Et la fidélité, bordel !

Dr Patrick Lemoine · Chapitre 4 sur 17

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Et la fidélité, bordel !

2 - (In)Fidélités animales

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(In)Fidélités animales

 

Pour la grande majorité des espèces animales vertébrées, dont la nôtre,

il existe pour le mâle un impératif principal : tout faire pour être en mesure

de prétendre et proclamer que ses petits sont biologiquement de lui. Le

pauvre a suffisamment bataillé, jouté, éliminé ses rivaux pour espérer

récolter les fruits de sa bravoure et jouir d’une descendance porteuse de ses

glorieux gènes. C’est sa manière à lui de sacrifier à Darwin et à sa fameuse

sélection naturelle pour laquelle il a tant sué, tant paradé et qui contribuera

au maintien, voire à l’amélioration de sa lignée. Il découle de cette exigence

de légitimité une infinité de stratégies parmi lesquelles la structure du

groupe familial est au premier plan. Dès lors, chaque mâle de chaque

espèce vivante pluricellulaire se pose un certain nombre de questions :

– La rencontre avec la (les) partenaire(s) doit-elle être fugace ou

durable ?

– Doit-il contribuer à la protection, voire à l’élevage de ses petits ?

– Doit-il constituer un harem ou à l’inverse n’avoir qu’une seule

compagne ?

– Doit-il économiser sa semence ou au contraire « semer à tout vent »

tel le pissenlit de Larousse ?

– Se montrer jaloux ou au contraire tolérant ?

D’emblée, il apparaît clairement en lisant ces lignes que les attitudes

machistes, voire sexistes, voire hyper-violentes, sont loin d’être l’apanage

du mâle humain et qu’elles comptent probablement parmi les

caractéristiques les plus répandues du règne animal. Peut-on dès lors

considérer que l’antimachisme est le propre de l’homme moderne et de

notre civilisation que l’on aimerait pouvoir dire avancée ? Ou plutôt de la

femme moderne… même s’il existe des modèles de féminisme

matriarchique chez nos amies les bêtes. Il n’est que de penser aux

éléphantes, aux hyènes, aux bonobos.

 

La monogamie en chiffres

 

90 % des oiseaux vivent en couples durables quoique le plus

souvent intermittents. En fait, ils ne cohabitent que pendant la

saison de la reproduction.

75 % d’entre eux ne sont pas fidèles.

Quels sont les animaux réellement monogames permanents et

fidèles ? Les manchots, les corvidés, les cygnes, les psittacidés

(perroquets, inséparables, perruches, etc.), la plupart des canidés,

lycaons, loups, chacals, les colombidés (pigeons, tourterelles et

autres colombes), les gibbons, les castors (quoique !), certaines

grenouilles (Ranitomeya imitator), les hippocampes, les dik-diks

(petites antilopes d’Afrique dont les couples sont très

fusionnels), les grues, les oies sauvages, les albatros, sternes,

fous de Bassan, macareux et autres oiseaux de mer, les aigles

pêcheurs (pygargues), les pélicans d’Amérique (puritaine).

La conclusion est que, contrairement aux oiseaux, les

mammifères monogames sont des exceptions. Quant aux

poissons, seuls les hippocampes et les cichlidés tirent leur

épingle du jeu de l’amour fidèle.

Pour sa part, la femelle doit aussi résoudre un certain nombre de

dilemmes :

– Doit-elle se montrer fidèle afin de privilégier les « bons gènes », par

hypothèse ceux du vainqueur, le meilleur de la bande, ou au contraire être

volage et favoriser le brassage génétique ?

– Doit-elle se contenter d’un seul partenaire dans sa vie comme la reine

des abeilles ou au contraire les multiplier comme la mouche drosophile ?

– Doit-elle être en couple, appartenir à un harem, se cantonner à une

prudente et discrète solitude entièrement consacrée à sa portée ?

– Doit-elle occire et dévorer ses partenaires comme les araignées, les

mantes, les amazones, histoire de glaner quelques protéines

supplémentaires ?

– Doit-elle se les annexer à vie en les atrophiant à la manière des

lamproies ou de certaines araignées ?

