Et la fidélité, bordel !

Dr Patrick Lemoine · Chapitre 3 sur 17

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Et la fidélité, bordel !

1 - Amours fidèles… ou non !

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Amours fidèles… ou non !

 

« La fidélité, c’est quand l’amour est plus fort que l’instinct. »

Paul Carvel, Jets d’encre.

 

« Ce qu’ils appellent leur loyauté, leur fidélité, je l’appelle, moi, léthargie, routine ou manque d’imagination. La fidélité est dans la vie sentimentale ce qu’est la fixité des idées dans la vie intellectuelle : un pur aveu de faillite. La fidélité ! Il faudra pourtant que je l’analyse un jour. L’amour de la propriété y entre pour une part. Que de choses au rebut nous mettrions. Si nous ne craignions pas de les voir ramassées par autrui. »

Oscar Wilde

 

Impossible d’aborder un tel sujet sans tout d’abord contempler,

décortiquer, en un mot analyser cet étrange singe nu que nous sommes

devenus au fil de la sélection dite naturelle. Comment physiquement et

psychologiquement nous différencions-nous des cinq autres espèces de

primates supérieurs rescapés que sont les gibbons, les orangs-outans, les

gorilles, les chimpanzés et les bonobos ?

Par simple effort d’imagination, il suffira au lecteur de se représenter

visuellement les six espèces et de les observer attentivement : la première chose qui saute aux yeux est bien entendu l’abondante pilosité dont nous,

les humains, sommes presque entièrement dépourvus alors que nos

collègues forestiers en sont abondamment recouverts. À la réflexion, ce

phénomène est tout à fait étrange puisque nous sommes les seuls à avoir été

capables de survivre dans des régions où il fait froid. En réalité, nous avons

bien quelques poils sur la tête (sans pourtant oublier les chauves), sur le bas

du visage, sur les bras, sous les aisselles, sur le pubis et sur la poitrine pour

les hommes ; sur le crâne, sous les aisselles (très peu, restons galants) et

autour du sexe pour les femmes.

La chose est des plus surprenantes puisque les femelles des autres

singes ont en général cette dernière région bien dégagée. Il suffit de

contempler une chimpanzée, une babouine ou une macaque pour bien s’en

convaincre. De ce fait, quand les singes marchent à quatre pattes et à la

queue leu leu, le sexe des guenons se trouve juste à la hauteur des yeux et

(surtout) des narines de leurs partenaires, à condition bien sûr pour ces

derniers de marcher derrière. Les mâles ont par conséquent une vue

imprenable – façon de parler – sur l’objet de tous leurs désirs, coloration,

gonflement, sécrétions, odeur et disposent ainsi des informations

essentielles quant à l’état hormonal de leurs compagnes, fécondables ou

non, alors que nous autres, pauvres mâles humains, ne pouvons plus rien

voir ni sentir quoi que ce soit, du moins à ce niveau. Vraiment pas merci

aux vêtements, sous-vêtements, collants, hygiène intime ainsi qu’à la

cosmétique des savons, parfums et autres perfides déodorants !

 

Pourquoi donc les femmes s’évertuent-elles depuis la nuit des temps à

cacher aux hommes leur statut hormonal : en œstrus ou non ?

Pourquoi tant de honte devant tous les types de sécrétions, depuis les

règles jusqu’aux mucosités ? Notre espèce au fil du temps a réussi à se

détourner, à se dégoûter même, de toutes les productions liquides ou

visqueuses de notre corps : sueur sous les bras, morve, bave, pus, règles,

pertes blanches ou jaunes, pisse et merde (désolé pour une telle vulgarité mais qu’y puis-je ? Ne dois-je pas appeler un chat un chat et Rollet un

fripon ?!). Seuls le lait et les larmes échappent à cette universelle répulsion.

 

Un éthologue nommé Desmond Morris était tellement préoccupé par

cette perte d’information visuelle et olfactive pour les malheureux mâles

humains qu’il interpréta de manière étonnante les décolletés de son époque.

Le fait de remonter, rapprocher et comprimer les seins laisse apparaître une

sorte de fente verticale entourée de deux hémisphères rebondis – du moins

pour celles dont la poitrine est suffisamment généreuse – évoquant

irrésistiblement selon lui un fessier et sa raie, comme si nos gentilles

partenaires voulaient compenser la frustration qu’elles infligent à leurs

partenaires masculins en leur offrant une sorte d’ersatz de paires… de

fesses avec leurs paires… de seins.

