Ermitage

Hélène Brodeur · Annexe

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Ermitage

Remerciements

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 7 parties.

Ils s’engagèrent sur la route, mais bientôt il dirigea la voiture dans un chemin de campagne et freina dans l’entrée d’une ferme abandonnée. Nouvelles alarmes de la petite qui le supplia de la ramener au plus tôt.

« Calme-toi, Maggie. Je voulais seulement qu’on fasse connaissance un peu, tous les deux. Pourquoi ton père te fait-il si peur? Est-ce qu’il te bat? »

Des larmes montèrent aux yeux de Maggie. « Parfois, dit-elle, mais faut pas lui en vouloir. C’est depuis la mort de maman qu’il est comme ça. »

Petit à petit, elle se mit à raconter qu’après la mort de sa mère, une sœur célibataire de son père, Kate, avait pris charge de la maison. Quand son père revenait du travail, il se mettait à boire de la bière. Une fois ivre, il y avait des querelles terribles entre sa tante Kate et lui.

« Pauvre petite, murmura Francis. Comme je comprends. Moi aussi, ma mère est morte alors que j’étais jeune. »

Il la prit dans ses bras et se mit à embrasser ses cheveux soyeux. Mais lorsqu’il voulut la coucher sur le siège elle se débattit comme un diable dans l’eau bénite. Il eut envie de la prendre de force, puis il se dit que ce serait plus amusant de patienter. Le fruit mûrissait vite, et lui tomberait dans les mains de toute façon.

« Ramenez-moi chez nous, suppliait-elle.

— Mais oui, je vais te ramener chez toi, mais il faut me promettre que nous nous reverrons. Quand est-ce qu’on pourrait se rencontrer?

— Pas cette semaine. Mon père me laisse pas aller chez ma tante plus souvent qu’une fois par semaine.

— Lundi prochain, alors? Je t’attendrai après souper dans la rue en arrière de chez ta tante. Et maintenant, donne-moi un baiser pour sceller le marché, et je te ramène. »

Il l’enlaça, posant sa bouche sur les lèvres veloutées, les forçant à s’ouvrir, pendant que sa main remontait le long des cuisses fermes et rondes. Elle se dégagea, mais il avait eu le temps de constater que sa petite culotte était humide.

Ce sera pour la prochaine fois, se dit-il tandis qu’il démarrait et reprenait la route.

Un bon jour, il lui faudrait raconter à Serge la séduction de la petite Maggie sous le nez de son chien méchant de père. Ça le ferait bien rire.

Lorsqu’il revint à la maison, il y trouva son frère Richard de retour de Saint-Timothée pour passer la dernière semaine de vacances chez son père et se préparer à retourner aux études. Son père et lui étaient assis à la table de la cuisine, en train de prendre le café.

« Viens prendre une tasse avec nous, invita Ernest. Regarde comme ton frère a grandi cet été. C’est maintenant un homme. »

Richard se leva pour aller chercher une autre tasse de café et pour la première fois Francis vit que son père regardait son frère avec une certaine fierté. Il était vrai que Richard s’était développé de façon étonnante cette dernière année. C’était maintenant un jeune homme mince mais bien proportionné, au visage hâlé, avec de beaux yeux sombres qui, ayant perdu cet air apeuré de son enfance, regardaient le monde avec une certaine assurance. Puis Richard se déplaça vers l’armoire, et lorsque Francis le vit claudiquer il regarda son père avec un sourire narquois qui fit baisser les yeux d’Ernest.

Après la fête du Travail, les préparatifs du départ des deux garçons commencèrent pour de bon. Leur charitable voisine, Laura Bazinet, s’avéra indispensable. Elle avait d’abord trouvé une femme compétente pour s’occuper de la maison, puis elle avait accepté de surveiller la mise au point des trousseaux nécessaires aux deux pensionnaires. Francis entrait à l’université McGill en commerce, et Richard en était à sa dernière année chez les Jésuites.

Une fois les deux étudiants partis, Ernest exprima toute sa reconnaissance à Laura Bazinet.

« Qu’est-ce que j’aurais fait sans vous? Cela me paraissait une telle corvée et voilà, tout s’est passé dans l’ordre et la gaieté. Vous êtes merveilleuse…

— N’exagérons rien, mon ami. Cela m’a amusée et m’a rappelé cet heureux temps où je préparais ma fille pour le pensionnat. Comme la vie passe vite, soupira-t-elle. Vous allez, vous aussi, vous retrouver seul un jour car vos fils sont devenus des hommes et quitteront le foyer comme ma fille a quitté le mien. »

Ernest demeura silencieux un moment, puis prenant son courage à deux mains, il se tourna vers elle.

« Écoutez, Laura, je suis un homme fruste, plus habitué à commander aux bûcherons et aux ouvriers qu’à parler avec une femme de votre qualité. Mais croyez-vous… enfin, je veux dire, serait-ce possible… vous savez…

— Mais enfin, qu’essayez-vous de dire?

— Je voudrais savoir, si au moins je peux espérer que plus tard… »

Laura eut un petit rire clair. « Vivre c’est espérer, mon ami, alors ne cessez pas d’espérer. »

Ernest réintégra sa demeure porté sur un nuage rose. Sa vie avait pris un bien joli tournant.

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On était fin novembre. Une pluie froide, qui se transformerait sans doute en neige tombait dru lorsqu’Ernest sortit de chez lui pour se rendre à l’usine. En arrivant, il fut surpris de voir Tim O’Reilly qui l’attendait devant la porte de son bureau.

 

« Tu veux me voir, Tim? »

L’homme fit signe que oui. Ernest le précéda dans la pièce et lui indiqua une chaise. Il allait lui demander quel bon vent l’amenait, mais un coup d’œil au visage ravagé de l’Irlandais lui fit comprendre que ce n’était pas l’expression qu’il fallait employer.

« Tu as des ennuis, Tim? Qu’est-ce qui ne marche pas à l’encollage?

— C’est pas au travail que ça va mal, Monsieur Destel. »

Il semblait sous le coup d’une forte émotion.

« Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, Tim? »

L’homme se leva. Ses poings se fermaient convulsivement. « J’ai une fille, Monsieur Destel, une bonne fille de dix-huit ans. Elle s’appelle Maggie.

— Mais oui, Tim, je la connais. Elle travaille dans l’administration. C’est une très bonne secrétaire.

— Eh oui, et jolie à part ça. Eh bien, votre fils Francis l’a remarquée, lui aussi. Il l’a débauchée et maintenant elle est enceinte. Je réclame justice, Monsieur Destel, dit-il en élevant la voix. C’était une bonne fille, bien élevée, et il l’a traitée comme une guédoune. Voilà qu’est-ce qu’il a fait! »

Le teint de l’Irlandais se colorait dangereusement et virait du rouge au pourpre.

Sous le coup de cette douloureuse surprise, Ernest se taisait.

« Je comprends ta réaction, Tim, dit-il enfin. Nous allons parler de cela calmement…

— Y a rien à parler, cria Tim. Je demande justice. Maintenant qu’il l’a mise enceinte, il faut qu’il la marie. »

Ernest eut un geste d’apaisement.

