet

Antoine Bello · Chapitre 2 sur 37

Pages du PDF

Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet

Mardi 2 mai

 

Reçu cet après-midi la visite d’Henri Gisquet. Je ne l’avais apparemment pas revu depuis mon accident. Malgré ses dénégations, j’ai bien senti qu’il me trouvait diminué. Monique l’avait semble-t-il tenu informé de nos ennuis domestiques. J’ai ainsi appris au détour de la conversation que nous avions revendu le moulin acheté l’été dernier dans le Sud pour notre retraite. Je ne nierai pas que j’aurais préféré l’apprendre autrement. Espérons que nous n’y avons pas laissé trop de plumes.

Henri me demande de l’aider sur une enquête. J’ai naturellement objecté que, dans mon état, je doutais de pouvoir lui être d’une grande utilité. Il n’a rien voulu entendre :

— Même affaibli, tu restes le meilleur enquêteur de la région. Que je sache, tu n’as jamais échoué dans une affaire d’homicide.

— Tu es bien renseigné. Dommage que le taux d’élucidation n’entre pas en compte dans les décisions de mise à la retraite anticipée…

Henri a prudemment laissé couler.

— Bien entendu, tu opéreras en marge de l’enquête officielle. Tu auras accès aux suspects et aux témoins mais c’est moi qui assurerai la coordination des recherches. Cela te laissera davantage de temps pour faire marcher tes petites cellules grises.

J’ai décelé une pointe d’ironie dans sa voix.

— Tu as tort de plaisanter, Henri. Prends garde que je ne te soulage de ton argent comme Poirot l’a fait avec Japp en lui pariant cinq livres qu’il pouvait résoudre l’énigme de la disparition de M. Davenheim sans quitter son fauteuil.

— Ma foi, je débourserais volontiers cinq livres, et même bien davantage, pour connaître le fin mot de cette histoire, d’autant qu’il y a une très forte récompense à la clé.

— Qui l’offre ? ai-je aussitôt demandé.

— Le mari de la disparue.

— Ne cherche pas plus loin, voici ton coupable.

— Allons, laisse-moi tout de même t’exposer les faits. Samedi de très bonne heure, Émilie Brunet, trente-quatre ans, mariée, sans enfants, quitte son domicile du quartier Saint-André au volant de sa voiture. Vers 6 heures et demie au dire de Léonie Valdemar, une voisine qui prenait l’air à sa fenêtre, elle se gare rue des Drômes et sonne au domicile de son amant, un certain Stéphane Roget qui se trouve être aussi son instructeur de yoga. Tous deux ressortent quelques minutes plus tard, en tenue de randonnée : short, coupe-vent, chaussures de marche et sac à dos pour Roget. Ils montent dans la voiture d’Émilie et s’éloignent en direction des boulevards extérieurs. On est sans nouvelles d’eux depuis trois jours.

— Qui a signalé leur disparition ?

— Le mari. Claude Brunet, quarante-huit ans. Neurologue et professeur de sciences cognitives à la fac de médecine. Il attendait sa femme dans l’après-midi car ils avaient prévu de se rendre ensemble à un vernissage en début de soirée. Il a décommandé par téléphone auprès de la galerie peu après 20 heures, pensant qu’Émilie avait oublié son engagement et passait la nuit chez son amant. Un couple très libre, comme tu le vois. Dimanche, il a tenté de la joindre à plusieurs reprises avant de se rendre au domicile de Roget vers 18 heures. La même voisine, le voyant frapper aux carreaux, est sortie pour lui dire que les randonneurs n’étaient toujours pas rentrés. Brunet s’est enquis de l’adresse du commissariat le plus proche. Dix minutes plus tard, il se présentait devant l’officier de garde. Henri a marqué une pause. Il s’était jusqu’alors exprimé avec la clarté et la précision que louaient déjà nos professeurs de l’école de police. Il était cependant visible qu’il répugnait à poursuivre.