Serait-ce uniquement à cause de notre station debout que nous avons

évolué d’une si étonnante manière ? La verticalité serait-elle seule à

l’origine de nos particularités, uniques tant elles sont diverses en matière de

comportement sexuel ? Serait-ce cette curieuse position verticale qui

constitue vraiment le propre de l’Homme car même si certains singes et

lémuriens peuvent parfois marcher debout, ce n’est qu’occasionnel, pas

permanent comme chez nous ? L’explication semble un peu courte…

Étrange, non ?

Notons à l’inverse que les femmes ne sont pas privées d’information

visuelle et que le visionnage des organes génitaux masculins est encore

meilleur en position debout. Je n’ai pas réussi à trouver d’explication

scientifique totalement convaincante à la taille surdimensionnée du pénis de

l’homme par rapport à celui des autres primates, ni à la présence de ce

renflement distal appelé gland. La seule interprétation qui me vient à

l’esprit est encore une fois de nature évolutionnaire : puisque contrairement

aux autres primates chez qui l’organe viril est plus ou moins invisible,

surtout quand ils sont à quatre pattes, la plupart du temps, nos ancêtres

Sapiens en position debout exhibaient leurs attributs virils, on peut penser que la taille de ceux-ci est devenue un critère de sélection pour les femmes

qui ont donc exercé une pression évolutive dans ce sens, exactement

comme les paonnes préfèrent les mâles dotés d’une magnifique, inutile et

encombrante queue, gênante pour s’enfuir, surtout dans ces régions

infestées de tigres et de panthères.

Aujourd’hui encore, la fierté naïve, l’orgueil candide des hommes à

propos de la taille de leur pénis et l’existence du « complexe des

vestiaires » chez les jeunes garçons inquiets de ne pas être suffisamment

dotés en longueur, vont bien dans ce sens, comme si être doté d’un pénis

gros et long était un argument vital permettant d’être sélectionné. Il suffit

pour s’en convaincre d’observer le manspreading ou « étalement

masculin », cette position assise (assez vulgaire il faut bien le dire) avec les

jambes largement écartées que certains hommes se permettent d’adopter

dans les transports en commun de manière à occuper deux places et surtout

quand ils veulent draguer et donc inconsciemment faire valoir, exhiber leurs

arguments (de dimensions). Il s’oppose au womancrossing (« jambes

croisées ») habituel chez les femmes dans les mêmes situations.

La dimension du pénis est d’ailleurs un sujet de discussion chez les

adolescentes qui, privées d’une vision directe, se rabattent sur des prétendus

indicateurs, tel le fantasme selon lequel la taille du nez est le reflet de celle

du sexe, très répandu parmi les lycéennes. On sait aussi à partir de certaines

vidéos que sur les plages, les filles regardent particulièrement ce point

anatomique particulier que selon la légende les danseurs étoiles valorisent

en rembourrant l’avant de leurs collants avec du coton.

Les micro-pénis des statues de l’Antiquité

et de la Renaissance

 

Il suffit de contempler n’importe quelle statue masculine pour

constater la petitesse de leurs organes virils. Pour les Grecs,

l’homme au repos devait se montrer capable de contrôler ses

pulsions, d’où une anatomie musculaire flatteuse, un visage

réfléchi et sage et un tout petit pénis… sauf dans les

représentations de barbares et de satyres souvent en érection et

qui symbolisaient la force brute de ces êtres esclaves de leurs

passions.

Autrement dit, le petit zizi des athlètes et autres dieux et

héros grecs contenait un message politique clair : l’homme grec,

inventeur de la philosophie, est de très loin supérieur à l’homme

sauvage.

Personne ne sait ce qu’en pensaient les femmes de l’époque.

 

Se ressembler pour mieux se fidéliser ?