« Comme tu sais, Tim, mon fils n’est pas ici. Il est à Montréal, aux études. Je le verrai en fin de semaine et je lui en parlerai. Après, nous aviserons. »

Avec beaucoup de difficulté, il parvint à calmer Tim assez pour qu’il retourne à son travail.

Le samedi matin il fit la route jusqu’à Montréal et se présenta à la pension où demeurait Francis. Il le trouva au lit car apparemment il s’était couché très tard la veille. Lorsqu’il lui raconta l’entrevue avec Tim O’Reilly, Francis se mit à rire bruyamment.

« Voyons, papa, tu vas pas croire tout ce que cet ivrogne te raconte? J’ai peut-être sorti la petite Maggie une couple de fois mais j’suis pas le seul. Serge te le dira lui-même, et puis Paul qui était dans notre groupe. Tim essayait de garder sa fille comme en prison. Il ne voulait pas qu’elle sorte avec les gens de son âge. Il récolte ce qu’il a semé. La petite Maggie se sauvait, et elle acceptait de sortir avec n’importe qui. Comme de raison, si on cherche quelqu’un à blâmer, autant s’en prendre au fils du patron, n’est-ce pas? »

Ils conversèrent longtemps, mais rien ne fit démordre Francis de sa position.

« Voyons, papa, tu ne veux tout de même pas que je quitte mes études pour aller épouser cette petite sotte de Maggie O’Reilly? C’est du chantage, voilà tout.

— Oui, bien sûr, mais si c’était ton enfant qu’elle portait?

— Et si c’était celui de Serge ou de Paul, hein, papa? »

Ernest se laissa persuader mais il se dit qu’il serait tout de même un patron correct. Il offrirait à Tim une somme suffisante pour envoyer sa fille à Montréal dans un des établissements qui accueillaient les filles-mères.

***

Le lundi suivant, à dix heures du matin, Georges Cusson et Ernest achevaient leur conférence hebdomadaire. Tous deux étaient très satisfaits du rendement de l’établissement. Ils avaient obtenu, d’un grossiste national en articles de sport, un contrat inespéré qui leur avait permis d’augmenter la production de l’usine. De plus, le Service de recherche et développement avait mis au point une modification au planeur qui permettrait d’automatiser davantage l’opération. Et, de plus, ils laissaient espérer que bientôt on aurait un joint en trois pièces qui serait encore bien plus fort que l’actuel.

À ce moment, le téléphone sonna. Georges répondit.

« C’est pour vous, Ernest, dit-il en lui tendant le récepteur.

— Ah, tiens, bonjour notaire… Pardon? oui… oui… je puis me libérer cet après-midi. À deux heures? C’est bien, j’y serai. »

Il raccrocha, l’air absent. Georges Cusson continuait à lui parler, mais il ne comprenait guère, tout absorbé qu’il était dans ses pensées. Il prit congé et tandis qu’il marchait vers son bureau, il ne cessait de se demander pourquoi le notaire Gagné avait été si froid, et pourquoi lui, Ernest Destel, était soudain sommé — il n’y avait pas d’autre mot — de comparaître chez le notaire pour rencontrer un juge, cousin de sa femme. Le notaire Gagné s’était toujours montré si cordial. Il était le père de Serge, l’ami de Francis, et lui et sa femme avaient toujours bien accueilli celui-ci. Quelle mouche le piquait donc ce matin?

Lorsqu’il se présenta ponctuellement à deux heures, la réceptionniste le fit immédiatement entrer. Près du notaire Gagné siégeait un homme à cheveux gris, aux yeux noirs perçants, à l’air hautain. Le notaire fit les présentations et Ernest tendit une main que l’autre ne sembla pas voir.

« Asseyez-vous », dit-il, en lui désignant une chaise en face.

Ernest prit place, se sentant tout à fait au banc des accusés.

« Je n’irai pas par quatre chemins. Votre fils Francis, ce… ce suborneur de jeunes filles, a engrossé ma fille Louise. L’enfant naîtra vers la fin mai. »

Ernest encaissa le coup.

« Mon Dieu, dit-il faiblement, est-ce possible? Vous en êtes sûr?

— Ma fille a été formelle, le médecin aussi. Ce n’est pas à moi, monsieur, que vous allez servir cette salade que peut-être elle aurait eu d’autres amants. Cependant, par je ne sais quel miracle, ma fille consent à épouser ce chenapan. Il est aux études, je crois?

— Oui, à McGill.

— Alors demain, vous voudrez bien vous présenter avec lui à l’archevêché de Montréal, à quatre heures, pour les formalités. Le mariage sera célébré mercredi en huit, après la publication des bans dimanche prochain. L’évêque du diocèse, un ami à moi, bénira leur union, après quoi ils iront aux Bermudes pour deux semaines de voyage de noces. Je m’occuperai du mariage, de la réception qui aura lieu à Montréal, et de leur trouver une maison convenable ici à Verneuil avant leur retour de voyage de noces. Je suppose que vous prendrez votre fils avec vous à l’usine puisqu’on m’a dit que vous le prépariez à cet effet. »

Comme Ernest allait parler, le juge lui coupa la parole.

« La dot que je comptais donner à ma fille dans des circonstances plus agréables sera déposée en fidéicommis. Ma fille pourra en retirer le nécessaire si votre fils ne peut la faire vivre selon son rang, mais elle n’en aura jamais la gestion absolue tant qu’elle vivra avec son mari. S’il lui arrivait malheur, cet argent ira à ses enfants. Si votre fils comptait profiter de la dot, il sera fort déçu. Nous nous reverrons demain à l’archevêché. Vous pouvez disposer. »

Pour une fois Ernest, encore sous le coup de la stupeur, ne trouva rien à répondre. Il se leva et sortit comme un automate, sans prendre congé.

Lorsqu’il confronta Francis, celui-ci se défendit mollement. Au fond, il n’était pas trop fâché de la tournure des événements. Il ne réussissait pas bien à l’université de toute façon, et l’idée d’avoir une femme comme Louise, une maison, et d’occuper à l’usine un poste de cadre lui souriait assez. Et puis, cela règlerait le problème de Maggie. Il sentait bien que Tim O’Reilly ne lâcherait pas si facilement. Après tout, on ne pouvait forcer personne à épouser deux femmes, alors mieux valait que ce soit Louise.

Quant à Ernest, douloureusement humilié, il essayait de reprendre courage et de se consoler en se disant qu’il fallait peut-être cela pour faire enfin de Francis un homme responsable. Avec femme et enfant, il mettrait de côté ses erreurs de jeunesse, et deviendrait ce bras droit dont Ernest avait toujours rêvé. Il sentit son optimisme renaître.

Le dimanche suivant, la publication des bans fit du bruit dans la petite ville. Ainsi, le fils du nouveau propriétaire des Ateliers Cusson épousait la fille de l’honorable juge Théodore Mesnier!

Ernest raccompagna Laura Bazinet chez elle. Il la quitta à sa porte, et encore sous le coup du bonheur qu’il éprouvait toujours en sa compagnie, il entra lentement chez lui. Comme il pénétrait dans la véranda qui protégeait la porte d’entrée, il aperçut un homme qui se tenait debout dans le coin. Surpris, il reconnut Tim O’Reilly, qui souriait étrangement.