— C’est ici que les choses se gâtent. Le poste était presque désert ce soir-là. Tu sais ce que c’est : un dimanche, la veille d’un jour férié par-dessus le marché. Entre les agents qui ont posé leurs congés et ceux qui se font porter pâle le matin, victimes d’une opportune intoxication alimentaire, il n’est pas rare que le taux d’absentéisme frise les 75 %…

— Combien étaient-ils, Henri ? l’ai-je interrompu.

— Deux. Charrignon, que tu connais, et un jeune inspecteur nommé Victor Vega à qui sa qualité de benjamin du commissariat vaut d’assurer plus souvent qu’à son tour les permanences du week-end. Un garçon plein de bonne volonté, mais pas forcément rompu à toutes les ficelles de l’interrogatoire…

Il s’est encore arrêté, cette fois sans faire mine de repartir. J’ai essayé de l’aider :

— Ne me dis pas qu’il a oublié de lire ses droits au toubib.

— Oh non ! D’ailleurs, à ce stade, Brunet ne faisait que signaler une disparition. Vega a pris sa déposition – je sais ce que tu vas dire : à l’ancienneté, c’est Charrignon qui aurait dû s’en charger. Lui assure qu’il écoutait d’une oreille, tout en rangeant son bureau.

— Ou en faisant son tiercé, n’ai-je pu m’empêcher d’ajouter en me rappelant que du temps où il servait sous mes ordres, Charrignon se portait systématiquement volontaire pour démanteler les réseaux de pickpockets qui sévissaient sur les hippodromes.

Henri a haussé les épaules.

— Peu importe, à la limite. Vers 20 heures, il a prétexté de vagues obligations familiales pour prendre la tangente. Vega est resté en tête à tête avec Brunet. Que s’est-il passé ensuite ? Nous ne le saurons jamais et c’est peut-être mieux ainsi. Vega prétend que Brunet faisait son malin, au point qu’il a commencé à le soupçonner d’en savoir plus long sur la disparition de sa femme qu’il ne voulait bien le dire. Sur le coup des 23 heures, il a placé Brunet en garde à vue – en lui lisant scrupuleusement ses droits.

— J’imagine qu’il n’a pas été simple de dégotter un avocat à minuit la veille d’un jour férié.

— À ce détail près que Brunet a jugé inutile de réveiller son homme de loi ou même un avocat commis d’office…

Henri épiait ma réaction du coin de l’œil. Je suppose qu’il s’attendait à ce que je marque ma surprise. Mais je me contentais pour l’instant de recueillir les faits. Méthodiquement et sans précipitation.

— Vega a-t-il proposé de remettre l’entretien au lendemain ?

— Hélas non. À cet instant, il était convaincu que Brunet retenait sa femme séquestrée. Il n’allait pas lui accorder une nuit de repos, même en cellule, pendant qu’Émilie croupissait au fond d’un puits. Il a au contraire intensifié l’interrogatoire…

Ses fonctions de chef de la police obligent parfois Henri à d’étranges contorsions lexicales.

— Il l’a frappé ?

— Des claques d’abord. Puis des coups de poing. Il se pourrait même qu’il ait utilisé sa machine à écrire : on a retrouvé du sang sur le clavier. C’est Lespinasse qui a arrêté le massacre. Quand il a pris son poste à 6 heures le lendemain matin, il a cru que le commissariat était vide, jusqu’à ce qu’il entende des cris en provenance de la salle d’interrogatoire. Il a couru à la porte. Vega s’était enfermé à clé et gueulait à tue-tête : « Tu vas avouer où tu la caches, enfant de salaud ! »

— Et Brunet ? Que disait-il ?