 

Il faut savoir que de manière générale et malgré quelques exceptions,

quand, dans une espèce, les deux sexes se ressemblent au point d’être

identiques ou presque, les couples sont monogames. Les perroquets par

exemple sont à nos yeux impossibles à différencier et les vétérinaires en

sont réduits à pratiquer une endoscopie ou bien un séquençage génétique

pour savoir à qui ils ont affaire, mâle ou femelle. Les manchots, les

gibbons, les colombes, les sternes, les inséparables, les tourterelles, les

perruches sont peu ou prou dans le même cas de figure. Pour toutes ces

espèces, oiseaux ou mammifères, le mariage, c’est pour la vie et c’est toute

l’année ; l’adultère y est inconnu, un peu comme chez les Amish dont les mâles ne ressemblent pourtant pas beaucoup aux femelles… mais voilà que

je m’égare.

Parfois les deux genres se ressemblent beaucoup par la taille et l’allure

générale. Du moins huit mois par an. Par exemple, chez les oiseaux, les

couleurs des mâles éclatent au printemps, à moins que ce ne soit le chant.

Souvent dans ce cas, les unions sont séquentielles ; les couples se

(re)forment, chacun reprenant sa liberté une fois les oisillons sortis

d’affaire. La monogamie est alors de règle mais l’adultère y fait des

ravages. Chez les papes lazuli par exemple, près de 40 % des oisillons sont

illégitimes ! Pour la plupart de ces oiseaux, le mariage est donc libre, en

CDD, séquentiel ou en intérim, au choix, les couples se séparant une fois

les petits élevés et se reformant au printemps suivant. On observe ce

comportement de plus en plus fréquemment dans notre espèce où les

couples se font, se défont, se refont, divorcent, revorcent… les unions sont

dites libres… parfois et même de plus en plus souvent.

Les manchots dont les couples sont fidèles mais ne sont unis que pour la

saison de la reproduction se ressemblent tellement qu’ils en arrivent à se

tromper eux-mêmes. Il a été observé dans la nature des couples

homosexuels mâles ou femelles qui se séparent et peut-être (?) se

retrouvent. Les couples de mâles se mettent alors à couver des pierres de

forme ovoïde. Comme ils ne peuvent pas se féconder, ils n’ont pas de

descendance et parfois, à la saison suivante, s’unissent de manière plus

conventionnelle. Or, il est arrivé dans certains zoos que des gardiens

mettent des œufs fécondés à la place des pierres à des couples de mâles en

train de couver ; après éclosion, ces derniers se sont occupés des bébés

exactement comme des couples hétéros 1. Le plus étonnant est que, dans un

zoo de New York, un couple de manchots à jugulaire mâles a couvé et élevé

une petite femelle qui plus tard s’est mise en couple avec une autre femelle.

Ce type de situation peut survenir dans notre espèce mais il n’est

absolument pas prouvé qu’un enfant élevé par un couple de lesbiennes ou de gays deviendra forcément homosexuel lui aussi. Le libre choix existe

chez l’être humain… Existe-t-il aussi chez les manchots ? Une question à

déstabiliser tous les philosophes de la création !

 

Féminicides 2

 

Si l’on considère les mammifères carnivores, près de 16 % d’entre eux

sont monogames, en particulier les plus petits : fennecs, chacals, blaireaux.

Mis à part les orques dont l’étude est difficile tant leurs habitudes

culturelles sont différentes d’un groupe à l’autre – un peu comme les

chimpanzés –, 30 % des primates (dont le ouistiti pygmée ou l’avahi

laineux, un presque lémurien), certains herbivores comme l’antilope dik-

dik, un pourcentage indéterminé de rongeurs comme la gerbille ou le castor,

0 % des cétacés 3, seraient annuellement monogames. Une des raisons

principales de ce comportement serait avant tout la prévention de

l’infanticide par les mâles. On sait en effet que pour une femelle de

mammifère, la disparition de ses petits provoque un œstrus et, par

conséquence directe, l’acceptation d’un nouvel accouplement. C’est la

raison pour laquelle l’ours solitaire cherche à dévorer tous les oursons qui

croisent sa route, même les siens. Idem pour les lions quand ils prennent le

contrôle d’un harem, sauf qu’eux sont des bons pères avec leurs enfants

légitimes. Le fait de constituer des couples stables est sans doute le meilleur

moyen d’empêcher ce genre de massacres, le père légitime s’opposant au

mâle de passage tant qu’il en est capable. La raison parfois invoquée pour la

monogamie de partager le soin de l’élevage des petits semble anecdotique

chez les mammifères, par rapport aux oiseaux qui eux doivent construire le

nid, couver, élever la nichée, un travail considérable et pour lesquels

répartir les tâches semble nettement plus important.