« Tim! Qu’est-ce que tu fais ici?

— Ainsi, entre la fille d’un employé et celle d’un juge, il n’y a pas à hésiter, n’est-ce pas? Il a probablement engrossé l’autre aussi.

— Écoute, Tim, j’ai voulu être correct avec toi et te donner assez d’argent pour prendre soin de ta fille convenablement…

— Gardez-le, votre argent, Monsieur Destel. Il y a une chose que vous oubliez : les pauvres peuvent paraître sans défense, mais ils ont leur façon à eux de se faire justice. Écoutez bien ce que je vous dis :

« Vous allez vous souvenir du jour où votre fils a débauché la fille de Tim O’Reilly. »

— Tu me fais des menaces, Tim? » dit Ernest sèchement. Tim eut de nouveau son sourire étrange, puis lui tournant le dos, il sortit et s’éloigna rapidement.

Ernest en garda une impression pénible. Se pourrait-il que Tim essaie de faire du mal à Francis? Ce regard d’acier, ce sourire de dément?

Quelques jours plus tard, lorsqu’il apprit que Tim et toute sa famille étaient déménagés aux États-Unis où Tim avait travaillé avant d’épouser sa défunte femme, Ernest se sentit soulagé.

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Il fut convenu qu’on irait passer Noël à Saint-Timothée, chez l’oncle Edgar et la tante Germaine. On y retrouverait Richard qui s’y rendrait directement du collège, et aussi Roger qui quitterait son ermitage pour célébrer Noël avec eux. Francis et Louise y seraient, mais se rendraient dès le lendemain à Québec, chez les parents de Louise.

 

Le bonheur d’Ernest serait à son comble puisque, en plus de voir tous les siens rassemblés sous le même toit, il y aurait aussi Laura Bazinet. Il avait encore de la difficulté à croire que cette femme merveilleuse avait accepté de l’épouser. Il profiterait de la fête de Noël pour annoncer à la famille que le mariage aurait lieu discrètement, sans publication de bans, vers la mi-janvier.

De son côté, Laura brûlait de curiosité de connaître le reste de la famille. Des deux fils, elle préférait Richard, avec sa timidité et son tempérament d’artiste ; Francis lui avait toujours inspiré une certaine inquiétude sans qu’elle sache trop pourquoi. Était-ce parce que, lorsqu’il se mettait en frais d’être aimable, de conquérir, on sentait la volonté de manipuler, un fond trouble qui laissait une impression de malaise?

Il y avait aussi l’oncle et la tante qui avaient pris la relève des parents d’Ernest, décédés alors que celui-ci était encore relativement jeune. Et surtout, il y avait Roger dont Ernest lui avait parlé abondamment. Un ermite des temps modernes, comme c’était curieux!

Lorsque la voiture stoppa devant la maison de ferme au toit mansardé, avec ses lucarnes et sa grande galerie courant sur deux côtés, Laura se rappela ses dimanches d’enfant quand sa famille se rendait chez les grands-parents maternels, dans leur ferme au bord du fleuve. Ici il n’y avait pas de fleuve, mais tout près commençait la forêt, illimitée comme la mer.

Malgré le froid, tante Germaine sortit sur le pas de la porte pour les accueillir, arborant son plus beau tablier amidonné. L’oncle Edgar et Richard interrompirent la partie de dames qu’ils se disputaient. Roger n’arriverait que dans la soirée, à temps pour les accompagner à la messe de minuit, comme Francis d’ailleurs.

Vers onze heures, l’on s’entassa dans les deux voitures, celle d’Ernest et celle de Francis, pour se rendre à l’église du village, afin que l’oncle Edgar n’ait pas à se servir de sa camionnette. Laura aurait préféré un traîneau tiré par des chevaux avec des grelots joyeux scandant la marche, comme dans les dessins de Massicotte, mais l’oncle Edgar sourit lorsqu’elle le mentionna.

« Dieu merci, on a mieux maintenant, madame. Depuis que je me suis acheté un tracteur, j’me suis débarrassé des chevaux. »

Après la messe, on fit l’échange des cadeaux. Tante Germaine, dont les doigts n’étaient jamais oisifs, remit à Laura une écharpe et des gants qu’elle avait tricotés elle-même. Puis arriva le moment qu’Ernest attendait. Il réclama l’attention des siens pendant qu’il remettait à Laura un petit écrin qu’il lui demanda d’ouvrir. Il contenait une bague de fiançailles qu’il lui passa au doigt.

« J’ai le grand plaisir de vous annoncer que la belle dame que voici m’a fait l’insigne honneur d’accepter de devenir ma femme. Le mariage aura lieu, en privé, le 11 janvier, après quoi nous nous contenterons de quelques jours à New York en guise de voyage de noces. »

Alors ce fut à qui viendrait féliciter Ernest et embrasser la future mariée.

Dans les vœux de l’oncle et de la tante, Laura ne ressentit que la sincérité de ces bonnes gens qui se réjouissaient du bonheur évident de leur neveu préféré. Roger la regarda un moment au fond des yeux.

« Je suis vraiment content du bonheur d’Ernest et je souhaite de tout cœur que cela dure, pour tous deux, toute votre vie. »

Il s’écarta mais Laura, encore sous le coup de ces yeux gris vert qui semblaient l’avoir scrutée jusqu’au fond de l’âme, aurait voulu le retenir. Comment un homme comme Roger, dans la force de l’âge, manifestement intelligent et sensible, pouvait-il se terrer au fond des bois? Ernest lui avait raconté le décès de sa jeune femme et de son enfant juste avant la guerre, mais elle sentait bien que cela ne suffisait pas à expliquer le mystère de cet homme.

Déjà les autres s’approchaient. Richard, timide mais si sincère, Louise, correcte mais un peu distraite, toujours inquiète de la réaction de son mari, et Francis qui se contenta de la formule mondaine habituelle.

« Venez, annonça tante Germaine, tout le monde à table avant que les tourtières ne refroidissent. »

Le repas fut gai à souhait et lorsque chacun se fut retiré pour la nuit, Laura se dit qu’elle avait pris la bonne décision. Depuis qu’Ernest était devenu son voisin, et qu’il l’avait entourée de sa sollicitude, elle s’était rendu compte combien elle avait été seule depuis le décès de son mari, et encore plus, depuis le mariage de sa fille. Il était bon d’avoir quelqu’un à qui se confier, quelqu’un pour se faire gâter. Depuis que sa fille y vivait, elle avait songé à retourner s’établir à Montréal. Pourtant, elle avait hésité. Elle n’y avait aucun parent proche, et sa fille était fort occupée avec son foyer et les relations de son mari, un jeune avocat promis à un avenir brillant. Quant à ses amies de pensionnat, elle avait perdu de vue la plupart d’entre elles.

Maintenant, avec cet homme bon, elle continuerait à habiter la petite ville de Verneuil où elle avait vécu heureuse avec son premier mari. Il n’y avait vraiment aucune raison pour que sa vie ne se déroule aussi paisiblement qu’avant, songea-t-elle avant de s’endormir.