— Rien. Il gémissait. Lespinasse a finalement réussi à enfoncer la porte et à ceinturer Vega. Brunet était allongé sur le sol, menotté, le visage tuméfié, les avant-bras couverts de brûlures de cigarette. Lespinasse a fait preuve d’un sang-froid remarquable. Il a retiré les menottes de Brunet et s’en est servi pour accrocher Vega à un radiateur. Puis il a attrapé Brunet sous les aisselles et l’a tiré jusqu’à la salle de repos, où il l’a installé sur le canapé. Ensuite – et seulement ensuite, a jugé bon de préciser Henri comme s’il répétait le témoignage qu’il servirait à la commission d’enquête – il m’a appelé. Grâce au ciel, j’étais dans les parages et nous avons pu limiter les dégâts. Lespinasse a évacué Brunet vers l’infirmerie pénitentiaire de Riancourt. Il avait le nez et quelques côtes cassés mais aucun organe vital ne semblait touché. De mon côté, j’ai appelé Lebon, le procureur, en espérant devancer l’avocat de Brunet. Il n’était déjà pas ravi d’être réveillé aux aurores mais il s’est littéralement étranglé en apprenant le nom de notre pensionnaire. Car figure-toi que le sieur Brunet est une authentique sommité, un prix Nobel en puissance même, si l’on en croit ses collègues qui, soit dit en passant, n’ont pas l’air de le porter dans leur cœur. Quant à Émilie, c’est l’héritière des supermarchés Froy. Une galette personnelle supérieure au budget annuel de la police, d’où la récompense à sept chiffres offerte par Brunet à qui l’aidera à localiser sa femme.

— Qu’avez-vous décidé avec Lebon ? ai-je demandé en notant pour la énième fois la fascination qu’exerce la fortune héréditaire sur les hauts-fonctionnaires.

— De suspendre Vega avec effet immédiat, de le traduire en commission disciplinaire et de prolonger la garde à vue de Brunet jusqu’à nouvel ordre.

— Jusqu’à nouvel ordre ? ai-je sursauté. Mais au nom de quoi ?

— Suspicion d’enlèvement et de séquestration.

— Vous allez vite en besogne, il me semble. As-tu des témoins qui l’auraient vu suivre sa femme ?

— Non.

— L’a-t-il jamais publiquement menacée ?

— Pas à notre connaissance.

— A-t-il un alibi pour le week-end ?

— Il affirme n’avoir pas bougé de chez lui mais personne ne peut le confirmer. Tout au plus les relevés téléphoniques attestent-ils l’appel à la galerie samedi vers 20 heures.

— Récapitulons : voilà un homme qui se présente spontanément à la police pour signaler la disparition de sa femme, que vous trouvez malin de torturer toute la nuit…

— La version officielle est « rudoyer », a maugréé Henri. Nous l’avons « rudoyé ».

— Soit. Je suis sûr que l’avocat de Brunet apprécie la nuance.

— Il n’a pas d’avocat.

— Pas encore, tu veux dire.

— Non, il renonce pour le moment à toute représentation légale.

— Comment le sais-tu ? Tu l’as rencontré ? À Riancourt ?

— Oui, il est officiellement toujours en observation. En réalité, il pourrait probablement rentrer chez lui mais cela nous forcerait à l’incarcérer, ce dont ni lui ni nous n’avons envie. Même s’il n’est pas question de l’interroger aujourd’hui, j’ai quand même tenu à lui rendre brièvement visite tout à l’heure pour lui présenter mes excuses ainsi que celles du ministre. Il était alité, avec une perfusion dans le bras, un masque sur le nez et un énorme cocard à l’œil gauche. Eh bien, crois-le si tu veux, cela ne l’a pas empêché de me témoigner les marques de la plus grande cordialité. « Je vous en prie, monsieur Gisquet, remballez vos excuses. L’inspecteur Vega n’a fait que son devoir. Il s’est imaginé que je lui dissimulais des renseignements ; qui le lui reprocherait ? Jurez-moi que cet incident ne lui attirera pas trop de remontrances. » Puis il a enchaîné sur cette histoire de récompense : un million pour tout renseignement permettant de retrouver Émilie, y compris ceux résultant du travail de la police.

— Fascinant.

— N’est-ce pas ? J’ai immédiatement pensé à toi. Une affaire en apparence très simple…

— Et qui promet de l’être encore plus qu’elle n’en a l’air, ai-je complété pensivement.

— Que veux-tu dire ?