Le nombre incroyable de féminicides de la part d’hommes divorcés,

séparés, donc rejetés, et dont les ex-épouses sont pourtant juridiquement

libres de convoler avec qui elles veulent et qui néanmoins sont épiées,

harcelées, battues et in fine assassinées – parfois avec leurs enfants – est

éloquent à cet égard. Tout se passe comme si dans la tête de ces (sales)

types éconduits, la femme était définitivement la pleine et entière propriété

de l’homme et que « seule la mort pouvait les séparer » selon la formule

consacrée de la cérémonie officielle du mariage, qu’il soit civil et/ou

religieux. Et tout se passe aussi comme s’ils retournaient à une espèce d’état

sauvage et exerçaient une sorte de droit de détruire l’ex-partenaire (et ses

enfants) de manière à éviter qu’elle ne s’accouple à un autre mâle. Comme

s’ils considéraient que seule leur irremplaçable semence était légitime.

 

Une autre raison de la monogamie pourrait être que, pour un mâle,

surveiller et aussi protéger une seule femelle est plus facile, plus simple que

tout un harem. Une étude de Dieter Lukas et Tim Clutton-Brock, de

l’université de Cambridge (Royaume-Uni) apporte un autre éclairage pour

le moins étonnant quand on pense à la douceur légendaire de nos tendres

compagnes ! À partir de l’observation de 2 545 espèces de mammifères

femelles sur 170 millions d’années (vous avez bien lu), ils ont démontré que

certaines d’entre elles passent de la vie en femelles solitaires et polygames à

la vie en couple ; la raison en serait que peut-être pour des raisons de

territoire ou éventuellement de rivalité, elles seraient devenues trop hostiles

les unes envers les autres. Par conséquent elles tenteraient de vivre aussi

éloignées les unes des autres que possible jusqu’au moment où cela

deviendrait infaisable pour les mâles de les « protéger » de la convoitise des

autres mâles. Dès lors, la monogamie fidèle, de gré ou de force, deviendrait

la seule option possible.

Est-il possible d’extrapoler ces hypothèses à l’espèce humaine ?

Certains auteurs comme Meg Barker 4, sexologue et professeure de

psychologie au Royaume-Uni, pensent que non, en arguant du fait que notre comportement varie énormément en fonction des cultures, aussi bien dans

le temps que dans l’espace. Sans parler de la non-monogamie cachée

(adultère), des couples dits libres et des familles recomposées, ni des

couples homosexuels. Pour ma part je pense que c’est justement cette

grande variabilité de notre comportement qui permet d’extrapoler les

recherches animales ; en effet, selon les circonstances, nomadisme,

sédentarité, ruralité, citadinité, surpopulation ou sous-population,

abondance ou disette, nous sommes capables d’adapter nos comportements,

polygames ou monogames pour la vie ou en CDD ou en adultérin.

Exactement comme les autres espèces, sauf que nous sommes la seule à être

capable d’adopter quasiment tous les types possibles d’organisation.

 

D’autres animaux, par exemple l’ensemble des félins (sauf les lions),

sont peu différenciés selon le sexe. Les tigres, les guépards, les léopards, les

ocelots, les chats sauvages, les lynx, les servals, les caracals, les panthères,

les jaguars, les pumas, les onces… tous sont solitaires et ne se retrouvent

que pour s’accoupler ; leurs rencontres sont en général fugaces et pas très

tendres si je peux me permettre cet euphémisme. La notion de couple

n’existe pas. Les pères ne se préoccupent pas de leurs petits, sauf parfois

pour les dévorer si par malheur ils croisent leur chemin quelques mois plus

tard. Chez les félins donc, la fidélité n’est pas de mise ! Seuls parmi eux, les

lions avec leur imposante crinière et leur taille très supérieure sont faciles à

distinguer des lionnes et comme par hasard, vivent en famille après avoir

constitué un harem sur lequel ils règnent jalousement. Ce sont de bons

pères, très tolérants avec leurs propres enfants. Nettement moins avec ceux

de leurs prédécesseurs. Chez le roi des animaux, la fidélité est férocement

imposée aux lionnes du harem, lesquelles n’ont pas intérêt à flirter avec un

mâle de passage.