L’élégance de l’araignée et de la mante

 

De manière à échapper à la férocité de leur redoutable

partenaire, certains mâles (Paratrechalea ornata) recourent à la

galanterie en leur offrant en cadeau de noce une proie, mouche,

moustique, fourmi… qu’avec délicatesse ils prennent soin

d’envelopper en utilisant la soie qui sert normalement à

confectionner leur toile. L’opération d’ouverture du cadeau par

la maritorne prend suffisamment de temps pour que le petit mari

ait le temps de faire son affaire (une minute tout au plus car il y a

vraiment urgence). Je suis conscient que certaines ne trouveront

pas le procédé vraiment élégant. En réalité, elles auront raison

car certains mâles poussent la muflerie jusqu’à envelopper et

présenter des cadeaux minables, débris de repas, fragments de

pattes. Imaginez la tête de la belle quand elle découvre que non

seulement elle a été violée par surprise mais qu’en outre le

déballage du cadeau est plus que décevant. En réalité,

exactement comme chez nous, les dames araignées sont plus

malignes que les messieurs. Ce n’est pas le contenu du paquet

qui leur permet d’évaluer la performance du mâle mais la

qualité, la solidité, la longueur du fil de soie qui constitue le

meilleur indice de bons gènes. Car un mâle faiblard produit

moins de soie et de moins bonne qualité. En conséquence,

finalement, l’heureux élu capable de confectionner le plus bel

empaquetage aura droit à une étreinte nettement plus longue.

Comme quoi, chez ces – il faut bien le dire – assez peu

sympathiques insectes, l’emballage vaut mieux que le cadeau !

Quant aux mantes dont les femelles ont su se forger une

réputation bien établie, les chercheurs ont découvert que,

parfois, la rumeur n’est pas fondée ! L’histoire se passe en

Nouvelle-Zélande. Les entomologistes ont observé et filmé

104 mantes springboks (52 mâles et 52 femelles) élevées en

laboratoire, sachant que dans la nature, dans 62 % des cas, les

femelles dévorent les mâles avant l’accouplement, ceux-ci

représentant apparemment un succulent complément alimentaire,

comportement qui risquerait de faire disparaître lesdits mâles,

entraînant de fait une disparition de l’espèce. Ils se sont

heureusement aperçus que dans 60 % des mises en présence, le

mâle passe le premier à l’attaque, parvient à maîtriser la femelle,

la ligote avec ses longues pattes et… la féconde.

Ouf ! L’avenir de l’espèce masculine est sauf…

contrairement à la morale !

 

Puisque comme nous les autres bestioles, ou plutôt les mâles des autres

bestioles, dans la plupart des cas, veulent absolument que leurs petits soient

bien d’eux, il peut être intéressant d’observer les stratégies qu’elles

déploient dans ce but. Quitte à me répéter, souvenons-nous que la jalousie

n’existe pas chez les femelles dans tout le règne animal… sauf peut-être

chez les hyènes dont la société matriarchique est fondée sur une extrême

violence, contrairement aux éléphantes, matriarchies fondées sur la sagesse

et l’expérience.

 

Quelles sont dès lors les stratégies que les mâles déploient pour

s’assurer d’obtenir à la fois l’exclusivité de leurs partenaires et la légitimité

de leur descendance ? Certains exemples sont particulièrement instructifs ;

de là à penser qu’ils ont inspiré nos ancêtres, il n’y a qu’un pas que je

n’hésite pas à franchir !

 

– La libellule

Ces insectes qui hantent nos cours d’eau figurent parmi les plus

gracieux qui soient et leurs acrobaties aériennes au-dessus des mares

émerveillent l’observateur. Et pourtant, ce sont de redoutables prédateurs et des jaloux incroyables. Comme tous leurs collègues mâles, ils veulent

optimiser les chances de succès de leur sperme, histoire de multiplier leur

propre lignée ; or, certaines femelles libellules sont tout sauf fidèles et

copulent allègrement avec tout mâle qui jette son dévolu sur elles. Pour

éviter d’être trompés une fois accomplie la copulation, certains mâles

suivent sans relâche la femelle jusqu’à ce qu’elle ait pondu et chassent

violemment tout autre mâle jugé trop entreprenant. Un comportement

typique de mari jaloux et possessif. L’homme sait faire.