Le lendemain, elle aidait tante Germaine à faire la vaisselle du petit déjeuner lorsque Louise et Francis vinrent prendre congé avant de se diriger vers Québec.

« Ainsi, dit Francis en s’approchant d’elle, dans deux semaines vous allez devenir ma belle-maman. »

Il avait appuyé à dessein sur le mot belle, avec un sourire indéfinissable.

« Vous m’en voyez heureux, continua-t-il en lui embrassant la joue, et je suis sûr qu’un jour ou l’autre nous pourrons nous être utiles l’un l’autre. »

Après son départ, elle se demanda encore une fois pourquoi il lui inspirait cette espèce de malaise chaque fois qu’il s’approchait d’elle.

Dans l’après-midi, Roger et Richard partirent en raquettes pour se rendre à l’ermitage où Richard comptait passer quelques jours. Laura les observait depuis la fenêtre et éprouvait une certaine envie. Elle aurait bien aimé être invitée à visiter cette demeure mystérieuse, mais Ernest et elle devaient partir puisqu’il tenait à être à son bureau le lendemain. Elle remarqua que, malgré son infirmité, Richard se tirait bien d’affaires en raquettes. Le fait de marcher les pieds écartés minimisait sa claudication. Et puis il avait l’air si heureux, si détendu d’être à la campagne, et surtout, avec son oncle Roger.

Ernest s’approcha d’elle et lui serra affectueusement les épaules.

« Je m’excuse de te presser, mais est-ce qu’on pourrait se préparer à retourner?

— Mais oui, j’ai si peu de bagages que je serai prête en un tournemain, répondit-elle en gardant les yeux fixés sur les deux silhouettes qui s’éloignaient vers l’orée de la forêt. Ton fils Richard a l’air bien heureux dans ce décor.

— Et avec son oncle Roger, ajouta Ernest.

— Ce doit être un homme extraordinaire pour que les gens l’aiment tant. Est-ce que tu m’amènerais lui rendre visite dans son ermitage, comme il dit?

— Mais oui, avec plaisir. Aujourd’hui, nous sommes un peu pressé mais nous reviendrons. Je serai bien content si Roger et toi devenez de bons amis. Comme je te l’ai dit, c’est plus qu’un frère pour moi, c’est aussi mon ami et mon conseiller le plus proche.

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Lorsqu’il était revenu de son voyage de noces, trois semaines avant Noël, Francis s’était présenté à l’usine.

« Alors, mon grand, lui avait dit son père, puisque tu es passé par toutes les fonctions de l’usine durant les vacances d’été, as-tu idée où tu voudrais travailler? »

Sans hésiter, Francis avait choisi le service des ventes. Ernest l’avait donc confié à Émile Carignan, ancien chroniqueur sportif devenu chef des services de marketing depuis plusieurs années. Amateur de bon vin et de bonne chère, c’était un personnage rubicond et rondelet, bon enfant en somme, qui connaissait tous les joueurs des équipes de hockey et presque toutes les personnalités qui s’intéressaient de près ou de loin à ce sport.

Ernest avait été ravi de ce choix. Comme il l’avait raconté à Laura ce soir-là, Francis avait certainement les qualités nécessaires pour les ventes et les relations publiques. Avec Émile, il apprendrait à connaître le milieu. Et un jour, son rêve se réaliserait. Francis deviendrait son bras droit, et beaucoup plus tard, quand lui-même, Ernest, serait vieux, l’usine serait entre bonnes mains lorsqu’il en hériterait.

« Mais tu as deux fils, n’avait pu s’empêcher de dire Laura. Il ne serait pas juste que Francis prenne tout.

— Oh, je verrai à assurer à Richard un revenu convenable, car c’est sûr qu’avec sa musique, il ne fera pas fortune. C’est d’ailleurs ce que j’ai promis à sa mère avant qu’elle ne meure.

— Je serais pas si sûre que ça que Richard n’aura pas de succès. Il possède des qualités artistiques indéniables. Qui sait s’il ne deviendra pas un grand violoniste?

— Oui, bien sûr », avait-il dit distraitement.

Laura n’avait pas été dupe. Il était facile de voir que celui qui occupait les pensées d’Ernest, c’était Francis et non Richard. Il n’attendait rien de son fils cadet et tout de son aîné. Elle en fut un peu attristée.

Comme Ernest l’avait promis à Laura, il lui offrit, par un beau dimanche ensoleillé, d’aller visiter Roger. Elle accepta avec empressement. Le personnage l’avait intriguée et elle éprouvait une vive curiosité pour tout ce qui le touchait : cet « ermitage » qu’il s’était construit, la vie solitaire qu’il menait dans la forêt, tout lui paraissait hors de l’ordinaire. Elle flairait le mystère.

On était fin février. Un soleil radieux brillait sur la neige éblouissante traçant de longues ombres bleues au pied des arbres. Ils s’arrêtèrent un moment à la maison de ferme et les parents de Roger leur apprirent que celui-ci n’était pas venu depuis plus de trois semaines. Laissant la voiture à la ferme, ils chaussèrent leurs raquettes pour continuer jusqu’au lac Fantôme. Laura aimait bien faire de la raquette. Lorsque son premier mari vivait, ils avaient l’habitude, lorsque ses patients lui en laissaient le loisir, de faire de longues randonnées en raquettes sur la surface gelée et enneigée de la petite rivière à Verneuil. Une journée splendide comme aujourd’hui lui rappelait cet heureux temps.

Ernest marchait devant, à pas rapprochés afin de tracer un sentier. Laura suivait, toute à la joie de marcher dans la forêt silencieuse, mais non inhabitée à en juger par les nombreuses pistes formant des dessins sur la surface vierge de la neige, depuis les menues pattes d’oiseaux jusqu’à celles de gibier plus gros comme la belette, le renard, et les traces caractéristiques des lièvres bondissants. Parfois, une perdrix s’envolait avec un froissement de jupons de taffetas.

Une fois rendus au haut de la colline d’où on pouvait apercevoir le lac, Ernest s’arrêta.

« Fatiguée?

— Mais non. Comme tu sais, je ne suis pas une raquetteuse novice.

— Je sais, tu es une experte. Mais, quand même, arrêtons-nous un moment que je te fasse connaître le royaume de notre enfance, à Roger et à moi. »

Il balaya la neige du tronc d’un arbre tombé, et la fit asseoir.

« Vois-tu, dit-il en s’asseyant près d’elle, la grande plaine blanche, c’est le lac Fantôme. Les rochers enneigés à gauche abritent la caverne du Dieu du Tonnerre.

— Ah, vraiment, c’est la demeure d’un dieu?

— Roger et moi l’avions appelée comme ça parce que c’était autrefois une caverne sacrée des Indiens, et qu’il y a des dessins sur les parois. Je te montrerai ça l’été prochain.

— Où se trouve la maison de Roger?

— Tu vois cette pointe rocheuse qui avance dans le lac? Derrière se trouve une baie, et au fond de la baie, c’est là qu’il a construit sa maison. On ne la voit pas à moins d’arriver par le lac, et encore, faut-il savoir où regarder.