 

Enfin, il arrive qu’au premier coup d’œil les deux sexes soient

immédiatement identifiables : le cerf et sa majestueuse ramure, le babouin, sa crinière et sa corpulence, le bélier et ses cornes, le gorille et son dos

argenté, le dindon et sa roue, le coq et sa crête, le paon et sa somptueuse

queue ocellée et… l’homme et sa… bite… oups ! barbe. Autant de

caractéristiques qui permettent aux femelles une identification au premier

coup d’œil… et elles ne s’en privent pas, les bougresses, comme en

témoigne une étude ancienne déjà citée à propos de la direction du regard

des femmes filmées à leur insu sur la plage 5.

Dans ce cas, les familles sont généralement polygames.

Le système est alors celui du harem avec un sultan aussi vindicatif que

jaloux.

 

Et nous, humains, alors ?

 

Sélectionnez une femme et un homme, déshabillez-les entièrement et

contemplez-les à bonne distance. Que constatez-vous ?

• Chez la femme, une poitrine rebondie, des hanches galbées, un

système pileux peu développé sauf du côté du pubis et sur la tête ;

• Chez l’homme, une taille plus élevée, une masse musculaire plus

importante, des hanches étroites, des épaules larges, une barbe, une pomme

d’Adam et surtout, quelque chose qui pend – ou pas – entre ses jambes et

qui fait sa fierté, allez savoir pourquoi.

 

Dans notre espèce, en un mot comme en cent, aucune ambiguïté

possible, les mâles sont physiquement très différents des femelles.

Immédiatement identifiables, même si depuis quelques décennies, la mode

unisexe tend à ajouter un peu de confusion.

 

Sur le plan esthétique – du point de vue des critères humains, bien sûr –

les mâles animaux polygames sont beaucoup plus beaux, plus colorés, plus gros, plus impressionnants. Majestueux en un mot ! Le faisan doré, l’élan,

le lion, le gorille, le paon, le dindon, le coq, le cerf et tant d’autres

paradisiers illustrent somptueusement mon propos. Quitte à prendre tous les

risques car il n’est pas facile de s’enfuir quand on possède une très longue

queue. Cette différence morphologique est due au fait que les mâles

doivent, par leur apparence colorée, leurs appendices objectivement inutiles

et leur téméraire combativité, séduire les femelles, lesquelles sont

irrésistiblement attirées par la plus belle roue, les plus belles couleurs, la

plus forte combativité et participent à sélectionner les plus visibles et en fin

de compte les plus vulnérables. Du moins en ce qui concerne les proies, ce

qui ne pose pas problème puisqu’en théorie, « un seul coup » suffit et

qu’une fois leur travail accompli, lesdits mâles peuvent bien disparaître,

style mante religieuse, abeille ou araignée.

À l’opposé, lesdites femelles qui sont chargées d’élever et surtout de

protéger leurs petits se doivent d’être le plus discrètes possible, invisibles,

se fondre dans l’environnement en quelque sorte. Elles sont donc pour

l’immense majorité plus ternes et plus petites.

Moches ? Je ne le dirai jamais, la tête sur le billot ! Et puis d’abord, ce

serait une vision anthropomorphique… dont je suis loin… puisque je suis

supposé scientifique !

 

Et nous, alors (bis) ?

 

Impossible de donner une supériorité esthétique à l’un ou l’autre genre.

Sauf que pour ma part, en tant que garçon hétéro, j’ai tendance –

bizarrement comme mon fils, hétéro lui aussi – à trouver les filles

beaucoup plus gracieuses, beaucoup plus jolies, beaucoup plus attirantes en

un mot… que les mecs… alors que ma femme et mes filles ne semblent en

rien partager cette opinion ! De surcroît, de manière à brouiller encore plus les cartes, la mode, du moins depuis le début du e XIX siècle (Premier

Empire), fait que les femmes sont en général vêtues de manière plus

colorée, plus voyante, plus séduisante en un mot, sans parler de la

cosmétique, du maquillage, brushing et autres teintures de cheveux, alors

que les hommes ont adopté une sorte d’uniforme sombre, costume noir,

bleu foncé ou gris, avec un seul attribut coloré central et pendouillant… la

cravate. Du moins pendant les périodes de parade officielle (cérémonies,

réceptions, mariages, enterrements…) car au quotidien, depuis quelques

décennies, les deux genres tendent à adopter les mêmes couleurs, même si

elles sont généralement un peu plus voyantes chez la majorité des femmes

et filles.