 

D’autres espèces optent pour une stratégie peut-être encore moins

raffinée : les mâles ont un pénis doté d’une palette en forme de petite

cuillère qui leur permet de racler, récolter et éliminer le sperme de leurs

prédécesseurs. Contrairement donc à la drosophile pour qui c’est le premier

qui gagne, chez la libellule, c’est le dernier arrivé qui remporte la palme de

la reproduction. Certains auteurs pensent que le gland hypertrophié qui orne

l’extrémité du pénis humain pourrait avoir la même fonction par balayage et

par aspiration mais cela reste encore matière à débat. L’homme sait faire ; à

noter que certains gurus hindous pratiquent le pompage post-coïtal mais

cela concerne leur propre sperme et n’a donc aucun sens du point de vue

darwinien.

 

– Quant au tribolium de la farine, il a un pénis poilu et doté d’un

sillon destiné à évacuer le sperme des concurrents avec pourtant un effet

inattendu car ce dispositif est un peu trop efficace puisque le sperme adhère

tellement au pénis que le mâle va transporter celui des autres mâles jusqu’à

d’autres femelles et ainsi endosser des paternités par procuration… comme

une vulgaire punaise de lit (voir ici), il risque alors lui aussi de

s’autococufier. L’homme sait faire… j’y reviendrai plus loin à propos des

CECOS (ici).

Tous ces gracieux insectes partagent ce type de stratégie du « dernier

arrivé, premier servi » avec certains requins qui pour leur part pratiquent la

douche vaginale à l’eau de mer de leur partenaire grâce à une sorte de

réservoir tellement important que sa longueur peut atteindre un tiers de son

corps chez les Mustelus canis. À cet effet, ledit réservoir est relié aux deux

pénis dont les requins mâles sont pourvus, les femelles ayant deux utérus.

Efficace et hygiénique à la fois. Plus hygiénique en tout cas que chez les

grillons qui eux aussi douchent le vagin de leur partenaire mais avec leur

propre sperme qui repousse celui des autres concurrents. Enfin, la palme

revient à certaines sauterelles (Metaplastes ornatus) : le mâle retourne les

organes reproducteurs de la femelle comme un gant et c’est cette dernière

qui va évacuer la semence de ses précédents partenaires en la léchant et en

la dévorant. Un vrai travail d’équipe ! L’homme sait faire en utilisant aussi

le lavage vaginal, les crèmes spermicides.

 

– Le nautile argonaute est une sorte de poulpe doté d’une coquille.

C’est sans doute cet octopode qui a le mieux résolu la question de la fidélité

vue du côté des mâles puisque lorsque le besoin s’en fait sentir, son pénis se

détache et se met à nager jusqu’à rencontrer la cavité féminine tant

convoitée. Ce système est tellement inattendu que lorsque les zoologues ont

pour la première fois observé cet organisme, ils ont pensé que c’était un ver

parasite. Ce n’est que plus tard qu’ils ont compris que c’était un « pénis

zombie ».

 

Certains calmars usent d’une stratégie assez comparable, la capsule de

sperme étant capable d’adhérer au corps de la femelle et de l’inciser pour

libérer la précieuse semence. Le problème est que les spermatophores ne

sont pas très sélectifs et qu’ils peuvent se coller à d’autres muqueuses, dont

les nôtres. Sans aller jusqu’à titrer comme le journal Sud-Ouest avide de

sensationnalisme : « Une femme mise enceinte par un calmar », il peut

arriver qu’après avoir dégusté un calmar mâle insuffisamment cuit, certains convives ressentent de violentes douleurs dentaires dues à l’incision des

gencives par les spermatophores. Ce phénomène est si connu au Japon que

les cuisiniers prennent soin de retirer les gonades mâles des octopodes avant

de les servir. L’homme ne sait pas faire, ne disposant pas (encore) de pénis

zombie, sauf à considérer que les éprouvettes des CECOS [Centre d’étude

et de conservation des œufs et du sperme humains] constituent des sortes de

pénis mobiles capables de féconder à distance puisque c’est parfois le mari

qui introduit le sperme d’un autre ; rappelons que pendant longtemps les

couples de gays ne pouvaient que prélever artisanalement leur propre

sperme pour l’administrer à des mères porteuses.