— Il voulait vraiment s’isoler, se cacher du monde, dit Laura pensive. Et ce serait la mort de sa femme et de son enfant, et peut-être ses expériences de guerre qui l’auraient amené à faire un choix pareil?

— Même à moi, il n’a pas dit grand-chose. C’était sa décision, et je respectais son choix, dit Ernest en se levant. Alors, on y va? Ce sera plus facile maintenant, puisque ça va en descendant. Nous allons contourner la pointe et juste de l’autre côté, nous verrons sa maison. »

Ils reprirent leur marche à pas rythmés. Quinze minutes plus tard, ils arrivaient en vue d’une éclaircie dans la forêt. Ernest se tourna vers sa compagne.

« Est-ce que tu vois la maison de Roger? »

Laura scruta le rivage de la baie, la colline de l’autre côté, couverte d’arbres et d’arbustes.

« Je ne vois pas de maison. Tu la vois, toi?

— Regarde le rectangle noir au début du versant de la colline. C’est la fenêtre panoramique du devant de la maison.

— Eh bien, elle est drôlement bien camouflée.

— Si c’était l’été, il nous faudrait venir en canot, ou alors, marcher tout autour de la baie. Mais comme c’est gelé, nous allons traverser la baie et dans dix minutes nous y serons. »

Comme ils approchaient de la maison, ils entendirent des aboiements, et à leur approche la porte s’ouvrit et Roger parut sur le seuil.

« Quelle bonne surprise, s’exclama-t-il. Laura, Ernest, entrez je vous prie. »

Il se tourna vers le grand chien sombre, aux yeux étrangement pâles, qui se tenait debout près de son maître et continuait à laisser échapper quelques aboiements et grognements.

« Va te coucher, Nistum, ton travail est terminé. Ce sont des amis. »

Laura jetait des regards admiratifs sur la spacieuse salle de séjour dans laquelle ils se trouvaient.

« C’est vous qui avez construit tout ça?

— Ernest est venu m’aider au début pour monter la charpente. Le reste, je l’ai fait moi-même. J’ai beaucoup de loisirs, comme vous voyez », ajouta-t-il en souriant.

Les murs étaient faits de troncs d’arbres entiers, dont on avait soigneusement enlevé l’écorce. Le bois pâle, ainsi exposé, avait été verni. De même le plancher, fait de planches larges de merisier, brillait d’un éclat satiné. Au fond, un énorme poêle de fonte noire avec garnitures nickelées servait visiblement tant à la cuisson des aliments qu’au chauffage des lieux. De chaque côté, des armoires en bois blanc. Une table circulaire, dont la surface était faite d’une mosaïque de bois de diverses essences. Quatre chaises l’entouraient. Une cheminée monumentale en pierres des champs tenait le milieu de la cloison de droite, par ailleurs garnie de rayons pleins de livres. Le tissu de laine aux couleurs douces qui recouvrait les fauteuils et le canapé, ainsi que les draperies aux fenêtres avaient été tissés par sa mère, expliqua Roger. Elle avait également fabriqué les tapis crochetés aux dessins naïfs qu’on retrouvait dans la salle de séjour et comme descente de lit dans la chambre à coucher.

« Comme c’est beau! soupira Laura. Mais comment avez-vous fait pour amener tout cela ici? Il n’y a même pas de route.

— J’ai fait moi-même, sur place, tous les meubles. Le reste est venu en traîne à chiens, l’hiver. Au début, j’avais un attelage de six chiens, maintenant je n’en ai plus besoin. Je n’ai gardé que Nistum, le plus intelligent chien de tête qu’on ait jamais vu.

— Quel drôle de nom, Nistum.

— C’est un mot cri qui veut dire le premier. C’est lui qui guidait mon attelage. Venez que je vous montre le reste. »

Il alla ouvrir une porte dans le coin de la cuisine et ils entrèrent dans une pièce assez grande, avec une grande fenêtre, les murs couverts d’outils divers, avec un établi courant le long d’un mur.

« Voici mon atelier. C’est mon passe-temps de travailler le bois, et comme je n’ai pas l’électricité, je travaille comme nos ancêtres travaillaient. Tout se fait à la main.

— Mais vous êtes un véritable artiste, un ébéniste. Vous pourriez facilement vendre ce que vous faites.

— Je remplis parfois quelques commandes, mais je ne tiens pas à me lancer en production.

— Et ceci, c’est vous qui l’avez fait? demanda Laura alors que, de retour dans la salle de séjour, elle indiquait un petit cabinet d’où dépassait une manivelle.

— Non, c’est un phonographe à ressort, presque une antiquité. Avec ceci et mon petit radio à batterie, j’ai de la musique. Et je m’éclaire avec des lampes à kérosène, comme au temps de mon enfance. »

Voyant l’ébahissement qui se peignait sur les traits de Laura, Roger la regarda, un peu moqueur.

« Avouez, Laura, que vous vous étiez imaginée que je vivais dans quelque cambuse délabrée. Remarquez que si vous m’aviez vu le premier hiver, vous auriez eu presque raison. Tu te souviens, Ernest?

— Oui. Il avait fallu tout l’été pour monter les murs et fermer le toit avant les froids. Et puis, le calfeutrage avait été fait à la hâte. Tu devais geler là-dedans.

— Non, parce que j’avais mon bon gros poêle de fonte que nous avions amené sur une voiturette, à force de bras. Mais il fallait tellement de bois pour tenir le poêle à chauffer que je n’avais pratiquement pas le temps de faire autre chose.

— C’est vrai, dit Laura. Je me figurais tout de même quelque chose de plus primitif. Et vous vivez seul dans une aussi jolie maison? »

Une ombre passa sur le visage de Roger.

« Je ne suis pas seul, cousine. La forêt est aussi habitée qu’une ville. Même, j’ai des voisins tout proches.

— Vraiment.

— Eh oui, toute une famille. Le père, la mère et quatre petits. Ce sont des castors qui ont fait un barrage dans le ruisseau juste en amont de ma porte d’entrée. Ça dérange un peu. Avant j’avais une douve naturelle. Maintenant, il n’y a plus beaucoup d’eau et tout le côté de la maison se trouve inondé. Mais ils sont si gentils, si industrieux. Bon, venez-vous asseoir. Je vois que l’eau bout, je vais nous faire du thé. »

Ils prirent place dans les fauteuils groupés autour du foyer où pétillait une flambée de résineux odoriférants.

Pendant que Roger coupait d’épaisses tranches de pain de ménage qu’il faisait rôtir sur la surface polie du poêle et beurrait abondamment, Laura ne put s’empêcher de lui poser une autre question.

« Je vois que vous avez beaucoup de livres. Ce n’est pas quelque chose qu’on voit d’habitude dans les maisons autour d’ici. Vous aimez lire?

— Oui. C’est un goût que j’ai acquis alors que j’étais à l’hôpital en Angleterre. Comme j’y ai été plus d’un an pendant que les chirurgiens raccommodaient ma carcasse endommagée, j’ai eu tout mon temps. »

Il apporta le plateau qu’il posa sur une petite table, et servit ses rôties avec de la confiture de fraises des champs.