L’être humain est décidément une drôle d’espèce qui s’évertue sans

cesse à se démarquer en prenant le contre-pied de ses frères prétendument

inférieurs ! Du moins l’être humain sédentarisé car souvent, parmi les

ethnies non citadines des rares peuples cueilleurs-chasseurs survivants, les

hommes comme les Papous, les Amazoniens, les Pygmées, les anciens

Amérindiens, pour n’en citer que quelques-uns, restent beaucoup plus

colorés, emplumés, tatoués, peints que les femmes, même s’il existe des

exceptions.

 

Et puisque nous en sommes à parler de la mode vestimentaire, il serait

temps de se demander quelle est sa fonction essentielle selon le genre.

• En ce qui concerne les hommes, quelles que soient la région, la culture

ou l’époque, les vêtements se doivent de laisser leur propriétaire libre de ses

mouvements. Pantalons, braies, pagne, jupe courte (kilt), tous ces

accoutrements permettent au chasseur, au guerrier, au chevalier, au

samouraï, de chasser, courir, sauter, enfourcher un cheval (ou une femme !),

galoper, combattre… courtiser ! Selon les canons universels de la mode,

l’homme se doit d’être le plus mobile possible.

• Pour les femmes, c’est exactement l’inverse ! Il suffit de regarder les

crinolines, les jilbabs, les traînes royales, les kimonos aussi longs

qu’entravés [sic], les amples robes médiévales, les tournures, les

vertugadins… sans oublier l’interdiction faite aux femmes de porter le

pantalon dans la rue, selon la loi abrogée seulement en 2013 (vous avez

bien lu) et qui a entre autres coûté la vie à Jeanne d’Arc ; et aussi les talons

aiguilles, les socques des geishas obligées de marcher à très petits pas, les

invraisemblables chaussures des défilés de mannequins, causes de tant de

chutes, etc. J’allais oublier la si symbolique et parfois interminable traîne

des robes de mariées, des fois que l’envie leur prendrait de déguerpir au

moment fatal de dire oui ! Les championnes du genre étaient sans conteste

les Chinoises dont les filles de la bonne société, depuis leur plus tendre

enfance, avaient des pieds réduits obtenus en leur repliant progressivement

quatre des orteils sur la voûte plantaire, ce qui rendait la marche

extrêmement douloureuse.

Il est clair que de manière universelle, en dehors des ethnies de

cueilleurs-chasseurs-éleveurs, la mode féminine de l’humain sédentarisé a

pour but principal de les empêcher de courir, de cavaler même, dans tous les

sens de ces deux termes ! Le langage, décidément, a un pouvoir

extraordinairement symbolique.

Comme quoi le diable (de la fidélité imposée) se cache dans les

détails… même si du simple point de vue du budget des ménages, ce ne

sont pas vraiment des détails !

 

Quelle conclusion tirer alors de cette brève balade au pays du genre et

de la famille ? La réponse est simple et compliquée à la fois : avec notre

dimorphisme sexuel, nous sommes construits sur le plan à la fois

anatomique et physiologique comme une espèce polygame et pourtant, sur

le plan culturel, donc comportemental, à part quelques rares exceptions,

nous sommes des monogames.

Et que l’on ne vienne pas me rétorquer : « Et les musulmans, alors ? » ;

« Et les Chinois ? » ; « Et certaines ethnies africaines ? ». En réalité, de tout