Je me suis brusquement redressé sur ma chaise.

— Je veux dire, mon bon ami, que j’accepte ta proposition. Ce dossier m’intéresse. Tu dis que je peux rencontrer Brunet demain ?

— Mais oui, je l’avertirai de ta visite.

— Qui sont les autres suspects ?

— Tu seras probablement amené à rencontrer Mlle Landor, la gouvernante d’Émilie, ainsi que Marie Arnheim, sa meilleure amie. Cependant Claude Brunet constitue à mes yeux le principal, pour ne pas dire l’unique suspect.

— Allons Henri, tu sais comme moi que d’ici la fin de la semaine, nous aurons établi qu’au moins une demi-douzaine de personnes souhaitaient la mort d’Émilie Brunet. Il n’existe jamais qu’un seul suspect, ou alors c’est la preuve que quelqu’un essaie de lui faire porter le chapeau.

— Veux-tu visiter les Hêtres, la propriété des Brunet ? Lebon m’a délivré un mandat. J’ai vingt hommes sur place qui ratissent le domaine.

— Pour quoi faire ? Je n’ai pas besoin de me mettre à quatre pattes pour examiner les traces de pas, moi. Ni de ramasser les mégots ou d’examiner les brins d’herbe. Il me suffit de m’installer dans mon fauteuil et de réfléchir. (En tapotant mon crâne :) C’est ça, mon instrument de travail.

— Voilà que tu parles encore comme Hercule Poirot, a soupiré Henri. Veux-tu que je t’avoue quelque chose ? Je n’ai jamais bien compris cette adoration que tu portes à Agatha Christie. J’ai parcouru quelques-uns de ses livres, il est clair qu’elle ignore tout du métier de policier.

— Parce qu’être policier consiste selon toi à relever des empreintes et à vérifier des alibis, alors que pour moi, un détective est avant tout un expert en analyse, un spécialiste de l’âme humaine. Pour résoudre une énigme, j’écoute, je ferme les paupières puis je me retire en moi-même ; je vois alors avec les yeux de l’esprit et la solution du problème m’apparaît aussi évidente qu’une traînée de poudre sur la neige.

— Des mots que tout ça !

— Des mots ? As-tu lu Le couteau sur la nuque ?

— Jamais entendu parler.

— Je n’en suis pas surpris, c’est l’un des chefs-d’œuvre méconnus d’Agatha, la meilleure illustration peut-être de ma méthode. Écoute plutôt. Dès le premier chapitre, la célèbre actrice Jane Wilkinson charge Poirot d’une mission délicate : convaincre son mari, le rigide lord Edgware, de lui accorder le divorce afin qu’elle puisse épouser le duc de Merton dont elle s’est entichée. « Vous m’aiderez, n’est-ce pas ? implore-t-elle. Sinon, je serai obligée de sauter dans un taxi et de le liquider moi-même. » Peu après, Bryan Martin, un ami de l’actrice, confie à Poirot qu’il ne serait pas surpris si Jane, qu’il présente comme dénuée de tout scrupule, commettait un crime. « Un de ces jours, prévient-il, vous vous souviendrez de mes paroles. » Coup de tonnerre : le soir même, lord Edgware est découvert poignardé à son domicile. Naturellement, les soupçons se portent aussitôt sur Jane Wilkinson. Ils se muent en certitudes avec le témoignage du majordome. Arrivée en taxi vers 22 heures, la meurtrière a sonné à la porte et a demandé à voir lord Edgware. Comme le domestique – récemment engagé et ne connaissant donc pas Jane Wilkinson qui ne vit pas sous le même toit que son mari – hésitait à déranger son maître, la visiteuse a répondu : « Oh ! Inutile. Je suis lady Edgware. Il doit être dans la bibliothèque. » Sur ce, elle est entrée et a refermé derrière elle.

— Il n’y a que dans les livres qu’on rencontre des criminels aussi bien élevés, a ironisé Henri. Non contents d’annoncer leurs forfaits, ils poussent la complaisance jusqu’à laisser leur nom au majordome.