« Comme c’est bon, dit Laura. La raquette développe l’appétit. C’est vous qui avez fait ce bon pain et cette confiture?

— Le pain, oui. La confiture, c’est ma mère. Je suis un ermite très choyé puisque mes parents habitent tout près. »

Ernest et lui se mirent à discuter des opérations de l’usine, des réussites et des problèmes. Laura, tout en faisant honneur au goûter, continuait à admirer divers détails de cette demeure sylvestre. La toiture à pignon pointu, faite de poutres apparentes et de larges planches de merisier verni, formait plafond et donnait à la pièce l’aspect d’une chapelle des bois.

Lorsqu’ils prirent congé, Roger les reconduisit jusqu’au petit pont. De là il montra à Laura ce qui paraissait à celle-ci être un amas de branchage et de fagots de la hauteur d’un homme.

« C’est là la demeure de mes voisins les castors. Ça peut vous paraître rudimentaire, mais je vous assure qu’ils y sont très confortables. Ils disposent d’un salon, d’une partie surélevée avec paillasse de foin d’odeur pour dormir, d’un garde-manger, et de deux entrées sous l’eau pour bloquer l’accès aux prédateurs.

— Vous avez l’air de bien connaître les animaux de la forêt, fit remarquer Laura.

— Hé oui, cousine. C’est la loi de la nature. Il faut d’abord apprendre à connaître son milieu, et ensuite, savoir s’y adapter. »

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Lorsque s’annonça le printemps, un printemps tardif, froid, hésitant, Georges Cusson ne tint plus en place, d’autant plus que sa femme ne manquait pas de lui rappeler combien cette saison était belle dans sa Provence natale. Il était maintenant rassuré sur la compétence et l’honnêteté de l’acheteur. Aussi, offrit-il des conditions plus favorables que celles dont il avait été question, pour que Destel devienne acquéreur de la compagnie tout entière avant la date prévue.

 

Après la signature du contrat, Ernest amena Laura à Montréal pour célébrer dignement, dans un bon restaurant, cet événement capital. Comme il le lui dit, alors qu’ils sablaient le champagne, il avait maintenant trouvé exactement le genre de travail qu’il aimait faire, un travail qui mettait en cause le matériau qu’il connaissait le mieux, le bois.

« Et c’est grâce à Roger qui, le premier, m’a mis cette idée dans la tête.

— Dommage qu’il ne soit pas là pour célébrer avec nous l’aboutissement de son idée », dit Laura.

Ernest secoua la tête. « J’ai appris depuis longtemps que c’est inutile de l’inviter. Il nous aime, mais de loin. »

La fin du mois de mai amena le terme de la grossesse de Louise. Le 22 mai, Francis devint père d’un garçon, baptisé le lendemain sous les prénoms de Joseph Théodore Jean en l’honneur de son illustre grand-père, le juge Théodore Mesnier. Comme le baptême tombait durant la longue fin de semaine qui précède la fête de Dollard et que l’usine était fermée pour les trois jours, Ernest et Laura en profitèrent pour fêter dignement cet événement en donnant une réception où furent conviés non seulement les amis et parents de Louise qui avaient à l’automne assisté au mariage, mais aussi les cadres et contremaîtres de l’usine.

Il était minuit passé lorsque les derniers invités prirent congé. Seul le traiteur qu’Ernest avait fait venir de la métropole s’affairait encore à débarrasser les tables et les buffets. Quand, sa tâche terminée, il prit congé, les hôtes purent enfin songer à aller prendre du repos.

Ernest venait d’éteindre la lampe de chevet lorsque quelqu’un frappa à la porte à coups redoublés, tout en criant :

« Monsieur Destel! Monsieur Destel! »

À Laura, effrayée, Ernest dit de ne pas s’inquiéter, et mettant en hâte sa robe de chambre, il alla ouvrir. Sur le seuil se tenait Arthur Pinsonneault, le gardien de l’usine.

« Le feu, Monsieur Destel! cria-t-il au comble de l’énervement dès que la porte s’ouvrit, l’usine est en feu!

— Comment l’usine peut-elle être en feu? Tu veux dire qu’il y a le feu quelque part. As-tu appelé les pompiers?

— Oui, pis j’ai couru vous l’dire.

— Où est-ce que le feu a pris?

— J’sais pas. Vers minuit, j’avais pus de café dans mon thermos, alors j’ai traversé la rue pour aller à la maison m’en chercher. J’ai pas été parti plus de cinq minutes. Quand j’suis revenu, y avait le feu partout. »

Laura, inquiète, vint retrouver son mari.

« Bon, je viens avec toi, dit ce dernier à Pinsonneault, toujours debout sur le pas de la porte. Attends-moi un moment. »

Puis, prenant sa femme par le bras, il l’entraîna dans la chambre.

« Apparemment, le feu est pris à l’usine. Les pompiers ont été appelés. Ça ne doit pas être trop grave. Retourne au lit, je reviendrai bientôt. »

Il s’habilla en hâte, et suivit Pinsonneault jusqu’à l’usine. De loin, on voyait déjà la lueur qui se détachait sinistrement sur le ciel nuageux d’un noir d’encre. D’un bout à l’autre de l’usine, on voyait les flammes danser derrière les fenêtres.

Ernest s’arrêta, saisi.

« Ce n’est pas possible, murmura-t-il, comment le feu a-t-il pu se propager si vite?

— J’sais pas, Monsieur Destel. J’ai été parti cinq minutes, et quand j’suis revenu, en sortant de la maison j’ai vu le feu partout. »

En arrivant près de l’usine, Ernest vit le chef des pompiers qui dirigeait le placement des deux camions d’incendie. L’un d’eux avait commencé à arroser le mur nord de l’usine, mais il semblait impossible de faire fonctionner le deuxième. Trois ou quatre hommes s’affairaient autour du véhicule, mais sans grands résultats.

« Il y a une lance à incendie auxiliaire dans la hutte du gardien, cria Ernest. Servez-vous-en! »

On alla chercher cette lance que l’on brancha sur l’alimentation en eau de l’usine, et bientôt un second jet d’eau se mit à arroser le feu.

À ce moment, Francis arriva.

« Tu as été réveillé, toi aussi. Je ne comprends rien à cet incendie. Comment peut-il s’être propagé si vite? Mais en attendant, il faudrait sortir les hockeys neufs qui se trouvent dans l’entrepôt au cas où l’incendie l’atteigne, bien que ça ne paraisse guère possible.

— Je m’en occupe, papa. »

Comme il s’éloignait, il y eut une explosion sourde à l’extrémité gauche de l’usine, là où se trouvait le transformateur. Tout s’éteignit et la lance supplémentaire devint inutile.

Ernest revint vers le chef des pompiers.

« Vos hommes ne semblent pas capables de faire fonctionner l’autre camion à incendie. Je ne vois pas comment on va éteindre un feu de cette intensité avec seulement un jet. »

Le chef le regarda sans aménité.

« Ne vous occupez pas de cela, Monsieur Destel, c’est notre travail.

