Histoire de la caricature au moyen âge et sous la renaissance

Chapitre III

Dans un ordre inférieur et cher aux archéologues, à commencer par Monteil, qui eût laissé un livre d’un intérêt bien plus considérable, si ses patientes études avaient été éclairées par les dessins et les monuments originaux qui passèrent sous ses yeux, toute une histoire nouvelle est à faire des mœurs et des coutumes et payera de ses efforts celui qui aura la patience de confronter les édifices religieux et civils avec les manuscrits historiés.

On pourrait presque se passer de science, comme la vieille dont parle Villon:

Femme je suis, pauvrette et ancienne, Qui riens ne sçay, onques lettres ne leuz; Au moustier voy, dont suis paroissienne, Paradis painct où sont harpes et luz Et un enfer ou dampnés sont boulluz. Lung me fait pour, l’autre joye et liesse.

Toute la vie du passé se déroule vive, claire et animée, grâce à la sculpture et à la peinture. Il ne faut que du temps pour l’y chercher, beaucoup de temps. J’en ai dépensé le plus qu’il m’était possible, en me rendant compte de la bande de desiderata que traîne après elle toute œuvre d’érudition.

Toutefois je me sentais poussé par les esprits qui ont soif de science: «Nous avons en France, en Angleterre, en Allemagne, écrivait l’un d’eux, des savants, des académies entières qui travaillent et qui veillent dans l’espoir de découvrir le sens d’anciens caractères cunéiformes, runiques, etc.; mais aucun de ceux-ci, que je sache, ne s’occupe de déchiffrer la pensée déposée par nos pères dans ces milliers de figures qui étonnent les artistes modernes par leur aspect étrange et leur nature complexe[2].»

[Note 2: César Daly, Revue de l’architecture, 1847.]

[Illustration: D’après le manuscrit des Comédies de Térence.]

C’est au public à dire si j’ai rempli une partie de ce programme; si les sotties de pierre, que quelques délicats rangent dans la classe des ineptiarum, méritaient la dépense de quelques années.

Paris, 1867-1871.