— C’est là que tu te trompes : l’assassin de lord Edgware est remarquablement intelligent, et Jane Wilkinson bien vite relâchée. Elle dispose, il est vrai, d’un alibi à toute épreuve : le soir du drame, elle dînait en compagnie d’une dizaine de convives à Chiswick chez sir Montagu Corner et n’a pris congé qu’à 23 h 30.

— Elle aura quitté la table…

— À peine une minute, pour répondre à un coup de téléphone.

Henri a réfléchi quelques instants. Je me garderais bien de le sous-estimer. Il est excessivement habile dans son métier.

— Alors la meurtrière se sera fait passer pour Jane Wilkinson…

— C’est en tout cas l’hypothèse sur laquelle Scotland Yard reporte ses espoirs. La coupable semble encore une fois toute désignée. Elle s’appelle Carlotta Adams, elle est comédienne et fait alors fureur à Londres dans un spectacle de music-hall. Le clou de son répertoire : une imitation plus vraie que nature de Jane Wilkinson.

— Et je devrais être impressionné ? s’est esclaffé Henri. Mais mon pauvre Achille, ton histoire est cousue de fil blanc !

— Tu as mille fois raison. C’est d’ailleurs bien pourquoi l’inspecteur Japp s’y laisse prendre. Il conclut rapidement à la culpabilité de Carlotta Adams qui, par une étrange coïncidence, a mis fin à ses jours en absorbant une surdose de barbituriques. Affaire classée ? Pas si vite. Hercule Poirot, à qui ce suicide providentiel inspire de sérieuses réserves, reprend une à une les pistes abandonnées par Japp. Il s’intéresse notamment à une lettre qu’a écrite Carlotta Adams peu avant sa mort, dans laquelle la comédienne affirme avoir été engagée pour servir de doublure à Jane le temps d’une soirée. Peu après, Donald Ross, un des convives du souper de Chiswick, est assassiné. Poirot comprend que Ross, qui venait de déjeuner avec Jane Wilkinson, n’avait pas retrouvé en elle l’actrice délicieusement cultivée avec qui il avait longuement conversé le soir de la mort de lord Edgware. Carlotta Adams avait bien tenu le rôle de Jane Wilkinson ce jour-là, mais pas où Scotland Yard le pensait : elle avait dîné chez sir Montagu où elle avait charmé les convives, tandis que Jane Wilkinson sautait dans un taxi, sonnait à la porte de chez elle pour être sûre d’être identifiée et plantait un poignard dans la nuque de son mari, exactement comme elle l’avait annoncé !

Mon exposé a laissé Henri de marbre.

— Ce Japp dont tu parles m’a tout l’air d’un abruti. Allons ! Il a deux suspectes pour ainsi dire interchangeables ; il sait que l’une a dîné à Chiswick, que l’autre a tué lord Edgware à Londres, et il n’envisage pas un instant que Jane Wilkinson pourrait être la meurtrière ?

— Je te trouve bien sévère avec ce pauvre Japp. Ne viens-tu pas de tomber dans le même panneau en oubliant de réintégrer Jane Wilkinson dans la liste des suspects à la mort de Carlotta Adams ? On imagine pourtant difficilement intrigue plus limpide : tout est écrit noir sur blanc. Page 10, Jane Wilkinson déclare : « Je vais sauter dans un taxi et liquider mon mari. » Page 20, Bryan Martin enfonce le clou : « Je ne serais pas surpris si Jane commettait un crime. » Page 30, une femme descend d’un taxi, sonne à la porte de la victime et se présente sous le nom de Jane Wilkinson. Voilà, pour répondre à ta question, ce que j’aime dans les romans d’Agatha : la vérité s’y étale au grand jour et pourtant, seul Poirot – et ton serviteur – la reconnaît.

Henri m’a dévisagé avec ce mélange d’amusement et d’incrédulité qui envahit parfois les traits de Japp quand Poirot se laisse aller à d’innocentes rodomontades.

OceanofPDF.com