— C’est peut-être votre travail, mais c’est mon usine. Puisque décidément il semble qu’il n’y ait rien à faire, ajouta-t-il en montrant les quatre hommes qui s’affairaient toujours autour du deuxième camion, demandez-leur donc d’aller aider mon fils Francis à sortir les hockeys déjà fabriqués de l’entrepôt et de les transporter en lieu sûr.

— Non, non, ne touchez à rien. C’est notre responsabilité.

— Et si l’entrepôt brûle?

— Il ne brûlera pas. D’ailleurs, j’ai fait avertir Monsieur le Curé.

— Monsieur le Curé? Pourquoi faire?

— Pour qu’il bénisse votre entrepôt, pour que le feu ne s’étende pas. »

Ernest aperçut en effet le curé, portant le Saint-Sacrement, qui débouchait d’une rue latérale.

« Vous auriez mieux fait de mettre une pompe auxiliaire dans la rivière, dit-il amèrement. »

Pendant ce temps, le curé, suivi d’un servant de messe en surplis et portant l’aspergeoir, bénissait à grands gestes l’usine en flammes, puis s’engagea dans la ruelle qui séparait l’entrepôt de l’usine proprement dite. Quand il en ressortit, il se dirigea vers Ernest.

« C’est une dure épreuve que Dieu vous envoie, mon fils.

— J’ai bien peur que tout va y passer, y compris l’entrepôt. Il y a là dix mille hockeys prêts pour l’expédition.

— Mais non, ayez foi dans le Seigneur. Je vais continuer à prier pour vous. »

Ce disant, il le salua et s’éloigna toujours suivi de l’enfant de chœur, se hâtant vers son lit.

Ernest courut voir comment Francis se tirait d’affaire. Il le trouva avec seulement un compagnon pour porter les lourds paquets de bâtons de hockey de l’autre côté de la route, et se mit à les aider.

Bientôt arriva le chef des pompiers.

« Vous n’avez plus le droit d’entrer dans cette bâtisse, dit-il. L’incendie se rapproche, et il y a même des étincelles qui ont mis le feu à la couverture de l’entrepôt.

— Je vous l’avais bien dit! cria Ernest au comble de l’exaspération. Au moins, continuez à arroser le toit de l’entrepôt pour nous donner une chance de sortir plus de stock.

— C’est moi qui donne les ordres ici et je veux pas que personne approche. Mon premier devoir c’est d’empêcher les pertes de vies. »

L’incendie brûla avec une intensité d’enfer toute la nuit et une partie de la journée. Ce ne fut que deux jours plus tard qu’Ernest put enfin inspecter les lieux.

Le rayon de l’encollage venait de recevoir cinq barils d’alcool furfurylique, ingrédient que l’on employait alors pour rendre les colles imperméables à l’humidité. Le pyromane avait défoncé les barils d’acier à coups de hache et en avait répandu le contenu dans l’atelier, dans les dalots où se trouvaient les fils électriques. On retrouva même un baril dans la chambre des transformateurs. Il avait pensé à tout. Avant de partir, il avait lancé une allumette enflammée dans le dalot le plus proche et avait tranquillement quitté les lieux, s’enfonçant dans la nuit noire.

Plus Ernest se demandait qui avait bien pu lui en vouloir au point d’en venir à un geste aussi terrible, plus la certitude s’imposait. D’abord il fallait que ce fût quelqu’un qui était non seulement familier avec les lieux, mais aussi avec le fonctionnement de l’usine.

Il y avait deux chiens Dobermann en liberté dans la cour durant la nuit, pourtant ils n’avaient même pas aboyé lorsque l’intrus était entré pendant l’absence du gardien. C’était de toute évidence parce qu’ils le connaissaient, et que celui-ci s’était muni d’un appât pour les amadouer. De plus, il savait où étaient entreposés les liquides les plus inflammables et connaissait les points les plus vulnérables de l’établissement.

Il n’y avait qu’un homme qui remplissait toutes les conditions : Tim O’Reilly. Et le fait que l’incendie se soit déclaré le soir du baptême du fils de Francis ajoutait encore une preuve au dossier. Même si O’Reilly se trouvait aux États-Unis depuis six mois, rien n’empêchait qu’il en fût revenu pour un jour. Il devait maintenant être déjà retourné de l’autre côté de la frontière. Comme il avait dit, « les pauvres ont aussi leur façon de se faire justice ».

Dans les jours à venir, Ernest put mesurer toute l’étendue des dégâts. Rien n’avait été sauvé sauf les quelques centaines de ballots que Francis et lui-même avaient pu sortir de l’entrepôt. L’assurance, qu’Ernest n’avait pas songé à faire majorer, couvrait à peine la moitié des pertes.

Il avait voulu acquérir une usine en marche, il lui fallait maintenant repartir à zéro, tout reconstruire, et rapidement s’il ne voulait pas perdre les contrats qu’il détenait déjà. Comme son défunt père avait l’habitude de dire, lui qui s’était expatrié dans le nord de l’Ontario alors qu’il n’était plus jeune et avec une santé qui se détériorait, « on n’a jamais la paix dans ce bas monde, il faut toujours lutter ».

Eh bien, il lutterait, et il ne serait pas seul puisqu’il aurait Francis pour le seconder. Ils travailleraient ensemble comme ils l’avaient fait pour sauver un peu du stock de l’entrepôt.

Il n’en fallait pas plus pour qu’il se sente rasséréné.

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Au lendemain du désastre, Ernest dut planifier logiquement la relève et la reprise des opérations. Georges Cusson était en Europe, il ne pouvait donc compter que sur lui-même et sur ses meilleurs employés. Heureusement, Cusson avait su s’entourer de gens compétents aux postes-clef, et parmi ceux-ci, celui qui s’avéra parmi les plus précieux, se trouvait Gérard Lumette, l’ingénieur qui dirigeait le service de recherche et développement.

Ernest avait été à même d’apprécier le soin avec lequel Lumette, homme paisible et studieux, testait régulièrement la production, et les suggestions pertinentes qui émanaient de son bureau. Peut-être un brin conservateur, il prenait du temps à s’adapter aux idées nouvelles, mais il était assez large d’esprit pour se rendre à l’évidence quand celle-ci lui était démontrée.

Ainsi, lorsque était apparu sur le marché ce nouveau matériau qu’était la fibre de verre et qu’on avait voulu l’employer pour enrober les palettes, afin de les rendre plus solides et les empêcher de se fendre sous les chocs, Lumette avait étudié longuement le processus avant de donner son approbation. Dans le temps, même Georges Cusson s’était impatienté du temps que l’ingénieur avait mis pour y parvenir.

Avec Gérard donc, Ernest avait décidé de la marche à suivre. D’abord il leur fallait acheter un atelier d’usinage où ils pourraient reconstruire les machines-outils détruites par le feu afin de reprendre la production au plus tôt. En même temps, on chercherait un local à louer en attendant de rebâtir l’usine.

Pendant ce temps, Francis et Émile Carignan visiteraient tous les clients avec lesquels les Ateliers Cusson avaient des contrats pour leur assurer que les expéditions ne seraient qu’un peu en retard, mais qu’on remplirait toutes les commandes.