 

– Le junco à œil noir

Pour la plus grande gloire des sciences de la famille et des différents

courants féministes réunis, une espèce d’oiseaux habituellement

monogames, le junco à œil noir, a été spécifiquement repérée car une de ses

caractéristiques est le partage à peu près égalitaire des tâches parentales.

Nidification, couvaison, nourrissage des petits sont accomplis par les deux

parents. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ailés.

 

Décidément sans vergogne, les chercheurs ont implanté la moitié des

mâles juncos avec un dispositif injectant de la testostérone, alors que l’autre

moitié portait le même dispositif, lequel n’injectait que du placebo.

Dès qu’ils ont été injectés, les mâles réellement testostéronés (mâles T)

ont commencé à chanter plus haut et plus fréquemment, à élargir leur

périmètre de drague et surtout, à courtiser plus de femelles que les

malheureux mâles sous placebo. Tout cela évidemment aux dépens des

tâches parentales, leur femelle légitime devant se taper tout le

travail domestique ! Les chercheurs américano-puritains s’attendaient à ce

que les petits laissés aux soins d’un seul parent voient s’effondrer leurs

chances de survie car c’eût été moral. Eh bien que nenni ! L’histoire est tout

à fait scandaleuse puisque les bébés juncos dont le père est coureur (un comble pour un oiseau) se portent aussi bien que ceux dont le père fidèle

partage avec leur mère la lourde tâche de leur élevage.

 

Virils et entreprenants, les supermâles juncos T ont plus de chances

d’engendrer des progénitures additionnelles avec leurs voisines mariées. Il

semblerait que l’augmentation de nombre des oisillons surnuméraires soit

exactement et symétriquement contrebalancé par une « baisse de forme »

chez les maris légitimes trompés (sous placebo) et que ceux-ci qui ont

normalement participé à l’élevage de leur progéniture en sus se portent

moins bien.

 

Non seulement les malheureux sont cocus, mais en plus ça les rend

malades ! Je laisse au lecteur le loisir de décider si des analogies avec notre

espèce peuvent ou doivent être imaginées. L’homme sait très bien faire. Il

faudrait une étude pour étudier la santé des maris cocufiés par les

Louis XIV (aux dernières nouvelles, le Montespan (ici) n’allait pas très

bien), les JFK, DSK et autres Chirac, ainsi que celle de leurs descendants.

 

– Les femelles de la mante religieuse comme de certaines araignées

ont une méthode radicale pour s’assurer de l’exclusivité de leur partenaire

puisqu’elles le dévorent pendant ou juste à la fin du coït. En tant que

partenaire masculin je m’abstiendrai de tout commentaire de peur de

manquer d’objectivité scientifique. L’homme ou plutôt la femme sait faire.

Rarement heureusement. Je n’ai pas trouvé beaucoup de faits divers où une

dame consommait son mari après l’avoir zigouillé.

 

– Le lion comme l’homme émet un nombre impressionnant de

spermatozoïdes incompétents (30 à 50 % pour le premier, 40 % pour nous).

Paresseux, lents, avec des flagelles tronqués, bref, ils ne risquent pas

d’arriver les premiers au but : l’ovule tant convoité. Quelle pourrait être la

fonction de cette particularité ? Certains chercheurs pensent que ces spermatozoïdes handicapés forment une sorte d’arrière-garde, véritable

bouchon qui barre le passage au cas où la lionne – ou la femme – aurait la

malencontreuse idée d’accepter l’hommage d’un concurrent ultérieur. Donc,

l’homme sait faire.