temps, la polygamie a été et reste réservée aux élites, sultans, rois, princes,

rarement riches bourgeois. En Arabie saoudite, championne de la charia,

70 % des hommes ont une seule femme, 16 % deux, 6 % trois et 2 %

quatre. Néanmoins, les données démographiques sont complexes car 80 %

des travailleurs résidant dans ce pays sont étrangers et faussent les

chiffres… Avoir plusieurs femmes, comme éventuellement être incestueux,

sont des pratiques en réalité transgressives réservées au prince de manière à

bien le démarquer du commun des mortels. Par extension, le privilège peut

s’étendre à l’élite, aux riches et à la noblesse. Le Coran a bien codifié cette

pratique en limitant le nombre d’épouses à quatre, à la stricte condition

d’avoir les moyens de les entretenir ! Et croyez-moi, j’ai non seulement

beaucoup d’amis mais j’ai aussi soigné beaucoup de patients de cette

religion ou culture et je n’en ai encore jamais rencontré un seul qui soit

polygame, je veux dire officiellement ! Ni en France, ni au Maghreb, ni

même dans les pays du Golfe que j’ai pas mal fréquentés aussi et où j’ai un

peu travaillé. Contrairement au cliché, la monogamie est quasiment de règle

chez les musulmans. Idem chez les Africains. Quant aux Chinois,

historiquement, seuls l’empereur et les gens de sa cour plus certains

mandarins pouvaient être polygames.

 

De plus, nous sommes à ma connaissance la seule espèce vivante – avec

les bonobos mais pour d’autres raisons – à être capable d’adopter tous les

types de comportement de la sexualité : monogames fidèles ou non,

polygames fidèles ou non, solitaires permanents ou non, monogames en

CDI, en CDD ou en séquentiel, tueurs d’enfants, tueuses de mâles façon

araignée ou mante, tueurs de femelles façon féminicidaires (inconnu ou

presque dans le règne animal, quoique cela arrive parfois chez les lionnes et

chez les ourses quand elles cherchent à défendre leurs petits ; encore un « propre » de l’homme si l’on peut dire), jaloux ou pas. Pendant les

périodes de fécondité, ou pas ! Tous, vous dis-je !

C’est un Prévert qu’il faudrait pour un tel inventaire !

La question se pose donc : à quoi peut bien servir la fidélité chez

l’animal comme chez l’humain, quelle est sa place, face à une telle

complexité ?

Tranche de vie

LE MARIAGE DES CULTURES

 

Sylvette est blonde et jolie. Elle est chercheuse en économie et a épousé

Arthur, un… professeur d’économie, un homme particulièrement séduisant

d’origine africaine et « musulman modéré ». Il se rend d’ailleurs régulièrement

chez ses parents pour des séjours de plusieurs semaines. De manière

surprenante pour leur entourage, il y va toujours seul ; d’ailleurs, Sylvette ne

connaît personne de la famille de son mari. Les deux tourtereaux ont

successivement deux enfants, un garçon et une fille, c’est le choix du roi ! Bref,

tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où Arthur reçoit

une proposition mirobolante de la part du gouvernement de son pays d’origine.

Toute la petite famille s’envole pour de nouvelles aventures. Sylvette tombe de

haut quand elle découvre que son mari entretient un véritable harem, trois femmes

officielles et sept enfants. Elle se retrouve donc dans un gynécée où elle n’occupe

même pas la première place.

Elle s’effondre, à la grande surprise de la famille africaine qui ne comprend

pas où est le problème puisque Arthur a fait les choses dans les règles en

épousant officiellement chacune de ses femmes.

Dès qu’elle le peut, Sylvette s’enfuit. Elle retourne chez ses parents mais sans

ses enfants, Arthur s’étant opposé à leur départ et les lois de son pays lui donnant

raison.

Sylvette sombre dans une dépression profonde dont rien ni personne ne peut

la tirer.

Un triste jour, elle saute par la fenêtre et comme elle habitait au sixième

étage…

Commentaire : Les chiffres sont malheureusement accablants et montrent que

les unions entre personnes de cultures très différentes se terminent souvent mal,

heureusement pas de manière aussi tragique mais par des divorces et des

batailles juridiques internationales et interminables pour la garde des enfants. Un

des facteurs de rupture est la position officielle des religions. Le christianisme ne

s’oppose pas au mariage d’un ou une chrétien(ne) avec quelqu’un appartenant à

une religion différente alors qu’en principe certaines sourates du Coran

l’interdisent : « N’épousez pas les femmes idolâtres tant qu’elles n’auront pas

cru 6. » Le judaïsme orthodoxe l’interdit formellement. Le bouddhisme s’en fiche ! Il

est très fréquent que les familles exigent un mariage dans la religion de ses

membres, ce qui en général ne pose pas de problème. En revanche, elles vont

parfois jusqu’à exiger la conversion du ou de la mécréant(e) et l’éducation des

enfants dans la « bonne » religion. Il est des régions du monde où la fidélité qui

prime toutes les autres est celle à sa foi… mot qui dérive de fides, comme par

hasard.

 

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