Georges Cusson avait eu la sagesse de garder un fort inventaire de bois à l’autre extrémité de la petite ville, donc la matière première ne manquerait pas. Déjà en septembre, les opérations recommençaient dans le vieil entrepôt qu’Ernest avait pu louer, et en octobre, les premières expéditions quittaient l’usine.

***

Richard avait terminé ses études classiques en juin, et lorsqu’il était arrivé pour les vacances d’été, il avait offert à son père de travailler avec lui pour rebâtir les opérations des Ateliers Cusson.

« Mais non, lui avait dit Ernest, d’après la lettre de ton professeur de violon, tu as les qualités voulues pour faire carrière en musique. Alors, repose-toi cet été et en septembre, tu iras dans cette école que t’a conseillée ton professeur et où tu as été accepté. D’ailleurs, Francis est là pour m’aider. »

Ils étaient à table pour le repas du soir, et Laura avait bien vu le désappointement dans les yeux de Richard en se voyant ainsi écarté d’emblée. Sans doute croyait-il, avec raison, que son père n’avait aucune confiance en lui, et qu’il ne pouvait lui être utile en aucune façon.

« Alors, avait dit Richard, vous ne m’en voudrez pas si je vais chez tante Germaine pour les vacances?

— Mais non, c’est même une très bonne idée. Ils ne rajeunissent ni l’un ni l’autre, et tu pourras les aider plus que tu pourrais m’être utile à moi. »

Plus tard, Laura en avait fait la remarque à Ernest.

« Tu sais, tu as fait de la peine à Richard en refusant si cavalièrement son aide.

— Tu crois? Pas moi. Je pense qu’il sera très heureux d’être à Saint-Timothée pour l’été. Ça va l’aider à améliorer sa santé.

— Richard m’a l’air d’un jeune homme tout à fait robuste. Il n’est pas maladif que je sache.

— Il a toujours été maladif depuis sa naissance », affirma Ernest d’un ton sans appel.

Excepté qu’il boite, songea Laura. Ernest ne l’a jamais vraiment accepté, cet enfant-là, à cause de son infirmité.

Tout haut elle dit : « Je suis sûre que son oncle et sa tante seront contents de le voir arriver. Et Roger aussi.

— Hé oui, répondit Ernest. J’aurais bien aimé que Roger vienne me donner un coup de main, pour les prochains mois tout au moins. Mais il n’y a pas moyen de le sortir de son ermitage celui-là. Quand je lui ai demandé il m’a dit que pour le travail de la forêt, il était prêt à m’aider, mais qu’il ne pouvait rien pour moi ici, à Verneuil. La vraie raison c’est qu’il ne veut pas retourner dans le monde civilisé celui-là, même pour quelques mois. »

Laura hocha la tête et se dit qu’il y avait vraiment une énigme sous le personnage de Roger. Qu’est-ce qui avait bien pu lui arriver pour qu’il veuille ainsi rompre définitivement avec la société des hommes? Après tout, beaucoup avaient traversé l’expérience douloureuse de la guerre sans en venir à une décision aussi extrême.

Le lendemain, elle aida Richard à préparer ses bagages pour son séjour à Saint-Timothée. Dès que le jeune homme avait rencontré cette femme, il avait senti une sympathie réciproque s’établir entre elle et lui, et il avait compris que cette sympathie venant d’elle n’était pas entachée de pitié. Elle appréciait ses dons artistiques — ce que n’avait jamais fait son père — et, à son grand étonnement, elle ne s’était pas laissé séduire par Francis.

Avant de partir, il la remercia chaudement.

Elle posa une main maternelle sur son épaule.

« Tu sais, mon grand, tu aurais été le bienvenu si tu avais voulu passer au moins quelque temps avec nous.

— Oui, je sais. Mais comme disait mon père, l’oncle Edgar a vraiment besoin d’aide, et là au moins je peux être utile. C’est vrai qu’il se fait vieux. Il faudra bien un jour qu’il se débarrasse de cette ferme trop grande pour lui, mais il n’est pas encore prêt à le faire. Alors, si je puis l’aider… »

Depuis que Francis n’allait plus à Saint-Timothée pour les vacances, c’était Richard qui aidait désormais aux travaux de la ferme. Cette aide, l’oncle Edgar l’avait acceptée avec simplicité. Jamais il ne lui avait dit : « Ce serait trop dur pour toi » ou quelque autre commentaire qui lui aurait rappelé son infirmité. Il était de la race des pionniers qui se disaient que chacun devait se tirer d’affaire avec ce dont il disposait, sans se plaindre, et sans trouver d’excuses. Il le laissait faire à sa guise, et Richard lui en savait gré.

Pendant ces deux mois, Richard oubliait qu’il n’était pas comme les autres, et se disait avec satisfaction qu’il était encore plus efficace que Francis car il accomplissait le travail avec plus d’intérêt. Le soir, il sortait son violon que ni son oncle ni sa tante ne se lassaient d’écouter. Roger non plus, d’ailleurs, lorsqu’il venait ou lorsque Richard allait passer un dimanche chez lui.

« C’est vraiment un talent rare que tu as reçu, disait-il. Sans aucun doute, ton avenir est là. Continue, et donne le meilleur de toi-même. Dans la vie, on ne gagne qu’en proportion de ce qu’on a investi de soi-même. »

Les vacances d’été passèrent rapidement et bientôt septembre arriva. L’école avait déjà dirigé Richard vers une maison de pension tenue par une dame, veuve d’un musicien membre de l’Orchestre symphonique de Montréal. Elle accueillait chaque année trois étudiants de l’École Vincent d’Indy.

Mme Blanchard l’avait reçu avec bonté, toute heureuse d’avoir pour une fois un violoniste, les deux autres pensionnaires étant des pianistes. Cependant, elle intimidait un peu Richard. Grande et maigre, elle avait des yeux noirs perçants, et comme elle le disait elle-même, elle ne gardait que des étudiants sérieux, vérifiant leurs notes comme aurait pu le faire une mère, et ne tolérant aucun écart de conduite.

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Avant même la reprise des opérations, Ernest s’était vu confronté à un problème de taille puisque ses crédits bancaires avaient été annulés avec l’incendie. Heureusement, l’un de ses clients lui avait consenti un prêt temporaire qui lui avait permis de reprendre les opérations dans un local de fortune.

Maintenant que la banque avait restauré ses crédits et avec l’argent de l’assurance, il pouvait envisager de rebâtir, en plus moderne, les Ateliers Cusson.

« En fin de compte, confia-t-il à Laura, Tim O’Reilly m’aura presque rendu service. De toute façon, il aurait fallu bientôt moderniser. Il m’a fait passer un mauvais moment, mais le résultat final sera meilleur. »

Il se lança dans une énumération des améliorations à apporter, depuis un système de ventilation tout à fait nouveau, jusqu’à l’automatisation de certaines opérations qu’on pouvait prévoir dans un futur rapproché. Les architectes avaient déjà commencé les plans, et la construction pourrait débuter dès le printemps arrivé.

Continuer : partie 4 sur 7