 

– Mieux (ou pire ?) encore, le bourdon, après avoir copulé, applique un

bouchon sur les organes sexuels de la femelle et comme ledit bouchon

contient une substance (l’acide linoléique) qui lui interdit d’être fécondée

pendant la semaine qui suit, son assurance anti-tromperie est complète 1.

Certains vers vont même jusqu’à avoir des glandes à ciment très

volumineuses et maçonnent les organes féminins de leur partenaire après

copulation. L’homme sait faire grâce à la ceinture de chasteté.

 

– Parfois même, c’est le mâle lui-même qui se transforme en bouchon

en restant en place le plus longtemps possible, style grenouille. C’est ainsi

que le phasme, un insecte en forme de brindille, est capable de rester collé

jusqu’à 79 jours. Qui dit mieux ? L’homme en tant que mari pot de colle

sait faire.

 

Le plus étonnant est l’arme chimique : chez certains insectes, le mâle

place un anti-aphrodisiaque sur la femelle après l’accouplement, de manière

à la rendre non attractive. Je ne sais pas si l’homme sait faire. Je cherche !

Toutes ces méthodes, aussi bien chez les bourdons que chez les

gentilshommes, manquent singulièrement d’élégance car elles sont

systématiquement imposées aux femelles. Comme quoi, il arrive que les

hommes soient finalement un peu moins machos que les animaux…

quoique…

Tranche de vie

ET ILS FURENT HEUREUX ET EURENT BEAUCOUP

D’ENFANTS

 

Édouard, 29 ans, m’a été adressé par son médecin traitant pour des « crises

d’angoisse ». Depuis trois mois en effet, il enchaîne ce qu’il appelle des

« malaises ». Sensation d’oppression thoracique, sueurs froides, vertiges et

certitude d’être en train de devenir fou, voire de mourir ; l’ensemble de ses

symptômes permet de poser le diagnostic de trouble panique. Sauf qu’Édouard

m’explique que tout allait bien, qu’il était sur le point de se marier avec une fille

« extraordinaire » dont il était amoureux fou jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’elle

mène une double vie. En effet, deux fois par semaine, Violaine disparaît des

écrans radars pendant tout l’après-midi. Quand il lui demande ce qu’elle fait, elle

répond de manière évasive, parfois même elle lui ment et invente des sorties avec

des copines dont il a la preuve qu’elles n’ont jamais eu lieu. Il a fini par se

convaincre qu’elle le trompe. Il la suit maladroitement, se fait repérer et les scènes

de ménage s’enchaînent. Une fois, elle l’a surpris en train de fouiller dans son

téléphone et elle a failli rompre. Le conte de fées est devenu un film d’horreur.

Normalement, le trouble panique repose sur des crises d’angoisse non liées à

un déclencheur et, dans ce cas, seul un médicament ISRS 2 est efficace. Or c’est

systématiquement quand il songe aux après-midi de Violaine qu’Édouard démarre

ses angoisses. Il y a donc un déclencheur.

Je lui propose de venir avec sa fiancée la fois suivante.

Violaine est en effet ravissante. Ravissante mais extrêmement timide. Après

avoir demandé à Édouard s’il m’autorise à lui expliquer la nature de son problème,

celle-ci se trouble, rougit et après un long silence explique. Elle souffre d’une

véritable phobie sociale et la simple idée d’être au centre de tous les regards lors

de la cérémonie nuptiale la plonge dans un océan d’angoisse. Elle a donc décidé

de s’adresser à une psychologue spécialisée en thérapies cognitives et

comportementales afin de pouvoir surmonter cette épreuve. Elle s’y rend en grand

secret deux après-midi par semaine mais n’a pas osé en parler à son fiancé de

peur qu’il la prenne pour une folle.

Et qu’il l’abandonne.

Je ne prescrirai rien à Édouard, juste un conseil de bon sens : apprenez à

communiquer !

La semaine suivante, ils reprennent rendez-vous « pour apprendre à

communiquer ». Je leur propose une thérapie de couple fondée sur des jeux de

rôle.

Aujourd’hui, quinze ans ont passé depuis ce qu’ils ont appelé leur « querelle

d’amoureux ».

Ils sont heureux et ont beaucoup d’enfants !

 

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